Archives de Tag: Enfants

L’amour du jeu


Et si la réelle authenticité, c’était de se réconcilier avec l’acteur en nous? Celui qui fut d’abord un enfant s’amusant à incarner des personnages, à épouser leurs intentions secrètes et voir le monde à travers leurs yeux? Les enfants ne cessent de se réinventer, sans pour autant trahir leur fibre profonde. Certains vieillards, à l’issue d’une belle et longue vie, allégés des devoirs et des apparences, renouent avec ce côté ludique, profondément humain, suscitant parfois l’incompréhension. Entre les deux, l’adulte a bien du mal à maintenir ce qu’il prend pour de l’intégrité. Il s’en tient à la partition, oubliant la musique.

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Ecrire dans la ville avec Yuthinai


Buencarmino rebondit aujourd’hui du corps vers le langage, avec un second coup de coeur à Yuthinai.

Yuthinai c’est le blog d’un prof de français qui s’est donné pour mission de donner le goût de l’écriture aux enfants du lycée français de Bangkok. Pendant un an, le professeur et ses élèves ont exploré ce que peut l’écriture. On voudrait en citer de longs passages mais le mieux c’est d’y aller vous-mêmes. Les textes des collégiens et lycéens sont rassemblés en un e-book disponible sur le blog.

Alors que j’avais prévu d’écrire cette semaine un coup de coeur à Cendrars (patience), je m’aperçois en lisant les textes de ces enfants qu’ils en sont les continuateurs authentiques. Si le voyage, ou plutôt la « bourlingue » façon Cendrars constitue l’un des thèmes littéraires majeurs du XXème siècle, aujourd’hui, c’est le séjour de longue durée qui permet l’immersion dans un climat, dans une société différentes pour en ramener des pépites. La déterritorialisation du regard passe par cette expérience. Parcourir le monde à toute vitesse ou s’accorder la lenteur pour infuser dans le jus d’un autre pays, d’une autre ville? Il faut se laisser mouiller par l’Asie, connaître toutes les sortes de transpiration, la sienne et celle des passagers dans le bus, voilà ce dont nous parlent les enfants de YuthinaÎ. Courez-y vite!

Citation :

« Le blog cherche à mêler différentes voix par sa thématique, son but : interroger la ville où
nous vivons, à travers une écriture de type intégrant le multimédia et la réactivité, et
mettre cette recherche en relation avec les textes d’auteurs que nous sommes amenés à
lire, ainsi qu’avec le programme. Ce n’est donc pas un blog « perso » mais délibérément
collectif.
Pour plus de précisions sur l’approche et les finalités, voir la page Pourquoi ce blog
. »

Et ceci, qui devrait vous donner envie de plonger dans la fraîcheur d’une parole en train se de découvrir :

« Ce blog part d’une envie de défendre, dans la profusion de nos écrans et de ceux des
« digital natives », une lecture dense, source de sens, de profondeur, de plaisir à plonger
dans la complexité du monde ou d’explorer la complexité des rapports qu’on tisse avec
lui, et ce dans la pratique hebdomadaire de la discipline « français ». »

A nos amis du bout du monde, kop khun kha. Merci.

Coup de coeur à Yuthinaï


Les petits de la mouette ne sont pas forcément des mouettes

Ca s’appelle Yuthinai, c’est le blog de mon pote Thibaud Saintain, qui essaie de donner le goût de la lecture et de l’écriture aux enfants du lycée français de Bangkok, et c’est super rafraîchissant.

Thibaud intervient souvent ici, dans Buencarmino. C’est la continuation d’un dialogue commencé en 2003 chez les L…, au 38ème étage de la tour « Pacific quelque chose », à Manille, dans un quartier en construction qui ressemblait au milieu de nulle part sauf que nulle part en fait c’étaient des bidonvilles et un cimetière militaire américain (avant de mourir en Irak puis en Afghanistan, les miliaires américains avaient l’habitude de mourir dans un certain nombre d’endroits de la planète assez variés, de préférence après avoir réglé leur compte à des allemands ou à des japonais mais pas Murakami qui n’était pas né).

Je ne sais plus à quel moment la conversation est sortie des rails, on a délaissé la politique, la littérature et les Philippines pour parler de la Sarthe. Thibaud, enfin une partie de sa famille, est originaire de Saint Denis des Coudrais, et pour anticiper sur la critique de la Carte et le territoire disons que les rillettes sont un liant social inattendu mais certain pour la qualité de l’émotion. Il ne s’agit pas de jouer ici les ânes du Poitou, les imbéciles heureux qui sont nés quelque part, mais d’opposer un minimum de granularité à l’ébrasement généralisé par les meules financières (monstre doux) qui rétrécissent le monde à de petites lumières clignotant faiblement du haut d’un trente-huitième étage, comme une piste d’atterrissage pour jets privés. Parler de la Sarthe, aussi, c’était une façon de prendre un peu de distance avec la moiteur de Manille,

Les spoutniks de Roxas boulevard

avec la corruption, la cruauté, le chaos de cette ville-vampire emblématique du siècle qui commence. On ne regarde plus la France de la même façon quand on a respiré l’odeur d’urine et de vomi rance à Malaté, à Tondo ou à Pasay city.

Les « moi tout seul » de ces enfants sont autant de petits grains de diamant coincés dans la meule, et j’aime ça.