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Coexister c’est comprendre ce qui peut offenser l’autre


Aujourd’hui, c’est difficile d’écrire, mais vous lisez. de France métropolitaine, de la Réunion, de Luxembourg, du Brésil, des Etats-Unis, du Canada… Qui êtes-vous donc? Délicieux mystère!  Alors comme ça, pour le plaisir, façon de dire je vous aime, un lien vers une magnifique interview de JMG le Clézio dans le Monde, titrée : « Coexister, c’est comprendre ce qui peut offenser l’autre ». Lien ici.

Un extrait :

A l’île Maurice, on peut donc parler d’une société multiculturelle ?

L’île est multiculturelle depuis bien longtemps, puisque des communautés différentes y vivent ensemble depuis le XVIIsiècle, quand les Hollandais l’occupèrent avec des esclaves africains et malgaches. Par la suite, les Français l’ont colonisée, amenant de nouveaux esclaves, puis les Anglais, accompagnés par des Indiens hindouistes et musulmans, sans oublier l’arrivée des Chinois. Cette pluralité s’est traduite, à l’usage, par une certaine tolérance, d’autant que les Anglais ont favorisé le multiculturalisme en instituant des lois qui respectaient les religions et les langues de chaque communauté.

Dans une île où, plusieurs fois par jour, dans un quartier ou l’autre, vous entendez les cloches de l’église sonner, le gong battre dans un temple tamoul, ou l’appel du muezzin, vous êtes préparé, déjà auditivement, à cohabiter avec des gens différents. Ensuite, visuellement, vous découvrez dans les rues des personnes de toutes les teintes de peau, vêtues et coiffées de toutes les manières, avec des façons de se parler changeantes, des règles de vie dissemblables, une cuisine bien à eux. Cela oblige à porter une grande attention à tout le monde. Mais il ne s’agit pas seulement de vivre côte à côte. Coexister dans ces conditions implique une compréhension de ce qui peut offenser l’autre.

Pour les abonnés, l’interview complète est dans les archives du Monde : http://goo.gl/VVos8k

Et comme cet article ne sera pas accessible longtemps j’ajoute deux autres interviews de Le CLézio : celui-ci dans Zinfo 974 lien ici  et enfin ce troisième sur YouTube lien ici.

 

Si vous avez le temps, lisez la Quarantaine, magnifique roman qui se passe sur un  ilôt au large de l’île Maurice.

ce monde qui vient (suite)


Ce monde qui vient (légendes photographiques)

Ce monde qui vient aura des dieux étranges qu’il faudra déchiffrer
Des silences provocants
Et beaucoup trop de tout
Ce monde qui vient nous met la fièvre
J’aime à rêver qu’elle suit parfois le parcours de la Bièvre
Et coule, en s’apaisant

Ce monde qui vient rendra nos pas glissants
Ce monde qui vient progressera sans oracles
Il aura ses processus et ses protocoles
Ses Bonaparte et quelques montres molles
Des talents d’organisateur
Et ce qu’il faut pour se faire peur

Ce monde qui vient sera toxique, aride, et révoltant
L’argent coulera dans ses veines souterraines
Il aimera le sexe et la mort
La célébrité, le pouvoir, le sport
Il aura ses Beckham, ses ManU, ses caciques
Des cartels venus du Mexique

Ce monde aura de vraies délicatesses
Des sourires à tordre la foule
Ce monde aura le cœur métis
Il aura perdu le goût du réglisse
Et la jouissance dégingandée
Des pavés

Ce monde qui vient sera loufoque
Désolant, rauque et craquant de tendresses froissées
Veloutées au toucher comme des feuilles jaunies
Tu te souviendras des automnes
Avec nostalgie
Mon amour, et des allées du Luxembourg

Ce monde qui vient se paiera notre pomme
Acidulé de couleurs pop
Il nous refilera ses divas, ses drones
Il fera de nous des pantins
Des Tintins, des filous
Des monstres hybrides à la tête de clou

Ce monde qui vient sera lisse comme la glace
On s’y lancera de toutes nos forces avec la ferveur des hollandais
Sur leurs canaux
Ce monde qui vient sera brutal
Comme tous ceux qui l’ont précédé
Parfois, la peur sera tenace

Ce monde qui vient pétillera d’Agiles et de SCRUMS
Et puis de poésie
Quand les soldats de pacotille
Mimeront des floraisons d’idées
Quel printemps ce sera
Tu verras !

Ce monde aura, s’il vient
Toujours de quoi se démaquiller
Les doigts des femmes danseront comme des oiseaux devant leur visage
On aura des soins sans beauté
Des velléités d’esclavage
Et des chorégraphies bleutées

Nos impulsions seront tactiles et les fleurs digitales
On s’achètera de nouvelles vies
Ce sera de la balle
Tout ira plus vite
Sauf les frites

On n’aura plus ces yeux de braise
Qui vous meulaient le regard comme des fraises
Il n’y aura plus de sidérurgie
On connaîtra tout de la plasturgie

Tout sera minimal, idéal, sidéral
Souvent banal
On ne sera plus jamais vraiment ivres

La chair ne sera jamais triste
On ne lira plus tous les livres

Mais on s’en fout, puisqu’on, c’est nous

Au Luxembourg


Au jardin du Luxembourg, le temps se dépose en couches successives que perce un coeur joyeux, ignorant de tout ce qui n’est pas son bonheur. Hier, ayer, ailleurs n’est rien. Demain passe comme une ombre, no es nada, revoici le ciel bleu. On est au coeur du monde. Il faut se faire un coeur de lion pour dévorer le jour, saluer la dignité des reines. On cherche en vain la statue de Pina Bausch, elle aurait toute sa place ici, face au soleil, sur la terrasse, et ses danseurs déployés autour du bassin défileraient avec les saisons. Que d’amour dans leurs yeux, leurs visages, les mots et puis surtout les corps. Danser la vie. Baila, Pina, baila, sonst sind wir verloren. Danse, ou nous sommes perdus. Le centre du monde est ici, bien caché. Tenir la main donnée. Capturer cela pour toujours, et le reste est nuages.

(Réponse de la PNL à Deleuze: le contraire de la déterritorialisation, c’est l’ancrage.)

the sushi of the 1920ies


Only just two days in the coaching school and I am beginning to love the perm

anent invitation to go beyond our comfort zone.

David, citant Merce Cunningham a propos de la musique de John Cage et de ce qui se passait sur scène :  » just two different things, happening at the same time, in the same place ». At first, I felt uncomfortable with this disconnect, but thinking about it today, I appreciate the value of discomfort.

Sortir de sa zone de confort : c’est ce que l’on fera de plus en plus souvent dans ce nouveau chapitre du « Journal », qui n’a plus rien d’estival. Gardons toutefois comme fil d’Ariane (link or wink?) le goût de l’énigme et des rébus. Of course you’re all so smart, you noticed the common point between the two pictures, didn’t you?

The drawing was made in 1929 during a « surprise party » organized for my grandfather. It became known as the « soirée des chameaux », as he exclaimed when he saw the caravan of guests arriving in top hats and fur coats, with music and champagne, ready to party and dance just when he was about to go to sleep.  « Ah, les chameaux » became a rallying cry for the party-going sarthois.
The caption reads : « arrival of the caravan ».

J’imagine le cortège des voitures, le pinceau des phares balayant la nuit sarthoise, les femmes parfumées, le claquement des portières et celui des dents, les rires étouffés. Le carton d’invitation avait donné rendez-vous au bout de l’avenue « à 21 heures précises, à cause du froid ». They ate veal Orloff and salade russe, which was the sushi of the 1920ies : a fashionable fad, soon to go.

Fourty years later, we were walking in the middle of the night and in the middle of the road with David, Isabelle and a few other friends, dressed with « fancy clothes » found in an old cupboard in the attic.  The top hats didn’t mind at all being worn for the first time since 1929, they seemed to enjoy a bit of fresh air under the moon, but there were no other « camels ». The following day, David was initiating us to « light-bulb jokes » while step-dancing in the grand salon. At the time we didn’t know anything about John Cage and Merce Cunningham.

Pourquoi tresser ici les deux langues, le français et l’anglais? Pour faire plaisir à la mouette voyageuse, pardi, car le « territoire » en expansion s’étend désormais aux deux rives de l’Atlantique  (Seigneur, que tant de mers me séparent de vous). English and French, two languages « happening at the same time ».