Archives de Catégorie: Paris

Les papillons


Le papy chante la chasse aux papillons de Brassens sur la Ligne 6 entre Pasteur et Bir Hakeim. Sa voix et ses mains tremblent, il tient son micro avec difficulté, mais avec dignité. Dans sa chemise á carreaux trop large, avec son pantalon à bretelles il me fait penser à mon père quand il était à l’hôpital, si vulnérable. Chaque fois je lui donne un Euro, il me reconnaît et me remercie, 

Nous échangeons un regard de connivence,

Ou bien c’est juste une illusion.

Moi qui chante si faux, je n’aurai pas ce recours si les choses tournent mal.

Comment vit-il? Comment finira t-il sa vie?

C’est la question que la moitié du wagon se pose, avant de tourner la tête en passant devant la tour Eiffel.

Ensuite, le métro s’engouffre à Passy, la chanson s’achève, les papillons se posent sur les écrans des portables et s’y fondent.

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Turquoise


Des paillettes de Turquoise

Disséminées dans toute la ville

Oh cette vie drôle et ces sourires

Nous voici chasseurs de trésors

Hier aux abois, poussant nos corps crispés dans la rame, parmi d’autres corps las,

Ce qui revit en nous luit d’un éclat sonore

On n’en revient pas d’une telle

Simplicité, fraîcheur

Main magique c’est la nôtre

Dessins à la craie couleurs vives

Sur le trottoir après la pluie,

Lavé, géante ardoise.

Le retour à la ville (les pompiers, la guêpe et les Pokemon)


Si vous lisez cette chronique en ce moment, c’est que vous êtes encore en vacances, ou que vous aimeriez y être encore. Ce serait chouette, évidemment, de pouvoir être toujours en vacances.

Prendre son temps, vivre la saison pleinement, dans un environnement sensoriel riche, entouré de gens qu’on aime. Tâter des orteils le sable tiède, humer l’odeur de noisettes d’un sentier de rando, se donner à fond en kayak ou sur une planche de surf.

Ou rentrer. Mener à bien des projets, faire des rencontres stimulantes, exercer ses talents à réaliser quelque chose d’utile. Concrétiser ses utopies.

Voir plus large, seul ou à plusieurs.

« Utiliser avec audace des lieux temporairement inoccupés, accueillir des personnes démunies, des associations et entreprises solidaires ». Transformer un ex-hôpital en jardin, rucher, espace de coworking, centre d’hébergement pour migrants et mineurs en danger, scouts espagnols en uniforme beige avec foulard bien proprement roulé, bricoleurs et autres fêtards occasionnels : idée géniale, vibrante et fertile. Provocante, à l’image du parapluie rouge accroché à l’entrée de la Lingerie, aux Grands Voisins (www.lesgrandsvoisins.org).  De l’autre côté du mur, la Fondation Cartier propose jusqu’à la mi-décembre une exposition sur « le grand orchestre des animaux ». (lien ici) d’après le travail de Bernie Krause, musicien et bioacousticien américain. « une invitation à une méditation qui nous replace au cœur de tous les habitants et de toutes les espèces vivant sur notre planète ». (lien ici)

Assisterions-nous au grand retour de la nature dans la ville ? A la constitution d’un territoire expérimental, provisoire, ancrage de futurs souvenirs mémorables? Il y aurait là de quoi adoucir la peine de toutes celles et tous ceux pour qui les vacances représentent une occasion de renouer le contact avec les espaces naturels, les animaux, les plantes. Pour ces amateurs de découvertes et d’oxygène, le retour en ville évoque une plongée dans un monde stérile, asphyxiant d’un point de vue esthétique, relationnel et sensoriel.

Commentateur et lecteur assidu, l’ami M… s’enthousiasme pour la perméaculture et ce qu’il perçoit comme un mouvement de retour à la terre. Plus précisément, il faudrait évoquer un retour de la terre, ou de l’agricole, dans la ville. Autrefois, cela n’avait rien d’exceptionnel, et l’auteur de ces lignes se souvient d’avoir entendu chanter le dernier coq rue Notre-Dame des Champs. Des voisins nous ont raconté qu’on y trayait encore des vaches au début des années soixante.

Pour autant, la cohabitation ne va pas de soi. Les diverses populations se croisent plus qu’elles ne se rencontrent. Les contacts se limitent à un match de foot, un coup de main pour bricoler. L’apiculteur (Miel de Quartier) explique aux résidents africains qu’ils n’ont rien à craindre des abeilles, les musiques se mélangent plus que les humains. Au moins, on n’y bouscule pas violemment une personne convalescente, vulnérable et visiblement peu sûre d’elle, sous prétexte de chercher des Pokémon, comme on a pu le voir au parc de la Villette, avant de leur hurler que « quand on est handicapé, on reste chez soi ». Douceur bobo contre nouvelle sauvagerie digitale. Choisir son camp : je préfère boire de bières au gingembre avec des bobos que courir avec des crétins. La cohabitation avec les guêpes installées dans une botte de paille se révèle plus difficile, mais les jeunes campeuses espagnoles semblent beaucoup apprécier l’intervention des beaux pompiers français musclés, bronzés,équipés d’un casque de Darth Vador blanc contre les piqûres.   Le dialogue s’établit facilement.

En un mot, le pari n’est pas encore gagné, mais l’important est que cela se passe aujourd’hui, en plein cœur de la capitale, dans un quartier chic et non dans l’une de ces friches coincées entre deux voies de chemin de fer ou au bord du périphérique.

Allez-y, rencontrez les porteurs de projets et les résidents : cela vous fera un bol d’air, et cela pourrait même vous donner des idées.

 

Le bébé, les ruches, l’hôpital et la charité


C’est sans doute la première et dernière fois que l’on verra la photo d’un bébé sur ce blog.

Non pas que l’on ait quoi que ce soit contre ces attendrissantes créatures, dont nous avons beaucoup à apprendre en matière de développement personnel, mais parce qu’il y a des quantités de mamans qui couvrent déjà ce sujet, avec beaucoup de compétence et de talent.

Au départ, cette chronique devait apporter une réponse au commentaire désespéré autant qu’expressif de notre ami M…  suite à la dernière publication. Je le cite dans le texte (il va m’en vouloir à mort) : « chiotte », (il a bien écrit « chiotte », je n’invente pas, je ne déforme pas, c’est écrit comme ça, dans le texte, verbatim), « Chiotte… !! Tu nous as bercé tous l’été dans des moments sympas, nous permettant une évasion totale et lointaine…, Et voilà que tu nous remets dans le caca, comme dirait Christian Prigent, dans “Presque tout ! » Va falloir la chercher cette patate ! »

Et que voulez-vous répondre à cela, et à mon amie Christiane M…  qui me demande, après la leçon de grammaire et les bonds de cabri, où je trouve des raisons de « garder la patate » ?

J’aurais pu évoquer la tribune de Cyril Dion dans le Monde la semaine dernière ou celle, plus ancienne, de Joseph Stieglitz, ou encore le livre de Jeremy Rifkin sur la troisième révolution industrielle, mais pour rester plus proche de nous j’évoquerai plutôt ce qui se passe en ce moment   aux Grands Voisins, « le lieu le plus cool de tout Paris » cet été selon le site lebonbon.fr

https://www.lebonbon.fr/paris/societe/les-grands-voisins-un-village-utopique-en-plein-coeur-de-paris/

Ce « village utopique en plein cœur de Paris », est une « fabrique de biens communs » (http://lesgrandsvoisins.org/). Installé sur le site de l’ancien hôpital Saint Paul en attendant sa prochaine démolition et sa renaissance sous forme d’éco-quartier, il accueille de nombreux résidents et partenaires. Migrants, jeunes et femmes en difficulté, bobos et porteurs de projets s’y côtoient dans une ambiance à la fois festive et productive. On ne fait pas qu’y jouer au scrabble ou boire des canons sur de la musique tendance : pendant la journée, ça bricole sec (Yeswecamp), de nouveaux partenaires s’installent chaque semaine (une annexe de la Ruche), l’agriculture urbaine se déploie dans toute sa succulente diversité en attendant la prochaine récolte de MIEL.

Du miel ? Eh oui ! Car parmi les porteurs de projets se trouve mon ami Jérôme, apiculteur et  animateur de l’association Miel de quartier (http://www.mieldequartier.com/. Selon son site web, Miel de Quartier, c’est concentré de biodiversité urbaine à haute teneur en relations humaines.

Et le bébé, dans tout cela ? Patience. J’y viens.

Comme mon ami Jérôme, qui a les yeux aussi gros que le rayon d’action de ses abeilles, s’est mis trois locaux sur les bras, je lui ai proposé un coup de main pour la rénovation. Nous voilà donc partis à lessiver, poncer, gratter les murs en attendant de pouvoir les repeindre pour accueillir correctement les visiteurs le 11 septembre prochaine (suspense).

Et donc, un soir, les pouces et la nuque endoloris, je m’apprête à franchir le portail du site pour rentrer chez moi. Instinctivement, je lève les yeux, et je vois inscrit sur le mur d’un des bâtiments : « maternité ».

Et là, flash-back : je me rappelle être déjà venu ici, il y a vingt-six ans, pour voir ma sœur qui venait d’accoucher de sa seconde fille…

Laquelle vient à son tour d’accoucher d’un adorable bébé.

Tendresse, promesse, les cycles de la vie nous parlent dans leur langage mystérieux.

Donc, voici la photo.

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Buencarmino, le bloggeur qui tient ses promesses.

C’est la guimauve qui dégouline


Ce mot, sidération. Je repense à New York dans les jours qui ont suivi le 11 septembre. Ce qu’en disait mon ami D…, bien des années plus tard, tandis que nous marchions le long des quais de Paris jusqu’à la passerelle Simone de Beauvoir. Les new-yorkais soudain devenus plus attentifs les uns aux autres, comme les parisiens en ce moment.

Sidérés, les habitants du onzième arrondissement qui n’en peuvent plus des bougies et des fleurs, qui voudraient retrouver une vie normale, une vie comme avant, mais comme avant c’est passé comme le vent, ca ne reviendra pas plus que le vent. Comme avant c’est mort même si Paris vit tout de même sa drôle de vie.  La place de la République transformée en mausolée. On pourrait la renommer Place de la Compassion, qui rime avec Nation.  Bien loin de la Concorde et de tout espoir d’harmonie. Joli mot, pourtant, la Concorde. Maquillage réussi pour une scène de crimes à répétition.

Paris n’arrive pas à tourner la page en ce mois de janvier qui ne décolle pas. L’année commence avec des semelles en béton. Subir ces pesanteurs rendues plus insupportables encore par le bavardage des sachants. On se réfugie dans le cocooning, il paraît que le rose quartz est tendance. Après le sang, c’est la guimauve qui dégouline. Vomir serait thérapeutique. Ne chercher de refuge qu’en soi-même, mais un soi collectif, un soi qui se reprend, qui se parle et se tient debout. Un soi qui devient nous.

Ne trouver de salut que dans cette ouverture. Vivre la déchirure sans tenter d’atténuer la douleur, mais s’appuyer sur elle. Poser notre échelle sur ce mur afin d’aller voir ce qui pousse de l’autre côté.  Viser plus haut, plus intense, oser cela. Ce que je crains le plus ce sont les colères qui ne sortent pas. Celles qu’on rumine en boulottant du chocolat, devant la télé. Sortir de la sidération. Mais quand? Comment? Chanter la Marseillaise c’est bien, ça dégage les bronches, et puis? On accroche au balcon son défi tricolore,  on crie « même pas peur » en noyant ses pleurs, le chagrin ne passe pas. Ce qu’il nous faudrait c’est du rock, du rap, de la poésie rugueuse, irascible.

Il nous faut de vrais artistes-alchimistes, capables de transformer le plomb en or, les ruines en corps doux d’aquarelle, comme Anselm Kiefer et ses drôles de livres â la BNF. A la fin de l’expo c’est un corps de femme, et le pinceau retrouve le langage de l’amour. A la fin, tout à la fin. Mais l’important, c’est que ce soit possible. C’est de croire au parcours, à la sortie du labyrinthe. Une main, qui tient une autre main, puis une autre. Une parole qui circule. Des regards qui cherchent et trouvent le visage de l’autre. Un jour, peut-être, on en fera même une chanson.Kiefer 2015-12-20 15.46.58.jpg

Revivre


Les rues de Paris étaient calmes, hier soir. Tout en célébrant le nouvel an parmi des amis chers, j’éprouvais de la tristesse pour mon pays inquiet, meurtri, saccagé, en panne d’espoir et d’amour de soi. Le balcon de ces amis donnait sur la rue où les terrasses du Petit Cambodge et du Carillon auraient dû résonner de cris de joie, de vœux, d’embrassades. Et puis, une bande de jeunes est passée dans la rue, criant « bonne année » à tous ceux qui les saluaient depuis leur balcon. Nous avons répondu à ces inconnues, on s’est souhaité la bonne année, la tour Eiffel au loin s’est mise à scintiller. La vie reprenait ses droits,  comme elle a l’a toujours fait après toutes les catastrophes. Paris revenait à la vie, en mode cocooning et sans étincelles, mais sans renoncer non plus. Ma ville assommée, groggy, mais pas défaite. Notre ville-lumière, capitale de l’amour et de l’esprit pétillant, de la joie de vivre et de l’insolence, a besoin de nous, des liens que nous savons nourrir, de notre résilience créative. En ces temps où le climat déréglé fait fleurir les roses en décembre, nous devrons être nous-mêmes les sources de joie, d’énergie, d’espoir, trouver par nous-mêmes la combativité pour faire face à l’adversité. Car si nous ne le faisons pas, personne ne viendra le faire pour nous.

A jamais, le premier jour de l’an restera une date pr Lire la suite

En passant

Originally posted on Encore un fripi !:
A Paris, quand certaines stations de métros sont rénovées, il se passe parfois un phénomène étonnant : on voit réapparaître les murs tels qu’ils étaient dans les années 60. Figés dans leur jus d’époque.…