Pina Bausch ou Songkhran à Wuppertal


Je viens de voir Pina, le magnifique documentaire de Wim Wenders sur la chorégraphe Pina Bausch et sa troupe.

Première observation : la salle était pleine, ce qui prouve que le public parisien ne se déplace pas que pour Thor. Nous voici rassurés.

Seconde observation : la richesse du vocabulaire chorégraphique inventé par Pina Bausch et ses danseurs possède le pouvoir d’évoquer toute une gamme d’émotions : joie, beauté, frustration, sentiment de pouvoir, nostalgie, manque, réconciliation. On assiste à la naissance d’une écriture accessible à tous, pourvu que l’on sache se rendre disponible. Le corps vit, parle, nous touche, et j’en viens à regretter que Jean-Claude Guillebaud n’ait pas abordé la danse contemporaine dans son dernier ouvrage sur la vie vivante et les nouveaux pudibonds. Pina Bausch et Merce Cummingham ont rendu au corps humain toute la noblesse que les technoprophètes et autres cyber-pudibonds s’efforcent de lui arracher. Remettre le corps au centre est une façon de se confronter à sa finitude, au deuil, à la mort, aux limites qui définissent précisément notre condition d’humains. Sans la conscience de cette limite, comment pourrions-nous vivre pleinement la sensation, le chaud, le froid, le mouillé, la main palpitant sur la peau tendue?

Troisième observation : les cadrages de Wim Wenders réussissent à replacer le corps humain dans une perspective urbaine qui risquerait de l’écraser, et qui le valorisent au contraire en lui donnant un vaste champ libre où le mouvement s’épanouit. Que la danse contemporaine puisse ainsi vivre et s’exprimer pleinement dans un cadre urbain contemporain, cela paraît tout naturel et pourtant ça ne l’est pas. Wuppertal incorpore en son espace la chorégraphie, crée des opportunités pour les danseurs qui s’en emparent et c’est très beau.

Quatrième observation : la scène où les danseurs s’aspergent d’eau autour d’un énorme rocher m’a rappelé Songkhran, le rituel bouddhique thaïlandais au cours duquel les moines bénissaient les fidèles en leur jetant de l’eau. L’énergie, la spontanéité, la fraîcheur explosent dans ce rituel réinventé par Pina Bausch.

Extrait de Mondomix, le blog de Mathilde Penchinat : « Pina restitue des fragments de quatre spectacles de l’Ensemble du Tanztheater Wuppertal tournés en public, entrecoupés par un trombinoscope des danseurs. Un à un, chacun évoque en silence un souvenir de Pina, avant de l’exprimer plus naturellement par la danse. Les danseurs dépassent ensuite physiquement les frontières de la scène pour laisser leur corps se mouvoir dans des lieux publics les plus divers (monorail de Wuppertal, forêt, falaise,…). Un film dansé donc, complété par des images touchantes de l’une des plus grandes chorégraphes du XXème siècle. »

Danse, le corps, c’est la vie!

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2 réponses à “Pina Bausch ou Songkhran à Wuppertal

  1. Christiane MIRABAUD

    Tu donnes envie , tu l’as vu où ?

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