Archives de Tag: Côté-Ouest

Extension du territoire de la rouille


Dessiner, c’est créer du territoire, un pays imaginaire sur la feuille blanche.

En hommage à mon commentateur le plus dévoué et à son fils, ce vieux panneau couvert de rouille à l’entrée d’un  territoire dont nous aurons largement fait le tour en parole, en vélo, puis dans le souvenir où il s’échappe.

Je remets le lien sur le territoire et la dé-territorialisation posté par Thibaud dans son commentaire sur le re-paysement, car dessiner, c’est créer du territoire, un pays imaginaire sur la feuille blanche.

Extrait : « dans Mille Plateaux, Deleuze et Guattari utilisent l’exemple de la main de l’homme pour décrire ce processus, et nous amène du coup à une définition profondément teinté par une pensée de la technique:

Chez les animaux nous savons l’importance de ces activités qui consistent à former des territoires, à les abandonner ou à en sortir, et même à refaire territoire sur quelque chose d’une autre nature (l’éthologue dit que le partenaire ou l’ami d’un animal « vaut un chez soi », ou que la famille est un « territoire mobile »). A plus forte raison l’hominien : dès son acte de naissance, il déterritorialise sa patte antérieure, il l’arrache à la terre pour en faire une main, et la reterritorialise sur des branches et des outils. Un bâton à son tour est une branche déterritorialisée. Il faut voir comme chacun, à tout âge, dans les plus petites choses comme dans les plus grandes épreuves, se cherche un territoire, supporte ou mène des déterritorialisations, et se reterritorialise presque sur n’importe quoi, souvenir, fétiche, ou rêve. […] On ne peut même pas dire ce qui est premier, et tout territoire suppose peut-être un déterritorialisation préalable; ou bien tout est en même temps. »— Gilles Deleuze, Felix Guattari ; Qu’est-ce que la philosophie ?; pp.66

Et plus loin, le commentateur poursuit :

« Le capitalisme « déterritorialise » pour mieux générer des flux de capital. Il ne déterritorialise pas comme d’un acte créatrice, voire artistique, ou pour une quelconque idéologie d’un monde meilleur. Car, comme nous avons déjà dit, le déterritorialisation est d’habitude un mouvement créatif, voire un mouvement essentiel dans le flux essentiel du renouvellement de la « Nature », ou de la vie. Au contraire, le capitalisme déterritorialise pour mieux assurer des flux de capital, c’est son prérogative. L’axiomatique de ce point de vue permet de remplacer le l’objet, le mœurs ou le processus territorialisé par un autre « d’un même valeur » et ainsi le faire rentrer dans l’économie marchande généralisée. »

Sinon, je ne crois pas qu’on parle des Roms dans le numéro de septembre de Côté Ouest, qui vient de sortir.

Ré-le nuancier



dans les marais

Tentation de ne pas écrire. Emmagasiner des .ZIP à déplier plus tard, sensations brutes, éclats de lumière oblique sur les marais, l’odeur de la pinède au Lizay, les fossés où poussent la salicorne et toutes ces plantes dont il faudra chercher le nom dans un dictionnaire ou dans Côté Ouest.  (Pour les oiseaux, c’est plus simple, il y a des panneaux avec des dessins et toutes les explications fournies par la Ligue pour la Protection des Oiseaux.)

Tentation du plagiat, d’écrire comme dans les reportages de ce magazine illustré de photos bien lisses, aux couleurs soigneusement alignées sur le nuancier. Ce serait bien légitime après tout, puisque l’île semble avoir adopté pour modèle cet arbitre du bon goût qui fait autorité sur tout l’arc Atlantique. Ou plutôt sur l’ensemble du territoire situé à l’Ouest de l’avenue de Breteuil.

Tentation de l’ironie, ravalée face à la sérénité de notre amie P sur les pistes cyclables. Elle y promène sa sclérose en plaques sur un tricycle électrique, si lent qu’il nous faut souvent l’attendre en prenant des photos. La veille au soir, avec sa compagne, elles m’ont raconté comme s’organise une journée dans Paris lorsqu’il faut prendre en compte les accès pour fauteuil roulant, les 45 euro de stationnement rapidement accumulés, les marches à compter, les rampes à chercher, les guides à consulter d’avance pour choisir les itinéraires présentant le moins d’obstacles. De Paris jusqu’à Valence et de Valence à Ré, hormis les relais d’autoroute, il n’y a que les MacDonald’s qui soient équipés de toilettes ad hoc. Elles sont originaires de Vancouver island, dans l’ouest du Canada. Le grand ouest, hors pages déco. Nous avons aussi longuement parlé de la Vipasana (la méthode de Kabat-Zinn), la méthode de méditation birmane qu’elles suivent, et dont s’inspire celle que je pratique moi-même. La conversation suit sa pente et nous ramène aux longs fleuves de l’Asie. Nos routes se croisent ici, comme celles des oiseaux migrateurs. Naissance d’une amitié ?

le fossé qui me fait penser aux douves d'Angkor Wat