Archives de Catégorie: Amour

Cette lumière dans la brume, qui perce et grandit


Cette année commence dans la brume, le flou, l’incertitude. On sent bien que ca ne se passe pas tout à fait comme d’habitude. Il y a du flottement dans l’air, une forme d’inquiétude qui perce dans la retenue avec laquelle s’expriment les voeux. Les amis, les proches se souhaitent une “belle année” avec plus de sollicitude que d’enthousiasme. Dans leur voix perce un silencieux “malgré tout”, manière de se la souhaiter pas trop mauvaise.
Peu de résolutions ambitieuses, de “cette année j’arrête ceci, je me mets à cela”, comme si le contexte éteignait, par avance, la flamme dont se nourrissent habituellement les projets.

On pourrait s’en désoler, mais je choisis d’y voir une forme de réalisme expectatif qui n’est pas nécessairement de mauvais augure. Ce tâtonnement, dans un pays qui ne sait pas où il va, vaut mieux que d’illusoires promesses. Nul ne peut avec certitude nous dire ce qu’il faut faire, où se diriger : c’est à nous de décider, de choisir, d’imaginer des solutions inédites. Il n’y a pas de mode d’emploi ni de recettes à suivre. Mais avant de pouvoir passer à l’action, nous avons à faire le deuil de nos anciennes croyances, de nos représentations dépassées. C’est un processus inconfortable, anxiogène pour beaucoup, mais tout à fait nécessaire si nous voulons faire de la place à quelque chose de nouveau. Après tout, l’hiver est la saison des germinations souterraines autant que du cocooning. Prendre conscience que les modes de vie, les valeurs et les priorités qui nous ont menés jusqu’ici, sont comme des véhicules inadaptés au terrain sur lequel nous allons désormais devoir nous engager, il y a de quoi se sentir désorienté. Comment nous comporter dans ce nouveau pays où nous arrivons, étrangers, maladroits, incompétents, novices? Avec qui faire alliance? Quels objectifs, quelles stratégies d’adaptation? Nous sommes comme des enfants perdus, le jour de la rentrée, dans une nouvelle école où ils ne connaissent personne.
Au milieu de la cour de récréation trône la peur. Nous pouvons choisir de la voir, ou de l’ignorer. La peur n’est pas mauvaise. A nous de l’apprivoiser, pour qu’elle nous fasse part de ses secrets.
La peur peut nous inciter à la fermeture, au repli. Nous pouvons aussi miser sur l’entraide, la coopération. On ne sait pas où on va, mais on y va ensemble, et cela pourrait suffire pour trouver du courage. Les personnes de mon entourage qui s’en sortent le mieux, en ce début d’année, ne croient pas aux miracles, elles ne possèdent pas le secret de la potion magique. Elles ne craignent ni d’échouer ni que leurs efforts se révèlent dérisoires face aux enjeux : elles agissent, expérimentent, se plantent, se corrigent, s’améliorent, partagent leur expérience avec d’autres et contribuent ainsi à construire la nouvelle boîte à outils, le kit de survie pour les temps incertains que nous vivons. Dans certaines familles de mon entourage, je constate que les personnes âgées sont celles qui manifestent le plus d’humour et de résilience. Il serait bon de les écouter, de les observer, de s’interroger sur ce qui les motive. Ils ont allégé leur bagage et se sont recentrés sur l’essentiel. Si nous savons passer une chaleureuse soirée de noël dans une chambre d’hôpital, se réjouir d’être ensemble, accrocher deux guirlandes au mur et rire, alors tout est possible. L’amour, la joie, le courage en abondance, à puiser dans la hotte et la petite flamme qui se rallume : tels sont mes voeux pour vous, en toute simplicité.

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Quand revient la lumière


La Terre est notre territoire. Notre famille, c’est le vivant. Les aimer, c’est s’aimer soi-même.

Ce matin, à la campagne, réveillé par les cris des corbeaux, j’ai reçu ce magnifique message que j’aimerais partager avec vous. Il vient d’une amie avec qui nous avions parlé du climat, du risque d’effondrement de la civilisation humaine etc. C’est une très belle réponse au sentiment d’angoisse qui monte (ou à la politique de l’autruche de certains). En ce jour où nous méditons sur les disparus de nos lignées familiales et sur les liens d’amour, ce message nous remet dans le courant de la vie :

« Suite à notre discussion au téléphone et aux différents articles sur le climat et les actualités
J’ai eu cette réfléxion que j’ai mis du temps à formuler
Elle me paraît essentielle
Peut etre Ca te parlera
Peut être pourrons nous en discuter

Le résultat de l’état de la terre et ce que nous en faisons, il n’est pas un état lié à ces 50 dernières années, il est le résultat d’une évolution.
L’évolution de l’homme.
Si on regarde en arrière, l’industrialisation et le développement du capitalisme sont les conséquences de conquêtes. Rien que la conquête des Indes et des Amériques où l’Occident va dominer par la violence les peuples qu’il considère comme sauvages, ou encore le principe de domination de la Nature par l’homme qui plus tard donnera l’agriculture.
Il n y a pas ici à juger de notre évolution, Elle n’est ni Bien ni mal, Elle est.
Le judéo-christianisme a apporté beaucoup de transformations et jusqu’il y a peu inscrites dans notre inconscient collectif occidental.
La notion de faute de culpabilité de Bon de mauvais, la position de soumission infantile face à un dieu Pere Tout puissant, l’homme qui remet sa puissance au Pere(Freud parle de ca il me semble).
Aujourdhui cette impuissance et cette culpabilité face au Monde sont un aveu de désamour et de séparation Pour l’homme.
On se sent impuissant à faire car on se croit séparé de la terre, séparé du Monde et des autres et coupable. (Commentaire de Robert : la méditation en pleine conscience permet justement de remédier à ce sentiment de séparation d’avec nos propres ressentis, avec les autres, avec les espèces vivantes et avec le monde)
Le Monde est ce qu’il est et nous avons bien du mal à le regarder en face. Inconfort.
Car c’est un Miroir tendu de ce que nous sommes : nous traitons la terre et les autres comme nous nous traitons nous-mêmes.
Pourquoi lutter ?pourquoi se mettre en colere ou se débattre ?
Ça ne changera rien la terre le Monde seront Toujours le reflet de la manière dont nous nous traitons.
On aura beau chercher des coupables, accuser le voisin ou se culpabiliser, tant qu’on ne prend pas conscience que nous nous traitons mal nous meme comme on traite le monde, sans Amour, rien ne sera contagieux.
Nous n’avons jamais été séparés ni de Dieu ni de la terre
On veut se le faire croire
On a toujours voulu croire qu’on etait des êtres impuissants
On a oublié, perdu le contact avec notre propre puissance, à travers le processus de notre évolution.
En 2018 émerge une prise de conscience de cette Non-séparation. Elle se traduit souvent, dans un premier temps, par une angoisse, une forme de sidération qui nous paralyse. On sait bien qu’on ne peut plus revenir en arrière, faire comme si on ne savait pas. Mais la tâche nous paraît immense, insurmontable, et nos forces trop petites pour relever ce défi. Le risque, à ce stade, c’est le désespoir, la tentation de s’abandonner à des conduites d’évitement. Puisqu’on va dans le mur, fumons un gros joint en regardant Netflix. Ce sentiment d’impuissance est une illusion que nous pouvons dissiper. Nous sommes travaillés par le sentiment de la nécessité urgente, non pas de sauver la Terre (Elle ést le résultat de millions d’années d’évolution) mais d’ouvrir notre conscience sur cette Non-séparation et de nous aimer nous mêmes afin que nous puissions aimer l’Autre, Le Monde, le vivant dans toutes ses manifestations.
Si on zappe cette première étape tout se cassera la gueule et ca sera vain.
Vouloir aller se battre ou sauver qui que ce soit si on n’apprend pas à ouvrir sa conscience, à s’aimer et etre conscient de son pouvoir de créer, de decreer,du divin en nous
Rien n’est séparé
Il n’y a pas la vie terrestre d’un côté et la spiritualité de l’autre
La spiritualité n’est pas un loisir pour moi
C’est la vie
Et etre congruent selon moi c’est vivre chaque minute en prenant conscience de sa Non séparation, de l’amour qui est partout dans Tout.
Ét a notre échelle à nous, rien que le savoir et en le vivant on peut aider les autres à le réaliser et à répandre cette energie d’amour et ainsi de suite comme un magnifique virus ».
Fin du message reçu.
J’ajoute : c’est précisément que ce nous nous efforçons de faire dans le cadre du parcours #AlterCoop avec Christine Marsan et aussi ce que faitStéphane Riot (voir ses publications récentes) et tant d’autres, chacun dans son coin et, de plus en plus, en constellation.

Le changement dont il est question est tout à la fois économique, sociétal, culturel et spirituel mais avant tout émotionnel. Il engage toutes les dimensions de l’être. Le mental seul ne possède pas le pouvoir de traction nécessaire pour accomplir la transformation de nos croyances et de nos modes de vie. Pire : l’approche mentale suscite incrédulités, résistance, indifférence, quand l’amour et l’empathie aplanissent au contraire ces obstacles. Notre culture rationnelle se méfie de l’émotion car elle est souvent employée par les démagogues. Mais le violon n’est pas responsable de la mauvaise musique. A nous d’apprendre à en tirer des sons harmonieux. L’Hymne à la joie de Beethoven n’a pas été composé pour nous faire aimer l’Europe libérale et bureaucratiques mais la joie de vivre et la fraternité.
Je vous souhaite un bon premier novembre dans l’Amour de soi, des autres et du vivant.

sur des épaules de géants (2 sur 2)


Résumé de la première partie : l’histoire du petit G… et des conversations que l’on peut avoir aux urgences d’un hôpital parisien. Quand la vie nous force à grandir en accéléré. Quand nous avons l’impression de devoir remplir des vêtements trop grands pour nous. Et qu’on y arrive tout de même. Et qu’on apprend que ça s’apprend. Avec de l’aide.

Le stress de la rentrée en sixième, pour beaucoup de nos concitoyens, c’est désormais tous les mois, voire tous les jours. Ou pour le dire en langage sportif : la barre est désormais trop haute, le chrono trop serré. Face à une telle diversité de situations, il existe tout un faisceau de moyens à mobiliser.

C’est un bouquet de croyances, de valeurs, d’images mentales qui nous aident en permanence à prendre et à maintenir des décisions difficiles. Appelons-les nos « multi-vitamines mentales ». Elles circulent tout autour de nous et leurs effets bénéfiques se renforcent mutuellement. Une vidéo inspirante du dernier discours de Michelle Obama, ou, plus caustique, celui de Meryl Streep aux Golden Globes. Car l’ironie aussi peut être une manière saine d’affirmer ses valeurs. Dire ce qui est inacceptable nous définit. Savoir ce que l’on veut et ce que l’on refuse. Définir la victoire en ses propres termes : comment, dans quel état voulons-nous sortir d’une situation, aussi pénible soit-elle ? C’est cet état d’esprit qui transforme une défaite provisoire en épisode qui précède le rebond. La vie est un fleuve étrange, dont l’eau circule dans tous les sens à la fois.

Les parents du petit G… ont eu la sagesse de se concentrer sur la confiance en lui plutôt que sur les bulletins scolaires. La bonne nouvelle, en effet, c’est que la plupart des ressources dont nous aurons besoin sont déjà là, en nous ou autour de nous : discernement, courage, amour, ténacité, endurance. De même pour les compétences et les informations nécessaires à la résolution des situations les plus complexes.

Ainsi, au moment où nos parents recommencent à occuper le centre de notre vie en raison de leur vulnérabilité, un réseau familial, amical, social et professionnel apparaît ou se constitue, prêt à se mobiliser. On prend soudain conscience d’appartenir à toute une génération confrontée aux mêmes difficultés, riche d’une extraordinaire expérience. Ces proches ou moins proches mettent généreusement à notre disposition un énorme capital d’empathie. C’est que chacun se sent concerné, à plus ou moins brève échéance. De quasi-inconnus font un pas en avant pour donner un conseil, un renseignement précieux. Bien entendu, la qualité de ce réseau et de sa mobilisation dépend de nous.

Oser dire clairement ce dont on a besoin, exprimer de la reconnaissance, savoir transformer les demandes les plus ennuyeuses en actes d’amitié et d’amour. Telles sont les nouvelles compétences que nous devons acquérir pour faire face au labyrinthe médical, administratif, aux questions pratiques de toute sorte qui se bousculent et aux émotions parfois violentes qu’elles suscitent.

Tenir le cap, c’est aussi une affaire d’entraînement, comme le démontre « Sully ». Le film raconte l’histoire du pilote du vol US Airways 1549, contraint de poser son Airbus au milieu de l’Hudson lorsque ses deux moteurs tombèrent en panne brusquement. La reconstitution de l’accident, entrecoupée de flash-backs, montre bien comment toute la formation puis la carrière de ce pilote extraordinaire l’amènent à prendre de manière instinctive LA bonne décision, qui sauve la vie des 155 passagers. Géant ? Bien sûr, mais cet instinct s’est aiguisé, construit sur des heures et des heures de pratique dans des environnements toujours plus stressants. Enfant, celui-là ne rêvait probablement pas de sauver des vies, mais de piloter de super machines volantes.

– « Vois-tu d’autres options ? » demande « Sully » à son copilote.

– « non », répond celui-ci, terrifié mais d’une concentration parfaite.

– « Alors on va le poser sur l’eau. »

Et il le fait, sans perdre une seule vie humaine.

Plus tard, la commission d’enquête le met sur le gril, au point de le faire douter un instant d’avoir pris la bonne décision. Mais il se reprend, fait face, et persuade les examinateurs de réintégrer le facteur humain dans leurs calculs.

Ce film est la réponse que l’Amérique a mis 15 ans à apporter au 11 septembre, première dans la série des Grandes Dates Noires. Avec un humour typiquement new-yorkais, le capitaine des pompiers va jusqu’à dire au pilote désemparé : « en matière d’avions, votre atterrissage est la meilleure chose qui nous soit arrivé depuis de nombreuses années ».

On se souvient que les new-yorkais avaient réagi au 11 septembre en développant encore plus de courtoisie et de solidarité. On repense à la manifestation Nationale du 11 janvier, dans toute la France, après Charlie.

Le message est clair : face à la présidente de la Commission d’enquête, qui vient de le décharger de toute responsabilité et le félicite pour son exploit, le pilote rappelle que les 155 passagers ont pu être sauvés grâce au concours de tout l’équipage, des garde-côtes, des plongeurs et des sauveteurs qui les ont recueillis. Il le dit sans fausse modestie, comme une évidence bonne à rappeler dans une époque qui appelle à la solidarité mais valorise principalement le chacun pour soi.

Alors, Nains ou géants ? Il faut imaginer la terreur de la chenille au moment de devenir papillon, et lui décrire les merveilles du printemps, lorsque ses ailes à peine sèches la porteront de fleur en fleur sous le soleil d’avril.

Il faut imaginer le petit G.… devenu, quelques années plus tard, un puissant nageur, champion dans sa catégorie – le relais.

Il faut entendre le message de « Sully », le pilote héroïque et merveilleusement compétent.

Commencé  aux urgences de St Joseph, puis de Léopold Bellan, en hommage au personnel de ces hôpitaux qui font un  travail formidable.

La peluche Tamaloo, triomphe de la douceur active


Dimanche 11 septembre 2016.

Une date qui donne le frisson. Comment ne pas se souvenir, en l’écrivant, de ce jour où la confiance s’est déchirée pour des millions de gens aux Etats-Unis, et sur toute la planète ? Depuis cet événement, les cyniques et les pessimistes ont beau jeu de se moquer de ceux qui portent, malgré tout, l’espoir dans la possibilité d’un monde meilleur, plus vivable pour les prochaines générations.

On observera d’ailleurs que ce sont souvent les mêmes qui, par leur négationnisme climatique, retardent l’adoption des mesures audacieuses qui permettraient d’éviter le pire.

Dans leur bouche, le mot « bisounours » résonne comme une douce injure. C’est une arme hypocrite, à la violence déguisée en condescendance, redoutable en réalité. On peut leur répondre avec cette puissante citation de Vaclav Havel, rapportée par le pasteur Rainer Eppelmann à Angela Merkel à un moment où elle se trouvait en difficulté en raison de sa politique d’accueil envers les migrants.

« L’espoir », écrivait l’ancien dissident Tchèque, « l’espoir, ce n’est pas la conviction qu’une chose se termine bien, mais c’est la certitude que cette chose fait sens, quelle que soit la manière dont elle se termine ».

Mais l’horreur n’est pas le sujet de cette chronique. Nous reviendrons plutôt sur la douceur, la douceur active, intelligente, efficace.

Hier, j’étais à Novancia pour coacher des doctorants participant aux 24 heures chrono de l’entrepreneuriat (https://www.novancia.fr/24H-chrono-entrepreneuriat-doctorants-2016), organisé conjointement par cette école et l’ANRT.

Le pitch : « Avec pour objectif de désacraliser l’entrepreneuriat, cet évènement doit permettre aux participants de conjuguer leurs connaissances scientifiques avec l’audace de la création d’entreprise.

10 équipes de 7 doctorants vont concourir durant 24 heures non-stop pour proposer à un jury d’industriels et d’entrepreneurs des projets d’entreprises réalistes s’appuyant sur leurs connaissances scientifiques »

Dans la pratique, ce sont 70 participants et leurs coachs qui phosphorent non-stop, deux jours et une nuit, dans un cadre propice à la formation de l’intelligence collective. La diversité des disciplines scientifiques et des cultures garantit la richesse des propositions, mais cela rend aussi plus difficile d’en choisir une seule et de l’affiner jusqu’à ce qu’elle se transforme en un projet viable.

Vivre le deuil d’une bonne idée, à fortiori de plusieurs, est une expérience pédagogique essentielle, surtout lorsqu’on la vit en mode accéléré.

C’est la deuxième fois que j’ai le privilège d’accompagner une équipe dans le cadre de ce Challenge, en Australie en mai dernier et cette fois-ci à Paris. A chaque fois c’est un bonheur de travailler en compagnie des esprits les plus vifs, les plus frais (même après 24 heures sans dormir), les plus innovants. Les aider à canaliser leur énergie créative dans un sens productif, à renforcer leur argumentation, à se préparer à la redoutable épreuve du passage devant un jury très averti.

A la fin de la journée, les deux semi-finalistes ont l’honneur de présenter leur projet devant le jury et l’ensemble des participants.

L’un de ces deux projets m’a particulièrement touché. Les doctorants avaient décidé de s’attaquer au sujet de la douleur des enfants malades, difficile à traiter efficacement car ils ont du mal à expliquer leurs symptômes.   Pour contourner la peur de la blouse blanche et favoriser le dialogue avec les enfants, ils avaient eu l’idée d’équiper de capteurs une peluche, la « peluche tamaloo ».

Des caméras fixées dans les yeux de la peluche pouvaient capturer l’expression faciale des enfants, qui constitue un indice fiable de leur niveau de douleur. Un microphone et d’autres capteurs sensibles permettaient d’enrichir le contact sensoriel avec l’enfant pour pouvoir établir ensuite le traitement le plus efficace.

Cette alliance de la science médicale, de la technologie et de la douceur enchanta le public, soulevant des salves d’applaudissement.

Une fois de plus, il était démontré que les bisounours pouvaient gagner la partie. Les capteurs et le big data au service de l’empathie : quoi de plus puissant ?

Cet or invisible et qui rit c’est nous c’est la vie


Depuis vendredi soir, la France a basculé, mais dans quoi ? On s’interroge : est-ce que c’est ça, vivre dans une ville en guerre ? Le sentiment d’innocence perdue. S’inquiéter pour ses proches ou pour des inconnus dès que retentissent les sirènes. Rentrer à pied, le soir, dans des rues désertes. Se tenir au plus près des voitures en stationnement. S’habituer à prononcer ces mots : « tueurs, fusillade, victimes » en parlant non d’une ville étrangère : Beyrouth, Alep ou Lagos, mais de Paris. Passer des heures à rassurer les uns, réconforter les autres et chercher au plus profond de soi l’énergie pour tenir. Cela va durer, dit-on. Bien plus longtemps qu’on ne se l’imaginait en janvier dernier lorsqu’il fallut trouver des mots pour décrire la situation flottante, incertaine et dangereuse dans laquelle nous venons d’entrer. Il y aura encore du sang, du verre brisé, ce sera moche. Autant s’y faire, mais pas au sens où l’on se résignerait à l’horreur. Plutôt comme on se forge une carapace de courage.   La jeunesse de notre pays, ciblée, touchée, vit son épreuve du feu. Elle en sera transformée, devra faire des choix difficiles. Celui de continuer à sortir et de se mélanger à des inconnus ou de se barricader devant sa « fiction ». Choisir entre l’ouverture et le repli, entre la haine et la solidarité, entre la peur et le défi. Elle l’écrit déjà, ici par exemple, et c’est très beau, plein d‘énergie, la rage de vivre et d’aimer. Lire la suite

Anak


In memory of Alvin Eumague, departed October 2, 2014.

Anak, so, this is where you live now. In the trembling light. A feather carried by the gentle breeze, among the chirping birds and the joyful colors of September. There is moss on the stones where I sit but it is not cold.  A bell rings, far in the village. Seasons come and go. The cycles of life. Once again we have come to close this house for the winter. Another look at the garden. Cyclamen are now discreetly displaying their light lilac hues under the chestnut tree. I should enter the building now, but it is so damp. Although you never came here your presence lingers around,  in the subtle scent of apples, and there are honey jars in the basement of the castle where they used to keep cider, generations ago. Like these kernels your soul will keep growing and singing, cracking in the dry summers through the trunk and branches of the big sequoia tree. Such a lovely, lovely day to remember you. In KL, you recorded funny faces on my camera, knowing I would find them only later.  For you were such a clown, and so gifted. What now with the promise of your life? Where is that smile of yours, this laughter of yours, and what to do with your anger now? Now you have joined the deepest rivers, nurturing underground currents and preparing to spring up in songs. For you will be the spring, that much I know, and those rays of light caressing our face. You will, but for now there is winter to go through. Sitting on the stairs outside the door, I fill my lungs with fresh air. Soon I must enter this place and face memories of the week-end I spent here, writing and waiting anxiously for news from you, just before you left us, almost a year ago. Life is calling and demanding much of us. There is love to be shared and consolation to be given. And there are particles of gold in every life you’ve touched, in every cycle we go through, in the humblest grass. Anak, my child, I will go now, and fill this house with gratitude.2015-09-27 14.02.18

Beach Boys et Mozart 1, psychopathes zéro


Il y a eu la Flûte Enchantée de Mozart à la Bastille, magnifiquement servie par une mise en scène de Robert Carsen qui (n’en déplaise à ceux qui préfèrent la sophistication à l’humilité)   redonne toute sa transparence à l’oeuvre et par des chanteurs-acteurs pétillants de vie (voir ici Flûte enchantée  et Flûte enchantée Robert Carsen). La profondeur et la plus grande légèreté s’allient pour triompher des forces obscures, le propos de Mozart retrouve toute sa limpidité, le pardon dissout les appétits de vengeance et l’on se sent, oui, plus propre, réconcilié avec la notion même d’espoir. Les Lumières sont bien le plus bel héritage de l’Europe, et la musique st aujourd’hui le meilleur moyen de faire passer ce message.

Plus accessible et tout aussi savoureux, si vous voulez de bonnes vibrations pour l’été :  Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson, compositeur phare des Beach Boys. Un film de Bill Pohlad avec Paul Dano, John Cusack, Elizabeth Banks, à voir (et à entendre) absolument. Un talent massacré, mais qui ressort, éclatant (de justesse, et pas indemne), après un traitement effroyable entre les mains d’un charlatan psychopathe bien plus gravement atteint que son patient. On savait qu’il y avait des médecins dangereux et intéressés depuis le médecin de Michael Jackson, à vrai dire on aurait dû le savoir depuis testament du docteur Mabuse de Fritz lang (1932).

Elizabeth Banks incarne avec beaucoup de justesse la conviction, la détermination, l’amour et la joie de vivre qui pétillent dans la musique des Beach Boys. Et dire qu’on a pu la dénigrer comme outrageusement commerciale, alors que les harmonies sont d’une subtilité somptueuse. La joie, la vitalité explosent, c’est exactement ce qu’il nous faut en cette époque sinistre. Avec une bonne dose de persévérance pour ne pas nous laisser contaminer par ceux qui croient encore que la tristesse seule est marque d’intelligence.

On peut détruire des monuments, égorger des vivants, réduire des populations à la pauvreté abjecte, les étrangler, les contraindre à l’exil, mais la musique demeure, accessible à qui veut bien se laisser toucher. De la poésie pure.

Bel été à toutes et à tous.