Archives de Catégorie: Mouette Sans frontières

Un dimanche à Venise


Si vous vivez en ville en ce moment, vous aurez certainement besoin d’entendre quelque chose comme ceci pour préserver votre santé mentale : Mésange charbonnière

Ou bien celui-ci : Chants d’oiseaux

Régalez-vous, c’est gratuit, offert par la nature. ce n’est pas que les oiseaux avaient disparu des villes, mais leur chant était couvert par le bruit des voitures.

Mais si vous voulez faire plus que les entendre, et vous entraîner à les reconnaître, c’est ici, par exemple la mésange charbonnière  (tulip-tulip-tulip):encore des oiseaux

A ne pas confondre avec la mésange bleue, « toujours vie et décidée ». Sa voix est très aigue, acidulée, un peu aigrelette selon le commentateur :   « c’est un peu comme un petit éclat de rire suraigu » mésange bleue

Et pour s’exercer à en reconnaître jusqu’à 25 espèces, c’est ici : 25 chants d’oiseaux

La nature reprend ses droits, partout, dans les villes abandonnées par les touristes. On aurait aperçu des dauphins nageant dans le grand canal, à  Venise, Dauphins à Venisetandis que les parisiens redécouvrent émerveillés le chant des oiseaux. J’ai décidé d’apprendre à les reconnaître, un par un : Courrier international des dauphins à Venise

Et le petit chêne incongru qui pousse au milieu des fleurs, sur le balcon de ma mère. Que fait-il là ? Chêne au balcon

Je conclus ce moment Turquoise par une nouvelle citation des Furtifs, d’Alain Damasio, poursuite du fragment partagé hier : « Un anthropologue aurait certainement su montrer que ces pratiques, à la fois énergétiques, sociales et spirituelles, tramaient en profondeur, à la manière d’un batik. (…) Je connaissais très peu de communautés où les liens étaient aussi délicatement tissés entre les gens, où l’on sentait une attention mutuelle, une attention ourlée et constante, j’allais dire féminine. Et encore moins de communautés où ces liens humains semblaient se prolonger hors du social, en rhizome à nos pieds ou à la façon de branches qui auraient poussé au bout de nos doigts, tendues vers … Vers quoi ? Les animaux et les plantes, la terre retournée, le fleuve ? Plus loin ? Vers le cosmos ? Ça sortait en tout cas du seulement-humain, de trop-humain, de l’hominite aigüe qui nous attaque les os et les sinus, nous rend si pincés, si étroits. »

Si ce vocabulaire, ou ce qu’il évoque, vous paraît ésotérique, ce n’est pas grave. Entraînez-vous déjà à reconnaitre le chant des oiseaux.

Le kiné de campagne et la tourterelle


En marchant sur la plage, où le conseil municipal vient d’interdire à son chien de batifoler, même après 19h00, l’ami d’enfance me raconte ce dialogue avec l’une de ses patientes :

-monsieur, ca fait une heure que vous êtes là, dit la vieille dame étonnée

-madame, lui répond le kiné de campagne, je ne regarde jamais ma montre. C’est pour ca que j’ai choisi d’être kiné à domicile. Merci pour le café. Pour les deux cafés.

– Je vais beaucoup mieux maintenant,n’est ce pas? Dit la vieille dame avec un sourire fin, plein de retenue. Toujours vêtue de rose, très soignée, courtoise, elle conserve une petite trace d’accent belge au bout de trente années en Touraine.

– Vous allez beaucoup mieux, bien sûr. La preuve : vous marchez jusqu’au fond de votre jardin. Mais si je continue de venir vous voir c’est à titre préventif, par vigilance, et pour le plaisir de votre conversation, répond le kiné de campagne en allumant une cigarette. Elle fume aussi, enfin, elle vapote. Une odeur de caramel se répand dans la pièce.

– Merci, répond la vieille dame.

Depuis six mois qu’il la soigne, non seulement le Parkinson a régressé, mais elle a pu diminuer les doses de son traitement pour la psychose.

-C’est moi qui vous remercie. Vous me redonnez le goût de faire ce métier

-Vous reprendrez bien un café pour la route?

-…

Les inspecteurs de la Sécurité sociale lui diraient probablement qu’il fait de la sur-qualité. Lui répondrait qu’ils se soignent mutuellement.

Le soir, on discute sur la terrasse (politique, montée de la violence, déchirement de la société, chacun campe sur ses positions, s’échauffe, argumente sans tenir aucun compte de l’autre) quand résonne une voix féminine depuis l’intérieur de la maison : une tourterelle est venue se poser sur le miroir de sa chambre. Tout le monde se précipite pour venir voir l’oiseau qui reste là, tranquille, en équilibre sur son drôle de perchoir. De temps à autre un mouvement imperceptible de la tête révèle la finesse de ses lignes. On s’interroge : est-elle blessée? Malade? Mourante peut être? Indifférente à nos conjectures, la tourterelle, d’un coup d’aile, va se poser sur le rebord de la fenêtre. Un rayon du soleil couchant caresse son plumage d’un gris tendre et chaud.

Le temps que les invités prennent quelques photos pour les envoyer aux enfants via Whatsapp, elle s’élance vers le clocher de l’église où l’attend sa compagne.

A cette heure, elles roucoulent encore.

Cherchait-elle où bâtir un nid?

La ville-corail


La ville-corail se régénère et nous accueille,
Sur le récif croissant de notre histoire,
Augmentée de nos rêves.
Son opéra diffuse les amours symbiotiques de Polype et de Zooxanthelle.
Le Sauvage y prospère dans les friches, les interstices, les voies abandonnées, en lisière des parcs.
On y voit parfois des animaux relocalisés,
De ceux qui font de tout espace un territoire, et du silence une opportunité.
Renards trottant de nuit, faucons planant entre les tours de Notre-Dame, rats, punaises, et ces chers moustiques porteurs de maladies nouvelles, dangereusement exotiques.
L’Humain, qui s’y croit seul, s’extasie lorsqu’il les rencontre, ou réclame à hauts cris qu’on les anéantisse avec la rage d’un propriétaire découvrant, au matin, des inconnus dans son salon.
D’autres, plus sages, pensent à déposer une coupelle remplie d’eau sur leur balcon, les jours de canicule, avec la tendresse attentive qu’on a pour ses parents âgés. Les mésanges assoiffées viennent y boire sans crainte.

Ainsi se nouent, se renouent, des liens défaits par la défiance et la cruauté.

Mésanges, martinets, verdiers, chardonnererts: le chant choral qui s’élève alors de toutes parts, au-dessus des toits, dans l’air frais du matin, nous remplit de gratitude.Nous levons la tête pour contempler le ballet des hirondelles,
Et nous nous rappelons avec joie que nous sommes cette partie de la ville qui s’est mise un jour à aimer.

Les deux Génies, le prince et la grenouille


Netflix n’étant pas encore arrivé au pays des Génies, certains soirs, ils s’ennuyaient fort.

La fraîcheur venait enfin de tomber après plusieurs semaines d’une canicule intense qui avait frappé toute la Lacustrie du Nord. Le Génie des mots, penché sur l’écran d’un PC, entendit une voix impérieuse :

  • Frotte !

Il se retourna. Cela venait d’une vieille lampe à pétrole posée sur le piano derrière lui.

  • Plaît-il ?
  • Frotte donc, abruti !
  • Abruti toi-même !
  • Encodé !
  • Pétasse !
  • Polychrone !
  • Juriste !
  • On avait dit pas d’attaques personnelles ! Si tu triches à chaque fois…
  • Triche ou magie, la frontière est mince.
  • Je te rappelle que c’est moi qui suis supposé jouer avec les mots.
  • Comme tu veux, mais frotte, sinon : pan sur le bec !

Avec un peu de lassitude, le Génie des mots frotta la lampe. Un Génie bleu, luisant, souriant, déplia son corps body-buildé, puis se mit à sautiller sur un pied, la tête penchée sur le côté.

  • Qu’est-ce qu’il t’arrive ? S’étonna le Génie des mots, pourtant habitué aux manières étranges de son comparse.

Une petite goutte d’huile sortit à ce moment-là de l’oreille du Génie de la lampe.

  • C’est la vieille, elle se relâche un peu sur le ménage, avec la canicule. Alors dis-moi, tu bloques ?
  • Un peu, oui. J’aimerais venir en aide à ce blogger mais son histoire de prince et de grenouille ne m’inspire pas trop.
  • Fais-voir le titre ? Confessions d’une grenouille ? C’est une blague ?
  • Ca ne te plaît pas ?
  • C’est nul ! Est-ce qu’il n’avait pas déjà commencé quelque chose sous le titre « la reine des grenouilles » ? (https://buencarmino.com/2011/09/25/la-reine-des-grenouilles-13/)
  • Justement, ça fait déjà de longues années. Le drame, c’est que le sujet n’intéresse personne alors que ces pauvres petites bêtes sont en voie de disparition accélérée. Le journaliste du Monde qui avait écrit le premier article dédié à cette tragédie avait dû commencer par une supplication : « ne tournez pas la page » ! c’est dire si tout le monde s’en moque.
  • Ne parlons pas de moquerie. Pas encore.
  • Oui, c’est vrai. Interdit de spoiler. Tout de même tu sais bien que la disparition des petites bêtes fait pleurer cinq minutes, et puis on zappe.
  • C’est pour ça qu’il n’a pas fini son histoire ?
  • Je ne sais pas. Il y avait pourtant des répliques assez savoureuses.
  • Oui mais bon, une histoire de grenouille qui demande à un peintre de faire son portrait… c’est pas très vendeur quoi…
  • Voilà, et plus tard il s’en mord les doigts car les grenouilles ont disparu, elle n’a pas pu lui transmettre un secret très important, qui concerne le sort de l’humanité. Il s’agissait d’éviter une catastrophe et maintenant, qu’est-ce qu’on va faire ?
  • Le truc qui me chiffonne, c’est que normalement c’est une jeune fille qui doit embrasser la grenouille et après, « bim » elle se transforme en prince non ? Ou alors la grenouille est gay ?
  • Ca y est j’ai compris, la grenouille est trans. Le sujet, c’est l’histoire d’un être délicat, sensible à la beauté, affectueux, obligé de vivre dans le corps d’une brute épaisse couverte de pustules.
  • Les grenouilles ne sont pas couvertes de pustules, tu confonds avec les crapauds.
  • Bon, alors on fait fausse route.
  • Je crois.

Long silence.

Le Génie de la lampe plissa son front bleu.

  • Reprenons au début. Il faut chercher les indices. Comme quand elle lui dit « peut-être suis-je un peu plus qu’une simple grenouille des marais»… ca doit signifier quelque chose.
  • C’est ça. En fait, il n’a pas su poser la bonne question, par manque de curiosité.
  • Grave péché, le manque de curiosité !
  • Terrible !
  • A cause du manque de curiosité des humains je suis contraint de passer des siècles et des siècles enfermé dans une lampe qui pue l’huile rancie, moi qui ai tant de merveilles à offrir.
  • C’est nul, compatit le Génie des mots. Il faudrait trouver une grenouille et l’interroger.
  • Mais où veux-tu qu’on trouve une grenouille ?
  • Eh bien, dans la chambre des enfants. Il y en a une, en peluche.
  • Tu crois qu’on arrivera à la faire parler ?
  • Dis-donc, on est les experts ou pas ? Un peu d’assertivité, mec ! Fais briller tes neurones !

En un éclair, les deux génies se transportèrent dans la chambre d’enfant où ils dénichèrent une grenouille en peluche verte, aux membres un peu mâchouillés, vaguement décousue, les doigts de pied palmés peints en rouge, une sorte de couronne jaune sur la tête.

  • Vous êtes la reine des grenouilles ? S’enquit courtoisement le Génie des mots.
  • Ben ouais mon pote, répondit d’une voix rocaillo-gouailleuse la créature mâchouillée, qui leur faisait de plus en plus penser à Marguerite Duras, ou à la célèbre éditrice Françoise Verny avec sa grosse tête sans cou enfoncée directement entre ses épaules massives. Sur qui tu pensais tomber mon chéri ? La reine des pommes ?
  • Delighted, enchanté, hurla le Génie de la lampe avec l’enthousiasme exagéré d’un personnage de Tex Avery. Lui c’est Bob le Suave, il travaille dans la communication, et moi, Boose-K, dans la fumisterie.
  • Je croyais que c’était la même chose ?
  • Pas du tout ! Lui, c’est le Génie des mots, et moi je suis dans la lampe. Littéralement, à l’intérieur de la lampe.
  • Renversant, et vous lui voulez quoi, à la reine des grenouilles ? répondit la peluche.
  • On est venus pour un petit renseignement, gloussa Bob le Suave.
  • Ca va vous coûter cher, mes agneaux. Très cher.
  • Oh come on la vieille, fais pas ta bitch, t’as passé l’âge de jouer les fucking reyna de la playa.
  • On vient t’offrir le come-back sur un plateau d’argent et tu mégotes le scénario ? Renchérit le Génie bleu.
  • Justement, mes loulous, à propos de scénario, vous voulez savoir la fin ou on la joue au poker ?
  • Ne vous moquez pas de nous, Reine. C’est pas parce qu’on est des Génies qu’on se croit plus malins que les autres.

Le visage de la grenouille se contracta en un horrible rictus. Visiblement, le coup avait porté, mais lequel ?

  • Je ne me moque pas, les bichons. Plus jamais je ne me moquerai de qui que ce soit, ni moi ni personne de ma race. Latone, ça vous dit quelque chose ?
  • Ca dépend, se hasarda le Génie de la lampe. La tonne de quoi ?
  • OK, vous n’êtes pas au parfum, répartit la Créature en fourrageant à l’intérieur de son estomac déchiré, d’où elle sortit une clé usb. Il y a une variante de l’histoire, avec une autre fin. (à suivre)

Les deux génies


Le génie de la lampe et le génie des mots
Se rencontrèrent un soir, au crépuscule
Leur conversation dura jusqu’à l’aube
Puis ils se quittèrent en s’abstenant de toute promesse
Ils avaient vu dans le jeu l’un de l’autre
Et devinrent plus modestes

L’amour du jeu


Et si la réelle authenticité, c’était de se réconcilier avec l’acteur en nous? Celui qui fut d’abord un enfant s’amusant à incarner des personnages, à épouser leurs intentions secrètes et voir le monde à travers leurs yeux? Les enfants ne cessent de se réinventer, sans pour autant trahir leur fibre profonde. Certains vieillards, à l’issue d’une belle et longue vie, allégés des devoirs et des apparences, renouent avec ce côté ludique, profondément humain, suscitant parfois l’incompréhension. Entre les deux, l’adulte a bien du mal à maintenir ce qu’il prend pour de l’intégrité. Il s’en tient à la partition, oubliant la musique.

Comment la cigale apprit à danser aux fourmis


Parfois je pense à la cigale, aux remords étreignant la fourmi radine, qui la laissa crever de faim quand l’hiver fut venu. 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Certains initiés en connaissent l’étrange épilogue : quelques siècles plus tard, la cigale choisit de se réincarner dans une grande ville occidentale. Se souvenant du conseil donné jadis par sa voisine, elle apprit à danser, et fit si bien qu’on la réclamait de toutes parts dans les salles de sport où les fourmis laborieuses venaient entretenir leur forme et déstresser. Elle s’amusait de les voir, raides comme des piquets, se déhancher gauchement sur des musiques bollywoodiennes. Ce qui les rendait particulièrement nerveuses, c’était une rumeur affirmant que leurs emplois de fourmis seraient bientôt remplacés par des robots animés par de l’Intelligence Artificielle. Les plus diplômées d’entre elles tentaient de se rassurer en se disant qu’elles étaient beaucoup trop compétentes et s’acquittaient de tâches bien trop sophistiquées pour  des robots. La plupart, cependant, n’étaient pas dupes. Elles agitaient frénétiquement leurs antennes et leurs petits corps grêles serrés dans des maillots fluos pour oublier un moment l’angoisse du lendemain. La cigale, pas rancunière, tentait de leur enseigner l’art de bouger en harmonie avec son corps, avec la musique, et même avec la lumière du jour. Certaines des fourmis, touchées par la grâce, y parvenaient. La plupart se contentaient de maigrir, ne pouvant concevoir de plus haute ambition. Selon leur logiciel, en effet, le bien-être était une idée dangereuse, une redoutable brèche dans l’esprit de discipline qui avait assuré la survie de leur espèce depuis des millions et des millions d’années.

Le compagnon de la cigale, qui était poète, venait parfois la retrouver à la fin du cours. Tandis que les fourmis, épuisées, filaient se changer au vestiaire, ils s’entraînaient en vue d’un concours de tango auxquels ils s’étaient inscrits tous les deux. L’une des fourmis, fascinée par l’harmonie de leurs mouvements et la joie qui rayonnait sur leurs visages, s’approcha timidement.

-comment faites-vous, leur demanda t-elle, pour jouir ainsi de la vie quand tout nous incite à l’angoisse?

-suivez-moi, répondit simplement la cigale, et elle l’entraîna hors de la salle de sport, dans un square où des enfants jouaient en poussant des cris d’excitation.

-vous voyez, madame, ils n’ont pas peur du futur : ils l’inventent.

La poésie, madame, et les Oiseaux Rares


Pourquoi la poésie africaine n’est-elle pas invitée au festival d’Avignon cette année? Mystère.

Il faut se gorger de poésie, l’aimer comme on respire, ou comme on jette un défi.

Un défi à la banalité. A la résignation. A tout ce que vous voudrez.

C’est une exigence folle, un étonnement constant.

Car la poésie n’est pas chère, mais elle n’est jamais gratuite.

Hommage aux Oiseaux Rares (Les Oiseaux Rares), magnifique librairie du quartier Croulebarbe où vibrent les mots, les idées, où l’on peut entendre parfois des auteurs lire des extraits de romans, de poèmes,  où l’on trouve, posé parmi tant de trésors, un recueil de Nimrod.

« J’aurais un royaume en bois flottés » (nrf Poésie/Gallimard) contient d’inestimables pépites, comme celle-ci, rude et contemporaine :

« Ils les frappent avec des tuyaux d’arrosage

Ils les frappent avec des tuyaux en latex

Ils les frappent sous le soleil de midi

Ils les frappent en double salto »

ou bien :

« J’ai souvenir de cet éléphant qui s’éloigna

Comme se déploie

Le dédain »

Ainsi nous frappe la vie, et nous nous déployons en salto, comme ces étudiants tchadiens maltraités par la police. Après, ce qui revient, c’est encore la vie. Mais une vie plus brillante, plus dense, plus rauque. Un écart. Ce qu’elle nous propose? Naître à la poésie. Jour après jour.

 

 

 

 

Pour l’amour du silence


Cette chronique en remplace une autre sur « les horizons perdus », impossible à tenir.

J’écris « tenir », comme on tient une ligne de crête, une promesse faite à soi-même, une position militaire. Car l’été n’éteint pas le feu qui couve sous la braise, et je refuse de l’attiser.

J’écrirais volontiers sur le Burkina (« pays des hommes intègres »), pour faire contrepoids aux stupidités qu’on peut entendre et lire à propos du burkini. Malheureusement je n’y connais rien. L’hédonisme consommateur évoqué par Yves Michaud n’est pas satisfaisant non plus, j’ignore quels cocktails tendance, vintage ou néo-bitter siroter à l’heure de l’apéro, et je n’ai pas encore suffisamment potassé pour vous parler de la rentrée littéraire.

Alors ? De quoi peut-on parler sans fuir ? Déjà, la rentrée me mordille les mollets pour m’attirer dehors, dans la rue trépidante. On me demande un article sur le Brexit, mais j’aimerais prolonger de quelques jours encore la liberté d’écrire pour le seul plaisir.

Reste à trouver un sujet. Ecrire sur l’amour du silence, le silence de l’amour. Entre les deux, quelque chose se passe.

C’est une interview de l’anthropologue David Le Breton dans un magazine TV qui m’a mis la puce à l’oreille. Ils consacrent tout un dossier au silence, à sa disparition prochaine. Comme tout ce qui disparaît me touche, le noble silence gagne son ticket pour la chronique du jour.

Relevons tout de suite un premier paradoxe : lorsqu’on ne peut plus trouver le silence, le pis-aller consiste à le remplacer par une musique apaisante, supposée couvrir les bruits environnants et apporter la paix de l’esprit. C’est le choix généralement fait par les nouvelles générations. Le silence aurait pour ces hyperconnectés quelque chose d’angoissant. C’est qu’il renvoie vers les mondes intérieurs, l’intimité haïe, le « face à soi » qui fait peur. Vraiment ? A vérifier.

Pour David Le Breton, le silence est l’ultime frontière, celle qui ne cesse de reculer, seuil d’un territoire qui s’amenuise au point de bientôt disparaître.

Silence des lieux calmes, isolés, squares le matin, plages désertes, hauts alpages.

Silence qui ne mord pas, ne prive de rien, qui propose.

Silence qui met en relief la parole. Intervalle entre les pensées. Accueil.

Silence nourri de regards échangés.

Pouvoir de se taire ensemble et de s’en trouver plus proches.

Interruption du bavardage intérieur.

Silence du coureur de fond.

Silence concentré du travailleur manuel, de l’artiste et de l’artisan.

Silence du dentiste au moment d’arracher la dent.

Silence ouvert, accueillant, disponible à ce qui surgit,

Silence méditatif des retraitants.

Silence des sentiers qui mènent ailleurs, ou vers soi.

Silence habité des clairières

Silence du temps qu’on prend pour lire

Silence qui laisse à nu les postures, les corps, les visages

Silence des secrets d’où naîtront des mondes, et qu’il faut protéger,

Silence qui dure, où grandissent la patience et l’estime de soi

Silence de l’amour au bord de se révéler,

Silence d’une autre rive, invitation à traverser les courants,

Silence libérateur

Silence infini de l’Eveil

Coexister c’est comprendre ce qui peut offenser l’autre


Après Martha’s Vineyard et Ré, deux îles bordant les deux côtés de l’Atlantique, l’envie me vient d’élargir notre espace géographique en republiant cette chronique de 2014 dédiée à Maurice Le Clézio, évoquant la société multiculturelle de l’île Maurice.

BuencaRmino

Aujourd’hui, c’est difficile d’écrire, mais vous lisez. de France métropolitaine, de la Réunion, de Luxembourg, du Brésil, des Etats-Unis, du Canada… Qui êtes-vous donc? Délicieux mystère!  Alors comme ça, pour le plaisir, façon de dire je vous aime, un lien vers une magnifique interview de JMG le Clézio dans le Monde, titrée : « Coexister, c’est comprendre ce qui peut offenser l’autre ». Lien ici.

Un extrait :

A l’île Maurice, on peut donc parler d’une société multiculturelle ?

L’île est multiculturelle depuis bien longtemps, puisque des communautés différentes y vivent ensemble depuis le XVIIsiècle, quand les Hollandais l’occupèrent avec des esclaves africains et malgaches. Par la suite, les Français l’ont colonisée, amenant de nouveaux esclaves, puis les Anglais, accompagnés par des Indiens hindouistes et musulmans, sans oublier l’arrivée des Chinois. Cette pluralité s’est traduite, à l’usage, par une certaine tolérance, d’autant que les Anglais ont favorisé le multiculturalisme en…

Voir l’article original 195 mots de plus

On n’est pas des touristes! (tous des touristes)



Un hors-bord, circumnaviguant l’île,

Crève la bulle atemporelle

Où nous avions trouvé refuge.

Nous voici ramenés à notre condition de touristes.




Sur les pistes cyclables on croise

Des hollandais, des parisiens, des brexites,

Toute l’Europe et la dés-Europe

Affluent sur ce bout de terre périssable.

Ce petit paradis soigné, léché, policé,

Tremble derrière ses digues

Nos esprits comme ces marais sont en zone inondable

On n’y verra bientôt plus brouter que des ânes.

famille de cosmonautes

 

Résilience 1


 

Chercher ce qui tient

Et si rien ne tient,

Chercher ce qui nourrit.

Avec humilité, chercher les mots.

Et si les mots ne viennent,

S’emplir du ciel, de la mer, du ressac

Par le corps-fenêtre absorber la lumière

Se laver

Respirer, grandir. Se refaire.

La plage est à moitié vide

Beaucoup n’ont pu venir

Il y a quelques enfants, des retraités,

Des parents fatigués.

Un peu plus tard la lumière se fait caressante,

Une voile de kyte s’élève au-dessus de la mer,

Vert fluo, couleur de l’audace

Tranchant sur la banalité des vagues elle se maintient

Juste à la bonne hauteur pour capter le soleil

Il y a les jeunes avec leur besoin de sport

Par eux la vie rejaillit

Plus tard ils boivent des bières,

Les voici maîtres de la plage.

 

On leur donnerait ce monde à refaire

On aurait tort

Ce serait les embarrasser

On n’entend pas encore de musique

Juste avant de partir un dernier balayage

Où sont les amoureux ?

Penser à l’enfant qui va naître

Lui garder ces merveilles,

La dune odorante et les sternes.

Ce sera son Royaume. Il aura des yeux neufs,

Pour lui l’océan sera le bord du monde,

Les vagues des forces terrifiantes,

Leur éclaboussure un appel.

Césars 2015 Timbuktu fait briller l’Afrique


Ravi que Timbuktu (bande annonce), le très émouvant film du mauritanien Abderrahmane Sissako, ait remporté sept statuettes aux Césars 2015, avec un petit clignement de joie supplémentaire pour l’acteur Reda Kateb, excellent dans le Serment d’Hyppocrate et aussi dans Loin des hommes, de David Oelhoffen qu’il faut vite aller voir avant qu’il ne disparaisse des écrans.

Bien sûr, il y a le contexte, l’esprit du 11 janvier : la société du spectacle  s’octroie facilement un brevet de  largeur d’esprit valorisant la diversité : « vous voyez, on ne tombe pas dans l’amalgame, la preuve on récompense un film africain, et même sept fois ». A moins qu’elle n’ait voulu nous rassurer : « DAECH est aux portes de l’Europe, les terroristes sont parmi nous, mai voyez il y a encore des gentils imams qui tentent de résister à la stupidité criminelle au nom d’un islam traditionnel plus humain, et de jolies amoureuses africaines qui chantent avec une belle voix traînante ».

Mais réjouissons-nous tout de même, en toute simplicité.  Les Césars étaient largement mérités, car Timbuktu est un film magnifique. Il va falloir s’habituer dès aujourd’hui à prononcer le nom d’Ab-der-rah-mane Sis-sa-ko (vous voyez, Nathalie Baye, ça n’est pas si difficile, comme le disait Alex Taylor sur France Inter en se moquant gentiment de l’actrice francilienne qui butait sur ces syllabes). Allez on le ré-écrit une dernière fois pour le moteur de recherche de Google et pour les lecteurs distraits, il s’agit d’Abderrahmane Sissako.

Avec ce film, c’est l’Afrique d’aujourd’hui qui fait irruption sur notre écran mental. Une Afrique pleine de vie, de dignité, qui ne mendie pas mais qui lutte pour s’en sortir malgré les obstacles. Depuis toujours, la ville de Timbuktu (Tombouctou) était la porte du continent pour les voyageurs venus du nord. C’était une ville savante, où des familles se transmettaient de siècle en siècle de très riches bibliothèques avec l’amour des livres et du savoir. L’esprit de résistance dont font preuve ses habitants dans le film puise à cette source-là, dans la fierté d’une culture ancienne que l’on venait consulter de très loin. Lorsque sont arrivés les imposteurs, ces familles ont caché les précieux manuscrits ou les ont évacués a péril de leur vie.

Quelles que soient les motivations des votants, retenons pour l’histoire que dans dix ans, lorsqu’un film issu du continent africain remportera son premier oscar à Hollywood, on se souviendra peut-être que la première marche aura été gravie ici, à Paris. Réjouissons-nous aussi de cela, d’être citoyens d’une ville où l’on sait accueillir un tel chef d’oeuvre. Des dialogues ciselés, dans plusieurs langues, car l’Afrique est tout aussi polyglotte et multi-culturelle que bien des métropoles occidentales. On se souviendra peut-être d’avoir entendu cette réplique : « porter des gants pour vendre du poisson? Coupez-moi les mains tout de suite ». Révolte et dignité.

A propos de gants, mon ami italien Francesco T… me racontait avec beaucoup d’émotion sa visite à Tombouctou, en l’an 2000 : les gants, ce jour-là, étaient imposés pour tourner les pages des livres conservés dans l’immémoriale bibliothèque.

Ce film, il faut le voir pour son message, bien entendu, mais aussi pour ses actrices et ses acteurs, pour sa lumière, pour ses cadrages tellement généreux qu’on croit voir passer, entre deux dunes, la si légère ombre du Petit prince et de son renard apprivoisé.

Ce film ose regarder l’horreur en face mais sans tomber dans la complaisance.  Il faut se laisser bercer par la douceur et la mélancolie de sa musique, y puiser de l’amour et du courage.

Et puis tiens, une idée entendue récemment pour lutter contre l’obscurantisme : et si on ouvrait les bibliothèques le dimanche? Chiche?

 

 

 

 

 

la reine des grenouilles (1/3)


A l’époque, j’étais une toute jeune grenouille sans grande expérience de la vie. Lorsqu’il s’est approché de la rivière, l’air sombre et les cheveux en bataille, je me suis demandé si c’était pour se baigner ou pour se noyer.
Il s’est dépouillé de ses vêtements un à un. D’abord ses chaussures, qu’il a déposées sur la berge, puis sa longue chemise plissée, puis le pantalon de velours brun, puis ses bas, et j’ai vu qu’il avait un corps vigoureux. Ce n’était déjà plus un adolescent, mais ce que l’on appelle un homme jeune, bientôt dans la force de l’âge. Il est entré dans l’eau jusqu’à mi-cuisses puis il s’est mis à nager à contre-courant, dans ma direction. Je l’observais, posée sur un nénuphar, lorsqu’il m’a repérée. Il y avait en lui quelque chose de solaire, avec une ombre au milieu qui me fascinait.

Lorsqu’il est arrivé près de moi, j’ai ouvert la bouche pour lui communiquer mon message, mais il n’entendait rien. Alors j’ai plongé et lui ai parlé par les vibrations de l’eau.

– vous êtes une bien étrange grenouille, avec ce point rouge au milieu du front
– toutes les grenouilles de notre famille ont ce point rouge sur le front, en souvenir d’une honte ancienne qui frappa notre race il y a très, très très longtemps
– et que puis-je faire pour vous, madame la grenouille ?
– s’il te plaît, dessine-moi
– Mais je ne sais pas dessiner les grenouilles ! Et puis, pourquoi perdre mon temps avec un sujet aussi trivial ? Personne ne s’intéresse aux grenouilles. C’est ridicule.
– Ils ont tort, car nous avons beaucoup à leur apprendre, nous qui connaissons les secrets des deux mondes.
– Peut-être mais en attendant les portraits de grenouilles ne se vendent pas et moi j’ai une famille à nourrir, rétorqua le jeune peintre. Il venait d’arriver à Rome après un long et pénible voyage, et comptait bien faire carrière en obtenant des commandes auprès des cardinaux qui pouvaient payer cher pour des sujets historiques ou religieux. Mais pour des grenouilles ? Cela ne s’était jamais vu.

– Vendre! Il n’y a que cela qui vous intéresse, vous les jeunes peintres.
– Un artiste qui ne vend pas n’est qu’un crève-la-faim, un incapable, un loser. Ce n’est pas avec des portraits de grenouilles que je deviendrai célèbre à Versailles, même pour des grenouilles parlantes.
– ah non, Et le bassin de Latone, qu’en fais-tu, jeune présomptueux? N’est-ce pas l’un des plus photographiés par les touristes dans tout le parc de Versailles? Et les grenouilles n’y occupent-elles pas une place de choix?
– oui, mais celles-là étaient des grenouilles mythologiques, elles avaient eu maille à partir avec une déesse
– eh bien, qu’est-ce qui t’empêche de dessiner une grenouille mythologique?
– Comme toi par exemple? Mytho sûrement, logique, ça reste à prouver!
– Qui sait? peut-être suis-je un peu plus qu’une simple grenouille des marais.
– Quand bien même tu serais la reine des grenouilles, je ne m’abaisserai pas à te dessiner. Ce serait compromettre la haute idée que je me fais de mon art.
– C’est ton dernier mot?
– Oui
– Alors tant pis pour toi

un long silence

– N-as-tu donc aucun voeu que je puisse exaucer?

– Aucun

Quelque temps plus tard il éait de retour, honteux de son arrogance. Il parcourut longuement les bords du fleuve, mais la grenouille ne se montra pas. La faim lui donnait des hallucinations. Parfois, il croyait entendre la voix de la grenouille, mais ce n’était que le bruit du vent dans les peupliers.
A SUIVRE

le petit monde de Buencarmino


Voilà l’été chantent (ou plutôt braillent) les Négresses vertes, à pleins poumons. Ce sera bientôt le moment de retrouver les petites routes de la Sarthe et les marais de l’île de Ré, avant d’aller respirer la poussière des Philippines entre deux cyclones, ou l’odeur de la pluie sur le mont Banahaw.

L’été, c’est un désir de liberté qui monte, une envie de poser le nez dans l’herbe et d’écouter coasser les grenouilles au bord des mares. Le monde ne cesse pas de tourner, mais d’autres voix se font entendre. A travers les personnages rencontrés au fil des ballades, et qui font de trop brèves apparitions dans ce blog, une autre sagesse pointe. Bonjour à vous, l’âne du Poitou, inventeur du slow fun gentiment moqueur et sage comme une tranche de vieux bouddha (l’âne et la mouette), lointain cousin de l’âne du mullah Nasruddin; la mouette voyageuse qui n’aime rien tant que les cantates de Bach remixées (Lady Goldberg et les variations Gaga), les renards et les hérons sarthois, grands mangeurs de grenouilles des douves, les canards de Séville et les araignées de Louise Bourgeois, les bigorneaux rétais, les tigres du Bengale et autres baleines à dormir debout. Tout un bestiaire, et j’en oublie. le colibri, qui fait sa part! Et le chat du rabbin! Comment, vous n’avez pas encore vu le chat du rabbin? Se priver ainsi de 80 minutes de pur bonheur, il n’y a que des humains pour être capables d’une telle cruauté!

la déterritorialisation de la culture pop Hommage à Xulux


Coup de coeur à Xulux, un blog dédié à la culture et qui s’intéresse tout comme BuencaRmino à la déterritorialisation et au dessin. Je vous en donne juste un court extrait J’avais abordé le sujet dans les dialogues avec Thibaud Saintain et dans mon article du mois d’octobre sur le modèle comme coach). J’y reviendrai encore dans un prochain article sur le projet EPLV (Expo Peinture Vidéo Livre) sur les livres peints de Mirella Rosner (Aracanthe).

Dommage que le mot « déterritorialisation » soit si long et donc condamné d’avance à l’ère de s 140 caractères-deux-secondes-et-demie d’attention de Twitter, car il évoque une réponse créative au sentiment d’exil, voire d’exclusion, y compris l’exclusion hors de son pays d’origine, hors de son corps, ou juste hors du présent. Je préfère donc m’en tenir à ce mot de re-paysement, désignant le choix d’habiter en pleine conscience son corps, son temps, et son espace, réel ou celui qu’on se crée. En version courte, selon le philosophe belge de la seconde moitié du XXème siècle Jean-Claude Van Damme, « la déterritorialisation, c’est aware ».

Extraits de Xulux :

1. « La Déterritorialisation est un concept phare de la philosophie deleuzienne qui illustre à merveille le processus créatif pop. Deleuze et Guattari utilisaient la métaphore zoologique pour en souligner la logique :

“Chez les animaux nous savons l’importance de ces activités qui consistent à former des territoires, à les abandonner ou à en sortir, et même à refaire territoire sur quelque chose d’une autre nature (l’éthologue dit que le partenaire ou l’ami d’un animal « vaut un chez soi », ou que la famille est un « territoire mobile »).” Gilles Deleuze, Félix Guattari : « Qu’est ce que la philosophie ? »

Mais avant d’en approfondir le fonctionnement, étudions d’abord sa genèse.

Le surréalisme constitue un bon point de départ avec ses agencements improbables, ses scènes oniriques, et ses jeux symboliques. A partir de ce moment l’art ne chercha plus à représenter exactement la nature, ou même la mythologie, mais à peindre de nouveaux mondes, les mondes intérieurs. (…)

2.

Car déterritorialiser un symbole c’est l’arracher de son milieu d’origine pour le reterritorialiser dans un environnement différent, et le faire ainsi cohabiter avec d’autres qui, réellement, ne possèdent pas de liens spatiaux ni temporels entre eux. Exposer un urinoir dans un musée c’est l’arracher de son contexte (les toilettes) pour le replacer dans un autre afin de créer une œuvre originale et un symbole nouveau.

La déterritorialisation trouve ainsi son expression musicale dans le sampling, procédé consistant à extraire un son de sa partition d’origine pour l’incorporer dans une nouvelle. Par exemple le titre de Dr Dre sample l’intro de “The edge” (1967) de David Axelrod qui figure sur l’album de David McCallum.

A pas de loup clics de souris


A vous qui passez sans rien dire
Googuelisant d’un doigt furtif
A pas de loups, clics de souris
Mais non sans laisser quelque empreinte

Votre indifférence est-elle feinte
Ou réelle ? Dans l’entrelacs des statistiques
Au matin, tel les pas d’un courlis dans les marais de Ré,
Souvenir de votre passage,  un faisceau d’’URLs

« Volage adorateur de mille objets divers »
Votre doigt clique à l’infini sur des mots que rien ne relie
Tigres, haïkus,  Chéreau, Sarthe ou David Pini
Coaching, dessin, nu, Versailles ou Murakami

Vous voici dans le labyrinthe hanté de monstres doux
N’osant d’un graffiti sournois
Commenter sur les murs ce que l’on vous inspire
Permettez donc un brin d’espièglerie

Car s’il est doux de blogger avec vous,
Ne le serait-il plus encore
De rire avec la mouette en attendant l’aurore?

Amis, laissez-donc un mot doux

les couleurs de Lisbonne


Comme il pleut sur Paris, je ressors mes photos de Lisbonne, une ville qui m’évoque aujourd’hui le plaisir  de l’amitié, les folies de Jérôme Bosch et les pavés gras, luisants de pluie, dans la jaune lumière de noël. Une ville qui pourrait être jeune à nouveau, vibrant des parfums, des musiques de l’Afrique et du Brésil, ouverte à jamais sur le monde.

 


De cette ville, on retient souvent la mélancolie, les nuances de gris, la douceur un peu décadente, mais pour moi ce sont des couleurs joyeuses, amicales, bienveillantes : vert céladon, rose tendre ou pâle des céramiques chinoises au musée Gulbenkian, bleu des azulejos dans les anciens couvents rongés d’humidité et celui parfois cru du ciel, le jaune paille brûlé, le noir laqué des tentures japonaises, et puis l’humour!

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Et puis ce livre de Pascal mercier : Train de nuit pour Lisbonne.
Extrait : « S’il est vrai que nous ne pouvons vivre qu’une petite partie de ce qui est en nous, qu’advient-il du reste »?
« Sur mille expériences que nous faisons, nous en traduisons tout au plus une par des mots, e même celle-là par hasard et sans le soin qu’elle mériterait ».


the sushi of the 1920ies


Only just two days in the coaching school and I am beginning to love the perm

anent invitation to go beyond our comfort zone.

David, citant Merce Cunningham a propos de la musique de John Cage et de ce qui se passait sur scène :  » just two different things, happening at the same time, in the same place ». At first, I felt uncomfortable with this disconnect, but thinking about it today, I appreciate the value of discomfort.

Sortir de sa zone de confort : c’est ce que l’on fera de plus en plus souvent dans ce nouveau chapitre du « Journal », qui n’a plus rien d’estival. Gardons toutefois comme fil d’Ariane (link or wink?) le goût de l’énigme et des rébus. Of course you’re all so smart, you noticed the common point between the two pictures, didn’t you?

The drawing was made in 1929 during a « surprise party » organized for my grandfather. It became known as the « soirée des chameaux », as he exclaimed when he saw the caravan of guests arriving in top hats and fur coats, with music and champagne, ready to party and dance just when he was about to go to sleep.  « Ah, les chameaux » became a rallying cry for the party-going sarthois.
The caption reads : « arrival of the caravan ».

J’imagine le cortège des voitures, le pinceau des phares balayant la nuit sarthoise, les femmes parfumées, le claquement des portières et celui des dents, les rires étouffés. Le carton d’invitation avait donné rendez-vous au bout de l’avenue « à 21 heures précises, à cause du froid ». They ate veal Orloff and salade russe, which was the sushi of the 1920ies : a fashionable fad, soon to go.

Fourty years later, we were walking in the middle of the night and in the middle of the road with David, Isabelle and a few other friends, dressed with « fancy clothes » found in an old cupboard in the attic.  The top hats didn’t mind at all being worn for the first time since 1929, they seemed to enjoy a bit of fresh air under the moon, but there were no other « camels ». The following day, David was initiating us to « light-bulb jokes » while step-dancing in the grand salon. At the time we didn’t know anything about John Cage and Merce Cunningham.

Pourquoi tresser ici les deux langues, le français et l’anglais? Pour faire plaisir à la mouette voyageuse, pardi, car le « territoire » en expansion s’étend désormais aux deux rives de l’Atlantique  (Seigneur, que tant de mers me séparent de vous). English and French, two languages « happening at the same time ».