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sur des épaules de géants (2 sur 2)


Résumé de la première partie : l’histoire du petit G… et des conversations que l’on peut avoir aux urgences d’un hôpital parisien. Quand la vie nous force à grandir en accéléré. Quand nous avons l’impression de devoir remplir des vêtements trop grands pour nous. Et qu’on y arrive tout de même. Et qu’on apprend que ça s’apprend. Avec de l’aide.

Le stress de la rentrée en sixième, pour beaucoup de nos concitoyens, c’est désormais tous les mois, voire tous les jours. Ou pour le dire en langage sportif : la barre est désormais trop haute, le chrono trop serré. Face à une telle diversité de situations, il existe tout un faisceau de moyens à mobiliser.

C’est un bouquet de croyances, de valeurs, d’images mentales qui nous aident en permanence à prendre et à maintenir des décisions difficiles. Appelons-les nos « multi-vitamines mentales ». Elles circulent tout autour de nous et leurs effets bénéfiques se renforcent mutuellement. Une vidéo inspirante du dernier discours de Michelle Obama, ou, plus caustique, celui de Meryl Streep aux Golden Globes. Car l’ironie aussi peut être une manière saine d’affirmer ses valeurs. Dire ce qui est inacceptable nous définit. Savoir ce que l’on veut et ce que l’on refuse. Définir la victoire en ses propres termes : comment, dans quel état voulons-nous sortir d’une situation, aussi pénible soit-elle ? C’est cet état d’esprit qui transforme une défaite provisoire en épisode qui précède le rebond. La vie est un fleuve étrange, dont l’eau circule dans tous les sens à la fois.

Les parents du petit G… ont eu la sagesse de se concentrer sur la confiance en lui plutôt que sur les bulletins scolaires. La bonne nouvelle, en effet, c’est que la plupart des ressources dont nous aurons besoin sont déjà là, en nous ou autour de nous : discernement, courage, amour, ténacité, endurance. De même pour les compétences et les informations nécessaires à la résolution des situations les plus complexes.

Ainsi, au moment où nos parents recommencent à occuper le centre de notre vie en raison de leur vulnérabilité, un réseau familial, amical, social et professionnel apparaît ou se constitue, prêt à se mobiliser. On prend soudain conscience d’appartenir à toute une génération confrontée aux mêmes difficultés, riche d’une extraordinaire expérience. Ces proches ou moins proches mettent généreusement à notre disposition un énorme capital d’empathie. C’est que chacun se sent concerné, à plus ou moins brève échéance. De quasi-inconnus font un pas en avant pour donner un conseil, un renseignement précieux. Bien entendu, la qualité de ce réseau et de sa mobilisation dépend de nous.

Oser dire clairement ce dont on a besoin, exprimer de la reconnaissance, savoir transformer les demandes les plus ennuyeuses en actes d’amitié et d’amour. Telles sont les nouvelles compétences que nous devons acquérir pour faire face au labyrinthe médical, administratif, aux questions pratiques de toute sorte qui se bousculent et aux émotions parfois violentes qu’elles suscitent.

Tenir le cap, c’est aussi une affaire d’entraînement, comme le démontre « Sully ». Le film raconte l’histoire du pilote du vol US Airways 1549, contraint de poser son Airbus au milieu de l’Hudson lorsque ses deux moteurs tombèrent en panne brusquement. La reconstitution de l’accident, entrecoupée de flash-backs, montre bien comment toute la formation puis la carrière de ce pilote extraordinaire l’amènent à prendre de manière instinctive LA bonne décision, qui sauve la vie des 155 passagers. Géant ? Bien sûr, mais cet instinct s’est aiguisé, construit sur des heures et des heures de pratique dans des environnements toujours plus stressants. Enfant, celui-là ne rêvait probablement pas de sauver des vies, mais de piloter de super machines volantes.

– « Vois-tu d’autres options ? » demande « Sully » à son copilote.

– « non », répond celui-ci, terrifié mais d’une concentration parfaite.

– « Alors on va le poser sur l’eau. »

Et il le fait, sans perdre une seule vie humaine.

Plus tard, la commission d’enquête le met sur le gril, au point de le faire douter un instant d’avoir pris la bonne décision. Mais il se reprend, fait face, et persuade les examinateurs de réintégrer le facteur humain dans leurs calculs.

Ce film est la réponse que l’Amérique a mis 15 ans à apporter au 11 septembre, première dans la série des Grandes Dates Noires. Avec un humour typiquement new-yorkais, le capitaine des pompiers va jusqu’à dire au pilote désemparé : « en matière d’avions, votre atterrissage est la meilleure chose qui nous soit arrivé depuis de nombreuses années ».

On se souvient que les new-yorkais avaient réagi au 11 septembre en développant encore plus de courtoisie et de solidarité. On repense à la manifestation Nationale du 11 janvier, dans toute la France, après Charlie.

Le message est clair : face à la présidente de la Commission d’enquête, qui vient de le décharger de toute responsabilité et le félicite pour son exploit, le pilote rappelle que les 155 passagers ont pu être sauvés grâce au concours de tout l’équipage, des garde-côtes, des plongeurs et des sauveteurs qui les ont recueillis. Il le dit sans fausse modestie, comme une évidence bonne à rappeler dans une époque qui appelle à la solidarité mais valorise principalement le chacun pour soi.

Alors, Nains ou géants ? Il faut imaginer la terreur de la chenille au moment de devenir papillon, et lui décrire les merveilles du printemps, lorsque ses ailes à peine sèches la porteront de fleur en fleur sous le soleil d’avril.

Il faut imaginer le petit G.… devenu, quelques années plus tard, un puissant nageur, champion dans sa catégorie – le relais.

Il faut entendre le message de « Sully », le pilote héroïque et merveilleusement compétent.

Commencé  aux urgences de St Joseph, puis de Léopold Bellan, en hommage au personnel de ces hôpitaux qui font un  travail formidable.

La peluche Tamaloo, triomphe de la douceur active


Dimanche 11 septembre 2016.

Une date qui donne le frisson. Comment ne pas se souvenir, en l’écrivant, de ce jour où la confiance s’est déchirée pour des millions de gens aux Etats-Unis, et sur toute la planète ? Depuis cet événement, les cyniques et les pessimistes ont beau jeu de se moquer de ceux qui portent, malgré tout, l’espoir dans la possibilité d’un monde meilleur, plus vivable pour les prochaines générations.

On observera d’ailleurs que ce sont souvent les mêmes qui, par leur négationnisme climatique, retardent l’adoption des mesures audacieuses qui permettraient d’éviter le pire.

Dans leur bouche, le mot « bisounours » résonne comme une douce injure. C’est une arme hypocrite, à la violence déguisée en condescendance, redoutable en réalité. On peut leur répondre avec cette puissante citation de Vaclav Havel, rapportée par le pasteur Rainer Eppelmann à Angela Merkel à un moment où elle se trouvait en difficulté en raison de sa politique d’accueil envers les migrants.

« L’espoir », écrivait l’ancien dissident Tchèque, « l’espoir, ce n’est pas la conviction qu’une chose se termine bien, mais c’est la certitude que cette chose fait sens, quelle que soit la manière dont elle se termine ».

Mais l’horreur n’est pas le sujet de cette chronique. Nous reviendrons plutôt sur la douceur, la douceur active, intelligente, efficace.

Hier, j’étais à Novancia pour coacher des doctorants participant aux 24 heures chrono de l’entrepreneuriat (https://www.novancia.fr/24H-chrono-entrepreneuriat-doctorants-2016), organisé conjointement par cette école et l’ANRT.

Le pitch : « Avec pour objectif de désacraliser l’entrepreneuriat, cet évènement doit permettre aux participants de conjuguer leurs connaissances scientifiques avec l’audace de la création d’entreprise.

10 équipes de 7 doctorants vont concourir durant 24 heures non-stop pour proposer à un jury d’industriels et d’entrepreneurs des projets d’entreprises réalistes s’appuyant sur leurs connaissances scientifiques »

Dans la pratique, ce sont 70 participants et leurs coachs qui phosphorent non-stop, deux jours et une nuit, dans un cadre propice à la formation de l’intelligence collective. La diversité des disciplines scientifiques et des cultures garantit la richesse des propositions, mais cela rend aussi plus difficile d’en choisir une seule et de l’affiner jusqu’à ce qu’elle se transforme en un projet viable.

Vivre le deuil d’une bonne idée, à fortiori de plusieurs, est une expérience pédagogique essentielle, surtout lorsqu’on la vit en mode accéléré.

C’est la deuxième fois que j’ai le privilège d’accompagner une équipe dans le cadre de ce Challenge, en Australie en mai dernier et cette fois-ci à Paris. A chaque fois c’est un bonheur de travailler en compagnie des esprits les plus vifs, les plus frais (même après 24 heures sans dormir), les plus innovants. Les aider à canaliser leur énergie créative dans un sens productif, à renforcer leur argumentation, à se préparer à la redoutable épreuve du passage devant un jury très averti.

A la fin de la journée, les deux semi-finalistes ont l’honneur de présenter leur projet devant le jury et l’ensemble des participants.

L’un de ces deux projets m’a particulièrement touché. Les doctorants avaient décidé de s’attaquer au sujet de la douleur des enfants malades, difficile à traiter efficacement car ils ont du mal à expliquer leurs symptômes.   Pour contourner la peur de la blouse blanche et favoriser le dialogue avec les enfants, ils avaient eu l’idée d’équiper de capteurs une peluche, la « peluche tamaloo ».

Des caméras fixées dans les yeux de la peluche pouvaient capturer l’expression faciale des enfants, qui constitue un indice fiable de leur niveau de douleur. Un microphone et d’autres capteurs sensibles permettaient d’enrichir le contact sensoriel avec l’enfant pour pouvoir établir ensuite le traitement le plus efficace.

Cette alliance de la science médicale, de la technologie et de la douceur enchanta le public, soulevant des salves d’applaudissement.

Une fois de plus, il était démontré que les bisounours pouvaient gagner la partie. Les capteurs et le big data au service de l’empathie : quoi de plus puissant ?

Cet or invisible et qui rit c’est nous c’est la vie


Depuis vendredi soir, la France a basculé, mais dans quoi ? On s’interroge : est-ce que c’est ça, vivre dans une ville en guerre ? Le sentiment d’innocence perdue. S’inquiéter pour ses proches ou pour des inconnus dès que retentissent les sirènes. Rentrer à pied, le soir, dans des rues désertes. Se tenir au plus près des voitures en stationnement. S’habituer à prononcer ces mots : « tueurs, fusillade, victimes » en parlant non d’une ville étrangère : Beyrouth, Alep ou Lagos, mais de Paris. Passer des heures à rassurer les uns, réconforter les autres et chercher au plus profond de soi l’énergie pour tenir. Cela va durer, dit-on. Bien plus longtemps qu’on ne se l’imaginait en janvier dernier lorsqu’il fallut trouver des mots pour décrire la situation flottante, incertaine et dangereuse dans laquelle nous venons d’entrer. Il y aura encore du sang, du verre brisé, ce sera moche. Autant s’y faire, mais pas au sens où l’on se résignerait à l’horreur. Plutôt comme on se forge une carapace de courage.   La jeunesse de notre pays, ciblée, touchée, vit son épreuve du feu. Elle en sera transformée, devra faire des choix difficiles. Celui de continuer à sortir et de se mélanger à des inconnus ou de se barricader devant sa « fiction ». Choisir entre l’ouverture et le repli, entre la haine et la solidarité, entre la peur et le défi. Elle l’écrit déjà, ici par exemple, et c’est très beau, plein d‘énergie, la rage de vivre et d’aimer. Lire la suite

Beach Boys et Mozart 1, psychopathes zéro


Il y a eu la Flûte Enchantée de Mozart à la Bastille, magnifiquement servie par une mise en scène de Robert Carsen qui (n’en déplaise à ceux qui préfèrent la sophistication à l’humilité)   redonne toute sa transparence à l’oeuvre et par des chanteurs-acteurs pétillants de vie (voir ici Flûte enchantée  et Flûte enchantée Robert Carsen). La profondeur et la plus grande légèreté s’allient pour triompher des forces obscures, le propos de Mozart retrouve toute sa limpidité, le pardon dissout les appétits de vengeance et l’on se sent, oui, plus propre, réconcilié avec la notion même d’espoir. Les Lumières sont bien le plus bel héritage de l’Europe, et la musique st aujourd’hui le meilleur moyen de faire passer ce message.

Plus accessible et tout aussi savoureux, si vous voulez de bonnes vibrations pour l’été :  Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson, compositeur phare des Beach Boys. Un film de Bill Pohlad avec Paul Dano, John Cusack, Elizabeth Banks, à voir (et à entendre) absolument. Un talent massacré, mais qui ressort, éclatant (de justesse, et pas indemne), après un traitement effroyable entre les mains d’un charlatan psychopathe bien plus gravement atteint que son patient. On savait qu’il y avait des médecins dangereux et intéressés depuis le médecin de Michael Jackson, à vrai dire on aurait dû le savoir depuis testament du docteur Mabuse de Fritz lang (1932).

Elizabeth Banks incarne avec beaucoup de justesse la conviction, la détermination, l’amour et la joie de vivre qui pétillent dans la musique des Beach Boys. Et dire qu’on a pu la dénigrer comme outrageusement commerciale, alors que les harmonies sont d’une subtilité somptueuse. La joie, la vitalité explosent, c’est exactement ce qu’il nous faut en cette époque sinistre. Avec une bonne dose de persévérance pour ne pas nous laisser contaminer par ceux qui croient encore que la tristesse seule est marque d’intelligence.

On peut détruire des monuments, égorger des vivants, réduire des populations à la pauvreté abjecte, les étrangler, les contraindre à l’exil, mais la musique demeure, accessible à qui veut bien se laisser toucher. De la poésie pure.

Bel été à toutes et à tous.

Les mots aux frontons des mairies


Et demain?

Le texte qui suit a été écrit par mon amie C. M. pour, dit-elle, « clarifier ses idées ». Je lui offre volontiers et espace pour les partager. Si vous souhaitez vous aussi exprimer ce que vous ressentez sur le thème « et demain? » après les événements que nous avons vécus, n’hésitez-pas à me le envoyer. je ne garantis pas de tout publier, cet espace est géré en toute responsabilité et de manière sélective.

20 morts, ça tourne en boucle dans ma tête, 20 morts en 48h à Paris capitale, ville lumière, en France pays de cocagne et des libertés, qu’on disait !

Morts pour rien ? Je veux croire que non.

Ils étaient journalistes, ils étaient dessinateurs, correcteur, médecin, gardien, agent d’entretien, rue Appert au siège de Charlie et les massacrer était un acte délibéré, parce qu’ils étaient iconoclastes, ça oui, poil à gratter, grossiers, drôles souvent, mais méchants jamais. Ils étaient journalistes et pour eux la liberté de la presse était la seule chose sacrée. Leurs meurtriers sont des bêtes malfaisantes.

Ils étaient policiers leur métier c’est de nous protéger, et ils étaient accourus risquer leur vie pour les protéger, ils l’ont perdue, l’un d’eux froidement abattu en pleine rue.

Ils étaient juifs à Vincennes faisant leurs courses et ce n’est pas un hasard. Ca ne vous rappelle rien ?

Ils étaient terroristes, des petits cons devenus grands et biberonnés à la haine de l’autre, ils ne retrouveront pas leur prophète et ses 50000 vierges qui n’existent que dans leurs esprits faibles et malades.

Alors au-delà des larmes il faut résister, dire et démontrer qu’ils ne sont pas morts pour rien. On ne peut pas tuer la liberté de penser et de faire rire, au pays de Voltaire encore moins qu’ailleurs.

Demain nous serons tous j’espère, debout et unis, tous et de toutes les couleurs et de toutes les croyances.

Qu’au moins cela serve de leçon aussi dure soit-elle à un pays qui se morfond dans la morosité, la recherche du bouc émissaire et la frilosité moisie. Nous sommes tous responsables de Charlie, nous devons l’aider à renaître. Dans une France qui retrouvera le sens des mots qui sont aux frontons des Mairies et aux linteaux des églises : Liberté, Egalité, Fraternité, Amour. Demain ce n’est pas juste un jour de notre vie c’est le début d’une démonstration – en anglais le mot pour « manifestation » c’est « demonstration » – que c’est possible.

Connaître l’autre, partager sa culture et la nôtre, éduquer les enfants à la tolérance, donner une chance aux plus pauvres, fabriquer de la justice sociale et de la justice tout court. Mais tout autant, condamner et sanctionner sans restriction tous ceux qui font leur beurre de la radicalisation, du retour aux heures les plus sombres de l’obscurantisme en fanatisant sans peine les plus faibles.

Certes c’est à notre Gouvernement de prendre les décisions et les orientations pour que l’école puisse redevenir un lieu d’instruction et de respect, que la justice juge et condamne sans espoir de sortie les malfaisants, que les prisons cessent d’être de servir de pépinières aux candidats au Jihad.

Certes c’est aux chefs de nos cultes de rappeler qu’avant d’être chrétien, musulman, juif, en France on est Français et on respecte la Loi sans laquelle il n’y a pas de société mais une jungle… et en particulier aux imams de prêcher l’islam de la tolérance et pas celui de la charia, faire traduire le Coran en français dans les mosquées serait un bon commencement…

Mais c’est aussi à chacun de nous d’arrêter de baisser les bras en ruminant que tout va mal et qu’on n’y peut rien. Soyons vigilants, sans concession, sans compromission.

Et surtout n’oublions pas de rire de tout (mais pas avec n’importe qui). Et Cabut, Bernard, Charb, Ahmed et les autres ne seront pas morts pour rien.

 

Nous sommes tous

Charlie

pour toujours

 

 

 

Message envoyé à mes nièces et à mes neveux


Dimanche 11 janvier 2015, 10h30 du matin.

Il se passe en ce moment dans notre pays quelque chose d’historique, comme il en arrive seulement une ou deux fois par siècle. Vous vous demandez sans doute, comme tout le monde, quel sens donner à ces événements tragiques qui nous ont secoués si profondément. Je pense beaucoup à vous, où que vous soyez, et je me souviens combien c’est difficile de vivre de tels moments quand on est loin. Je me souviens de 2005, lorsque je voyais mon pays brûler au loin, depuis mon écran de télé, à Manille. Dans ces moments, il faut résister à la colère et chercher quelque chose de plus profond en soi, quelque chose qui nous rassemble et qui permet de vivre ensemble.

Tout à l’heure, comme des centaines de milliers, peut-être un million de français, avec leurs amis venus de tous les pays, j’irai marcher. Je ne marcherai pas contre, mais POUR. Pour la liberté d’expression, pour la fraternité, pour donner un sens à ce moment d’unité dans la diversité. Je marcherai pour poser des limites à la haine, à la violence, à l’intolérance et à toutes les discriminations. Sur France Info, la philosophe Cynthia Fleury vient de dire que nous assistons au premier événement, historique, de la France mondialisée.  Nous assistons à la naissance de la Génération Charlie. Ce que signifie cette expression n’est pas encore  écrit : ce sens, il nous appartient de le construire. Ce monde qui vient, c’est celui dans lequel vous habiterez, vous et vos enfants. Il se construit sur nos actes et sur nos choix, mais aussi sur nos absences d’actes et nos absences de choix. Vous le continuerez lorsque nous ne serons plus là. C’est une responsabilité que nous partageons. Quelle sera la place de la liberté, dans ce monde qui vient ? Quelle place pour la diversité ? Est-ce que chacun pourra vivre comme il l’entend, à sa manière, dans le respect des autres ?

Il y a du travail, ça ne se fera pas tout seul. Ainsi cet extrait d’un témoignage de mon amie C.M, que je publierai en entier demain ici-même : « Connaître l’autre, partager sa culture et la nôtre, éduquer les enfants à la tolérance, donner une chance aux plus pauvres, fabriquer de la justice sociale et de la justice tout court. Mais tout autant, condamner et sanctionner sans restriction tous ceux qui font leur beurre de la radicalisation, du retour aux heures les plus sombres de l’obscurantisme en fanatisant sans peine les plus faibles. »

Ces derniers jours,  la presse a publié le témoignage de professeurs qui racontaient les difficultés qu’ils éprouvaient à parler des événements tragiques de ces derniers jours avec leurs élèves. Ces élèves, il faut les entendre avec respect, avec plus que jamais le sens de la fraternité. Il faut les amener dans la conversation générale, et construire avec eux, sans chercher à leur imposer tel ou tel point de vue. On parlera beaucoup de laïcité dans la presse. La laïcité, cela ne signifie pas d’interdire toutes les croyances, mais de les permettre toutes.  On doit pouvoir parler de tout, sans peur, et je vous  y encourage. J’étais à l’île Maurice au mois d’août, ils y arrivent très bien. Pourquoi pas nous ?

Nous avons la chance de former une belle famille, aimante et diverse, une famille dans laquelle chacune et chacun trouve sa place. Des catholiques, des musulmans, des athées, une bouddhiste, un spiritualiste …bon,  ça manque de juifs, mais il reste une place, au bout de la table. On est taquins, malicieux, on ne s’épargne pas, mais on s’aime et on n’a pas peur de se le dire. Je suis fier de notre famille, et j’aimerais aujourd’hui que la France nous ressemble un peu.

Ajouté dimanche soir : oui, la France nous ressemble, et nous lui ressemblons, et j’en suis infiniment heureux. Cette marche était tellement pacifique, et drôle, et grave en même temps. On a beaucoup ri, d’un rire bienveillant. Beaucoup de questions demeurent ouvertes. Nous allons devons réfléchir, discuter, confronter nos points de vue pour construire des réponses acceptables et vivables. Le courage, maintenant, ce sera d’aller vers l’Autre, et vers l’Autre en nous.

Et, tiens, pour finir sur une note d’humour, je mets ici un lien vers le message de l’humoriste Sonia Orosamane à « tous les cinglés, jhadistes, pianistes, cyclistes…   ici :  » https://www.google.fr/webhp?sourceid=chrome-instant&rlz=1C1CHVN_frFR517FR517&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=samia%20grosemane

Le Petit Prince élu des français


Avant noël il y a la nuit de décembre, et c’est sur ce fond d’un noir profond, collant, glacial, qu’il se détache. La lumière naît de ces heures froides. La promesse et la fête.

L’enfance.

Avec son insatiable curiosité. Avec son exigence, et sa croyance absolue que rien n’est impossible.

Le 11 décembre, on apprend, en regardant la Grande librairie (le classement ici), que le livre qui a le plus changé la vie des français (enfin, ceux qui s’expriment), serait le Petit Prince, d’Antoine de Saint Exupéry.

Dans un premier temps, cette annonce me comble de joie. Le Petit Prince, devant Madame Bovary, la Recherche et le Voyage au bout de la nuit. La poésie la plus pure, nourrie aux sources de la plus profonde sagesse,  de la plus grande générosité, la découverte de l’Autre et de son mystère.

Un livre né dans la nuit de la guerre et de l’Occupation. Dans la solitude New-yorkaise de l’auteur, si loin de la France, de sa planète natale.  Et puis voilà qu’un éditeur malin lui suggère d’inventer l’histoire de ce drôle de petit bonhomme qu’il ne cesse de griffonner sur des papiers, des nappes de restaurant.

Et voilà qu’il prend vie, ce petit bonhomme, avec son insistance et ses points d’interrogation.

« Apprivoiser », dit le renard. L’un des mots les plus beaux de la langue française. Scintillant, pétillant sous la langue, un doigt posé sur les lèvres et des gestes tout en retenue. Une rose, à nulle autre pareille. Différente, parce qu’aimée. « Si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres».

Je suis heureux que mes compatriotes aient fait ce choix. Pour une fois que je suis en accord avec la majorité. Dans notre société au bord de l’asphyxie, cette élection « princière » fait entrer un peu de fraîcheur.

Et puis je m’interroge : n’y a t-il pas quelque chose d’un peu régressif dans cette décision?  La tentation de se réfugier dans la nostalgie de l’enfance, comme une protection contre la dureté de la vie ? Mais le fait est qu’il s’agit de l’ouvrage en langue française le plus traduit au monde. Or, on ne peut soupçonner la planète entière de succomber à la nostalgie. Il y a donc bien « quelque chose », et ce « quelque chose », je le nommerai poésie.  N’en déplaise à ses détracteurs (il y en a, qui s’expriment sur Twitter), le Petit prince est un conte, une fable, le récit d’un voyage à la découverte de l’Autre et de ses « planètes ».

L’Autre dont la présence nous construit ou nous reconstruit (Cyrulnik). C’est pour cela que nous fêtons noël. La fête des enfants, de la naissance et du renouvellement.

Noël, c’est le top départ de quelque chose d’énorme.  La guérison du monde (merci et pardon, Frédéric Lenoir). Nous en sommes, chacun pour sa part, les rois mages ou les bergers émerveillés, porteurs d’espérance  et de cadeaux.

Une promesse pareille, et qui se renouvelle tous les ans, bien sûr que ça change la vie !