Archives mensuelles : octobre 2017

Les papillons


Le papy chante la chasse aux papillons de Brassens sur la Ligne 6 entre Pasteur et Bir Hakeim. Sa voix et ses mains tremblent, il tient son micro avec difficulté, mais avec dignité. Dans sa chemise á carreaux trop large, avec son pantalon à bretelles il me fait penser à mon père quand il était à l’hôpital, si vulnérable. Chaque fois je lui donne un Euro, il me reconnaît et me remercie, 

Nous échangeons un regard de connivence,

Ou bien c’est juste une illusion.

Moi qui chante si faux, je n’aurai pas ce recours si les choses tournent mal.

Comment vit-il? Comment finira t-il sa vie?

C’est la question que la moitié du wagon se pose, avant de tourner la tête en passant devant la tour Eiffel.

Ensuite, le métro s’engouffre à Passy, la chanson s’achève, les papillons se posent sur les écrans des portables et s’y fondent.

Légendes urbaines (violet)


Poésie des mondes superposés comme une pâte feuilletée, cuisant dans la tiédeur de nos villes souterraines.

Ici fermente la mémoire des labyrinthes.

Au métro Denfert, quand cesse le fracas des trains, on entend les sons d’une harpe. Elle nous plonge dans un monde profondément enfoui, tissé de légendes et de mythes que l’on se racontait, le soir, dans une autre enfance, et puis une autre, et tant d’autres encore, jusqu’à se perdre dans le son (violet).

Turquoise


Des paillettes de Turquoise

Disséminées dans toute la ville

Oh cette vie drôle et ces sourires

Nous voici chasseurs de trésors

Hier aux abois, poussant nos corps crispés dans la rame, parmi d’autres corps las,

Ce qui revit en nous luit d’un éclat sonore

On n’en revient pas d’une telle

Simplicité, fraîcheur

Main magique c’est la nôtre

Dessins à la craie couleurs vives

Sur le trottoir après la pluie,

Lavé, géante ardoise.

Beige


Comme un pli dans la terre, où s’amasse l’énergie avant de se détendre violemment.

La vie se déploie dans ces failles, se ramifie, s’accroche.

Tu prends un bâton, puis un autre : ils ne cassent pas.

L’enfant vient, les frotte l’un contre l’autre. Ils s’enflamment.

L’oiseau qui cherchait sa pitance au bord de l’eau s’envole, tourne autour du soleil et disparaît.