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la vie d’après


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le temps suspendu

Au fur et à mesure que la fin du confinement s’éloigne, repoussée de semaine en semaine, et tandis que le gouvernement distille des messages destinés à nous faire comprendre qu’elle sera partielle, progressive, complexe, amère et surtout d’une lenteur exaspérante, la vie d’après se pare de toutes les qualités d’une Terre promise brillant de mille feux, là-bas, loin derrière la colline. Ca nous travaille comme un bourgeon. Comme une espèce d’adolescence collective. Nous nous prenons à rêver, coincés dans nos appartements, à tout ce que nous pourrons faire demain, lorsqu’il sera permis de se déplacer. Tout aura le goût de la nouveauté. Une fraîcheur inédite.

Ce sera comme une sorte de Nouvel An : on prendra des résolutions, on s’échangera des vœux, avec un brin de tristesse pour celles et ceux qui n’auront pas passé le cap. On sera devenus plus aimables, attentifs aux autres, heureux de les retrouver. C’est qu’ils nous auront manqué, les autres – les vrais autres, les autres acceptables, ceux dont on ne craint pas qu’ils nous contaminent avec leurs microbes au supermarché, leurs postillons malencontreusement déposés sur les poignées de porte et d’ascenseurs. On aura peut-être même, si nous les voyons, de la compassion pour les mineurs isolés, jeunes migrants échoués dans l’entre-deux de nos villes et de nos statuts. On aura peut-être envie de faire enfin la connaissance de ces voisins du dessous dont on entendait les applaudissements crépiter, à vingt heures, sur le mur d’en face. On organisera des apéros, des vrais, avec des verres qui s’entrechoquent et des olives qu’on saisira, tout de même, du bout d’une pique précautionneuse. On sera, surtout, pris d’une fureur exploratrice, d’une curiosité dévorante pour l’au-delà du quartier. A force d’arpenter toujours les mêmes rues, de devoir s’arrêter au carrefour, de se limiter au même côté du boulevard, nous brûlerons d’envie d’aller voir ce qui se passe là-bas, sur l’autre rive. La ville tout entière nous apparaîtra comme un immense terrain de jeux qu’on arpentera en Vélib pour le plus grand bonheur de nos muscles et de nos poumons. Il y aura du danger, des accidents, des pickpockets et des maladroits. Tout aura l’extraordinaire saveur de la liberté, la liberté chérie, confinée, empêchée, reconquise à force de patience et de sacrifices. Il y aura quelque chose d’explosif dans nos joies. On se prendra presque pour des héros, avant de se rappeler celles et ceux qui nous aurons permis d’arriver vivants de ce côté-ci du cauchemar. Les soignants, les caissières, les livreurs et peut être même les éboueurs auront droit à un flash de tendresse fugitive, avant de sombrer à nouveau dans l’oubli collectif.

A moins que la lenteur, la durée de l’épreuve ne nous ait transformés et changé nos priorités, nos valeurs.

Que ferons-nous de cette nouvelle jeunesse gratuite, inespérée ? De cette seconde chance offerte à titre exceptionnel ?

Lorsque nous sortirons enfin, les rues seront si propres et les oiseaux si tranquilles que nous aurons peut-être, émerveillés, surpris, décontenancés, l’idée de modifier nos habitudes et de les respecter.

Ce serait tellement fort si nous pouvions nous rappeler, juste avant d’ouvrir nos portes, d’ouvrir aussi nos cœurs.

Réel virtuel, rituels : le monde d’après


Nuages

18 mars 2020

Jour 4 (deuxième jour du confinement)

18.30 : nous rentrons d’une brève promenade (attestation dans la poche) le long des anciennes voies du chemin de fer de petite ceinture, dans le sud de Paris.  Une petite bande de terre a été aménagée en jardin partagé, où de rares habitants du quartier s’activent à bonne distance les uns des autres. L’avenue Jean Moulin, déserte, a retrouvé sa dignité de grande artère. On se croirait au mois d’août, ou dans un film de science-fiction. Nos pas résonnent dans le silence. En cas de contrôle, nous expliquerons aux policiers que mon père a besoin de marcher tous les jours pour son cœur. Cela nous évitera le ridicule d’enfiler une tenue de jogging ou de nous promener avec un sac à provisions vide.

Sur le trottoir d’en face, un père et son fils masqués, traînant une trottinette.

A peine rentrés, le rituel du lavage des mains, puis je m’installe face à la baie vitrée ouvrant sur un vaste paysage de toits typiquement parisiens.

Il est temps de me remettre à l’écriture, après une journée bien remplie d’activités diverses.

Finalement, ce journal est bien le « journal d’un coach au temps du Corona ». Dans cette circonstance où les modalités de présence et d‘action se transforment, écrire, écouter, méditer, dialoguer avec mes clients, avec des proches ou avec les commerçants restés ouverts, c’est encore et toujours du coaching.  Du réel au virtuel, l’intention ne change pas : c’est toujours de révéler le meilleur en chacun, de lui redonner du pouvoir sur sa vie, d’éveiller les principes actifs et de mettre en place les rituels sécurisants qui donneront l’audace d’emprunter de nouvelles voies, d’oser des façons de faire inédites.

Le passage du réel au virtuel nécessite pour beaucoup d’entre nous des apprentissages techniques et comportementaux. La mise en place des nouvelles façons de travailler, de communiquer, de déléguer aussi, ne va pas de soi. D’autant que cet apprentissage doit se faire en mode accéléré, peut-être anxiogène pour certains.  Depuis deux jours, j’explore les fonctionnalités de diverses plateformes collaboratives à l’ergonomie variable. Partager son écran, créer des sous-groupes travaillant sur des « tableaux blancs », distribuer la parole, surveiller ce qui se passe sur le « chat » tout en maintenant la conversation générale. C’est exaltant et stressant. J’y vois la possibilité de rendre accessible à toujours plus de monde le partage des connaissances et de l’expérience, de créer et d’entretenir des liens, et surtout de changer d’échelle.

Car j’ai bien l’intention de participer en acteur conscient aux changements qui vont se produire. L’urgence est de construire l’infrastructure collaborative qui nous permettra de concrétiser nos intentions pour « le monde d’après ». C’est une question de mindset : nous devons penser avec un coup d’avance, comme le général de Gaulle se faisant, avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis, la réflexion que le conflit serait mondial. Puisque l’Allemagne n’avait pas gagné le Blitz, elle ne pouvait plus que perdre, et la question principale devenait dès lors de savoir quel rôle la France était amenée à jouer dans le nouvel ordre mondial qui allait se construire.

Penser que nous devons à l’acte de rébellion d’un quasi marginal notre siège au Conseil de Sécurité de l’ONU. Grâce à son audace, à sa résilience, à son habileté aussi, le petit coq gaulois a gagné sa place au milieu des tigres.

Mais le visionnaire de Gaulle n’aurait rien pu sans la capacité de Jean Moulin à fédérer les acteurs de la Résistance. L’homme de Londres a su faire avec la diversité de ces hommes de l’ombre. En affirmant sans ambiguïté aucune son attachement aux principes fondateurs de la République, il a créé la confiance et lui a permis de se régénérer, de se réinventer pour prendre toute sa place dans le monde d’après 1945. Pour cela, il lui aura fallu composer avec des modes de pensée très différents du sien, allant de la droite nationaliste aux communistes, réunis au sein du Conseil National de la Résistance. J’évoque ces moments dramatiques pour donner le sens de la perspective, et sans nostalgie. Quand plus rien ne tient, quand l’essentiel est en jeu, le chemin de la vision à la réalisation passe toujours par l’intelligence collective. Nous sommes dans un tel moment.

Soyons affirmatifs : il n’y aura pas de retour en arrière. Le système des loisirs, du tout jetable et de la célébrité voit ses feux s’éteindre à toute vitesse, laissant un parfum toxique de plastique brûlé. L’argent-roi est nu. Par quoi le remplacer ? Tout est ouvert. Mais pas pour longtemps. La brèche peut se refermer si nous laissons à d’autres le soin d’imaginer, d’agir, de transformer – tout, à commencer par nous-mêmes.

Certains travaillent au niveau conceptuel, imaginant de nouvelles formes de démocratie, d’autres se sont lancés dans des expérimentations sociales à petite échelle, faisant construire des immeubles qu’ils habitent ensemble, selon de nouvelles règles. D’autres encore agissent en connecteurs, tissant des nœuds entre ces différents univers qui commencent à se rejoindre et constituent des boucles de rétroaction. (Pardonnez l’usage de ce jargon. D’ici quelques années, ces mots seront aussi répandus que « convivialité », « réseau », «hub » ou « startup »). Comme les racines des arbres entremêlées, échangeant des nutriments entre elles et avec d’autres espèces, des rhizomes s’étendent sous la surface, s’ancrent dans le sol nourricier, se renforcent mutuellement, jouant de leurs complémentarités. Il ne faudra plus bien longtemps pour que les arbres se voient, se nomment forêt.

Ce qui n’était encore que des épisodes épars acquiert la consistance d’un récit.

Le virus, parce qu’il s’attaque à nos équilibres biologiques, économiques et bientôt géopolitiques, en remontant les chaînes de production et d’échange mondialisées, révèle toutes les ramifications du système, les interdépendances, les chaînes de causes et de conséquences. Il nous force à sortir de notre confort et à prendre position. Comment, dans quel état, voulons-nous sortir de cette crise ? Dans quelle société voudrons-nous vivre ? Demain, pas plus qu’aujourd’hui, nous ne choisirons nos voisins. Mais nous ne pourrons plus faire semblant d’ignorer tout ce qui se passe sur un simple bouton d’ascenseur. La menace existentielle qui nous frappe souligne assez cruellement ce qui nous réunit, à commencer par le fait que nous sommes tous vulnérables. Nous aurons fait des sacrifices, et nous en demanderons le prix. Les soignants, aujourd’hui traités en héros, pourront-ils retourner souffrir dans l’ombre, épuisés, corsetés, maltraités, contraints de renoncer à tout ce qui fait le sens de leur engagement ? On évoque déjà la fin de la Tarification A l’Acte, qui transposait dans le monde hospitalier les principes de fonctionnement des entreprises privées soumises aux impératifs de rentabilité. Les enseignants qui auront fait l’effort d’adapter leurs méthodes pédagogiques à l’univers virtuel accepteront-ils d’être à nouveau méprisés par une société tout entière, parents d’élèves compris ? Si le confinement devait durer plusieurs mois, les millions de familles qui auront redécouvert le plaisir d’être ensemble, les voisins qui se seront entraidés, les employés qui auront fait tenir le système à bout de bras accepteront-ils de faire à nouveau leur deuil de l’empathie, de la solidarité, de la gratuité ? Mais, les contraintes n’ayant pas disparu, saurons-nous trouver les voies de l’efficience ? Quel équilibre saurons-nous trouver entre différents systèmes de valeurs ? D’autres scénarios sont possibles, moins optimistes, et pour certains même sinistres.

Mais déjà, l’imagination bouillonne. Le client que je coachais ce matin me racontait les apéros virtuels et autres initiatives que son équipe expérimente pour mettre un peu de couleur dans le télétravail. D’autres ont dû batailler vendredi pour obtenir le droit d’aller travailler depuis leur domicile. Lorsqu’elles reviendront au bureau, leur chef aura fort à faire pour regagner sa crédibilité. L’élan pour réinventer les modes d’organisation, lorsqu’il sera temps de se retrouver dans le monde « réel » ne peut que gagner en puissance et en légitimité.  L’imprévoyance et la rigidité de certaines organisations les mènera au bord de la rupture. D’autres, plus agiles, ne demanderont qu’à les remplacer. Privés de la liberté de se déplacer, les Français pourraient bien réclamer plus d’autonomie, le pouvoir de décider pour ce qui relève de leur expertise.

Utopie ? Je réponds : reconfiguration. Profonde. Inévitable. Vitale, en fait, car trop longtemps différée. La société française avance par secousses, et celle-ci nous affecte déjà rudement. Une génération déconsidérée par son imprévoyance et son mode de vie destructeur e pourra éternellement barrer la route à la jeunesse qui demande à être entendue.

Après la sidération, puis l’agitation plus ou moins ordonnée, la vie s’organise. Et de nouveaux rituels se répandent.  Entendrons-nous crépiter, à vingt heures, de soir en soir toujours plus forts, les applaudissements en l’honneur des soignants, selon le rituel inventé par les Italiens et repris par les Espagnols ?

Les rituels recréent de la proximité sociale dans une société contrainte à la distance physique. Il y avait longtemps, en réalité, que des forces invisibles nous éloignaient les uns des autres. Le facteur contraint d’effectuer sa tournée de plus en plus vite, les pauses raccourcies, voire supprimées, le temps qui fait toujours défaut, la monétarisation de tout, même du simple conseil professionnel, sans parler de l’assistance aux personnes âgées, nouvelle source de revenus pour la Poste. C’est toute cette logique qu’il va falloir démonter, examiner sous toutes les coutures, pour réviser nos priorités.

Je cite un extrait des Furtifs, le best-seller d’Alain Damasio : « L’accueil avait été chaleureux. En réalité, la quinzaine de Balinais portait la communauté d’environ deux cents membres sur ses épaules, par sa générosité quotidienne, sa production ingénieuse de riz et sa spiritualité intacte. (…) Moitié par amusement, moitié par fascination, par dépit parfois, tant leur organisation avait foiré, parce que ça les intriguait ou peut être juste pour voir, les îliens avaient joué le jeu de ce nouveau modèle largement exotique pour eux. Pour acter une rupture, j’avais posé une expérimentation d’un mois où toute personne dérogeant aux règles était illico exilée. Les premières décisions s’étaient prises au consensus et à l’unanimité, chose impensable auparavant !   L’interdépendance délibérée des tâches, où l’on se rend sans cesse service, en réciprocité, favorisant l’entraide ; les amendes dosées en cas de manquement ; le principe des corvées communes pour l’irrigation ou pour la reconstruction sempiternelle des digues que le fleuve arasait ; les cérémonies croisées où tour à tour tel foyer ou tel clan recevait puis donnait, débouchant sur des fêtes purgeant les tensions : tout ça était directement issu de Bali ».

Voilà, je vous laisse rêver, en espérant que les librairies seront bientôt reconnues comme des commerces de première nécessité.

Et vous, quels rituels inventez-vous ?

Au calme, citoyens!


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Paris au printemps

17 Mars, jour 3

Fraîcheur, la petite fille qui chante à sa fenêtre, en face de chez moi, au moment où je quitte mon appartement sans savoir quand j’y reviendrai.
Je la salue de la main, mon coeur se serre un peu. Comment vivra t’elle ces journées, ces semaines d’enfermement? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. D’une intolérable et nécessaire restriction à notre liberté de mouvement. Désarroi, révolte. Impatience bientôt dissipée lorsque mon oeil tombe sur quelques primevères d´un jaune pâle, plantées par des parisiens sur un bout de trottoir mis à leur disposition par la ville. Ignorant nos appréhensions, notre calendrier, nos lois, nos restrictions, le printemps perce ici et là, se multiplie, déroule sa vague puissante, inexorable, insideuse et subtile, sourd comme un roc, aveugle comme la Justice. Son triomphe est garanti. Rien ne pourra l’empêcher d’éclore où on ne l’attend pas. Gratitude, soulagement. Se rappeler que l’essentiel se passe ici et maintenant. Ces primevères sont bien réelles. Quelqu’un les a semées, sarcle le bout de terre où elles poussent, se réjouit de les voir fleurir. La résilience se joue dans ces détails, dans la capacité que nous pouvons cultiver à nettoyer instantanément tout ce qui nous pollue l’esprit.
Ainsi vit Paris, au temps du Coronavirus.
Nos émotions font la clé de sol, plongent, s’élèvent, de la colère à l’amour en passant par tous les états intermédiaires avant de se stabiliser. Nous vivons un apprentissage en accéléré.

Avenue René Coty : je change d’arrondissement, d’ambiance, d’univers.
La même impression de plonger dans l’inconnu qu’en février 2000, lorsque je suis parti m’installer à Singapour.
Pourtant je ne vais pas très loin : de Glacière à Alésia, une petite marche de quinze minutes suffit pour me rendre chez mon père où je vais m’installer jusqu’à la fin du confinement.
Lola, sa jeune voisine, écoute de la musique fenêtres ouvertes et c’est une joyeuse bouffée d’énergie qui se répand dans tout le quartier.
Je m’installe. J’ouvre mon ordinateur, je consulte mes mails tandis que le calme retombe, peu à peu. Sur la terrasse désertée du studio Pin-Up, les pigeons se disputent des miettes. Il fait doux.

Lavé avec amour


balcon fleuri

Jour 2 de ce journal, et sans doute J-2 du confinement généralisé. Plus que des habitudes, c’est tout notre état d’esprit qui doit changer. L’idée de rester confiné, sans doute pendant de longues semaines, me glace. Il va bien falloir s’y faire, à cette idée, pourtant. La tourner et la retourner sous toutes ses facettes, comme un Rubik’s cube, jusqu’au moment où l’on parviendra à se persuader que l’on a réellement essayé toutes les combinaisons possibles et qu’il n’en reste qu’une, la plus déplaisante. Mais la plus nécessaire.
Par-delà les toits et les cours d’immeubles, je vois deux ouvriers en gilet orange fluo qui travaillent (encore,) sur un échafaudage. Quelle chance de disposer ainsi d’un balcon fleuri et d’une vue dégagée ! De l’autre côté de l’appartement, les fenêtres donnent sur un joli paysage de toits parisiens, avec ses cheminées orange sur lesquelles se posent parfois des mouettes, et ses couchers de soleil.
Hier soir, en apprenant que nous allions très probablement avoir droit au confinement généralisé dès mercredi, j’ai pris la décision de m’installer chez mon père pour m’occuper de lui le temps nécessaire. A 89 ans, changer ses habitudes représente une véritable difficulté pour lui. Se laver les mains, par exemple.
A quoi pensez-vous, tandis que vous comptez jusqu’à trente en vous lavant les mains ?
Le sujet est plus sérieux qu’il n’y paraît.
La tentation serait de compter jusqu’à cinq, dix, un peu plus, encore un peu plus, et puis c’est bon.
Mais non, ce n’est pas bon. Ce n’est pas bon car ces gestes d’hygiène, ou gestes-barrière, n’ont pas été inventés pour nous embêter. Ces trente secondes correspondent au temps nécessaire pour détruire les virus, microbes, bactéries, et autres vilaines bestioles accrochés dans les replis de notre peau.
Comment le lui faire comprendre, et surtout lui inspirer la patience nécessaire ?
Je choisis de lui parler d’amour. Se laver les mains en pensant à chacun de ses enfants et petits-enfants, et s’il le faut même les arrière-petits-enfants, ça doit bien durer jusqu’à trente secondes, en y mettant de l’intention ?
Ca lui paraît cocasse, comme idée, mais il écoute et s’applique.
Il tient vingt secondes chrono. Je sens que ce n’est pas gagné. On fera mieux la prochaine fois.
Me voici reconverti coach en hygiène de vie, qui l’eût cru ?

Turquoise


Des paillettes de Turquoise

Disséminées dans toute la ville

Oh cette vie drôle et ces sourires

Nous voici chasseurs de trésors

Hier aux abois, poussant nos corps crispés dans la rame, parmi d’autres corps las,

Ce qui revit en nous luit d’un éclat sonore

On n’en revient pas d’une telle

Simplicité, fraîcheur

Main magique c’est la nôtre

Dessins à la craie couleurs vives

Sur le trottoir après la pluie,

Lavé, géante ardoise.

des bonds de cabri SUR une chaise


On est rentrés mais on dirait qu’on n’aurait pas mal au cœur. Sortir, humer l’air de la capitale, voir des amis. Pique-niquer au bord de la Seine après avoir revu Talons aiguilles, d’Almodovar.

C…, grande lectrice, militante, généreuse et subtile, s’enflamme contre les gens qui parlent de rentrer « sur Paris ». (Oups, j’ai commis ce crime, à force de l’entendre, on s’en imprègne …)

  • Non, non et non ! On s’assied SUR une chaise, et on habite A Paris », s’écrie t’elle en se retenant de faire des bonds de cabri. (Dans les années 60, on bondissait pour l’Europe, aujourd’hui c’est pour défendre ce qui reste de grammaire et de style. Je l’approuve entièrement).

Quand je vous disais qu’il y a de belles colères.

Tout de même, il y a des journées qui piquent : obstacles administratifs, erreurs, URSSAF, RSI, mutuelle, dossiers, et des moments graves : hôpitaux, scanners, prises de sang, prises de tête. On donne son temps pour ceux qu’on aime.

On aimerait bien que les amis compatissent, qu’ils nous écoutent râler, qu’ils nous plaignent un peu. Mais les vrais amis ne sont pas faits pour ça. Les vrais amis ça sert à nous secouer. D’un mot, d’une phrase, comme l’ami J… qui commente sobrement : «eh oui c’est ça la vie d’adulte. Et c’est toujours mieux de faire trois fois des photocopies de dossiers perdus que de vivre dans un pays où tu perds ta main ou ta jambe parce que tu n’as pas de mutuelle ».

Ah oui, vu comme ça effectivement.

Plus tard, nous sommes dans son atelier d’apiculture aux Grands Voisins, en train de gratter un mur avant de le repeindre. Rien de tel qu’un peu de travail manuel pour vous remettre les idées en place.

Quand la Noirceur attaque (cette vieille adversaire a bien droit à sa majuscule, par égards pour son importance, sa nocivité et son ancienneté), plutôt que de crier « tous aux abris », prenons le parti de faire face et nourrissons-nous de son énergie. Vampire contre vampire ! Car même dans la Noirceur, il y a des pépites, des éclats de lumière. Mais pour les percevoir et les apprécier, il faut un oeil exercé. Ou de bons amis.

Le lendemain, au marché Corvisart, cri d’un vendeur : « achetez des pêches, ça donne la banane ! »

  • Ou la patate. Question de point de vue.

C’est la guimauve qui dégouline


Ce mot, sidération. Je repense à New York dans les jours qui ont suivi le 11 septembre. Ce qu’en disait mon ami D…, bien des années plus tard, tandis que nous marchions le long des quais de Paris jusqu’à la passerelle Simone de Beauvoir. Les new-yorkais soudain devenus plus attentifs les uns aux autres, comme les parisiens en ce moment.

Sidérés, les habitants du onzième arrondissement qui n’en peuvent plus des bougies et des fleurs, qui voudraient retrouver une vie normale, une vie comme avant, mais comme avant c’est passé comme le vent, ca ne reviendra pas plus que le vent. Comme avant c’est mort même si Paris vit tout de même sa drôle de vie.  La place de la République transformée en mausolée. On pourrait la renommer Place de la Compassion, qui rime avec Nation.  Bien loin de la Concorde et de tout espoir d’harmonie. Joli mot, pourtant, la Concorde. Maquillage réussi pour une scène de crimes à répétition.

Paris n’arrive pas à tourner la page en ce mois de janvier qui ne décolle pas. L’année commence avec des semelles en béton. Subir ces pesanteurs rendues plus insupportables encore par le bavardage des sachants. On se réfugie dans le cocooning, il paraît que le rose quartz est tendance. Après le sang, c’est la guimauve qui dégouline. Vomir serait thérapeutique. Ne chercher de refuge qu’en soi-même, mais un soi collectif, un soi qui se reprend, qui se parle et se tient debout. Un soi qui devient nous.

Ne trouver de salut que dans cette ouverture. Vivre la déchirure sans tenter d’atténuer la douleur, mais s’appuyer sur elle. Poser notre échelle sur ce mur afin d’aller voir ce qui pousse de l’autre côté.  Viser plus haut, plus intense, oser cela. Ce que je crains le plus ce sont les colères qui ne sortent pas. Celles qu’on rumine en boulottant du chocolat, devant la télé. Sortir de la sidération. Mais quand? Comment? Chanter la Marseillaise c’est bien, ça dégage les bronches, et puis? On accroche au balcon son défi tricolore,  on crie « même pas peur » en noyant ses pleurs, le chagrin ne passe pas. Ce qu’il nous faudrait c’est du rock, du rap, de la poésie rugueuse, irascible.

Il nous faut de vrais artistes-alchimistes, capables de transformer le plomb en or, les ruines en corps doux d’aquarelle, comme Anselm Kiefer et ses drôles de livres â la BNF. A la fin de l’expo c’est un corps de femme, et le pinceau retrouve le langage de l’amour. A la fin, tout à la fin. Mais l’important, c’est que ce soit possible. C’est de croire au parcours, à la sortie du labyrinthe. Une main, qui tient une autre main, puis une autre. Une parole qui circule. Des regards qui cherchent et trouvent le visage de l’autre. Un jour, peut-être, on en fera même une chanson.Kiefer 2015-12-20 15.46.58.jpg

We are Paris


Dear English-speaking friends,

The worst is over, for now. France is stunned, but standing, and preparing to display a large demonstration of unity tomorrow, behind over 40 heads of State marching as one in the defence of freedom. They are most welcome, and I have to say the outpouring support coming from all around the world has been a tremendous help in these horrible moments. We could feel the huge wave of solidarity and emotion spreading across all continents as pictures kept showing crowds gathering and displaying the three famous words “Je suis Charlie”. We have cried, again and again, as one city after the other appeared on our TV screens, making us feel less alone in our anguish and despair.

And so, it is over. While our authorities have reminded us that more attacks may happen, a certain sense of “normalcy” is now coming down over the city.

My city.

My beloved city.

Paris.

How dared they?

HOW DARED THEY?

These barbaric idiots did not just kill 12 cartoonists, two heroic policemen and many innocent people. They attacked a symbol of freedom, which is at the very core of our National identity.

They did not take hostage just a few Jewish shoppers, but the whole Nation. And the whole Nation has responded. Not with shouts of hatred and calls to revenge and murder, but with dignity. People did not wave weapons or fists in the air, but pens.

In Toulouse, which had been so brutally attacked a few years ago, people were singing the Marseillaise. Out of tune, sure (terribly so, gosh, someone please tell the government to increase the number of singing lessons in French schools). But they were singing together.

Our unity has not been destroyed, but strengthened, as the German chancellor Angela Merkel noticed. And, yes, in this era that seems to have respect only for money, celebrity and sportsmen on steroids, I feel extremely proud to be part of a Nation that gathers around a bunch of free-minded, insolent cartoonists. While the words “JesuisCharlie” have spread around the world, it is worth noticing that not one newspaper has dared republishing their drawings.

It would take too long to explain what this very newspaper meant for all of us, even though their readership had trickled down to a mere 30,000. Many disagreed with the editorial line they had adopted under a new direction. But that is totally beside the point. The terrorists might as well have attacked Asterix, or Molière, our most famous playwright who was already attacking religious fanaticism as early as the mid-17th Century. So, these journalists knew their lives were under threat, but they kept going.

Somehow, this is the eternal story of barbarians attacking cities because they hate independent spirits and sophistication. This was already what was at play in the 90ies when Sarajevo was under siege by Serb fanatics. (Mind you, only people with a very short memory could believe fanatics are all Moslems. How wrong!)

For three long, horrible days, we too felt like a city under siege. Alerts, false or not, were coming from all directions. Red dots kept appearing and disappearing on the city’s interactive maps. We feared for our beloved ones while sirens were wailing every fifteen minutes as police cars and ambulances were being dispatched to various locations. We tried to keep working, and it was hard to focus.

For three days, I kept remembering what my friend David Pini was telling us about September 11 and the following weeks, when people were unsure about what would happen next. How the people of New York had become so kind and caring for one another, in the aftermath of the massacre. I hope we will react the way they did.

I am thinking about our British neighbours, who showed such a brave face after July 2007.

Words are getting difficult to find. I know silence is the enemy.

Tonight, I am Charlie.

I am Paris. I am Toulouse.

I am also London, and New York, and Madrid.

But I am also Peshawar, Mossul and Kabul, and Bali.

I am Algiers, which has suffered so much, and for such a long time.

The list could on and on.

So many cities, so many lives lost or devastated.

As a friend was writing to me a few hours ago, “the whole world is reeling with France. What is happening now is global. “

Indeed, it is global, and now that this specific attack – one in a chain, not the last one – is over, we need to stop and try to think about the meaning of all this. What does it call for?

I cannot help wondering: how will we look at one another, tomorrow, in the metro, in the streets, at work?  Will compassion prevail over suspicion?

Tomorrow, we will be marching in the streets of Paris. Perhaps one million people. Many more will be joining us in their hearts, watching on TV, sending tweets, and buying newspapers.

Debates will have to take place. Teachers will have to engage with those kids in the suburbs who believe that the dead cartoonists had deserved their horrible fate. Our future is at stake. What kind of society do we want to live in? We share a big responsibility.

But let us not end on a sinister note. Two of the most humorous remarks that came out on Twitter about the terrorists were: “they killed journalists, and died in a printing shop” and “the other one wanted to wage Jihad, and died in a Kosher shop”.

Or let us try this one: “how many Jihadists does it take to change a light bulb? – Light? What do you mean by “light”?”

Dessiner la Bretagne


Il pleut, rien d’autre à faire, et c’était bien l’idée d’en profiter pour ressortir pinceaux, couleurs, un papier doux mais résistant, dense et tendre au toucher. Se jeter à l’eau. Dessiner la Bretagne : un livre ouvert sur une fine aquarelle, rehaussée de touches légères, invite. Le motif est traditionnel, chromo rassurant, paisible, attendu: l’église aux toits d’ardoises mouillées, (gris de Payne), les barques sur le rivage (outremer, citron, carmin vifs, sortis du tube), les hirondelles de mer, ciels brouillés. Des cirés jaunes. Un calvaire somnolent, moussu, piqueté de lichens roussis. (C’est ainsi que j’écrivais, autrefois. J’étais fier de mes rythmes et de mes adjectifs. Je lançais mes mots à l’assaut de la page comme de braves petits soldats au débarquement. A la fin, m’écriant : « page prise »!)Peindre la Bretagne à l'

Ce week-end était l’occasion de retrouver le dessin, mine de rien. De m’exercer, comme si cela n’avait presque pas d’importance. Une activité de loisirs, classique, anachronique, un peu désuète : innocente. Comme on ferait des crêpes, une tarte aux pommes. Tout ça pour me persuader que je peux maîtriser mon impatience, discipliner mon envie d’aller tout de suite à la couleur, poser les à-plats gentiment, chacun son tour, du plus pâle au plus dense. Faire tout cela dans l’ordre et bien comme il faut. L’amour du travail bien fait, la satisfaction. Truc de filou!

Le papier, donc, mais ce qui paralyse: l’injonction d’aller direct à la perfection. Dessiner aussi bien que le modèle proposé, sinon rien. Et donc, rien. Cette émotion, la peur, car avant de poser la couleur, il faudra dessiner. Des traits. Ajuster le poids, la direction de la main, l’angle d’un toit. Les proportions. Livre insolent. Provocation. Colère. Et que faire de ce texte? Enregistrer? Publier? Brouillon? Brouillon. Renvoyé dans les limbes du blog, enfermé dans la cave de WordPress avec interdiction d’en sortir sans ma permission. On aura tout de même réussi quelque chose, la transition de l’image au rythme, à la musique des mots. On aura tricoté des phrases en écoutant des podcasts sur France Inter. On a produit, comme d’autres courent, nagent leurs dix kilomètres, ou se couchent de bonne heure.

On l’a fait.

Bientôt, peut-être, on retrouvera l’amie lectrice à la voix douce et le plaisir de dire ensemble. On travaillera les voyelles, les consonnes, on fera durer les silences en étirant tout son corps. On ira sur l’île Saint Louis filer, réverbérer les sons sur les quais de la Seine. On verra des effets de lumière qu’on ne décrira pas. On les gardera pour nous, ces merveilles, ces trésors de l’été juste après la pluie, ce sera fort, c’est une promesse qu’on se fait, ça vaut la peine, on fera des progrès. Paris nous appellera. D’autres, avec leurs oreilles. Ils entendront, peut-être. On le fera pour eux. Puis on invitera des bloggeuses, on connaîtra leurs textes, on les fera connaître, on partagera ce plaisir. Leurs mots fondront comme du caramel sous la langue. Ce sera la saison d’une infinie gourmandise. Une saison trouvée. S’il pleut, bien sûr, on écartera les barreaux obliques, on saura s’évader.

Là sera le cœur du Royaume, un grand morceau de territoire entre les bras du fleuve, sous le ciel, encadré d’ombres courtes, il y aura de la poésie dans le regard des touristes et nous, nous serons vrais.

Publier. Peindre la Bretagne_1515

Toutes les villes mouillées se ressemblent


Toutes les villes mouillées se ressemblent. Elles parlent entre elles un langage secret, connu d’elles seules, une chanson sussurée à l’oreille du voyageur. Chacune a sa couleur, sa pudeur sous la pluie, une histoire intime et subtile courant par les rues ruisselantes.

Dans cette ville d’Europe, les passants se pressent d’écraser de petites bulles grises. Pensées pliées, c’est la rentrée; déjà perdues, reviendras-tu?

Toutes les villes mouillées se répondent. Au matin, leur visage a retrouvé sa fraîcheur. Une odeur nue de feuilles au sortir du métro crie l’enfance. Une chanson commencée là-bas revient. Rêver, revivre, aimer. Sous les parapluies, des visages.

So chic, un bus au rouge impérial éclabousse la foule d’eau sale, avec de vrais morceaux de reflets coupants comme du verre. Le faux sang se répand dans les flaques de néon. Une femme saoule se fait arracher son sac et vomit. Luxe et rage. Courir après les taxis noirs, méditer un polar. Pluie mesquine, assassine.

Asie. Sur le trottoir un enfant court. Un fou se savonne en riant. Le bruit feutré des pneus fait claquer l’eau des flaques. Après, le soleil brûle. Les femmes des quartiers nord se lavent. Cheveux mouillés, tordus, rincés. Comment les dessiner? Lèvres, épaules, et le pli du bras. Toutes les villes mouillées correspondent, les toits de zinc et la tôle ondulée rouillée grisée. Couleurs clinquantes, get a bigMac.

A Lisbonne, un pavé dépasse. Les rails du tramway brillent sous l’averse électrique. Ici, les gens n’ont pas de corps, leurs vêtements se déplacent. La nuit se répand, jaune et grise. On ira voir Bosch au musée, des porcelaines chinoises et des paravents japonais. Maisons bleues, roses, moussues de vert. Moisir a quelques avantages.

A Paris, du haut de la grue, trois corneilles plongent dans le couchant, décrivent un large arc de cercle et percent la muraille plombée des nuages. Croire à l’éclaircie. Les villes et les souvenirs se séparent.

bon anniversaire David Pini


Cher David,

Mercredi, comme tous les mercredis désormais, j’irai dessiner, mais tu ne seras pas le modèle au centre de l’atelier. Aujourd’hui, c’est toi que j’interroge, David, mon ami d’enfance. Que ferons-nous de ta colère? A toi, l’ami qui n’a pu trouver sa voix, je dédie cette série d’articles, et surtout l’épilogue de mon « Journal estival » (a suivre). De peur de ne pas y arriver, je commence par Bercy.

Ce jour-là tu m’as donné ma première et dernière leçon de photographie. Nous avions marché depuis l’Hôtel de Ville sur les quais interdits à la circulation. Tu me racontais ton 9/11 vu depuis le studio de Merce Cunningham, au coeur de l’action, le désarroi des étudiants, le tien. La Performance meurtrière d’Al Qaïda venait de tracer la frontière absolue de l’Art Contemporain, l’ultime obscénité, transgression autoréalisatrice après quoi viendrait la petite musique de Radiohead, « No Alarms and no Surprises please », leurs guitares désolées, leurs voix plaintives, supplication de l’occident tétanisé. Tu ressentais aussi le besoin de ralentir, c’est pourquoi tu étais revenu te poser à Paris.

Hey man slow down

Cette femme lisant sur la pelouse a capté nos regards au moment où tu me parlais de Bénédicte P, de Merce, et puis d’un autre, inélégant, dont on ne parlera pas ici, même si ta douleur continue de tourner.

Tu as posé sur la liseuse un regard plein de tendresse. Peux-être pensais-tu à ta mère, qui avait tant lu. Et puis, discrètement,  tu m’as indiqué le bon angle.

L’inconnue de Bercy

Une second photo, la tête un peu plus penchée de la femme, comme affaissée, toujours plus absorbée dans la matière du récit, comme j’apprends à les dessiner aujourd’hui, bien au centre de la feuille. Paris si calme en ce mois de juillet 2008 redoutait une autre canicule. Les enfants jouaient dans les fontaines, sur les escaliers menant à la passerelle Simone de Beauvoir. Tu m’as parlé de la Flûte Enchantée, j’ai pris quelques photos de toi au pied des tours de la Grand Bibliothèque.  Encore des tours, celles-ci pleines de livres et dédiées au savoir. Un dimanche à Paris.

Les photos suivantes, celles du Kremlin-Bicêtre, je ne veux plus les voir, ce n’est pas toi, ce corps paralysé, scandaleux, ta voix clouée, ta voix de basse si singulière, qui faisait peur aux petits enfants, l’idéal instrument pour chanter du Racine ou Boris Godounov.

Je veux garder le souvenir de ta dignité face à toutes les bassesses. Je veux garder à l’oreille le son de ta voix proclamant la rébellion, s’emparant de l’espace, agrippant le revers de nos peurs. Je veux garder de toi cette image verticale : dressé dans la lumière, insolent, nerveux, criant encore après que tout soit devenu cendre opaque et grumeau. Debout.