le corps c’est la vie


Croquis, craquants, croqués?

Atelier de modèle nu d’Aracanthe, mercredi soir. Morphologie, plis, graisse, tensions, verticalité. Point d’appui, ce qui fait tenir debout le corps des hommes, celui des femmes, devenir-deve-nu. Comment devient-on ce corps-là? D’où vient-il? Comment lui rendre justice, avec tout le respect dû?

Persévérer, dit Marion. Solidarité d’atelier. On s’accroche. Deux minutes, c’est trop court pour saisir les ombres et le modelé, alors on dessine une femme-tronc, une moitié d’homme. Les deux minutes de pose sont un défi pour le débutant qui se perd en détails inutiles, et la frustration s’accumule. Le plaisir ne vient qu’après, de retour chez soi, au moment de reprendre et de travailler la couleur, les contrastes. Mettre de la vitesse, de la matière. « La joie venait toujours après la peine ». (Guillaume Apollinaire, le pont Mirabeau). On voudrait sentir un progrès, quitte à donner parfois dans une certaine forme de niaiserie complaisante : le raccourci d’un pied, d’une main, juste pour la vanité de se dire qu’on peut le faire. En réalité, ce qui compte, c’est de rencontrer sa limite. Arrêtons de nous raconter des histoires : on est là pour casser le scaphandre et s’écorcher la peau. Sans cela, comment repousserait-elle, la peau neuve? Rater, gratter, passage obligatoire, et tant mieux si la blessure s’infecte. Le vrai renouveau, écrit Guy Corneau, se présente souvent sous un masque inquiétant.

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