Se réveiller dans un monde sans toi
Ma sœur, ne pas y croire
Quand tout te crie
Quand tout résonne de ta joie
Quand tout rayonne de ta présence
Et grince de ton absence
Quels signes as-tu disséminés
Dans les jardins du monde
Myriam, pour que nous allions les chercher
Tels des enfants le jour de Pâques ?
Quels souvenirs, quels indices ?
Quelles petites graines cachées
Pétillant de surprises à venir ?
Ce sont les gouttes de pluie
Tombées la nuit qui luisent
Avec l’éclat amical d’un sourire
C’est leur toc-toc sur le zinc des toits
Les rides perlées sur le bassin du Luxembourg
L’ourlet rose des nuages
Et la nacre des soirs
Tu nous fais le cadeau d’habiter l’entièreté du monde
Toute sa délicatesse te dit
A nous de te faire de la place
De prendre du temps pour vivre avec et sans toi
A nous d’inventer cette autre vie
Tout ce qui respire aura ta gaieté
Si nous le décidons
Chaque hiver nous nous rappellerons d’aimer
Comme on saisit la neige avant qu’elle ne fonde
Au printemps nous accueillerons la splendeur discrète un chant d’oiseau la fleur éclose
Un silence plein
Mais aujourd’hui le terrible aujourd’hui n’est que manque et douleur
Une horrible plaie qui nous donne envie de crier à la face du monde la colère et le désespoir
D’où venais-tu ma sœur
Avec ta merveilleuse enfance
Avec tes mains pleines de cadeaux
Avec ta fermeté libre et ta dignité ?
Ma sœur creusée dans la matière du monde
Dans la succession des jours et des nuits,
Ta trace dans les étés qui ne reviendront pas
Dans l’automne à pleurer
Dans les années qui recommencent
Avec ou sans toi ?
Ma sœur, puisque tu pars
Puisqu’il le faut
Puisque rien ne doit plus te retenir
Qu’au moins ta joie demeure
Ta joie qui nous oblige
Et ton amour qui nous libère
Qu’il nous suffise de prononcer ton nom
Myriam
Tout est là

Quel merveilleux hommage, d’où elle te voit, elle sourit. Je t’embrasse Christiane