Sa voix nous accompagnera


Nicole de Chancey nous a quittés le 14 juillet. D’origine belge, elle a choisi le jour de la fête nationale des français pour s’éclipser, discrètement, avec un clin d’œil malicieux bien dans son style.

Comment vous parler de Nicole ? Un petit bout de femme rousse, élégante, nez et voix pointus. Des mots clairs, précis, alignés sur le fil de sa pensée comme des hirondelles prêtes à s’envoler, perdant d’ailleurs parfois ce fil et revenant se poser après un petit tour dans le bleu du ciel. Des gestes posés, réfléchis, pour souligner ses phrases ou pour se recentrer. Une présence. Je l’avais dessinée au stylo bille, dans mon « cahier de pnl », un jour où la discussion traînait en longueur. Sa patience avait des limites : il était dans son rôle de nous responsabiliser, lorsque les questions dissimulaient de plus en plus mal la peur de se jeter à l’eau.   Après tout, nous n’étions pas là pour argumenter sur les diverses théories du coaching, mais pour apprendre à le pratiquer. L’une de ses métaphores préférées l’illustrait à merveille : « ça doit rentrer dans les muscles », disait-elle souvent, pour bien ancrer la dimension corporelle qui rapprochait le coaching de ses origines sportives.

Tous ces souvenirs, et bien d’autres, affluent lorsque je repense à Nicole de Chancey, professeur, mentor et coach.

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En lisant les témoignages de celles et ceux qui ne l’ont connue que par les enregistrements de ses cours conservés sur le forum de l’Institut du Coaching International,  je prends conscience du privilège que ce fut de l’avoir rencontrée « in real life », dans toutes les modalités de sa présence : auditive, visuelle et kinesthésique.

Il y avait quelque chose d’un moineau dans sa silhouette ébouriffée, ramassée, concentrée mais bourrée d’énergie, et ce ne serait pas lui faire injure que de la surnommer, à posteriori, la « piaf du coaching », car Nicole était une grande. Sa passion de transmettre, immense, une certaine forme de naïveté résolument positive, un charisme sobre et ces étoiles qui s’allumaient parfois dans ses yeux lorsqu’elle évoquait « le monde merveilleux du coaching » suscitaient parfois des réserves chez certains. Craignant de se laisser embarquer pour le pays des Bisounours et des licornes roses, ils manifestaient leur désaccord par des soupirs et autres raclements de pieds. Ce manque de respect pour le professeur aurait profondément choqué dans un pays comme le Japon, où Nicole aurait eu droit au titre de « sensei ». Il témoignait surtout de leur manque de courage pour transmettre et faire vivre dans le monde de l’entreprise un enseignement construit sur des valeurs positives. J’y reviendrai.

Nicole, et nous avions ceci en commun, possédait la capacité de sentir le parfum de roses imaginaires. Sensible à la poésie, elle aimait commencer les journées de formation par la lecture d’une source d’inspiration, une citation, un conte. Toute ma vie, je me souviendrai de cette citation de Nelson Mandela : « qui sommes-nous pour ne pas oser être grands » ? Le pouvoir explosif de ces quelques mots résonne en moi, je les appelle à la rescousse chaque fois que les saboteurs internes redressent leur tête hideuse. L’audace, proposée non pas comme une manifestation d’orgueil, mais comme l’humble acceptation des talents qui sont les nôtres. Un défi presque enfantin à vivre, enfin, pleinement notre destin. Ces formes d’enseignement métaphoriques et narratives relèvent d’une pédagogie particulièrement appréciée dans les cultures asiatique et orientale.

Elles me convenaient, à moi qui revenais tout juste d’Asie. Les idées réellement importantes n’y sont jamais affirmées de manière tranchante : elles trouvent leur chemin dans la conscience, contournent les oppositions respectueusement, sans les brusquer,  remodèlent en douceur les croyances existantes. Elles plongent de profondes racines et font advenir des transformations radicales avec la lenteur (et la solidité) d’un phénomène géologique.    Pour avoir pratiqué le coaching sur trois continents,  j’apprécie tout particulièrement la capacité de cette discipline à s’enrichir de toutes les cultures, sa malléabilité qui lui permet d’utiliser, selon les circonstances, le coup de marteau occidental à la Leenhart et la persuasion créative orientale, qui sauve la face en dissolvant les résistances. Cette interculturalité fait toute sa pertinence  dans le monde globalisé qui est le nôtre.

Nicole avait aussi des valeurs, fortement affirmées. Son enseignement, n’en déplaise aux sceptiques, n’avait rien d’un concours de dégustation de marshmallows. Simplement, par élégance, elle préférait travailler dans la lumière plutôt que de s’appesantir dans l’ombre collante où se complaisent les « marchands de problèmes ». Je suis aujourd’hui profondément persuadé que si Nicole avait été un homme et qu’elle avait mesuré vingt centimètres de plus, ses détracteurs auraient été forcés d’accorder une attention plus profonde à son point de vue. En témoignent les progrès de l’Appreciative Inquiry dans le monde de l’entreprise, où l’on commence à s’apercevoir qu’il est plus productif de considérer une équipe comme la somme de ses talents et de ses expériences, riche de toutes ses ressources, plutôt que comme un « déficit », source du problème. Je suis heureux que cette évolution de fond lui donne aujourd’hui raison, même si c’est à posteriori. Le bien-être au travail n’est plus un « sujet de conversation », c’est une responsabilité des entreprises, et cela change tout.

(Ancrage pnl : je pense à toi, Nicole, et je t’invite à prendre place parmi ces femmes qui passèrent, légères et vives, ici sur la terrasse ensoleillée, où le parfum des roses  nous accueille même lorsque « des roses, il n’y en a pas ».)

Il faut ici parler du courage de Nicole. Le courage face à ces oppositions, parfois véhémentes, le courage face à la maladie. J’aimais sa façon de tenir tête à nos arguments, par souci de pédagogie, comme un mur sur lequel s’appuient les jeunes plantes grimpantes que nous étions.

Je me souviens particulièrement d’un jour où nous avons gentiment ferraillé sur le principe de l’ « inconditionnellement positif », auquel je préférais la notion d’ « inconditionnellement constructif », car il me semblait mieux prendre en compte, pour mieux les transformer, les aspects plus sombres de la réalité. Du moins ces discussions-là, toujours empreintes de bienveillance et sans aucun dogmatisme de sa part, nous permettaient d’affiner et de nous approprier les fondements de la « coaching attitude ».

Il y aurait tant à dire encore sur cette femme qui signait ses mails « avec présence et attention ».

Sa disponibilité, en cours mais aussi sur les forums d’ICI où, rentrant le soir après une journée de formation, ses questions et ses commentaires nous attendaient, comme si elle ne nous avait pas quittés. On pense à la célèbre phrase de Milton Erickson : « ma voix vous accompagne ».

Sa voix gravée dans ma mémoire, sans avoir besoin de réécouter ses enregistrements.

Les horizons qu’elle ouvrait, de sa petite voix flûtée, douce et calme, pour parler de géants : Milton Erickson, Virginia Satir, et tous les « grands ancêtres », les sensei de l’orient et de l’occident.

Cette voix si puissante que ceux qui ne l’ont connue qu’à travers ses enregistrements n’ont pu retenir leurs larmes à l’annonce du décès de ce professeur jamais rencontrée « dans la vraie vie », mais si présente dans la leur, qu’elle éclaire.

Je vous livre ici quelques témoignages d’une « promo » récente :

« Je continue à être nourri par sa voix et son âme » ; « je sais que tu m’accompagneras encore sur certains chemins escarpés » ; « je garde précieusement tous tes enseignements que je réécoute déjà régulièrement » ; « s voix résonne en moi au travers des enregistrements de l’ICI. Le timbre de sa voix, son rire tout en finesse et n retenue qui résonnaient tellement bien avec ses propos chargés de sens. Cette disparition n’en sera pas ne car nous serons nombreux, je pense, à la porter en nous  pour grandir un peu plus et aider nos coachés à atteindre leurs objectifs » ; « elle a semé des graines au fond de chacun de nous, sans exception… on ne peut qu’être reconnaissants en continuant le chemin qu’elle nous a dessiné » ; « c’était une grande dame et une référence dans le monde du coaching… que j’aurais aimé croiser mais elle est partie » ; « je me sens orpheline, riche d’avoir eu la chance de m’être nourrie de sa voix, tellement douce, tellement accomplie.»

Tous ces témoignages des étudiants pour un professeur qu’ils n’ont pas connu nous invitent à continuer la transmission. Soyons les producteurs et non les consommateurs de notre vie. Soyons des passeurs d’espoir, telle est notre merveilleuse responsabilité.  La sève de la vie passe de branche en branche, de rameau en rameau, jusqu’à la plus petite brindille pleine de promesses.

De tous les enseignements de Nicole, l’un des plus puissants, des plus fertiles, est la pratique régulière de la gratitude.

La technique est très simple, à la portée de tous :

  1. Choisir un lieu calme, pas nécessairement isolé
  2. S’installer dans une position favorisant la concentration
  3. Laisser se dissiper les petits et grands soucis, comme des barques s’en vont au fil de l’eau
  4. Laisser venir en soi le sentiment de gratitude. Pensez à vos proches, à des collègues, des inconnus croisés dans la journée, on trouve toujours, et plus cela vient, plus cela grandit. On peut même exprimer de la gratitude envers ceux qui nous ont fait grandir ou mûrir, ceux qui nous ont forcés à poser des limites, qui nous ont rappelé la nécessité de prendre du recul, d’affirmer avec plus de force et de conviction ce qui compte vraiment pour nous, à prendre des risques, à oser.
  5. Laisser ce sentiment grandir, nous enrichir, nous imprégner de sa force et consolider notre détermination à faire ce que nous estimons juste. En général, arrivés à ce point, on se sent rempli d’un sentiment de bien-être puissant, avec sourire ++ (également nommé « la banane »)
  6. Noter sur son carnet de bord : les personnes, les faits, les circonstances, le ressenti, ce à quoi nous  nous engageons
  7. Trouver le courage de les remercier « in real life », pendant qu’il est temps, ne serait-ce que d’un discret sms.

Au revoir, Sensei Nicole, j’emporte et je nourris ton « sourire à vivre ».

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8 réponses à “Sa voix nous accompagnera

  1. jocelyne drujon

    Merci pour ce très joli texte et juste au sujet de la perception que j’avais de Nicole. J’ai médité trois jours avec des mantras pour elle. Je me souviens qu’elle disait tout le temps : »faire feu de tous bois! » allez n’oubliez pas « faites feu de tous bois! » avec un grand sourire et un air malicieux. Elle aimait les robes que je portais et me le disait avec tant de simplicité que j’en étais émue à chaque fois.
    Bref, elle a mené une vraie mission, celle de contribuer à nous rendre meilleure en pleine conscience! c’est pas rien !
    Merci d’avoir croisé mon chemin, gratitude et respect pour Nicole.
    Merci à tous les coachs qui se sont mobilisés pour elle.
    Jocelyne – Annecy – 31.07.15

  2. Moi je garde le souvenir d’un petit bout de femme coquine et coquette, pleine de vie et de charme, aux yeux pétillants et d’une sagesse éternelle. Elle est et sera toujours lumineuse, m’accompagnant comme elle l’a toujours fait dans mon cœur et dans mes pratiques professionnelles…
    Une belle et bouleversante rencontre, inspirante à jamais.
    J’ai des photos de PNL d’avril 2014… Que j’hésite à diffuser car elle m’avait dit à l’époque que c’était entre nous , surtout pas sur Internet :-)… Même de l’au-delà elle me fait sourire !

  3. Je ai connu Nicole que par audio et pdf. J’ai néanmoins eu la chance de croiser sa voix sur ma route. Ma formation a prit corps, est devenue vivante et m’a animée lors de l’étude de ses cours. J’ai reconnu la vibration d’une interlocutrice, qui suivant les cultures sont appelés: les Vrais, les Initiés, les Sages, les Connectés, les Fous, les Chercheurs, les Guides…
    Il y a dans sa voix une invitation aux secrets sur le chemin: avec le respect pour l’indicible chemin-Vie, l’Amour et l’encouragement dont a besoin l’Homme pour oser le faire, et l’humour qui m’a semblé être un témoignage de sa complicité avec la Vie…
    Je regrette de ne pas m’être inscrite plus tôt pour suivre les cours de Nicole dans toutes ses dimensions. Je suis reconnaissante de m’être inscrite et d’avoir eu la chance de les écouter et de la lire cette année.
    Isabel – Genève – 31 juillet 2015

  4. Merci Robert pour cet hommage tout en finesse, en émotions. Merci de tes métaphores si imagées…
    Je n’ai connu Nicole qu’à travers sa voix chaleureuse, subtile et envoutante : cette voix qui captive dés l’instant qu’on commence à l’écouter.
    Joli portrait que tu nous peins… Je l’avais imaginée telle que tu l’as décrite, petite et pétillante, telle un « piaf du coaching ».

    Les séminaires audios que j’ai écouté avec Nicole ont été pour moi d’une richesse infinie; son sens de la métaphore faisait sens pour moi qui ai été élevée en Asie.

    C’est donc avec émotion que j’ai appris son décès. Ses enseignements et sa voix m’accompagne…

  5. Antoine Fabienne

    J’ai eu la chance de rencontrer Nicole pour ma formation de coaching, puis Pnl et ce qui vibre en moi est une partie de ce qu’elle m’a transmis….
    Ainsi, nous vibrons depuis 2010…et nous vibrerons encore et encore…

  6. Ouafaa Kourradi

    J’ai également connu Nicole uniquement par audio. Ceci dit, un enseignant de qualité ne passe pas inaperçu. J’ai aimé sa façon d’aborder les cours en tant que coach, en tant que femme ouverte aux opportunités de la vie.

    J’ai réécouté ses leçons plusieurs fois, car à chaque fois je sentais que j’apprenais quelque chose de nouveau, un plaisir dont je me nourrissais pour booster mon énergie de la semaine.

    C’est si bien de transmettre son savoir jusqu’au dernier soupir.

    Merci Nicole…

  7. A reblogué ceci sur BuencaRminoet a ajouté:

    Il y a un peu plus d’un an disparaissait Nicole de Chancey, envers qui j’ai une immense dette de gratitude pour son enseignement du coaching. Qu’elle repose en paix, au pays merveilleux des bisounours et des licornes roses, car ce sont eux qui gagnent à la fin du match.

  8. Pingback: Puissance de la lenteur | BuencaRmino

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