Archives de Catégorie: Poésie

Légendes urbaines (violet)


Poésie des mondes superposés comme une pâte feuilletée, cuisant dans la tiédeur de nos villes souterraines.

Ici fermente la mémoire des labyrinthes.

Au métro Denfert, quand cesse le fracas des trains, on entend les sons d’une harpe. Elle nous plonge dans un monde profondément enfoui, tissé de légendes et de mythes que l’on se racontait, le soir, dans une autre enfance, et puis une autre, et tant d’autres encore, jusqu’à se perdre dans le son (violet).

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Turquoise


Des paillettes de Turquoise

Disséminées dans toute la ville

Oh cette vie drôle et ces sourires

Nous voici chasseurs de trésors

Hier aux abois, poussant nos corps crispés dans la rame, parmi d’autres corps las,

Ce qui revit en nous luit d’un éclat sonore

On n’en revient pas d’une telle

Simplicité, fraîcheur

Main magique c’est la nôtre

Dessins à la craie couleurs vives

Sur le trottoir après la pluie,

Lavé, géante ardoise.

Beige


Comme un pli dans la terre, où s’amasse l’énergie avant de se détendre violemment.

La vie se déploie dans ces failles, se ramifie, s’accroche.

Tu prends un bâton, puis un autre : ils ne cassent pas.

L’enfant vient, les frotte l’un contre l’autre. Ils s’enflamment.

L’oiseau qui cherchait sa pitance au bord de l’eau s’envole, tourne autour du soleil et disparaît.

Emergences, coaching et poésie


On me demande parfois comment me vient le sujet de ces articles, et pourquoi je choisis de les aborder sous l’angle du coaching, ou de la poésie.

La poésie est mouvement, recherche, inachèvement.

C’est un élan, qui parfois se brise.

Tour à tour rauque, affolée, jouissive, ou mature et calme, elle ne paraphrase pas le monde en plus décoratif : elle rend visibles des processus transformationnels. Eclosions, croissance, acmé, flétrissure et mort. C’est le passage bouleversant de la vie à travers le vivant. On est dans la matière, dans la fibre des muscles au moment où ils se contractent, on palpite en eux, on respire lorsqu’ils se relâchent.

Comme le coaching, la poésie offre l’espace d’un miroir attentif, une écoute au monde, à l’autre, et renvoie quelque chose qui produit du sens, apaise, réconforte ou donne envie d’agir.

Je n’écris pas dans l’intention d’exprimer quelque chose, mais pour créer de la relation.

Le coaching, pour sa part, offre des occasions de voir briller, dans les yeux de celui qui nous parle, ou qui prend soudain conscience qu’un chemin s’ouvre, un éclat vif, intense, chargé de toute la puissance poétique des émergences.

Le coaching et la poésie se complètent, s’amplifient, se polissent.

Ils ont en commun l’exigence de porter au plus haut degré d’accomplissement l’ADN inscrit dans les plis et replis de nos vies.

L’un et l’autre font résonner des accords singuliers, aiguisent notre attention, proposent des connexions subtiles.

Les deux démarches nous engagent, chacune à sa manière. Elles illustrent le choix qui s’offre à nous, à tout instant, de subir ou de vivre. Et cela coûte. Il y a des risques à prendre et des courbatures à gagner.

Pour conclure, cédons la parole à Franck Venaille, interviewé dans le Monde des livres : « Un livre, c’est toute une forêt qui se déplace et qui vient jusques à nos fenêtres pour dire : « Qu’est-ce que tu as fait de bien ces temps-ci, digne d’apparaître dans ton travail ? »

Comment la cigale apprit à danser aux fourmis


Parfois je pense à la cigale, aux remords étreignant la fourmi radine, qui la laissa crever de faim quand l’hiver fut venu. 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Certains initiés en connaissent l’étrange épilogue : quelques siècles plus tard, la cigale choisit de se réincarner dans une grande ville occidentale. Se souvenant du conseil donné jadis par sa voisine, elle apprit à danser, et fit si bien qu’on la réclamait de toutes parts dans les salles de sport où les fourmis laborieuses venaient entretenir leur forme et déstresser. Elle s’amusait de les voir, raides comme des piquets, se déhancher gauchement sur des musiques bollywoodiennes. Ce qui les rendait particulièrement nerveuses, c’était une rumeur affirmant que leurs emplois de fourmis seraient bientôt remplacés par des robots animés par de l’Intelligence Artificielle. Les plus diplômées d’entre elles tentaient de se rassurer en se disant qu’elles étaient beaucoup trop compétentes et s’acquittaient de tâches bien trop sophistiquées pour  des robots. La plupart, cependant, n’étaient pas dupes. Elles agitaient frénétiquement leurs antennes et leurs petits corps grêles serrés dans des maillots fluos pour oublier un moment l’angoisse du lendemain. La cigale, pas rancunière, tentait de leur enseigner l’art de bouger en harmonie avec son corps, avec la musique, et même avec la lumière du jour. Certaines des fourmis, touchées par la grâce, y parvenaient. La plupart se contentaient de maigrir, ne pouvant concevoir de plus haute ambition. Selon leur logiciel, en effet, le bien-être était une idée dangereuse, une redoutable brèche dans l’esprit de discipline qui avait assuré la survie de leur espèce depuis des millions et des millions d’années.

Le compagnon de la cigale, qui était poète, venait parfois la retrouver à la fin du cours. Tandis que les fourmis, épuisées, filaient se changer au vestiaire, ils s’entraînaient en vue d’un concours de tango auxquels ils s’étaient inscrits tous les deux. L’une des fourmis, fascinée par l’harmonie de leurs mouvements et la joie qui rayonnait sur leurs visages, s’approcha timidement.

-comment faites-vous, leur demanda t-elle, pour jouir ainsi de la vie quand tout nous incite à l’angoisse?

-suivez-moi, répondit simplement la cigale, et elle l’entraîna hors de la salle de sport, dans un square où des enfants jouaient en poussant des cris d’excitation.

-vous voyez, madame, ils n’ont pas peur du futur : ils l’inventent.

La poésie, madame, et les Oiseaux Rares


Pourquoi la poésie africaine n’est-elle pas invitée au festival d’Avignon cette année? Mystère.

Il faut se gorger de poésie, l’aimer comme on respire, ou comme on jette un défi.

Un défi à la banalité. A la résignation. A tout ce que vous voudrez.

C’est une exigence folle, un étonnement constant.

Car la poésie n’est pas chère, mais elle n’est jamais gratuite.

Hommage aux Oiseaux Rares (Les Oiseaux Rares), magnifique librairie du quartier Croulebarbe où vibrent les mots, les idées, où l’on peut entendre parfois des auteurs lire des extraits de romans, de poèmes,  où l’on trouve, posé parmi tant de trésors, un recueil de Nimrod.

« J’aurais un royaume en bois flottés » (nrf Poésie/Gallimard) contient d’inestimables pépites, comme celle-ci, rude et contemporaine :

« Ils les frappent avec des tuyaux d’arrosage

Ils les frappent avec des tuyaux en latex

Ils les frappent sous le soleil de midi

Ils les frappent en double salto »

ou bien :

« J’ai souvenir de cet éléphant qui s’éloigna

Comme se déploie

Le dédain »

Ainsi nous frappe la vie, et nous nous déployons en salto, comme ces étudiants tchadiens maltraités par la police. Après, ce qui revient, c’est encore la vie. Mais une vie plus brillante, plus dense, plus rauque. Un écart. Ce qu’elle nous propose? Naître à la poésie. Jour après jour.

 

 

 

 

La petite fille aux mandarines


Dimanche 11 janvier 2015 – Juchée sur les épaules de son père, la petite fille aux joues maquillées de bleu-blanc-rouge épluche une mandarine, et l’odeur s’en répand sur les deux millions de personnes rassemblées.

Des marseillaises éclatent. Un groupe de jeunes escalade la colonne de Juillet.

Quel souvenir gardera t-elle de cet après-midi? Se souviendra t-elle des chants, de la foule à perte de vue, des drapeaux agités dans l’air? Conservera t-elle l’image des puissants de ce monde passant dans leur camion blindé, ou la poésie de cette multitude colorée, sans haine, force vive et compacte faisant corps avec l’être même de la ville comme si la Seine était sortie de son lit et s’était transformée en ce peuple  fier, serein, pétillant et drôle?

Avec le recul, pour moi, c’est l’odeur des mandarines et ses yeux de petite fille.

 

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