Raffaelle Simone ou le syndrome de Big Mother


Dessiner, gratter, rageusement, jusqu’à se réveiller?

Le dessin, c’est l’amour.
Avec la neige, une douceur ouatée recouvre la ville, étouffant les bruits et toute velléité de résistance. C’est tellement commode, la neige, pour cacher  la crasse, la misère, la laideur, l’iniquité. Des sans-papiers meurent légalement de froid, rejetés des abris sur ordre des préfectures. Sous la neige, on peut cacher les vieilles jalousies recuites, le ressentiment, les rages molles. On perd le courage de s’indigner. Big Mother anesthésie ses enfants, puis les sert à l’ogre.

Il est temps de revenir aux propos de Raffaelle Simone sur la « société de l’hébétude »,  maternante, infantilisante, qu’il appelle « le monstre doux ».

Lecture pour tous en a fait un compte-rendu pertinent et concis au mois de septembre. Citation de la citation :

« Extraits de textes de « La démocratie en Amérique » d’Alexis de Tocqueville, Chapitre VI intitulé « Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre » : « Il semble que, si le despotisme venait à s’établir chez les nations démocratiques de nos jours, il aurait d’autres caractères : il serait plus étendu et plus doux , et il dégraderait les hommes sans les tourmenter. »

Et plus loin Tocqueville ajoute : » Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. »… Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort, il est absolu, détaille, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance… »

Buencarmino prétend que l’acte même de dessiner constitue un fait de résistance par le choix d’observer minutieusement, fraternellement, avec bienveillance, les corps témoins, balayés, broyés, aplatis sous tant de violence. Voir de plus près la vie tremblante et nue. Qui sont-ils, ces hommes? Qui sont ces femmes? Et si la curiosité sauvait en nous l’humain?

Et pourtant quelque chose se passe, dans les familles où circulent de l’amour et des histoires, où s’organise la mémoire de génération en génération. L’enfant qui vient reçoit cet héritage, il pourra crier, crier sous la glace, ou bien se taire en attendant le moment favorable.

Ce mot de préfecture, ne fait-il pas claquer des dents?

Comment peut-on geler ainsi jusqu’à la couleur des choses?

Ce sont nos propres os que l’on entend craquer.

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