Archives de Catégorie: résilience

Quand revient la lumière


La Terre est notre territoire. Notre famille, c’est le vivant. Les aimer, c’est s’aimer soi-même.

Ce matin, à la campagne, réveillé par les cris des corbeaux, j’ai reçu ce magnifique message que j’aimerais partager avec vous. Il vient d’une amie avec qui nous avions parlé du climat, du risque d’effondrement de la civilisation humaine etc. C’est une très belle réponse au sentiment d’angoisse qui monte (ou à la politique de l’autruche de certains). En ce jour où nous méditons sur les disparus de nos lignées familiales et sur les liens d’amour, ce message nous remet dans le courant de la vie :

« Suite à notre discussion au téléphone et aux différents articles sur le climat et les actualités
J’ai eu cette réfléxion que j’ai mis du temps à formuler
Elle me paraît essentielle
Peut etre Ca te parlera
Peut être pourrons nous en discuter

Le résultat de l’état de la terre et ce que nous en faisons, il n’est pas un état lié à ces 50 dernières années, il est le résultat d’une évolution.
L’évolution de l’homme.
Si on regarde en arrière, l’industrialisation et le développement du capitalisme sont les conséquences de conquêtes. Rien que la conquête des Indes et des Amériques où l’Occident va dominer par la violence les peuples qu’il considère comme sauvages, ou encore le principe de domination de la Nature par l’homme qui plus tard donnera l’agriculture.
Il n y a pas ici à juger de notre évolution, Elle n’est ni Bien ni mal, Elle est.
Le judéo-christianisme a apporté beaucoup de transformations et jusqu’il y a peu inscrites dans notre inconscient collectif occidental.
La notion de faute de culpabilité de Bon de mauvais, la position de soumission infantile face à un dieu Pere Tout puissant, l’homme qui remet sa puissance au Pere(Freud parle de ca il me semble).
Aujourdhui cette impuissance et cette culpabilité face au Monde sont un aveu de désamour et de séparation Pour l’homme.
On se sent impuissant à faire car on se croit séparé de la terre, séparé du Monde et des autres et coupable. (Commentaire de Robert : la méditation en pleine conscience permet justement de remédier à ce sentiment de séparation d’avec nos propres ressentis, avec les autres, avec les espèces vivantes et avec le monde)
Le Monde est ce qu’il est et nous avons bien du mal à le regarder en face. Inconfort.
Car c’est un Miroir tendu de ce que nous sommes : nous traitons la terre et les autres comme nous nous traitons nous-mêmes.
Pourquoi lutter ?pourquoi se mettre en colere ou se débattre ?
Ça ne changera rien la terre le Monde seront Toujours le reflet de la manière dont nous nous traitons.
On aura beau chercher des coupables, accuser le voisin ou se culpabiliser, tant qu’on ne prend pas conscience que nous nous traitons mal nous meme comme on traite le monde, sans Amour, rien ne sera contagieux.
Nous n’avons jamais été séparés ni de Dieu ni de la terre
On veut se le faire croire
On a toujours voulu croire qu’on etait des êtres impuissants
On a oublié, perdu le contact avec notre propre puissance, à travers le processus de notre évolution.
En 2018 émerge une prise de conscience de cette Non-séparation. Elle se traduit souvent, dans un premier temps, par une angoisse, une forme de sidération qui nous paralyse. On sait bien qu’on ne peut plus revenir en arrière, faire comme si on ne savait pas. Mais la tâche nous paraît immense, insurmontable, et nos forces trop petites pour relever ce défi. Le risque, à ce stade, c’est le désespoir, la tentation de s’abandonner à des conduites d’évitement. Puisqu’on va dans le mur, fumons un gros joint en regardant Netflix. Ce sentiment d’impuissance est une illusion que nous pouvons dissiper. Nous sommes travaillés par le sentiment de la nécessité urgente, non pas de sauver la Terre (Elle ést le résultat de millions d’années d’évolution) mais d’ouvrir notre conscience sur cette Non-séparation et de nous aimer nous mêmes afin que nous puissions aimer l’Autre, Le Monde, le vivant dans toutes ses manifestations.
Si on zappe cette première étape tout se cassera la gueule et ca sera vain.
Vouloir aller se battre ou sauver qui que ce soit si on n’apprend pas à ouvrir sa conscience, à s’aimer et etre conscient de son pouvoir de créer, de decreer,du divin en nous
Rien n’est séparé
Il n’y a pas la vie terrestre d’un côté et la spiritualité de l’autre
La spiritualité n’est pas un loisir pour moi
C’est la vie
Et etre congruent selon moi c’est vivre chaque minute en prenant conscience de sa Non séparation, de l’amour qui est partout dans Tout.
Ét a notre échelle à nous, rien que le savoir et en le vivant on peut aider les autres à le réaliser et à répandre cette energie d’amour et ainsi de suite comme un magnifique virus ».
Fin du message reçu.
J’ajoute : c’est précisément que ce nous nous efforçons de faire dans le cadre du parcours #AlterCoop avec Christine Marsan et aussi ce que faitStéphane Riot (voir ses publications récentes) et tant d’autres, chacun dans son coin et, de plus en plus, en constellation.

Le changement dont il est question est tout à la fois économique, sociétal, culturel et spirituel mais avant tout émotionnel. Il engage toutes les dimensions de l’être. Le mental seul ne possède pas le pouvoir de traction nécessaire pour accomplir la transformation de nos croyances et de nos modes de vie. Pire : l’approche mentale suscite incrédulités, résistance, indifférence, quand l’amour et l’empathie aplanissent au contraire ces obstacles. Notre culture rationnelle se méfie de l’émotion car elle est souvent employée par les démagogues. Mais le violon n’est pas responsable de la mauvaise musique. A nous d’apprendre à en tirer des sons harmonieux. L’Hymne à la joie de Beethoven n’a pas été composé pour nous faire aimer l’Europe libérale et bureaucratiques mais la joie de vivre et la fraternité.
Je vous souhaite un bon premier novembre dans l’Amour de soi, des autres et du vivant.

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Bien ranger sa maison


Après la perte d’un proche : trier, ranger le lieu familial, remettre en circulation les énergies bloquées, aérer les pièces et les émotions. Clarifier ce qui nous attache à ce lieu, au territoire environnant. Prendre conscience de tous les liens, de ce qui change ou va changer. Faire de la place pour les nouvelles générations, qui ont leur propre histoire à construire. Apprendre à mieux écouter les uns et les autres. Cultiver la délicatesse des liens. Concevoir de nouveaux projets. Respirer, percevoir, goûter ce qui est là. Puis, quand le moment vient, partir. Poursuivre le voyage.CHâlet à GrimentzPhoto : châlet à grimentz, après la randonnée.
Photo : châlet à grimenz, jste

Les tambours de neige


Quand résonnent les tambours de neige,
Un très ancien virus enfoui
Dans la terre gelée
se réveille.
Le dos musculeux des bisons frissonne dans l’air glacé
Quelque chose dans la nuit
Cristallise,
Tout est blanc.

Pulsation proche et lointaine,
un cœur immense
bat.
C’est le nôtre, et d’autres cœurs à l’unisson.
Quand ils accélèrent
Nous savons qu’un voyage se prépare.
Il en va de notre survie
Et de toutes les espèces.

Et nous, quand partons nous?
Demandent les enfants
Quand partons nous, maman?

Sur la plaine où serpente
Un fleuve empoisonné
Les tribus s’inquiètent et montrent les dents,
Grognant
Comme des animaux agacés.
La police, armée de jets d’eaux puissants,
Les disperse.

C’est ainsi que les choses se passent
C’est ainsi que les peuples cassent

Une vague enfle et rugit dans les stades, la foule se lève
Comme un seul homme
Et comme un seul homme
Elle s’abandonne
Aux voleurs qui l’enivrent.

En mer, des femmes et des hommes
Se noient
De rares marins parfois les secourent
Et les ramènent vêtus d’orange
Un appel brille haut dans le ciel nocturne, étoile ou satellite rouge clignotant.

Et toi, que sais-tu, toi
Qui ne dis rien?
Un cri strident nous réveille,
Le coeur affolé.

Dans sa cabine, l’astronaute
Retourne sa caméra vers la Terre
Et ce qu’il voit le bouleverse à jamais.
L’orange bleue voilée de nuages
S’inscrit dans le hublot;
Notre maison, notre planète
Seule et unique habitée
Dans l’espace.

Il en tremble d’amour.
Dis, que vois-tu là haut?

Je vois des aurores boréales
Je vois nos ancêtres les montagnes et
Les continents, les côtes;
Je vois
Nimbée de lumière
L’enveloppe si mince,
Si fragile, qui nous protège.

Un flux de tendresse le parcourt
La mémoire de ses molécules
S’éveille.
Seul et nu dans l’espace
Il se souvient de son origine

poussière d’étoiles.

Il se souvient de sa première visite au planétarium, sa main
Dans la main de son père.
Il revoit le soleil,
Les planètes sagement alignées
Tournant comme des toupies, les galaxies multicolores s’éloignant les unes des autres
A toute vitesse

Son coeur à nouveau s’émerveille.

Plus bas, sa ville natale scintille de mille feux
Les autoroutes serties de diamants
Tressent des réseaux,
c’est un diadème posé
Sur un écrin de velours noir.

Entre ces villes tentaculaires
Il y a peut-être encore des forêts
Et dans ces forêts des animaux,
Des rivières pétillantes
Il se souvient des orties qui fouettaient ses jambes,
Des fougères
Et du bruit vert mouillé,
La pluie tombant sur les feuilles en avril.

Il se souvient de la femme qu’il aime, de son corps tiède
Et de ses caresses
Il se souvient de ses enfants
De leur odeur lactée

Le rythme des tambours
Accélère encore
Maintenant c’est une pulsation puissante, inexorable
Un rythme qui vous pousse
En avant

L’appel résonne

Avant que ce monde ne s’épuise
Il est temps de boire la lumière
De soleils plus lointains que notre soleil
Plonger dans la mer de turquoise où naît la vie future
Ecouter ce qui palpite
Ouvrir nos coeurs
Chanter

Réparer le monde


Disons-le tout de suite : je trouve plutôt sympathique l’ambition de « réparer le monde » que se donnerait la littérature française d’aujourd’hui selon Alexandre Gefen ( « Réparer le monde, la littérature française au XXIème siècle, Corti, les Essais). Que la littérature nous réconcilie avec le corps, la sensualité, les émotions, qu’elle nous aide à trouver des clés pour vivre un peu moins mal, à retrouver un peu de pouvoir, même, et pourquoi pas à construire des relations plus satisfaisantes, qui peut y trouver à redire ? On reprochera peut-être à ce mouvement son manque d’ambition : consoler plutôt que transformer, repeindre les murs de la cuisine plutôt que de reconstruire toute la maison. Et si c’était tout le contraire ? Et si nous avions besoin de reprendre pied dans le monde, avant toute chose, avant de pouvoir formuler d’autres exigences ?

L’engagement dans le monde, et surtout envers les vivants, dont témoignerait cette littérature « réparatrice », me paraît en tout point préférable au mouvement formaliste et esthétisant qui l’avait précédée. Selon Alexandre Gefen, cette nouvelle littérature s’ouvrirait au réel, qu’elle se donnerait pour tâcher de corriger.  Cette convergence de la littérature, des sciences cognitives et du développement personnel, voire de la thérapie, coïncide avec une réhabilitation de la fiction comme véritable « propre de l’Homme » (Yuval Noah Harari, Sapiens). La capacité d’inventer et de se raconter des histoires serait le levier qui aurait permis le formidable développement des sociétés humaines, la projection dans le futur, le partage d’expérience et la spéculation intellectuelle. On est loin du divertissement auquel les « gens sérieux » (ceux qui n’ont pas le temps de lire des romans, encore moins de la poésie, mais qui passent des heures à surfer sur les réseaux sociaux ou devant des séries) cantonnaient la littérature.

La voici donc lestée d’une utilité nouvelle, aussi incertaine que prometteuse. En tant que coach, cela ne m’étonne pas : il y a déjà de nombreuses années que le récit est utilisé comme méthode de reconstruction du sens et de projection dans un futur désirable. A l’échelle d’un groupe, on appelle cela la méthode des scénarios, de plus en plus utilisée pour travailler sur des sujets complexes nécessitant l’intervention d’équipe pluridisciplinaires.

En redécouvrant le récit, la littérature récupère ces deux provinces perdues que sont les émotions et les sens, longtemps reléguées en périphérie de l’empire du tout-cérébral (que l’on se souvienne d’une certaine façon de décrire les relations sexuelles, dépourvues de toute sensualité, et qui donnaient envie d’aller se faire moine au mont Athos). Le roman de Chantal Thomas « Souvenirs de la marée basse » (Seuil) peut ainsi se déguster comme une ode aux plaisirs du corps plongé dans l’eau en diverses saisons et à diverses températures. On est là dans une forme de littérature immersive à l’opposé de la distance ironique obligatoire depuis Flaubert jusqu’au milieu des années 90, et même un peu plus longtemps si l’on y inclut les romans hyper cérébraux et détachés de Michel Houellebecq.

Cette ambition nouvelle s’accompagne d’une forme d’humilité : on est au ras du réel, on ne va pas refaire le monde, ni même le transformer, juste essayer d’y voir plus clair, d’y trouver des repères et de rendre la vie plus supportable. Par ce choix, et la redécouverte des sens, la littérature nous aide à recréer les liens perdus avec le monde. Certains romans contemporains vous font l’effet d’un bon massage aux huiles essentielles après des heures passées devant un ordinateur : on est à nouveau bien dans son corps, détendu, prêt à se réconcilier avec la vie, peut-être même à s’ouvrir, explorer, prendre à nouveau des risques, élargir le périmètre de nos ambitions. Il faudrait remonter jusqu’à Rabelais pour retrouver une telle « immersion » sensorielle, quand toute la littérature successive a semblé vouloir s’éloigner du « monde vulgaire », le raffiner jusqu’à l’abstraction.

« L’heure est aux écrivains de terrain », conclut Alexandre Gefen interviewé par Le Monde.

Cela ne signifie pas que la littérature doive nous parler uniquement du ciel bleu. On a reproché à Frédéric Lenoir une vision « irénique » de Spinoza dans son dernier livre (le Miracle Spinoza, Fayard). Reconnaissons-lui au moins le mérite d’avoir rendu accessible une philosophie de la joie de vivre. « L’éthique de Spinoza, c’est montrer que le corps et l’esprit nous aident ensemble à passer des passions tristes aux passions joyeuses » écrit Lenoir. C’est toujours l’ambition de redonner aux gens du pouvoir sur leur vie. Tendre un large cadre où le Mal s’inscrit, mais dans un horizon plus vaste, dans lequel nous pouvons puiser des ressources, des clés de résilience.

Affronter le Mal, debout, face à face, ne rien céder : c’est le sujet de deux livres bouleversants et stimulants : « Vous n’aurez pas ma haine », d’Antoine Leiris (Le Livre de poche) et « Le livre que je ne voulais pas écrire », d’Erwan Laher (Quidam). Le premier raconte l’histoire d’un deuil : un père et son fils, la mère assassinée au Bataclan, les gestes quotidiens auxquels on se raccroche, l’enfant, ses besoins, son sourire. Le choix de l’amour plutôt que celui de la haine. Pour Erwan Laher, survivant du Bataclan, il s’agit aussi de faire face en évitant deux écueils : la tentation de se protéger du malheur, dans une sorte d’anesthésie émotionnelle qui peut mener au cynisme, et celle du désespoir. Puisque la mort, la séparation, la souffrance existent, il nous appartient de miser sur la vie, de lui donner du poids, de la consistance et de la couleur. Et si la littérature peut contribuer à renforcer cet appétit de vivre, c’est tant mieux.

sur des épaules de géants (2 sur 2)


Résumé de la première partie : l’histoire du petit G… et des conversations que l’on peut avoir aux urgences d’un hôpital parisien. Quand la vie nous force à grandir en accéléré. Quand nous avons l’impression de devoir remplir des vêtements trop grands pour nous. Et qu’on y arrive tout de même. Et qu’on apprend que ça s’apprend. Avec de l’aide.

Le stress de la rentrée en sixième, pour beaucoup de nos concitoyens, c’est désormais tous les mois, voire tous les jours. Ou pour le dire en langage sportif : la barre est désormais trop haute, le chrono trop serré. Face à une telle diversité de situations, il existe tout un faisceau de moyens à mobiliser.

C’est un bouquet de croyances, de valeurs, d’images mentales qui nous aident en permanence à prendre et à maintenir des décisions difficiles. Appelons-les nos « multi-vitamines mentales ». Elles circulent tout autour de nous et leurs effets bénéfiques se renforcent mutuellement. Une vidéo inspirante du dernier discours de Michelle Obama, ou, plus caustique, celui de Meryl Streep aux Golden Globes. Car l’ironie aussi peut être une manière saine d’affirmer ses valeurs. Dire ce qui est inacceptable nous définit. Savoir ce que l’on veut et ce que l’on refuse. Définir la victoire en ses propres termes : comment, dans quel état voulons-nous sortir d’une situation, aussi pénible soit-elle ? C’est cet état d’esprit qui transforme une défaite provisoire en épisode qui précède le rebond. La vie est un fleuve étrange, dont l’eau circule dans tous les sens à la fois.

Les parents du petit G… ont eu la sagesse de se concentrer sur la confiance en lui plutôt que sur les bulletins scolaires. La bonne nouvelle, en effet, c’est que la plupart des ressources dont nous aurons besoin sont déjà là, en nous ou autour de nous : discernement, courage, amour, ténacité, endurance. De même pour les compétences et les informations nécessaires à la résolution des situations les plus complexes.

Ainsi, au moment où nos parents recommencent à occuper le centre de notre vie en raison de leur vulnérabilité, un réseau familial, amical, social et professionnel apparaît ou se constitue, prêt à se mobiliser. On prend soudain conscience d’appartenir à toute une génération confrontée aux mêmes difficultés, riche d’une extraordinaire expérience. Ces proches ou moins proches mettent généreusement à notre disposition un énorme capital d’empathie. C’est que chacun se sent concerné, à plus ou moins brève échéance. De quasi-inconnus font un pas en avant pour donner un conseil, un renseignement précieux. Bien entendu, la qualité de ce réseau et de sa mobilisation dépend de nous.

Oser dire clairement ce dont on a besoin, exprimer de la reconnaissance, savoir transformer les demandes les plus ennuyeuses en actes d’amitié et d’amour. Telles sont les nouvelles compétences que nous devons acquérir pour faire face au labyrinthe médical, administratif, aux questions pratiques de toute sorte qui se bousculent et aux émotions parfois violentes qu’elles suscitent.

Tenir le cap, c’est aussi une affaire d’entraînement, comme le démontre « Sully ». Le film raconte l’histoire du pilote du vol US Airways 1549, contraint de poser son Airbus au milieu de l’Hudson lorsque ses deux moteurs tombèrent en panne brusquement. La reconstitution de l’accident, entrecoupée de flash-backs, montre bien comment toute la formation puis la carrière de ce pilote extraordinaire l’amènent à prendre de manière instinctive LA bonne décision, qui sauve la vie des 155 passagers. Géant ? Bien sûr, mais cet instinct s’est aiguisé, construit sur des heures et des heures de pratique dans des environnements toujours plus stressants. Enfant, celui-là ne rêvait probablement pas de sauver des vies, mais de piloter de super machines volantes.

– « Vois-tu d’autres options ? » demande « Sully » à son copilote.

– « non », répond celui-ci, terrifié mais d’une concentration parfaite.

– « Alors on va le poser sur l’eau. »

Et il le fait, sans perdre une seule vie humaine.

Plus tard, la commission d’enquête le met sur le gril, au point de le faire douter un instant d’avoir pris la bonne décision. Mais il se reprend, fait face, et persuade les examinateurs de réintégrer le facteur humain dans leurs calculs.

Ce film est la réponse que l’Amérique a mis 15 ans à apporter au 11 septembre, première dans la série des Grandes Dates Noires. Avec un humour typiquement new-yorkais, le capitaine des pompiers va jusqu’à dire au pilote désemparé : « en matière d’avions, votre atterrissage est la meilleure chose qui nous soit arrivé depuis de nombreuses années ».

On se souvient que les new-yorkais avaient réagi au 11 septembre en développant encore plus de courtoisie et de solidarité. On repense à la manifestation Nationale du 11 janvier, dans toute la France, après Charlie.

Le message est clair : face à la présidente de la Commission d’enquête, qui vient de le décharger de toute responsabilité et le félicite pour son exploit, le pilote rappelle que les 155 passagers ont pu être sauvés grâce au concours de tout l’équipage, des garde-côtes, des plongeurs et des sauveteurs qui les ont recueillis. Il le dit sans fausse modestie, comme une évidence bonne à rappeler dans une époque qui appelle à la solidarité mais valorise principalement le chacun pour soi.

Alors, Nains ou géants ? Il faut imaginer la terreur de la chenille au moment de devenir papillon, et lui décrire les merveilles du printemps, lorsque ses ailes à peine sèches la porteront de fleur en fleur sous le soleil d’avril.

Il faut imaginer le petit G.… devenu, quelques années plus tard, un puissant nageur, champion dans sa catégorie – le relais.

Il faut entendre le message de « Sully », le pilote héroïque et merveilleusement compétent.

Commencé  aux urgences de St Joseph, puis de Léopold Bellan, en hommage au personnel de ces hôpitaux qui font un  travail formidable.

Sur des épaules de géants (1 sur 2)


Parfois, nous avons l’impression que la Vie nous force à devenir des géants.

Je me souviens du fils d’une amie, un garçon de 10 ans … Lors de son entrée en sixième, le petit G.… a commencé à faire des cauchemars.

Emmené chez une pédopsychiatre, il s’est dessiné tout petit au milieu de ses deux parents immenses. La psychologue expliqua alors aux parents perplexes qu’il exprimait un refus face à ce qu’il ressentait comme une pression pour grandir trop vite.

Ce stress du « passage en sixième », nous pouvons l’éprouver à divers moments de la vie personnelle ou professionnelle. Changer de travail, de métier ou de pays, recomposer sa famille, faire face à la perte d’autonomie ou à la disparition de ses parents, à la maladie grave d’un conjoint. Tout devient extrêmement compliqué, et, comme le petit G.… à la veille de son entrée en sixième, nous sommes terrifiés à l’idée de ne pas être à la hauteur.

C’est que nous avons oublié une donnée essentielle. « Si j’ai pu voir si loin », écrivit Copernic, « c’est que j’étais juché sur des épaules de géants ». Face aux épreuves de la vie, nous sommes tous des géants-porteurs les uns pour les autres. La coopération, qui requiert la confiance, serait même selon l’éthologue Frans de Waal l’un des plus grands avantages compétitifs de l’espèce humaine (l’Age de l’empathie, 2010).

Reste à gérer le vertige. Le principal travail d’adaptation consiste d’abord à rééduquer notre « oreille interne ». Comment percevons-nous la distance qui nous sépare de l’objectif ? Et si elle nous paraît vertigineuse, comment la réduire ? La technique la plus efficace consiste à transformer les obstacles, réels ou imaginaires, en un plan d’action. « Je n’y arriverai pas » devient : « sur quels paramètres ai-je du pouvoir », puis « quelles sont les principales questions à résoudre, et dans quel ordre » ? Et enfin : « comment progresser » ?

Voyant qu’il avait des difficultés dans les matières classiques, les parents du petit G.… lui proposèrent de tenter diverses activités pour multiplier les occasions de réussir, parmi lesquelles la natation.

Semaine après semaine, ils lui ont prodigué leurs encouragements, hurlant au bord des bassins. Il dut maîtriser sa peur, apprendre à respirer sous l’eau, à bien finir une épreuve. Lutter dans ce terrain mouvant, dépourvu de points d’appui, où les muscles tirent, où mille sirènes vous implorent de lâcher. Il en a bavé, mais il a tenu.

Comment se motive t-on pour gagner quelques dizaines de secondes ? De la même façon qu’on se mobilise pour tenir face à la maladie. C’est la conclusion à laquelle nous sommes arrivés en discutant avec une coach sportive rencontrée par hasard aux urgences d’un hôpital parisien.

Elle accompagnait un client. Moi, des proches. On attend beaucoup aux urgences. Tandis que son client se tord de douleur sur son brancard, un coude déboîté, flambant de jeunesse au milieu des vieillards dans son maillot jaune et rouge, je lui fais part de mon intérêt pour tous les facteurs de l’endurance. Nous nous apercevons rapidement que nous parlions le même langage : fractionner l’objectif, tenir le pas gagné (Rimbaud), qui dans le foot se traduit par « occuper le terrain », voire « conserver le ballon », enregistrer et célébrer le moindre progrès, analyser froidement les échecs, et surtout se projeter dans le « maintenant » de la victoire.

Pour un malade en voie de guérison, cela peut être une expo que l’on se promet d’aller voir avec des êtres chers. Pour le sportif, un progrès régulier lors des prochaines compétitions, ou gagner dans un lieu symbolique.

Il s’agit de construire des anticipations positives (« monter en première division »), couplées à des principes d’action de style « je ne raccroche pas avant d’avoir conclu au moins une vente » pour le commercial, ou « chaque minute de vie est une occasion d’aimer, et de se le dire », à propos d’un être cher.

Jusqu’ici, rien de révolutionnaire. Ce qui change, c’est la multiplicité des occasions d’appliquer la méthode. La pression exercée sur les individus est trop forte, les ruptures de repères trop nombreuses et surtout elles se succèdent de manière si rapide et si violente qu’il devient indispensable d’industrialiser le procédé.

A suivre…

Ce qui nous rend plus forts


Chers lecteurs, chers happy few,

Tout d’abord, merci pour votre fidélité. Vous n’êtes pas très nombreux, mais votre lecture attentive et vos commentaires suffisent à entretenir la flamme.

Pardonnez la tonalité de cette chronique, sombre et combative. Les temps sont durs. On n’en est plus à donner des conseils pour réussir son début d’année, ni même à formuler des vœux. Si vous cherchez du rose bonbon, revenez dans quelques jours ou dans quelques semaines, ou lisez ce qui suit lorsque vous aurez le cœur aguerri. Entre la boxe et les bisous, difficile de tenir le juste milieu.

Il paraît que, depuis « Charlie », nous sommes devenus plus forts, plus endurants. Nous aurions développé des capacités de résilience face à l’adversité. Mais nous sommes aussi devenus plus durs, notamment envers les plus faibles, ceux que la société rejette parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils nous renvoient l’image d’une vulnérabilité qui nous fait peur. Des sociologues ont même créé le terme « pauvrophobie » pour évoquer ce phénomène. Cela ne nous honore pas.

Il y a quelques jours, l’humoriste Nicole Ferroni établissait un parallèle entre les valeurs chrétiennes et le traitement réservé par certaines communes de France aux réfugiés syriens. N’est-il pas étrange en effet de voir ceux qui se réclament ostensiblement de ces valeurs les contredire dans leur refus d’accueillir des familles forcées de fuir la guerre qui a dévasté leur pays ? Score à date : Jésus : 3, Ciotti : 0.

Ici-même, le sujet avait été abordé en 2011 (déjà !) sous le thème du « repos pendant la fuite en Egypte » (lien). S’il devait traiter le sujet aujourd’hui, le peintre devrait représenter la Sainte Famille  en migrants affublés de gilets de sauvetage orange fluo plutôt qu’en jolis drapés Renaissance. Pour le bœuf et l’âne, un rafiot en train de couler, avec des pointes de clous tournées vers l’intérieur, offrirait une représentation cruelle, mais réaliste, de la scène à faire. Imaginons Saint Joseph et la Vierge Marie débarquant sur nos côtes, les pieds en sang, affamés, trempés, grelottants.

Que pouvons-nous faire ? Ouvrir nos cœurs, déjà, et nous rappeler d’où nous venons. Accorder un regard, et peut-être un Euro, au SDF qui nous casse les oreilles dans le métro avec sa complainte usée. Ce n’est pas par paresse de se laver qu’il sent mauvais, et sa voix éraillée n’est pas plus désagréable que celle de Cécile Duflot.

Le but de cette chronique n’étant pas de distribuer des leçons de morale, la question qui nous intéresse est celle-ci : comment tenir le juste équilibre entre la force et la compassion ?

Il ne s’agit pas de choisir entre le pessimisme et l’optimisme, entre l’angélisme et la méfiance, mais plutôt d’identifier et de mobiliser ce que les coachs appellent des ressources, et les peintres : des points d’appui.

Un article américain (lien) évoquait le sujet récemment, sous le titre « how to develop mental toughness ». J’ai hésité sur la traduction du mot « toughness » : comment développer de l’endurance ? De la force mentale ? Plus que la résilience, en effet, ce qui m’intéresse, c’est la capacité de s’ouvrir au monde et d’en absorber les chocs, sans renoncer à notre sensibilité et à ce qui fait de nous des êtres humains complets, sinon accomplis.

Je vous donne le lien ici, et j’y reviendrai dès que j’aurai le temps de développer le sujet.

En attendant, je vous souhaite de développer de la force et de l’endurance, mais aussi beaucoup de tendresse, en cette nouvelle année qui va secouer fort. Qu’elle révèle les talents cachés, la grandeur, la générosité qui ne demandent qu’à s’épanouir. Et n’oubliez-pas : soyez bien entourés.

PS : un mot, bien sûr, à propos d’Istanbul. Cette ville que je ne connais pas encore, et dont l’histoire me fascine, tout comme sa position à cheval sur l’Europe et l’Asie, cette ville est aujourd’hui meurtrie par un nouvel attentat, et j’aimerais apporter toute mon empathie et tout mon soutien à ses habitants. Mais puisqu’on parle de la Turquie, je ne peux pas m’abstenir de citer l’écrivaine Asli Erdogan, dont la résistance face à l’oppression est une leçon de courage pour tous. Et je mentionnerai cette autre écrivaine, Elif Shafak, pour son merveilleux « la bâtarde d’Istanbul ».