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Aimer la main ou pourquoi dessiner


Je re-poste cet article, témoignage de l’expérience du dessin dans l’atelier Aracanthe qui fêtera ses vingt ans le 4 octobre prochain, au théâtre de l’Orillon. Venez nombreux à partir de 15h00! Dessins, performances, lectures, musique, vidéos, le programme est riche. Infos ici : http://www.aracanthe.org/

BuencaRmino

Pourquoi dessiner, demande le blog du dessin?

« Nous assistons aujourd’hui, dans l’art dit contemporain, à la disparition progressive du faire au profit du questionnement sur le faire » feint de s’étonner Nicole Esterolle dans un article à l’humour corrosif sur Alternatif-art.com

Et de continuer : « Aujourd’hui, on ne peint donc plus, on convoque, on interpelle et on questionne la peinture dans ses rapports avec à peu près tout. On interroge l’art à fond, on fait ce que Jean-Philippe Domecq appelle de l’art sur l’art, on cérébralise au maximum. »

Voir en contrepoint la démarche de Basquiat, qui savait bien que l’art se fait d’abord avec la main, qu’elle engage le corps et tout l’être au coeur du monde contemporain, et que sans elle, nous sommes perdus.

pourquoi dessiner, demande le blog du dessin? Dans la vraie vie, certains jours, on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère. L’atelier…

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Apprentissage ou la main qui gratte


En coaching, on nous apprend que si nous ne sommes pas nécessairement responsables de ce qui nous arrive, nous pouvons choisir la manière dont nous y réagissons. Ce que nous percevons comme des échecs, même les plus amers, ceux qui râpent, ceux qui nous font des noeuds à l’estomac, tout est occasion d’apprentissage. Nous pouvons toujours en tirer un enseignement et la résolution de faire mieux la prochaine fois, avec les éléments dont nous disposons.

Dans le dessin, un trait raté ne se rattrape pas, mais on peut toujours s’engager à s’entraîner, pratiquer encore plus assidûment pour améliorer sa coordination oeil-main. Il est rare que les résultats ne suivent pas.

A l’atelier de modèle vif Aracanthe, on se regarde parfois, après la séance, un sourire en coin, on hausse les épaules, et puis la parole s’ouvre : on n’est pas là pour la performance, pas forcément pour le plaisir, mais pour avancer.

Bien sûr on peut aussi se mordre les doigts, crier sa frustration, déchirer le papier, se rouler dans la poussière de fusain, si ça fait du bien …

douce tyrannie (suite)


Douce tyrannie: la douceur d’un monde sans aspérités, sans résistances, où la main deviendrait le témoin de notre désamour envers le monde réel. Désengagement.

Pressé par le temps, je vous redonne ici le lien vers le Guide du démocrate mentionné par Thibaud dans son commentaire sur les monstres gentils, dans la catégorie « résistance au quotidien ». Un extrait marrant : « dans leur immense majorité (eh oui) les démocrates pensent qu’ouvrir un sachet c’est facile mais que laver-éplucher-couper-cuire des légumes c’est pénible. En fait, et c’est bien déprimant, mais le démocrate préfère les chips ou le sachet de pâtes à passer au micro-ondes avec la sauce lyophilisée qui va avec plutôt qu’une soupe de patates douces au gingembre à qui prend 5 minutes à cuisiner. Dommage. »
De là à dire que les vrais démocrates sont ceux qui mettent la main à la pâte, ou plutôt dans le gingembre, il n’y a qu’une bouchée…

Et j’intègre ici la réponse de Thibaud Saintain :

Pressé aussi, mais j’ai l’impression d’entendre le même son de cloche chez Chomsky, avec des nuances… Quelle drôlerie dans le livre que tu re-signales ! Ça a le mérite de réveiller, tout en piquant, mais vers le rire.
Chez Chomsky, (Dix stratégies de manipulation de masses dans les média) je me méfie d’une vision tragique, dans le fait qu’on attribue un caractère intentionnel à la manipulation… Mais la « grammaire », les modalités de cette dernière me paraissent pertinemment décrites.

« Poète est pour nous celui qui rompt l’accoutumance ».

Et ma réponse à la réponse : j’ai du mal avec l’esprit de sérieux, la lourdeur de Chomsky. Ce qui me pose problème, c’est le côté « théorie du complot ». Bien sûr, il y a une convergence de manipulations, mais il serait malhonnête de cacher que nous en sommes bien souvent les complices, par notre paresse, notre insouciance ou  notre légèreté. Retrouvons l’épluche-légumes au fond de notre tiroir,  ce sera déjà un grand pas vers plus d’autonomie et de responsabilité.
(Voir articles précédents dans la catégorie « la main », mots-clés : poncer, placard, masochisme ou persévérance, etc).

Coup de coeur à Aurélie Gravelat


On expliquera bientôt ici pourquoi l’exigence est un acte de résistance.
En attendant, le blog du dessin nous régale d’un coup de coeur à Aurélie Gravelat, une jeune artiste qui travaille à Bruxelles, avec qui nous avions eu beaucoup de plaisir à discuter au printemps dernier, lors de la Foire Internationale du Dessin FID. Un blog très sympa, avec une exigence et des convictions fortes.

Plus d’info sur Aurélie Gravelat ici et là et puis là (parisdessin.com), je cite le site : « La recherche d’un équilibre supérieur semble être le but vers lequel cette jeune femme plutôt silencieuse tend avec rigueur. »

Aimer la main ou pourquoi dessiner


Pourquoi dessiner, demande le blog du dessin?

« Nous assistons aujourd’hui, dans l’art dit contemporain, à la disparition progressive du faire au profit du questionnement sur le faire » feint de s’étonner Nicole Esterolle dans un article à l’humour corrosif sur Alternatif-art.com

Et de continuer : « Aujourd’hui, on ne peint donc plus, on convoque, on interpelle et on questionne la peinture dans ses rapports avec à peu près tout. On interroge l’art à fond, on fait ce que Jean-Philippe Domecq appelle de l’art sur l’art, on cérébralise au maximum. »

Voir en contrepoint la démarche de Basquiat, qui savait bien que l’art se fait d’abord avec la main, qu’elle engage le corps et tout l’être au coeur du monde contemporain, et que sans elle, nous sommes perdus.

 

La suppliante

 

pourquoi dessiner, demande le blog du dessin? Dans la vraie vie, certains jours, on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère. L’atelier de nu, par exemple. On arrive, hyper-motivés, on se dit qu’on va retrouver sa main perdue, et très vite on s’aperçoit qu’il faut commencer par souffrir, acquérir la patience et l’humilité face au modèle offrant sa pose. Pour tenir, un seul moyen : fermer le robinet à questions, la petite voix dans la tête qui voudrait déjà renoncer. Qu’est-ce que j’y gagne ? Où est le plaisir ? A quoi bon ?

S’astreindre à bien observer, à saisir le dos modelé d’ombres et de lumière, capturer l’inclinaison du buste et du visage. Affreux, les raccourcis ! Et les proportions ! On n’y parvient jamais du premier coup. Tentation d’en vouloir à la main malhabile, à la main crispée qui tire un trait mal assuré, la main trop lourde à tenir le pinceau, la main-charrue labourant le papier. Tout envoyer valdinguer! Ce doit être pareil au début, pour les musiciens, pour les joueurs de golf ou de tennis et tous ceux qui s’acharnent à rechercher LE geste.

Il faut pourtant l’aimer, la main de l’homme. La traiter avec la douceur et la patience que l’on accorde aux enfants, se réjouir de ses premiers traits comme on s’émerveille de leurs premiers pas. Pendant ce temps l’œil arrogant comme tous les gamins surdoués vagabonde à l’avant, se moquant de la main petite sœur aux lenteurs de tâcheronne appliquée. Comme si c’était facile, tiens, et qu’il suffisait de voir pour savoir faire !

Au bout de quelques séances, on occupe un peu mieux la feuille, on répartit les blancs, les masses, on frotte le fusain d’un geste plus vif, on s’autorise même une pointe d’allégresse et l’on repense aux cinq jours consacrés à poncer un placard monstrueux, au début des vacances, alors qu’il faisait si beau dehors et que les jours passaient si vite. Tous les soirs, la douleur chantait dans mes bras, dans mes épaules, ajoutant ses harmoniques au chœur des sensations. Le matin, je la retrouvais dans le cou et jusqu’au bout des doigts. Grâce à la douleur, j’explorais des provinces négligées de mon corps, des muscles auxquels on ne s’intéresse pas d’habitude.  Comme on apprivoise un nuage, elle ramenait à chaque instant mon attention vers le centre et l’y tenait jusqu’au soir. Après cela, s’échapper en vélo pour une ballade au cœur du pays sarthois devenait un plaisir intense. La douleur n’a pas de sens esthétique ou moral, sa valeur tient à sa capacité d’aviver le sentiment de présence au monde. Respirer l’odeur du goudron chaud sur la route, le parfum des feuilles gorgées de soleil. De même, la frustration qu’engendre nécessairement la maladresse initiale force à ralentir, à fixer son attention sur l’obstacle, aiguise la volonté de réussir et libère des pouvoirs que l’on ne savait pas posséder.  Le modèle, au fond, c’est le meilleur des coachs. Puisqu’elle tient la pose, on peut bien tenir le crayon.

Il faudrait parler ici de l’amour-propre, et des coups encaissés. François Icher, historien et spécialiste des compagnonnages en France, l’évoque dans l’article de Ca m’intéresse sur le travail manuel : « la remise en question, l’évolution mais aussi l’échec font partie intégrante du travail manuel. Elles permettent de tendre vers l’excellence ». C’est ainsi le moyen d’affirmer sa présence dans l’imaginaire : ce que je trace ici sur le papier, forme ou trait, devient la scène où je convoque les acteurs, les chanteurs de mon opéra. On pourrait y voir une métaphore de la déterritorialisation, du passage de la patte à la main dans Mille Plateaux de Deleuze-Guattari. (Deleuze et Ca m’intéresse dans le même paragraphe, secouez moi !).

Dans l’atelier, les anciens se contentent de regarder et de sourire, échangent une remarque, un silence complice. Ils savent le coût de la moindre courbe, apprécient la progression, les reculs. Semaine après semaine, ils reviennent pour l’amour du sport.

Extension du territoire de la rouille


Dessiner, c’est créer du territoire, un pays imaginaire sur la feuille blanche.

En hommage à mon commentateur le plus dévoué et à son fils, ce vieux panneau couvert de rouille à l’entrée d’un  territoire dont nous aurons largement fait le tour en parole, en vélo, puis dans le souvenir où il s’échappe.

Je remets le lien sur le territoire et la dé-territorialisation posté par Thibaud dans son commentaire sur le re-paysement, car dessiner, c’est créer du territoire, un pays imaginaire sur la feuille blanche.

Extrait : « dans Mille Plateaux, Deleuze et Guattari utilisent l’exemple de la main de l’homme pour décrire ce processus, et nous amène du coup à une définition profondément teinté par une pensée de la technique:

Chez les animaux nous savons l’importance de ces activités qui consistent à former des territoires, à les abandonner ou à en sortir, et même à refaire territoire sur quelque chose d’une autre nature (l’éthologue dit que le partenaire ou l’ami d’un animal « vaut un chez soi », ou que la famille est un « territoire mobile »). A plus forte raison l’hominien : dès son acte de naissance, il déterritorialise sa patte antérieure, il l’arrache à la terre pour en faire une main, et la reterritorialise sur des branches et des outils. Un bâton à son tour est une branche déterritorialisée. Il faut voir comme chacun, à tout âge, dans les plus petites choses comme dans les plus grandes épreuves, se cherche un territoire, supporte ou mène des déterritorialisations, et se reterritorialise presque sur n’importe quoi, souvenir, fétiche, ou rêve. […] On ne peut même pas dire ce qui est premier, et tout territoire suppose peut-être un déterritorialisation préalable; ou bien tout est en même temps. »— Gilles Deleuze, Felix Guattari ; Qu’est-ce que la philosophie ?; pp.66

Et plus loin, le commentateur poursuit :

« Le capitalisme « déterritorialise » pour mieux générer des flux de capital. Il ne déterritorialise pas comme d’un acte créatrice, voire artistique, ou pour une quelconque idéologie d’un monde meilleur. Car, comme nous avons déjà dit, le déterritorialisation est d’habitude un mouvement créatif, voire un mouvement essentiel dans le flux essentiel du renouvellement de la « Nature », ou de la vie. Au contraire, le capitalisme déterritorialise pour mieux assurer des flux de capital, c’est son prérogative. L’axiomatique de ce point de vue permet de remplacer le l’objet, le mœurs ou le processus territorialisé par un autre « d’un même valeur » et ainsi le faire rentrer dans l’économie marchande généralisée. »

Sinon, je ne crois pas qu’on parle des Roms dans le numéro de septembre de Côté Ouest, qui vient de sortir.