Archives de Tag: audace

Cet or invisible et qui rit c’est nous c’est la vie


Depuis vendredi soir, la France a basculé, mais dans quoi ? On s’interroge : est-ce que c’est ça, vivre dans une ville en guerre ? Le sentiment d’innocence perdue. S’inquiéter pour ses proches ou pour des inconnus dès que retentissent les sirènes. Rentrer à pied, le soir, dans des rues désertes. Se tenir au plus près des voitures en stationnement. S’habituer à prononcer ces mots : « tueurs, fusillade, victimes » en parlant non d’une ville étrangère : Beyrouth, Alep ou Lagos, mais de Paris. Passer des heures à rassurer les uns, réconforter les autres et chercher au plus profond de soi l’énergie pour tenir. Cela va durer, dit-on. Bien plus longtemps qu’on ne se l’imaginait en janvier dernier lorsqu’il fallut trouver des mots pour décrire la situation flottante, incertaine et dangereuse dans laquelle nous venons d’entrer. Il y aura encore du sang, du verre brisé, ce sera moche. Autant s’y faire, mais pas au sens où l’on se résignerait à l’horreur. Plutôt comme on se forge une carapace de courage.   La jeunesse de notre pays, ciblée, touchée, vit son épreuve du feu. Elle en sera transformée, devra faire des choix difficiles. Celui de continuer à sortir et de se mélanger à des inconnus ou de se barricader devant sa « fiction ». Choisir entre l’ouverture et le repli, entre la haine et la solidarité, entre la peur et le défi. Elle l’écrit déjà, ici par exemple, et c’est très beau, plein d‘énergie, la rage de vivre et d’aimer. Lire la suite

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La carte le territoire et le GPS (1/3)


Oser sa vie : bien sûr. Buencarmino, dès le début, souscrit à cet objectif ambitieux, et se propose d’encourager quiconque se met en chemin. La PNL est un outil formidable pour cela, à condition d’être pratiquée avec discernement et bienveillance. Catherine Cudicio, dans le Grand Livre de la PNL, donne cette définition : « la PNL, utilisée pour le développement personnel, aide l’individu à réaligner sa carte du monde en fonction des buts choisis. En effet, ce ne sont pas tant les difficultés réelles qui tendent à empêcher d’atteindre un objectif, mais bien davantage la représentation de celles-ci ». En plus sobre, version Sénèque, cela donne : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Autrement dit, la représentation que nous nous faisons de la difficulté, qui est une croyance (la carte), serait un obstacle souvent plus effrayant que la réalité « objective » (le territoire).

Oui mais… le coach, dans sa pratique, doit à ses clients de les accompagner avec bienveillance, selon la règle des 3P : Permission, Protection, et Puissance. Or le souci de la Protection incite à ne pas exposer son client à des dangers ou à des obstacles hors de sa portée. Devenir chirurgien ou un grand violoniste, passé un certain âge, n’est sans doute pas une ambition très réaliste. Le coach doit alors accompagner son client, l’aider à détecter les besoins, les centres d’intérêt sous-jacents à cette ambition pour le réorienter vers des activités permettant de satisfaire ses besoins, de nourrir ses intérêts, d’honorer ses valeurs. En somme, il doit l’aider à trouver un territoire où investir son énergie et ses talents. Pour le dire en langage d’aujourd’hui : avant d’allumer le GPS, il convient de bien choisir sa destination.

Illustration : carte de l’île de Ré.Image

Ce monde qui vient ou la lèvre aval


Cette deuxième partie de l’article « ce monde qui vient » aurait dû être publiée juste après la première, début janvier, mais les chemins de l’écriture ont pris quelques détours. Une circonstance imprévue autant que stimulante ramène le sujet dans le radar de Buencarmino, voici donc la suite, enfin, une suite.
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La crise qui se prolonge et s’approfondit de jour en jour nous invite à une forme de sobriété, d’humilité qui n’exclut pas l’audace. Car l’année passée fut aussi celle des révolutions. Face à la peur, au risque de torture, saluons avec Michel Serres le courage de la jeunesse arabe et tout particulièrement des femmes.

Invité de Bruno Duvic sur France Inter le 30 décembre, le philosophe Michel Serres dressait un bilan de l’année écoulée avec clairvoyance, lucidité, et une forme d’espièglerie que l’on peut se permettre lorsque on a beaucoup vécu, réfléchi et voyagé.

Quelques pépites : sur la crise « nous vivons dans une sorte de crevasse dont nous voyons très bien la lèvre amont et dont nous voyons très mal la lèvre aval ».

Sur la Syrie, après avoir salué le courage extraordinaire des manifestants : « je n’en dirai pas plus, car en dire plus ce serait encore entrer dans la société du spectacle »…

Sur le « nouveau monde » : « dans ma carrière d’enseignant, j’ai assisté à la victoire de la femme… les meilleurs étudiants sont des femmes… sur le marché de l’emploi, les femmes sont fondamentalement plus pro que les garçons »… « les femmes sont aujourd’hui victorieuses sur le plan de l’éducation mais il y a encore peu d’égalité entre les hommes et les femmes ».

Avant lui, Jean-Claude Guillebaud avait écrit un beau livre sur « le commencement d’un monde », auquel cet article se réfère. Alternatives Economiques lui avait à l’époque rendu un bel hommage. « Tout cela aboutit à ce que l’auteur appelle, à la suite d’Edouard Glissant, « une créolisation du monde », l’invention de formes, de cultures, de pratiques métissées, dans un mouvement que la mondialisation accélère et qui annonce à la fois l’émergence d’un monde à venir différent et les crispations des intégristes de tout poil qui le refusent. »

Crispations …

Alors que dire de cet étrange baiser avec une lèvre aval qui se dérobe, sinon que la peur n’est rien que la suspension du courage, et que celui-ci consiste à regarder en face tout ce qui vient, même et surtout lorsque cet inconnu se présente enveloppé d’un épais brouillard.

Cette lèvre aval est l’autre rive d’un fleuve qui se perd dans le jour, car on peut se perdre dans le jour autant que dans la nuit, par sécheresse d’âme et petitesse de vue.

La raison d’être de ce blog au départ était de saluer la dignité des hommes et des femmes qui se lèvent pour vivre et changer leur vie, d’interroger et de partager cette expérience du risque assumé, le goût d’explorer de nouveaux territoires en se tenant toujours au plus près du corps et du ressenti.

Aujourd’hui, le chaos des images et des sensations est peut-être mieux à même que les mots, sinon d’appréhender ce qui vient, du moins de tendre vers la lèvre aval.

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