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Légendes urbaines (violet)


Poésie des mondes superposés comme une pâte feuilletée, cuisant dans la tiédeur de nos villes souterraines.

Ici fermente la mémoire des labyrinthes.

Au métro Denfert, quand cesse le fracas des trains, on entend les sons d’une harpe. Elle nous plonge dans un monde profondément enfoui, tissé de légendes et de mythes que l’on se racontait, le soir, dans une autre enfance, et puis une autre, et tant d’autres encore, jusqu’à se perdre dans le son (violet).

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Le marron d’Hudson ou les saisons du changement


marronsLe marron, frais sorti de sa bogue, doux au toucher, lisse et d’un beau brun luisant, de quoi nous parle-t-il ? De l’automne et de ses sortilèges, de l’enfance, des promenades sous les arbres penchés, sur un tapis de feuilles colorées, où les bruits s’amortissent. On le ramasse, on le tient dans la paume de sa main pour le plaisir de goûter sa tiédeur, sa rondeur apaisante, bienveillante, amicale.

Il ne promet rien, pas même la conservation des souvenirs plaisants, encore moins le retour des beaux jours, car on sait que l’hiver approche, mais le tenir ainsi nous fait du bien. Sa discrétion rassure. C’est un ami fidèle, sur qui l’on sait pouvoir compter. Sa magie n’a rien de spectaculaire, mais elle touche à l’essentiel. Car ce beau fruit possède le pouvoir d’absorber une partie de nos chagrins, d’alléger nos craintes, et de nous ramener dans le cocon de l’instant présent.

C’est un doudou naturel, protecteur et consolateur, comme ces musiques qu’on écoute en boucle à l’adolescence, déchirés par la nécessité d’aimer et de grandir, de rupture en rupture.

Il y a de la joie dans sa manière de refléter la lumière. Il l’enrichit d’une tonalité généreuse, synonyme d’abondance et de satiété. Grâce à lui, l’automne devient une saison de la résilience, un temps de récolte où la vie révèle de nouveaux accords, plus riches, plus complexes et plus variés que ceux des saisons pleines. Les concerti pour mandoline, de Vivaldi, font merveilleusement chatoyer ces sonorités délicates, soleils de fin d’après-midi passant à travers des feuillages ou multipliés dans le courant d’une rivière.

Le coach Hudson, au beau nom de fleuve nord-américain, a formalisé dans sa théorie du changement la métaphore des quatre saisons comme cycle du renouvellement, que précèdent le tri, l’abandon, la germination. Rien ne sert de vouloir accélérer le processus. Chaque étape est nécessaire.

Le marron, dans sa complétude, nous renvoie quelque chose de nous-mêmes. Il nous dit que nous possédons les ressources et le talent nécessaires pour rebondir, quand le moment sera venu. Mais il nous donne aussi l’autorisation de prendre un temps de repos, un temps pour soi. Ce besoin de confort, d’intériorité, parfois stigmatisé comme une tendance à l’égoïsme, écoutons-le. Ne craignons pas le silence, l’immobilité : c’est le terreau dans lequel germinent les projets les plus audacieux. Dans ces moments-là, soyons de bons compagnons pour nous-mêmes. Apprenons à apprécier ce qui est là, comme on passe un chiffon imbibé de cire sur des meubles en bois pour accentuer leur luisant.

Ce marron, recueilli dans une forêt de France, évoque aussi pour moi l’Amérique du nord, des envies de voyages, et de très belles conversations. Que vous dit-il ?