Résilience mode d’emploi


Avril 2019

Sur la photo de Michel Euler (Associated Press), Notre Dame en feu réussit l’exploit d’être encore incroyablement photogénique. Le bas de l’image, en particulier, pourrait être la reproduction d’un tableau de Monet, avec ses reflets orange sur l’eau bleue où l’on distingue à peine une petite barque noire. Mais plus haut, le chaos dévore ce qui reste du toit, où n’apparaît déjà plus la flèche. Les tours semblent éclairées à revers, par un soleil qui aurait décidé de se coucher du mauvais côté. Par respect du copyright je publie ma propre photo, beaucoup moins réussie mais libre de droits. On y voit un geste d’effroi, l’index tendu d’un passant vers ce qui s’abîme. La destruction en cours. La prise de conscience de l’irréversible. Les massacres de Charlie Hebdo puis du Bataclan nous avaient percé le coeur. Ce qui se passe ici fait trembler la terre et l’histoire  sous nos pieds. C’est le socle de notre identité qui soudain se dérobe.

Notre-Dame depuis le Pont Marie

Depuis quelques jours, j’avais fini la lecture du Lambeau, de Philippe Lançon, et je prévoyais d’écrire sur le thème de la Résilience. J’avais pris des notes, commencé à composer dans ma tête une sorte de check-liste, assortie de citations dont je sauverai seulement celle-ci : « en 2015, le pays ne s’est pas effondré, ni déchiré, il s’est tout d’abord rassemblé, puis il est entré dans le processus de résilience ».

Comment ? Ce sera pour une autre fois. Désolé, cette chronique ne tiendra pas ses promesses. Trop lourd, trop tôt.

Après mes rendez-vous du matin, je suis allé la voir. Eventrée, mais toujours debout, la vieille cathédrale encombrée de l’échafaudage tordu par la chaleur fumait, cernée de nacelles d’où les pompiers l’auscultaient, cherchant à évaluer les dégâts infligés à sa structure.

Dans une précédente chronique, j’avais commenté cette phrase du Bouddha mourant à ses disciples : « il n’y a d’autre refuge qu’en vous-mêmes ». Aujourd’hui me vient, cheminant à travers des échanges avec des amis, cette variante : soyons nous-mêmes la cathédrale. Pendant les travaux, qui pourront durer des décennies, c’est à nous de porter son message d’amour, de beauté et de paix.

Vous l’aurez deviné, cette chronique me coûte, mais elle existe, et je la publie. Les mots, le partage. Coûte que coûte.

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