Archives de Catégorie: Coaching transition de vie

la vie d’après


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le temps suspendu

Au fur et à mesure que la fin du confinement s’éloigne, repoussée de semaine en semaine, et tandis que le gouvernement distille des messages destinés à nous faire comprendre qu’elle sera partielle, progressive, complexe, amère et surtout d’une lenteur exaspérante, la vie d’après se pare de toutes les qualités d’une Terre promise brillant de mille feux, là-bas, loin derrière la colline. Ca nous travaille comme un bourgeon. Comme une espèce d’adolescence collective. Nous nous prenons à rêver, coincés dans nos appartements, à tout ce que nous pourrons faire demain, lorsqu’il sera permis de se déplacer. Tout aura le goût de la nouveauté. Une fraîcheur inédite.

Ce sera comme une sorte de Nouvel An : on prendra des résolutions, on s’échangera des vœux, avec un brin de tristesse pour celles et ceux qui n’auront pas passé le cap. On sera devenus plus aimables, attentifs aux autres, heureux de les retrouver. C’est qu’ils nous auront manqué, les autres – les vrais autres, les autres acceptables, ceux dont on ne craint pas qu’ils nous contaminent avec leurs microbes au supermarché, leurs postillons malencontreusement déposés sur les poignées de porte et d’ascenseurs. On aura peut-être même, si nous les voyons, de la compassion pour les mineurs isolés, jeunes migrants échoués dans l’entre-deux de nos villes et de nos statuts. On aura peut-être envie de faire enfin la connaissance de ces voisins du dessous dont on entendait les applaudissements crépiter, à vingt heures, sur le mur d’en face. On organisera des apéros, des vrais, avec des verres qui s’entrechoquent et des olives qu’on saisira, tout de même, du bout d’une pique précautionneuse. On sera, surtout, pris d’une fureur exploratrice, d’une curiosité dévorante pour l’au-delà du quartier. A force d’arpenter toujours les mêmes rues, de devoir s’arrêter au carrefour, de se limiter au même côté du boulevard, nous brûlerons d’envie d’aller voir ce qui se passe là-bas, sur l’autre rive. La ville tout entière nous apparaîtra comme un immense terrain de jeux qu’on arpentera en Vélib pour le plus grand bonheur de nos muscles et de nos poumons. Il y aura du danger, des accidents, des pickpockets et des maladroits. Tout aura l’extraordinaire saveur de la liberté, la liberté chérie, confinée, empêchée, reconquise à force de patience et de sacrifices. Il y aura quelque chose d’explosif dans nos joies. On se prendra presque pour des héros, avant de se rappeler celles et ceux qui nous aurons permis d’arriver vivants de ce côté-ci du cauchemar. Les soignants, les caissières, les livreurs et peut être même les éboueurs auront droit à un flash de tendresse fugitive, avant de sombrer à nouveau dans l’oubli collectif.

A moins que la lenteur, la durée de l’épreuve ne nous ait transformés et changé nos priorités, nos valeurs.

Que ferons-nous de cette nouvelle jeunesse gratuite, inespérée ? De cette seconde chance offerte à titre exceptionnel ?

Lorsque nous sortirons enfin, les rues seront si propres et les oiseaux si tranquilles que nous aurons peut-être, émerveillés, surpris, décontenancés, l’idée de modifier nos habitudes et de les respecter.

Ce serait tellement fort si nous pouvions nous rappeler, juste avant d’ouvrir nos portes, d’ouvrir aussi nos cœurs.

Réel virtuel, rituels : le monde d’après


Nuages

18 mars 2020

Jour 4 (deuxième jour du confinement)

18.30 : nous rentrons d’une brève promenade (attestation dans la poche) le long des anciennes voies du chemin de fer de petite ceinture, dans le sud de Paris.  Une petite bande de terre a été aménagée en jardin partagé, où de rares habitants du quartier s’activent à bonne distance les uns des autres. L’avenue Jean Moulin, déserte, a retrouvé sa dignité de grande artère. On se croirait au mois d’août, ou dans un film de science-fiction. Nos pas résonnent dans le silence. En cas de contrôle, nous expliquerons aux policiers que mon père a besoin de marcher tous les jours pour son cœur. Cela nous évitera le ridicule d’enfiler une tenue de jogging ou de nous promener avec un sac à provisions vide.

Sur le trottoir d’en face, un père et son fils masqués, traînant une trottinette.

A peine rentrés, le rituel du lavage des mains, puis je m’installe face à la baie vitrée ouvrant sur un vaste paysage de toits typiquement parisiens.

Il est temps de me remettre à l’écriture, après une journée bien remplie d’activités diverses.

Finalement, ce journal est bien le « journal d’un coach au temps du Corona ». Dans cette circonstance où les modalités de présence et d‘action se transforment, écrire, écouter, méditer, dialoguer avec mes clients, avec des proches ou avec les commerçants restés ouverts, c’est encore et toujours du coaching.  Du réel au virtuel, l’intention ne change pas : c’est toujours de révéler le meilleur en chacun, de lui redonner du pouvoir sur sa vie, d’éveiller les principes actifs et de mettre en place les rituels sécurisants qui donneront l’audace d’emprunter de nouvelles voies, d’oser des façons de faire inédites.

Le passage du réel au virtuel nécessite pour beaucoup d’entre nous des apprentissages techniques et comportementaux. La mise en place des nouvelles façons de travailler, de communiquer, de déléguer aussi, ne va pas de soi. D’autant que cet apprentissage doit se faire en mode accéléré, peut-être anxiogène pour certains.  Depuis deux jours, j’explore les fonctionnalités de diverses plateformes collaboratives à l’ergonomie variable. Partager son écran, créer des sous-groupes travaillant sur des « tableaux blancs », distribuer la parole, surveiller ce qui se passe sur le « chat » tout en maintenant la conversation générale. C’est exaltant et stressant. J’y vois la possibilité de rendre accessible à toujours plus de monde le partage des connaissances et de l’expérience, de créer et d’entretenir des liens, et surtout de changer d’échelle.

Car j’ai bien l’intention de participer en acteur conscient aux changements qui vont se produire. L’urgence est de construire l’infrastructure collaborative qui nous permettra de concrétiser nos intentions pour « le monde d’après ». C’est une question de mindset : nous devons penser avec un coup d’avance, comme le général de Gaulle se faisant, avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis, la réflexion que le conflit serait mondial. Puisque l’Allemagne n’avait pas gagné le Blitz, elle ne pouvait plus que perdre, et la question principale devenait dès lors de savoir quel rôle la France était amenée à jouer dans le nouvel ordre mondial qui allait se construire.

Penser que nous devons à l’acte de rébellion d’un quasi marginal notre siège au Conseil de Sécurité de l’ONU. Grâce à son audace, à sa résilience, à son habileté aussi, le petit coq gaulois a gagné sa place au milieu des tigres.

Mais le visionnaire de Gaulle n’aurait rien pu sans la capacité de Jean Moulin à fédérer les acteurs de la Résistance. L’homme de Londres a su faire avec la diversité de ces hommes de l’ombre. En affirmant sans ambiguïté aucune son attachement aux principes fondateurs de la République, il a créé la confiance et lui a permis de se régénérer, de se réinventer pour prendre toute sa place dans le monde d’après 1945. Pour cela, il lui aura fallu composer avec des modes de pensée très différents du sien, allant de la droite nationaliste aux communistes, réunis au sein du Conseil National de la Résistance. J’évoque ces moments dramatiques pour donner le sens de la perspective, et sans nostalgie. Quand plus rien ne tient, quand l’essentiel est en jeu, le chemin de la vision à la réalisation passe toujours par l’intelligence collective. Nous sommes dans un tel moment.

Soyons affirmatifs : il n’y aura pas de retour en arrière. Le système des loisirs, du tout jetable et de la célébrité voit ses feux s’éteindre à toute vitesse, laissant un parfum toxique de plastique brûlé. L’argent-roi est nu. Par quoi le remplacer ? Tout est ouvert. Mais pas pour longtemps. La brèche peut se refermer si nous laissons à d’autres le soin d’imaginer, d’agir, de transformer – tout, à commencer par nous-mêmes.

Certains travaillent au niveau conceptuel, imaginant de nouvelles formes de démocratie, d’autres se sont lancés dans des expérimentations sociales à petite échelle, faisant construire des immeubles qu’ils habitent ensemble, selon de nouvelles règles. D’autres encore agissent en connecteurs, tissant des nœuds entre ces différents univers qui commencent à se rejoindre et constituent des boucles de rétroaction. (Pardonnez l’usage de ce jargon. D’ici quelques années, ces mots seront aussi répandus que « convivialité », « réseau », «hub » ou « startup »). Comme les racines des arbres entremêlées, échangeant des nutriments entre elles et avec d’autres espèces, des rhizomes s’étendent sous la surface, s’ancrent dans le sol nourricier, se renforcent mutuellement, jouant de leurs complémentarités. Il ne faudra plus bien longtemps pour que les arbres se voient, se nomment forêt.

Ce qui n’était encore que des épisodes épars acquiert la consistance d’un récit.

Le virus, parce qu’il s’attaque à nos équilibres biologiques, économiques et bientôt géopolitiques, en remontant les chaînes de production et d’échange mondialisées, révèle toutes les ramifications du système, les interdépendances, les chaînes de causes et de conséquences. Il nous force à sortir de notre confort et à prendre position. Comment, dans quel état, voulons-nous sortir de cette crise ? Dans quelle société voudrons-nous vivre ? Demain, pas plus qu’aujourd’hui, nous ne choisirons nos voisins. Mais nous ne pourrons plus faire semblant d’ignorer tout ce qui se passe sur un simple bouton d’ascenseur. La menace existentielle qui nous frappe souligne assez cruellement ce qui nous réunit, à commencer par le fait que nous sommes tous vulnérables. Nous aurons fait des sacrifices, et nous en demanderons le prix. Les soignants, aujourd’hui traités en héros, pourront-ils retourner souffrir dans l’ombre, épuisés, corsetés, maltraités, contraints de renoncer à tout ce qui fait le sens de leur engagement ? On évoque déjà la fin de la Tarification A l’Acte, qui transposait dans le monde hospitalier les principes de fonctionnement des entreprises privées soumises aux impératifs de rentabilité. Les enseignants qui auront fait l’effort d’adapter leurs méthodes pédagogiques à l’univers virtuel accepteront-ils d’être à nouveau méprisés par une société tout entière, parents d’élèves compris ? Si le confinement devait durer plusieurs mois, les millions de familles qui auront redécouvert le plaisir d’être ensemble, les voisins qui se seront entraidés, les employés qui auront fait tenir le système à bout de bras accepteront-ils de faire à nouveau leur deuil de l’empathie, de la solidarité, de la gratuité ? Mais, les contraintes n’ayant pas disparu, saurons-nous trouver les voies de l’efficience ? Quel équilibre saurons-nous trouver entre différents systèmes de valeurs ? D’autres scénarios sont possibles, moins optimistes, et pour certains même sinistres.

Mais déjà, l’imagination bouillonne. Le client que je coachais ce matin me racontait les apéros virtuels et autres initiatives que son équipe expérimente pour mettre un peu de couleur dans le télétravail. D’autres ont dû batailler vendredi pour obtenir le droit d’aller travailler depuis leur domicile. Lorsqu’elles reviendront au bureau, leur chef aura fort à faire pour regagner sa crédibilité. L’élan pour réinventer les modes d’organisation, lorsqu’il sera temps de se retrouver dans le monde « réel » ne peut que gagner en puissance et en légitimité.  L’imprévoyance et la rigidité de certaines organisations les mènera au bord de la rupture. D’autres, plus agiles, ne demanderont qu’à les remplacer. Privés de la liberté de se déplacer, les Français pourraient bien réclamer plus d’autonomie, le pouvoir de décider pour ce qui relève de leur expertise.

Utopie ? Je réponds : reconfiguration. Profonde. Inévitable. Vitale, en fait, car trop longtemps différée. La société française avance par secousses, et celle-ci nous affecte déjà rudement. Une génération déconsidérée par son imprévoyance et son mode de vie destructeur e pourra éternellement barrer la route à la jeunesse qui demande à être entendue.

Après la sidération, puis l’agitation plus ou moins ordonnée, la vie s’organise. Et de nouveaux rituels se répandent.  Entendrons-nous crépiter, à vingt heures, de soir en soir toujours plus forts, les applaudissements en l’honneur des soignants, selon le rituel inventé par les Italiens et repris par les Espagnols ?

Les rituels recréent de la proximité sociale dans une société contrainte à la distance physique. Il y avait longtemps, en réalité, que des forces invisibles nous éloignaient les uns des autres. Le facteur contraint d’effectuer sa tournée de plus en plus vite, les pauses raccourcies, voire supprimées, le temps qui fait toujours défaut, la monétarisation de tout, même du simple conseil professionnel, sans parler de l’assistance aux personnes âgées, nouvelle source de revenus pour la Poste. C’est toute cette logique qu’il va falloir démonter, examiner sous toutes les coutures, pour réviser nos priorités.

Je cite un extrait des Furtifs, le best-seller d’Alain Damasio : « L’accueil avait été chaleureux. En réalité, la quinzaine de Balinais portait la communauté d’environ deux cents membres sur ses épaules, par sa générosité quotidienne, sa production ingénieuse de riz et sa spiritualité intacte. (…) Moitié par amusement, moitié par fascination, par dépit parfois, tant leur organisation avait foiré, parce que ça les intriguait ou peut être juste pour voir, les îliens avaient joué le jeu de ce nouveau modèle largement exotique pour eux. Pour acter une rupture, j’avais posé une expérimentation d’un mois où toute personne dérogeant aux règles était illico exilée. Les premières décisions s’étaient prises au consensus et à l’unanimité, chose impensable auparavant !   L’interdépendance délibérée des tâches, où l’on se rend sans cesse service, en réciprocité, favorisant l’entraide ; les amendes dosées en cas de manquement ; le principe des corvées communes pour l’irrigation ou pour la reconstruction sempiternelle des digues que le fleuve arasait ; les cérémonies croisées où tour à tour tel foyer ou tel clan recevait puis donnait, débouchant sur des fêtes purgeant les tensions : tout ça était directement issu de Bali ».

Voilà, je vous laisse rêver, en espérant que les librairies seront bientôt reconnues comme des commerces de première nécessité.

Et vous, quels rituels inventez-vous ?

Libérez la dopamine!


13 Juillet 2919, ile de Ré

Par sa beauté, la richesse des espèces qu’elle abrite et sa vulnérabilité aux aléas climatiques, sans compter l’impact immédiat des cent mille humains qui s’y pressent tous les ans, l’île de Ré est un lieu emblématique de ce qui se joue en ce moment, partout sur la planète.

C’est pourquoi je n’ai pas été surpris de trouver hier, dans une librairie de Saint Martin en Ré, un livre assez savant sur les diverses mesures qui pourraient être prises pour la protéger. Il s’en vendra tout au plus quelques dizaines d’exemplaires,
mais ce qui compte, c’est qu’il participe déjà d’une recherche de solutions, au-delà du constat.
Nous sommes tous concernés.
L’été, de plus en plus, est la saison des bilans et des remises en question de notre mode de vie. Comment habiter cette planète sans la détruire? Les canicules à répétition, le contact plus intime avec la nature et les dégâts que lui inflige notre civilisation, la disparition des espèces familières (grenouilles, hirondelles, mésanges) accélère cette prise de conscience et va même jusqu’à provoquer, ces certains, ce que les psychologues ont nommé « éco-anxiété ». https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/l-eco-anxiete-ou-la-detresse-due-au-changement-climatique_132187
Le risque est de sombrer dans un sentiment de désespoir démobilisateur : à quoi bon faire tous ces efforts pour changer mon mode de vie si c’est fichu de toute façon?
Nous avons longuement évoqué ce sujet avec Christine Marsan. Pour elle, l’urgence est de changer d’imaginaire : sans nier le risque d’un effondrement, thèse développée par les collapsologues, elle prône la création d’un nouvel imaginaire. Son livre pour une Néo- RenaiSens (nouvelle édition à paraître à la rentrée) propose un changement de civilisation, centrée sur de nouvelles valeurs. De même, quand le sociologue Bruno Latour propose dans « Où atterrir » de centrer notre attention sur le Terrestre, il ne propose pas de revenir à l’ancienne conception du Territoire comme un lieu à cerner de murs pour le protéger. Ce serait illusoire. Mais « porter notre attention sur » signifie établir un inventaire minutieux de ce qui vit, ici et maintenant, des relations – pas seulement économiques – qui relient tous ces êtres entre eux et au lieu dans lequel ils vivent.
C’est à partir d’un tel inventaire que nous pourrons -devrons, c’est une question de survie – inventer de nouveaux modes de vie soutenables.
La crise d’éco-anxiété ne m’a pas épargné. J’y ai plongé moi-même, il y a tout juste un an. La seule réponse convaincante que j’aie pu trouver a été le passage à l’action. Pour moi, c’est l’écriture, puisque c’est ce que je sais faire. Contribuer par l’écriture, puis par mon action de coach, formateur et conférencier à la création d’une culture de la Résilience et de la Coopération : croyez-moi, ce n’est pas un gadget, un truc de bobo. C’est moyen que j’ai trouvé pour ne pas sombrer dans le désespoir.
Je dois à la générosité des amis qui m’hébergent de pouvoir le faire dans un cadre magnifique, avec un grand sentiment de joie et de gratitude qui me remplissent de bénéfique dopamine. C’est tout le bien que je vous souhaite, où que vous soyez.

Plaisir et discipline


Inspiré par le livre de Peter Bregman « 18 minutes »

« Qu’est-ce qui devient possible avec la discipline? »
Question magique : le fait de la formuler ainsi change toute la perspective et la dynamique. La corvée devient élan, la punition, récompense future.
Dans le train qui m’amène de Paris à la Ferté Bernard, le fait de répéter cette formule comme un mantra me rappelle toutes mes réussites passées : tout ce que j’ai su mettre en place et continuer grâce à la discipline.
Je sais que je sais faire.
J’ai créé ce blog et j’ai tenu mon pari d’ècrire, tout un été, puis de nouveau l’année suivante. Et presque tous les ans, depuis bientôt dix ans. Ce n’est pas rien. Cela crée de la profondeur. La parole et la pensée respirent, évoluent, s’imprègnent de toutes les couleurs et des textures de la vie.
J’ai transformé mon rapport au Temps, devenu un précieux allié, l’espace des réalisations. Je le savoure, et souvent je m’en libère aussi, je l’oublie. Je pousse en lui comme un arbre fruitier dans un jardin.

Qu’est-ce qui devient possible avec de la discipline?
Paradoxalement, le plaisir.
On le croit souvent ennemi de la discipline, alors qu’il peut en être aussi le résultat.
Plaisir de sentir son corps réagir, après quelques séances de sport.
Plaisir d’écrire avec facilité, de s’organiser sans effort, de recevoir des compliments sur ses résultats.
Plaisir de goûter la liberté gagnée, quand on sait qu’on sait faire. Autonomie.
Plaisir de jouir de ses vacances, en famille, avec des amis, de goûter un fruit, de ne rien faire d’utile et de pouvoir se le permettre.
Comme un ancien fumeur heureux de respirer, gagner en intensité de vie, repousser ses limites et voir s’ouvrir de nouveaux horizons : vue comme cela, qui ne désirerait avoir la discipline pour amie?

Post-scriptum : plaisir de passer une heure à retrouver vos noms, mettre en forme ma liste de diffusion, penser à chacune, chacun de vous … et me promettre d’écrire, de vous écrire, plus souvent.

 

Le sage et le singe ou comment réussir sa vie


Olivier Zara nous offre un beau cadeau de noël avec le Sage et le singe, que je viens de dévorer (lien ici vers le site du livre). Un livre pétillant, rafraîchissant, stimulant et surtout revigorant, que vous pourrez offrir à toutes celles et tous ceux que vous aimez. C’est l’histoire d’un papa qui décide de partager avec ses enfants (10 et 12 ans) quelques clés de sagesse. Mais plutôt que de leur infliger de la théorie, pourquoi ne pas passer direcctement à l’action? Au cours d’un été, ils vont pratiquer divers exercices de communication non violente, de gestion des conflits et de manière plus générale de développement personnel. Nous avons le choix, leur dit-il : nous comporter comme des singes qui reproduisent mécaniquement des comportements agressifs, ou comme des sages qui préfèrent emprunter une voie libératrice. Les mises en garde de Boris Cyrulnik sur la contamination des émotions négatives ou les prédictions de Yuval Noah Harari sur la domination prochaine de l’intelligence artificielle vous ont donné le bourdon ? Dans ce cas, plongez-vous vite dans Le sage et le singe, le livre qui redonne du pouvoir à ses lecteurs. Vous y trouverez des raisons d’espérer et quelques recettes faciles à appliquer (à condition de s’impliquer) pour développer toutes nos formes d’intelligence. Ne vous laissez pas tromper par l’appparente légèreté du propos : la planète des Sages n’est pas celle des bisounours. L’auteur, qui a connu de près la guerre en ex-Yougoslavie, nous propose une formidable boîte à outils pour renforcer notre résilience individuelle et collective. A la fin, la responsabilité nous revient.  Pour réussir sa vie, nous dit-il, il faut choisir sa planète : celle des singes, ou celle des sages?

 

http://www.axiopole.com/book/detail/le-sage-et-le-singe

Les Marchants


Les Marchants. Domaine du Bouchard, 31 aout 2018

A celui qui marche en présence
Le chemin donne, le chemin prend
Un pas reçoit, l’autre dépose
Et le coeur se nettoie

Sous ses pas le chemin respire
Il peut lâcher ce qui le broie
Le chaos dans son coeur s’apaise
Ainsi va le chemin de Soi

Caresser la pierre amicale
Aimer la verdeur des fougères
Avec les vivants et les morts
Sous la terre, il y a des trésors

Creusant la mémoire et la trace
Il met ses pas dans d’autres pas
Dans le pardon qu’il donne et celui qu’il recoit: l’Amour
Et le coeur se déploie
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Réveil dans les bois


Je partage ici un texte de Mathis leCorbot qui résonne parfaitement avec le livre de Peter Wohlleben sur La vie secrète des animaux.

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C’est une chose que j’admire et dont j’aimerais être capable : pouvoir identifier les oiseaux et nommer leur chant, car c’est la première marque de reconnaissance et de respect, la plus nécessaire aussi. On ne protège bien que ce qu’on sait nommer.

Bonne lecture et bel été.

Bien ranger sa maison


Après la perte d’un proche : trier, ranger le lieu familial, remettre en circulation les énergies bloquées, aérer les pièces et les émotions. Clarifier ce qui nous attache à ce lieu, au territoire environnant. Prendre conscience de tous les liens, de ce qui change ou va changer. Faire de la place pour les nouvelles générations, qui ont leur propre histoire à construire. Apprendre à mieux écouter les uns et les autres. Cultiver la délicatesse des liens. Concevoir de nouveaux projets. Respirer, percevoir, goûter ce qui est là. Puis, quand le moment vient, partir. Poursuivre le voyage.CHâlet à GrimentzPhoto : châlet à grimentz, après la randonnée.
Photo : châlet à grimenz, jste

Intelligence collective et responsabilité


En matière d’intelligence collective, deux éthiques s’opposent alors qu’elles devraient se combiner.

L’éthique de coopération, plus populaire, met l’accent sur une recherche du consensus à tout prix, l’acceptation de l’Autre et de sa différence, le refus de tout ce qui ressemble à de l’autorité. Le risque est alors de laisser se développer des comportements qui finissent par vampiriser toute l’énergie du groupe et le vider de sa substance.

Qui n’a pas connu ces réunions interminables où l’endurance de quelques-uns leur permettait d’obtenir, à l’usure, une décision qui n’enthousiasmait réellement personne ? Ces débats où d’habiles manipulateurs réussissaient à prendre en otage l’ordre du jour, imposant les sujets qui leur tenaient à cœur au détriment de l’intérêt général ? Qui n’a pas ressenti d’impatience en écoutant tel ou tel intervenant confondant travail de groupe et thérapie collective ?

Si le cadre n’est pas posé, compris et respecté de tous, le destin de ces groupes est d’exploser, ou de connaître la mort lente. A l’arrivée : désillusion, ressentiment, regret du temps perdu que l’on aurait pu consacrer à d’autres activités.

C’est ici que la seconde éthique entre en jeu. Il s’agit de l’éthique de responsabilité.

Le mot n’a pas bonne réputation dans les milieux collaboratifs. On le soupçonne de justifier un certain élitisme, à moins qu’il ne s’agisse de la responsabilité des autres : entreprises, organisations, leaders … La responsabilité fonctionne alors comme une limite opposée à leur pouvoir présumé malfaisant. Mais pour soi, non, pas question de s’interroger : puisqu’on est animés de bonnes intentions, ne se range t’on pas automatiquement du bon côté de la Force ? Et du coup, nos comportements ne sont-ils ils pas toujours impeccables ?

Miroir, oh mon beau miroir systémique, ne suis-je pas le plus collaboratif, le plus empathique, le plus chaleureux des êtres ? Ne suis-je pas doué d’une patience à toute épreuve, d’une infinie compréhension pour les minorités, jusqu’à remettre en cause l’issue d’un vote pour ne pas faire de peine à tel ou tel malheureux arrivé juste un peu en retard ?

Rugueuse, la responsabilité contraint à se positionner en faveur du groupe et de sa raison d’être, quitte à s’opposer avec fermeté aux comportements déviants.

Comment les groupes qui survivent à ces écueils gèrent-ils les comportements centrés sur l’ego plutôt que sur la contribution à la réussite collective ? Comment résistent-ils aux tentatives de prise de pouvoir, plus ou moins déguisées ? A l’inertie de ceux qui se laissent porter par la vague, sympathiques-élastiques sans rebond ni flamme ?

En faisant appel à l’éthique de responsabilité. C’est-à-dire, avant tout, en posant et en faisant respecter les limites comportementales qui contiennent la violence et la colère, toujours présentes sous la surface des rapports interpersonnels.

Responsabilité du participant : je m’implique, je prends position, j’interpelle s’il le faut celles ou ceux qui n’agissent pas dans un sens constructif. Je les invite à revenir dans le groupe, à percevoir sa dynamique. J’exprime mes propres besoins sans agressivité mais sans passivité : ni paillasson ni hérisson, ni polisson – à l’unisson. Je cherche et je propose des solutions, je canalise mes émotions, je me recentre et j’agis, déjà, par ma seule présence.

Responsabilité du facilitateur : formé aux techniques de l’animation, de la communication non-violente, il/elle s’investit dans la prévention des dérapages, et renvoie au groupe sa propre responsabilité, collective, somme des responsabilités individuelles. Il possède toute la légitimité nécessaire pour fixer le cadre, ou du moins pour le faire respecter. Si nécessaire, il rappelle à chacun la raison d’être du groupe. Il est facilitateur de convergence, non de compromis tièdes.

Alors, la limite devient un mur porteur, galvanisant l’énergie du groupe, qu’elle concentre plus qu’elle ne lui fait obstacle.

Les groupes qui parviennent à ce niveau de maturité relationnelle atteignent un niveau d’efficacité surprenante. Ils sont capables d’audace, innovent, transforment leurs rêves en réalité tangible, et font l’expérience d’une satisfaction rare : ils découvrent leur infini pouvoir d’agir.

L’amour du jeu


Et si la réelle authenticité, c’était de se réconcilier avec l’acteur en nous? Celui qui fut d’abord un enfant s’amusant à incarner des personnages, à épouser leurs intentions secrètes et voir le monde à travers leurs yeux? Les enfants ne cessent de se réinventer, sans pour autant trahir leur fibre profonde. Certains vieillards, à l’issue d’une belle et longue vie, allégés des devoirs et des apparences, renouent avec ce côté ludique, profondément humain, suscitant parfois l’incompréhension. Entre les deux, l’adulte a bien du mal à maintenir ce qu’il prend pour de l’intégrité. Il s’en tient à la partition, oubliant la musique.

Pas d’autre refuge qu’en vous-mêmes (Suite Otto Scharmer)


27 juillet 2017, Hossegor

A ses disciples éplorés qui lui demandaient vers quel nouveau maître se tourner après sa disparition, le Bouddha mourant répondit simplement « Il n’y a pas d’autre refuge qu’en vous-mêmes ».

Personnes, lieux, croyances : lorsque tous les repères s’en vont, ou sont fragilisés, la question du « refuge », ou de l’ancrage, se pose avec acuité.

Dans son livre « Théorie U », Otto Scharmer évoque l’incident dramatique de sa jeunesse où, face aux flammes dévorant la ferme où sa famille vivait depuis des générations, il sentit se dissoudre tout ce qui jusque-là lui avait donné un sentiment de sécurité et d’identité.

Moment terrible, mais qui n’est qu’un point de départ.

L’objet du livre, c’est ce qui se passe ensuite : le sentiment d’être comme aspiré vers le futur, et la résolution d’y consacrer le reste de sa vie. J’avais beaucoup entendu parler de la Théorie U, sans soupçonner la richesse et la profondeur de la réflexion qui a mené à son élaboration.

Les Américains ont cette expression : « vous devriez vous intéresser à l’avenir, car c’est là que vous allez passer le reste de votre vie ». Tout l’intérêt de l’ouvrage d’Otto Scharmer est de dépasser l’injonction pour proposer une méthode accessible, fruit de longues recherches et de nombreuses interviews. Pour paraphraser la quatrième de couverture, « La théorie U invite les acteurs du changement à adopter une nouvelle forme de leadership. (Scharmer) renouvelle les approches collaboratives (…) afin d’amener une conscience approfondie des situations et des enjeux permettant aux équipes de diriger à partir du futur émergent ».

Pour les Français, imprégnés d’une culture respectueuse du passé et de ses enseignements, cette orientation vers le futur ne va pas de soi. Fiers de notre héritage culturel et politique et des lieux dans lesquels s’incarne notre histoire, nous percevons l’avenir comme une promesse incertaine, un songe creux, voire une menace. Plutôt que de mépriser cette résistance comme une forme d’obscurantisme, il serait plus efficace de s’attacher à en comprendre les racines.  Si nous développons de fortes résistances, c’est que pour nous, bien souvent, changer, c’est trahir.

Un chercheur américain a su comprendre et traiter avec respect cet attachement au passé. E.T Hall, dans la Danse de la vie, explique longuement la différence entre les cultures du Vieux et du Nouveau monde dans leur relation au Temps. Ce merveilleux livre m’a permis de me sentir plus à l’aise avec ma triple orientation : ancré dans le présent, grâce à la méditation et à l’action, riche d’une connexion affectueuse avec le passé, en même temps que fasciné par le futur et fermement décidé à en être un contributeur actif. Paradoxalement, pour encourager des Européens à s’engager dans une démarche tournée vers l’avenir, la meilleure approche consistera à leur rappeler les grands innovateurs du passé, les Léonard de Vinci, Pasteur, et autres Blériot.

Mais le refuge ? « La terreur aussi est mondialisée », écrit dans Le Monde Lara Marlowe, correspondante à paris de l’Irish Times, avant de poursuivre : « chaque fois on espère que c’est le dernier attentat, tout en sachant qu’il y en aura sans doute d’autres ».

Les attentats de janvier et de novembre 2015, puis celui de Nice, mais aussi les changements dans notre environnement et, pour ma génération, la disparition progressive de celle qui nous a précédés, obligent à se poser la question : qu’est-ce qui tient ? Qu’est-ce qui donne sens à notre existence, lorsque tout se défait ?

Chacun se bricole une réponse : relations, réussites, valeurs, principes, richesses ou compétences. Dans la tempête, on se raccroche à ces canots de sauvetage. La Nostalgie d’un ordre ancien plus rassurant nous fait miroiter ses marchandises de contrebande.

Mais Charmer nous invite à prendre une décision plus radicale. Pour passer par ce qu’il nomme le chas de l’aiguille, l’étroit passage vers un nouveau monde, il n’y a d’autre option que d’abandonner ses repères et de faire le saut en avant.

C’est un choix personnel, autant que collectif. En tant que coach et formateur, spécialisé dans l’accompagnement de groupes et d’organisations, je me dois, par souci d’exemplarité, de faire moi-même l’expérience du lâcher prise auquel je les invite.

Face au groupe, le coach est un miroir. Il n’indique pas la direction à prendre, mais leur envoie ce message positif : « je crois en vous, en votre capacité à créer ce à quoi vous aspirez, et que vous craignez aussi, et je vous reconnais le droit de craindre et de désirer en même temps ce qui n’a pas encore de forme ». C’est donc notre responsabilité la plus noble, un vertige dans lequel nous devons plonger les premiers si nous voulons que les autres suivent. Il n’y a pas d’autre refuge : ni dans la théorie, ni dans l’expérience passée. Pour faire advenir ce qui n’existe pas encore, il faut créer un espace neuf, ouvert, avec un cœur disponible.

A ceux qui doutent, ou qui trouvent trop difficile de renoncer à un certain confort, je proposerai de vivre et de travailler avec des enfants et des jeunes. Rien de tel pour se réconcilier avec le futur. Car une chose est certaine : c’est bien là qu’ils passeront la plus grande partie de leur existence. Lara Marlowe, citant une jeune bénévole qui faisait du volontariat à la COP21, lui demandait si ce n’était pas trop dur d’atteindre l’âge adulte dans un monde tétanisé par le djihadisme et le changement climatique. « Non », répondit la jeune bénévole avec un grand sourire. « Je veux changer le monde ».

Dès lors, le choix de l’optimisme ou du pessimisme n ’est plus une question de croyance, mais de responsabilité envers ces nouvelles générations. Si nous les aimons suffisamment, nous pourrons puiser dans cet amour le courage nécessaire pour lâcher prise et faire le pas en avant.

Puissance de la lenteur (Scharmer 1/3)


Goethe observe une feuille. 

Il ne se contente pas de la regarder distraitement : il la contemple dans tous ses détails, avec une attention précise, qu’il a longuement, patiemment exercée. Il suit des yeux le contour, les nervures, les moindres variations de la couleur, jusqu’à la recréer en imagination. 

Et cette image qu’il compose dans son esprit devient plus que l’objet-feuille, c’est la vie traversant la feuille, le frisson, la croissance. Il la voit grandir, se développer, tel une caméra au ralenti. Sa perception extraordinairement affûtée épouse et restitue le mouvement de transformation, dans son ensemble. Ainsi faisaient Claude Gellée, dit le Lorrain, capable de contempler un effet de lumière sur des feuillages pendant des heures, mais aussi Hiroshigue, Van Gogh, Cézanne ou Picasso. Affiner notre présence au monde est un exercice qui demande une grande rigueur et de la persévérance. Il faut avoir le courage de ralentir, dompter l’envie de passer à autre chose, d’avancer. Dans son enfance, Milton Erickson (1), paralysé par une maladie, passa deux années cloué dans un lit d’hôpital. Il développa un sens de l’observation extraordinaire, tel un véritable Sherlock Holmes de la psychologie. La moindre variation dans la couleur de la peau ou dans l’intonation d’une voix devenaient pour lui des indications précieuses sur l’état psychologique des personnes de son entourage. Plus près de nous, Edward T. Hall (2), l’un des fondateurs des études interculturelles, passa des heures et des heures à visionner des vidéos pour détecter les rythmes cachés des conversations, les gestes significatifs et tout ce qui fait langage au-delà des mots. Il en déduisit sa théorie des cultures profondes, et d’autres intuitions fulgurantes sur la communication interpersonnelle, qui pourraient occuper les chercheurs pendant des décennies. 

Tous ces exemples ont en commun le principe d’immersion. Plonger au cœur des choses, libéré de tout ce qui nous en sépare : interprétations, croyances, voilà le secret d’une véritable présence au monde. Alors, seulement, nous pouvons créer du nouveau. Nous cessons de reproduire les schémas connus et rassurants pour accueillir ce qui vient, le futur émergent au cœur de l’expérience. Tel est le message développé par Otto Scharmer, dans la Théorie U. C’est également le sujet de ce blog, depuis le premier jour. S’immerger au cœur de l’expérience, pour mieux accueillir l’émergent : appelons cet exercice « l’immergence ». Signalons aussi les travaux de Francisco Varela sur le sujet.  A suivre

1 : « Ma voix t’ accompagnera, lien

2 / La danse de la vie

Emergences, coaching et poésie


On me demande parfois comment me vient le sujet de ces articles, et pourquoi je choisis de les aborder sous l’angle du coaching, ou de la poésie.

La poésie est mouvement, recherche, inachèvement.

C’est un élan, qui parfois se brise.

Tour à tour rauque, affolée, jouissive, ou mature et calme, elle ne paraphrase pas le monde en plus décoratif : elle rend visibles des processus transformationnels. Eclosions, croissance, acmé, flétrissure et mort. C’est le passage bouleversant de la vie à travers le vivant. On est dans la matière, dans la fibre des muscles au moment où ils se contractent, on palpite en eux, on respire lorsqu’ils se relâchent.

Comme le coaching, la poésie offre l’espace d’un miroir attentif, une écoute au monde, à l’autre, et renvoie quelque chose qui produit du sens, apaise, réconforte ou donne envie d’agir.

Je n’écris pas dans l’intention d’exprimer quelque chose, mais pour créer de la relation.

Le coaching, pour sa part, offre des occasions de voir briller, dans les yeux de celui qui nous parle, ou qui prend soudain conscience qu’un chemin s’ouvre, un éclat vif, intense, chargé de toute la puissance poétique des émergences.

Le coaching et la poésie se complètent, s’amplifient, se polissent.

Ils ont en commun l’exigence de porter au plus haut degré d’accomplissement l’ADN inscrit dans les plis et replis de nos vies.

L’un et l’autre font résonner des accords singuliers, aiguisent notre attention, proposent des connexions subtiles.

Les deux démarches nous engagent, chacune à sa manière. Elles illustrent le choix qui s’offre à nous, à tout instant, de subir ou de vivre. Et cela coûte. Il y a des risques à prendre et des courbatures à gagner.

Pour conclure, cédons la parole à Franck Venaille, interviewé dans le Monde des livres : « Un livre, c’est toute une forêt qui se déplace et qui vient jusques à nos fenêtres pour dire : « Qu’est-ce que tu as fait de bien ces temps-ci, digne d’apparaître dans ton travail ? »

L’homme dans le paysage


Tout paysage est imprégné de l’histoire et du travail des hommes. Quand je vois une route, je songe à ceux qui l’ont empruntée, une haie m’évoque ceux qui l’ont plantée, un bord de mer peuplé d’oiseaux, ceux qui ont permis qu’il soit protégé. Une amie me faisait un jour observer, au cœur d’une forêt profonde, des chênes au tronc épais, dont les premières branches démarraient assez près du sol. Elle m’expliqua que ce devaient être les traces d’une clairière, où les paysans menaient leurs porcs se nourrir de glands. Ainsi, les traces de cette activité médiévale demeuraient parmi nous, lisibles à qui savait les déchiffrer. Dans une ville, ce sont d’anciennes publicités vantant des marques disparues qui réapparaissent à l’occasion d’un décoffrage, dans le métro, ou sur des murs trop hauts pour qu’on eût songé à les remplacer. Qui buvait ces apéritifs amers ? Quelles mères de famille nombreuse utilisèrent ces lessives au nom désuet ? Je me souviens des stations de métro condamnées, à Berlin. Elles restèrent figées « dans leur jus » jusqu’à la réunification, et même un peu après. On pouvait encore voir en 1992 des publicités datant de 1961. Puis le Mur tomba. On a recouvert les parois de publicités nouvelles, mais l’Homme de 1961, qu’est-il devenu ? Dans toutes les peintures chinoises, on trouve un petit personnage assis sous un arbre, ou traversant une rivière. Seul au milieu d’un paysage immense. Ecrivant ce texte dans le métro, au moment où il traverse la Seine pour s’engouffrer dans le tunnel de Passy, comment ne pas songer à l’histoire de cette ville, si profonde ? Le visage d’une ville, comme celui d’un homme ou d’une femme, exprime la beauté singulière que prend la vie lorsqu’elle va jusqu’au bout de son expression. « « L’univers n’est pas obligé d’être beau », écrit François Cheng dans « Œil ouvert et cœur battant ». « Nous pourrions imaginer un univers uniquement fonctionnel, sans qu’aucune idée de beauté ne vienne l’effleurer (…) Pour qu’il y ait vie, il faut qu’il y ait différenciation des éléments, laquelle, se complexifiant, a pour conséquence la formation de chaque être en sa singularité (…) A mes yeux, c’est avec l’unicité de chaque être que comme la possibilité de la beauté ».

Où le poète oriental rejoint la pensée d’Edgar Morin, le philosophe occidental.

Il continue : « L’unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l’instar d’une fleur ou d’un arbre, n’a de cesse de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat singulier, qui est la définition même de la beauté ».

Soyons attentifs à ces traces et curieux de leur histoire. Ainsi se gagne la présence.

Violence de Pâques


Il est arrivé! Quoi? Le printemps! A ne le voir qu’au travers d’images romantiques, pommiers en fleurs et gazouillis d’oiseaux, on en oublierait que le printemps déchire. Littéralement. La peau trop fine, trop neuve, qui recouvre nos émotions craque sous la violente poussée de sève. Il faut que quelque chose meure pour que l’appétit de renouveau soit satisfait.   C’est la violence de Pâques. Nous sentons vibrer l’écho d’anciennes religions et mythologies inspirées par le cycle des saisons. Croyances désuètes et configurations obsolètes doivent laisser place à de nouvelles figures.  D’autres en sortiront raffermies.

Lilas en Touraine

Chaque année, les oiseaux créent un chant nouveau, pour séduire à nouveau l’oiselle. Leurs cellules naissent et disparaissent, pour laisser la place à d’autres. Et nous ? De quelles naissances voulons-nous être les accoucheurs ? Tandis que nos horizons s’élargissent, l’être en nous qui s’émeut demeure, évolue, suit son propre rythme. Notre corps le sait bien, mais notre esprit l’oublie. Quelles promesses décidons-nous de renouveler ? A quoi resterons-nous fidèles ?

Intelligence collective et butinage (deuxième partie)


Résumé de la première partie : la première de mes trois journées de cours sur l’Intelligence collective à Paris 3 est dédiée aux fondamentaux, que nous explorons tout d’abord sous forme de discussion, puis à travers une série d’exercices pratiques. Ce groupe, assez jeune, allie la fraîcheur du regard à une certaine maturité du questionnement. Riches d’une large diversité d’expériences professionnelles ou associatives : football, colos, théâtre ou jobs d’été, ils cherchent des réponses pratiques aux difficultés qu’ils ont déjà pu rencontrer.  Sans naïveté ni complaisance, ils ont soif d’apprendre et d’expérimenter.

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Sur des épaules de géants (1 sur 2)


Parfois, nous avons l’impression que la Vie nous force à devenir des géants.

Je me souviens du fils d’une amie, un garçon de 10 ans … Lors de son entrée en sixième, le petit G.… a commencé à faire des cauchemars.

Emmené chez une pédopsychiatre, il s’est dessiné tout petit au milieu de ses deux parents immenses. La psychologue expliqua alors aux parents perplexes qu’il exprimait un refus face à ce qu’il ressentait comme une pression pour grandir trop vite.

Ce stress du « passage en sixième », nous pouvons l’éprouver à divers moments de la vie personnelle ou professionnelle. Changer de travail, de métier ou de pays, recomposer sa famille, faire face à la perte d’autonomie ou à la disparition de ses parents, à la maladie grave d’un conjoint. Tout devient extrêmement compliqué, et, comme le petit G.… à la veille de son entrée en sixième, nous sommes terrifiés à l’idée de ne pas être à la hauteur.

C’est que nous avons oublié une donnée essentielle. « Si j’ai pu voir si loin », écrivit Copernic, « c’est que j’étais juché sur des épaules de géants ». Face aux épreuves de la vie, nous sommes tous des géants-porteurs les uns pour les autres. La coopération, qui requiert la confiance, serait même selon l’éthologue Frans de Waal l’un des plus grands avantages compétitifs de l’espèce humaine (l’Age de l’empathie, 2010).

Reste à gérer le vertige. Le principal travail d’adaptation consiste d’abord à rééduquer notre « oreille interne ». Comment percevons-nous la distance qui nous sépare de l’objectif ? Et si elle nous paraît vertigineuse, comment la réduire ? La technique la plus efficace consiste à transformer les obstacles, réels ou imaginaires, en un plan d’action. « Je n’y arriverai pas » devient : « sur quels paramètres ai-je du pouvoir », puis « quelles sont les principales questions à résoudre, et dans quel ordre » ? Et enfin : « comment progresser » ?

Voyant qu’il avait des difficultés dans les matières classiques, les parents du petit G.… lui proposèrent de tenter diverses activités pour multiplier les occasions de réussir, parmi lesquelles la natation.

Semaine après semaine, ils lui ont prodigué leurs encouragements, hurlant au bord des bassins. Il dut maîtriser sa peur, apprendre à respirer sous l’eau, à bien finir une épreuve. Lutter dans ce terrain mouvant, dépourvu de points d’appui, où les muscles tirent, où mille sirènes vous implorent de lâcher. Il en a bavé, mais il a tenu.

Comment se motive t-on pour gagner quelques dizaines de secondes ? De la même façon qu’on se mobilise pour tenir face à la maladie. C’est la conclusion à laquelle nous sommes arrivés en discutant avec une coach sportive rencontrée par hasard aux urgences d’un hôpital parisien.

Elle accompagnait un client. Moi, des proches. On attend beaucoup aux urgences. Tandis que son client se tord de douleur sur son brancard, un coude déboîté, flambant de jeunesse au milieu des vieillards dans son maillot jaune et rouge, je lui fais part de mon intérêt pour tous les facteurs de l’endurance. Nous nous apercevons rapidement que nous parlions le même langage : fractionner l’objectif, tenir le pas gagné (Rimbaud), qui dans le foot se traduit par « occuper le terrain », voire « conserver le ballon », enregistrer et célébrer le moindre progrès, analyser froidement les échecs, et surtout se projeter dans le « maintenant » de la victoire.

Pour un malade en voie de guérison, cela peut être une expo que l’on se promet d’aller voir avec des êtres chers. Pour le sportif, un progrès régulier lors des prochaines compétitions, ou gagner dans un lieu symbolique.

Il s’agit de construire des anticipations positives (« monter en première division »), couplées à des principes d’action de style « je ne raccroche pas avant d’avoir conclu au moins une vente » pour le commercial, ou « chaque minute de vie est une occasion d’aimer, et de se le dire », à propos d’un être cher.

Jusqu’ici, rien de révolutionnaire. Ce qui change, c’est la multiplicité des occasions d’appliquer la méthode. La pression exercée sur les individus est trop forte, les ruptures de repères trop nombreuses et surtout elles se succèdent de manière si rapide et si violente qu’il devient indispensable d’industrialiser le procédé.

A suivre…

Un problème bien dessiné est déjà à moitié résolu


Le premier souci du coach est d’aider chacun d’entre nous à retrouver du pouvoir sur sa vie. Avec les bons outils, c’est encore mieux.

BuencaRmino

Avez-vous parfois l’impression d’être débordé par les événements? De bouillonner d’idées, d’envies, de projets, sans savoir par où commencer?

L’un des pères de la psychologie du bonheur, Mihaly Cszickszentmihaly, explique dans « Vivre » que le simple fait d’établir de l’ordre dans son esprit compte parmi les plus importants facteurs de bien-être. Construire une représentation structurée des événements, c’est la première étape pour ne plus les subir. Les amateurs de mind mapping, ou cartes mentales,  ont fait l’expérience de l’apaisement que procure l’action de « dessiner son problème ».  L’effet sur l’esprit est comparable à la vision d’un tourbillon de feuilles mortes soulevées par le vent, qui composent en retombant au sol un motif structuré. Les idées, les émotions mêlées qui dansaient il y a encore un instant devant nos yeux trouvent chacune leur place, et nous éprouvons un sentiment de pouvoir sur notre vie du simple fait de les contempler, ainsi ordonnées.

Comme pour beaucoup…

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Le marron d’Hudson ou les saisons du changement


marronsLe marron, frais sorti de sa bogue, doux au toucher, lisse et d’un beau brun luisant, de quoi nous parle-t-il ? De l’automne et de ses sortilèges, de l’enfance, des promenades sous les arbres penchés, sur un tapis de feuilles colorées, où les bruits s’amortissent. On le ramasse, on le tient dans la paume de sa main pour le plaisir de goûter sa tiédeur, sa rondeur apaisante, bienveillante, amicale.

Il ne promet rien, pas même la conservation des souvenirs plaisants, encore moins le retour des beaux jours, car on sait que l’hiver approche, mais le tenir ainsi nous fait du bien. Sa discrétion rassure. C’est un ami fidèle, sur qui l’on sait pouvoir compter. Sa magie n’a rien de spectaculaire, mais elle touche à l’essentiel. Car ce beau fruit possède le pouvoir d’absorber une partie de nos chagrins, d’alléger nos craintes, et de nous ramener dans le cocon de l’instant présent.

C’est un doudou naturel, protecteur et consolateur, comme ces musiques qu’on écoute en boucle à l’adolescence, déchirés par la nécessité d’aimer et de grandir, de rupture en rupture.

Il y a de la joie dans sa manière de refléter la lumière. Il l’enrichit d’une tonalité généreuse, synonyme d’abondance et de satiété. Grâce à lui, l’automne devient une saison de la résilience, un temps de récolte où la vie révèle de nouveaux accords, plus riches, plus complexes et plus variés que ceux des saisons pleines. Les concerti pour mandoline, de Vivaldi, font merveilleusement chatoyer ces sonorités délicates, soleils de fin d’après-midi passant à travers des feuillages ou multipliés dans le courant d’une rivière.

Le coach Hudson, au beau nom de fleuve nord-américain, a formalisé dans sa théorie du changement la métaphore des quatre saisons comme cycle du renouvellement, que précèdent le tri, l’abandon, la germination. Rien ne sert de vouloir accélérer le processus. Chaque étape est nécessaire.

Le marron, dans sa complétude, nous renvoie quelque chose de nous-mêmes. Il nous dit que nous possédons les ressources et le talent nécessaires pour rebondir, quand le moment sera venu. Mais il nous donne aussi l’autorisation de prendre un temps de repos, un temps pour soi. Ce besoin de confort, d’intériorité, parfois stigmatisé comme une tendance à l’égoïsme, écoutons-le. Ne craignons pas le silence, l’immobilité : c’est le terreau dans lequel germinent les projets les plus audacieux. Dans ces moments-là, soyons de bons compagnons pour nous-mêmes. Apprenons à apprécier ce qui est là, comme on passe un chiffon imbibé de cire sur des meubles en bois pour accentuer leur luisant.

Ce marron, recueilli dans une forêt de France, évoque aussi pour moi l’Amérique du nord, des envies de voyages, et de très belles conversations. Que vous dit-il ?