Archives de Tag: lumière

des bonds de cabri SUR une chaise


On est rentrés mais on dirait qu’on n’aurait pas mal au cœur. Sortir, humer l’air de la capitale, voir des amis. Pique-niquer au bord de la Seine après avoir revu Talons aiguilles, d’Almodovar.

C…, grande lectrice, militante, généreuse et subtile, s’enflamme contre les gens qui parlent de rentrer « sur Paris ». (Oups, j’ai commis ce crime, à force de l’entendre, on s’en imprègne …)

  • Non, non et non ! On s’assied SUR une chaise, et on habite A Paris », s’écrie t’elle en se retenant de faire des bonds de cabri. (Dans les années 60, on bondissait pour l’Europe, aujourd’hui c’est pour défendre ce qui reste de grammaire et de style. Je l’approuve entièrement).

Quand je vous disais qu’il y a de belles colères.

Tout de même, il y a des journées qui piquent : obstacles administratifs, erreurs, URSSAF, RSI, mutuelle, dossiers, et des moments graves : hôpitaux, scanners, prises de sang, prises de tête. On donne son temps pour ceux qu’on aime.

On aimerait bien que les amis compatissent, qu’ils nous écoutent râler, qu’ils nous plaignent un peu. Mais les vrais amis ne sont pas faits pour ça. Les vrais amis ça sert à nous secouer. D’un mot, d’une phrase, comme l’ami J… qui commente sobrement : «eh oui c’est ça la vie d’adulte. Et c’est toujours mieux de faire trois fois des photocopies de dossiers perdus que de vivre dans un pays où tu perds ta main ou ta jambe parce que tu n’as pas de mutuelle ».

Ah oui, vu comme ça effectivement.

Plus tard, nous sommes dans son atelier d’apiculture aux Grands Voisins, en train de gratter un mur avant de le repeindre. Rien de tel qu’un peu de travail manuel pour vous remettre les idées en place.

Quand la Noirceur attaque (cette vieille adversaire a bien droit à sa majuscule, par égards pour son importance, sa nocivité et son ancienneté), plutôt que de crier « tous aux abris », prenons le parti de faire face et nourrissons-nous de son énergie. Vampire contre vampire ! Car même dans la Noirceur, il y a des pépites, des éclats de lumière. Mais pour les percevoir et les apprécier, il faut un oeil exercé. Ou de bons amis.

Le lendemain, au marché Corvisart, cri d’un vendeur : « achetez des pêches, ça donne la banane ! »

  • Ou la patate. Question de point de vue.
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Vous avez dit futile?


 

Il fait si beau ce matin, le ciel est si pur, que je dois m’excuser par avance auprès de vous d’aborder un sujet plus grave que de coutume. Un sujet que l’on peut aussi choisir de traiter d’une touche légère, avec bienveillance, comme on accueille chez soi un visiteur trempé sous l’averse. Il s’agit de la peur, et des ressources qu’elle nous permet de mobiliser.

La peur est une déferlante. Il faut la prendre à plein corps, de face, et se laisser traverser par elle pour se retrouver ensuite hébétés, glacés mais debout, rassemblés, tonifiés, vivants.

Il suffit d’une alerte un peu sérieuse pour soi-même ou pour ses proches et toute la légèreté de l’été s’évapore. Quand le bon fonctionnement du corps n’est plus garanti, on se sent comme le passager d’un bateau sur lequel vient de se déclarer une voie d’eau. La certitude de rejoindre le rivage, sur lequel on se tenait tout à l’heure, heureux parmi les autres vacanciers, scrutant l’horizon où se déployaient des voiles multicolores, se dérobe.

Les courants, les remous nous déstabilisent. Notre perception de l’environnement se modifie. La mer dans laquelle on se baignait il y a quelques heures avec tant de confiance et de plaisir s’est tout à coup transformée en un risque mortel qu’il nous faut parer à tout prix. Toutes nos facultés se concentrent et le stress, augmentant nos forces et notre vigilance, réduit notre champ de vision pour en éliminer tout ce qui ne concerne pas le danger immédiat.

Pourtant, la beauté du monde qui nous entoure n’a pas disparu. La même lumière continue ses jeux argentés sur la crête des vagues, mais nous la ressentons comme une présence indifférente, ironique ou cruelle, pareille à ces dieux de l’antiquité se divertissant au spectacle du malheur humain.

Il faut une volonté particulièrement bien entraînée pour continuer à jouir de tout ce qui était là, tout à l’heure, et qui n’a pas changé. Apprendre à s’en nourrir, à puiser force et courage dans ces éléments qui ne nous veulent rien, ni bien ni mal.

Maintenir cette alliance est un travail de tous les instants, dans lequel s’aiguise notre perception. Il nécessite une impeccable clarté d’esprit, un amour de la vie chevillé au corps, et quelque chose de plus : la persévérance des sportifs de haut niveau, des musiciens, des ingénieurs, ou de quiconque a besoin d’atteindre et de maintenir le plus haut niveau de performance. C’est une décision qu’il nous appartient de prendre. Quel regard choisissons-nous de porter sur les événements qui nous affectent ? Si nous le voulons, tout, même la peur, se transforme en ressource. Le moindre caillou sur le chemin devient trésor, l’obstacle une occasion d’exercer notre agilité. Aimons la peur, à condition de la chevaucher habilement : soyons champions de surf, épousons la vague, absorbons toute son énergie pour rejaillir, là-haut, dans le soleil, terrifiés mais ravis.

Si vous êtes encore en vacances, pardon pour le ton sérieux de cette chronique. Voyez-là comme une ligne d’horizon, d’un bleu plus foncé, qui rend par contraste encore plus éclatant le bleu joyeux de la mer la plus proche. Entendez-là comme un appel à goûter l’instant présent, à le savourer dans tout ce qu’il a d’éphémère et de précieux. Considérez-la comme un bruit qui, lorsqu’il cesse, rend au calme environnant toute sa plénitude. Appréciez l’imperfection dans la perfection.

Comme le chantait Léonard Cohen :

« Il y a au cœur de toute chose une fêlure,

Et c’est par elle que passe la lumière »

 

Liberté


Curieux que ce mot de Liberté ne soit jamais encore apparu sur ce site ouvert à toutes celles et tous ceux qui désirent se mettre en mouvement.

Liberté de commencer.

D’écarter les appréhensions, les doutes.

Passer à l’action.

Ne viser que le plaisir de faire, sans même savoir avec certitude si le succès sera au rendez-vous.

Goûter ce sentiment qui s’épanouit, sur le bout de la langue : un goût de quelque chose qui bouge.

Etre le moment, l’étincelle, féconder l’instant.

Choisir de donner du sens, d’apporter la lumière où il n’y avait rien.

Sentir, autour de soi, la présence de toutes celles et tous ceux qui nous encouragent: des amis, des modèles, héros imaginaires ou bien réels.

Encore Cynthia Fleury : « nul besoin pour le courageux d’espérer trouver l’instant gracieux. La volonté de le provoquer lui suffit » (La fin du courage, p.96).

Et, plus haut : « tout peut devenir occasion pour une conscience en verve capable de féconder le hasard et de le rendre opérant » (p.95).

C’est ainsi que l’on devient libre, en exerçant son pouvoir de lancer le dé sur la table, en riant – ou bien la gorge nouée d’angoisse. Lèvres tordues. Mais quand même.

Celui qui commence attire la lumière – et les obstacles.

Ils viendront, c’est certain.

C’est là que nous aurons besoin du second courage : le courage de continuer.

 

Chaque journée compte


Le soleil est plus pâle en hiver. Cela ne veut pas dire que ses rayons ne brillent pas pour nous. Simplement ils nous parviennent attiédis, ou demeurent cachés derrière un voile de nuages. Nous le savons, et nous ne cessons de l’oublier jusqu’au moment où le voile se déchire. De même, écrit Cynthia Fleury dans la fin du courage, (Lien ici), nous savons bien que le courage existe, mais certains jours il nous paraît hors de portée. C’est pourquoi j’aime cette définition de Paul Nizan qu’elle citait sur France Inter lors de la sortie de son livre, en 2011 : « le courage véritable consiste chaque jour à vaincre les petits ennemis ».

Ainsi, hier, la jeune femme qui gère l’espace de co-working où je travaille, me voyant stationné l’air un peu flou devant la machine à café, me dit avec gentillesse : « heureusement, on est jeudi». Tout en regardant couler mon café, je lui demande en quoi le fait d’être jeudi mérite une mention particulière. « Parce que », me répond-elle d’une voix encourageante, « il n’y a plus que deux jours avant la fin de la semaine ». Je tente de lui expliquer que deux jours, tout de même, mais les mots ne viennent pas, l’enthousiasme est resté au vestiaire et je repars avec mon café tremblotant au fond du gobelet.

J’aurais dû persévérer, tirer sur les mots englués jusqu’à ce qu’ils sortent.

La journée se passe, pleine de pépites : un déjeuner passionnant et plein de promesses, une présentation qui coule de source, une séance de coaching amusante et productive : le soleil s’est effectivement montré dans sa gloire, selon la formule, après dissipation des brumes matinales.

Et les mots viennent, ceux que j’aurais dû prononcer ce matin. J’aurais dû prolonger la conversation, lui expliquer que pour moi le travail est une occasion d’agir, de faire une différence même quand c’est difficile. J’aurais dû lui dire que la semaine n’est pas un tunnel entre deux week-ends. J’aurais dû la remercier pour son empathie, la féliciter pour sa capacité à sourire même aux locataires les plus renfrognés, pour le talent qu’elle met à trouver la dernière petite cuiller propre au fond du tiroir et pour cette énergie qu’elle déploie, du matin au soir, semant dans l’escalier des paillettes de lumière.

Chaque journée compte.

Devant la Môme

Devant la Môme

Coup de coeur au blog Analogos


Juste un coup de coeur aujourd’hui : le blog de Francis Royo : Analogos et sa page d’aphorismes Aporos. Où je m’aperçois, en choisissant les « tags » de cet article, que « naufrage » et « courage » font une rime riche. Matière à méditer, contenue dans peu de mots, poésie sans éclats de voix. Ouverture et lumière au bout des tunnels de cendre. S’autoriser la poésie quand la douleur persiste.

http://analogos.org/category/aporos/

Aporos 254

caresser les naufrages du bout du cœur c’est encore s’accrocher à une île

Publié dans Aporos | Marqué avec , ,

Aporos 252

l’originalité indémodable de l’instant est de n’être plus

Repos, douceur, lumière… Et forme!


C’est un mot calme et nourrissant, profond comme une source en montagne ou léger comme l’air. Un mot qui fait du bien, qu’on le prononce ou qu’on l’entende. Un mot-promesse. Un désir. Un espoir. Une attente contenue dans ces deux syllabes : repos. A l’armée, c’est l’injonction contraire au « garde à vous » qui fige le corps et les muscles dans une posture d’attention crispée. Le repos résonne au contraire comme l’autorisation de lâcher prise, enfin. On dit les français fatigués, essorés, moulus. Ils ont surtout besoin de relâcher leur attention trop sollicitée, à longueur d’année. Or, pendant les vacances, les priorités changent. La famille, les relations reviennent au premier plan. On défronce les sourcils. Le rire même se fait plus léger, complice plus que moqueur. On se promet de s’occuper enfin de soi et de son corps. Car le repos le plus épanouissant consiste rarement à « ne rien faire du tout ». Déjà revient l’envie de bouger, de respirer avec plus de naturel, de sentir battre son cœur dans l’effort. Le corps si souvent douloureux l’hiver, redevient notre ami. Le voici source de sensations riches, que nous prenons enfin le temps de percevoir. On écoute des musiques apaisantes ou toniques, avec, peut-être, un sentiment de plénitude. C’est un trésor dans lequel on pourra puiser, plus tard. Si nous devons évoluer vers une civilisation plus sobre, alors prenons le temps de savourer, d’expérimenter pendant les vacances. Le repos créatif pourrait détenir la clé de nouveaux comportements. Pour garder la forme, sans les addictions. A toutes et tous, bonne vacances. BuencaRmino sera là pour un voyage estival et, comme toujours, sensoriel.

Dessiner la Bretagne


Il pleut, rien d’autre à faire, et c’était bien l’idée d’en profiter pour ressortir pinceaux, couleurs, un papier doux mais résistant, dense et tendre au toucher. Se jeter à l’eau. Dessiner la Bretagne : un livre ouvert sur une fine aquarelle, rehaussée de touches légères, invite. Le motif est traditionnel, chromo rassurant, paisible, attendu: l’église aux toits d’ardoises mouillées, (gris de Payne), les barques sur le rivage (outremer, citron, carmin vifs, sortis du tube), les hirondelles de mer, ciels brouillés. Des cirés jaunes. Un calvaire somnolent, moussu, piqueté de lichens roussis. (C’est ainsi que j’écrivais, autrefois. J’étais fier de mes rythmes et de mes adjectifs. Je lançais mes mots à l’assaut de la page comme de braves petits soldats au débarquement. A la fin, m’écriant : « page prise »!)Peindre la Bretagne à l'

Ce week-end était l’occasion de retrouver le dessin, mine de rien. De m’exercer, comme si cela n’avait presque pas d’importance. Une activité de loisirs, classique, anachronique, un peu désuète : innocente. Comme on ferait des crêpes, une tarte aux pommes. Tout ça pour me persuader que je peux maîtriser mon impatience, discipliner mon envie d’aller tout de suite à la couleur, poser les à-plats gentiment, chacun son tour, du plus pâle au plus dense. Faire tout cela dans l’ordre et bien comme il faut. L’amour du travail bien fait, la satisfaction. Truc de filou!

Le papier, donc, mais ce qui paralyse: l’injonction d’aller direct à la perfection. Dessiner aussi bien que le modèle proposé, sinon rien. Et donc, rien. Cette émotion, la peur, car avant de poser la couleur, il faudra dessiner. Des traits. Ajuster le poids, la direction de la main, l’angle d’un toit. Les proportions. Livre insolent. Provocation. Colère. Et que faire de ce texte? Enregistrer? Publier? Brouillon? Brouillon. Renvoyé dans les limbes du blog, enfermé dans la cave de WordPress avec interdiction d’en sortir sans ma permission. On aura tout de même réussi quelque chose, la transition de l’image au rythme, à la musique des mots. On aura tricoté des phrases en écoutant des podcasts sur France Inter. On a produit, comme d’autres courent, nagent leurs dix kilomètres, ou se couchent de bonne heure.

On l’a fait.

Bientôt, peut-être, on retrouvera l’amie lectrice à la voix douce et le plaisir de dire ensemble. On travaillera les voyelles, les consonnes, on fera durer les silences en étirant tout son corps. On ira sur l’île Saint Louis filer, réverbérer les sons sur les quais de la Seine. On verra des effets de lumière qu’on ne décrira pas. On les gardera pour nous, ces merveilles, ces trésors de l’été juste après la pluie, ce sera fort, c’est une promesse qu’on se fait, ça vaut la peine, on fera des progrès. Paris nous appellera. D’autres, avec leurs oreilles. Ils entendront, peut-être. On le fera pour eux. Puis on invitera des bloggeuses, on connaîtra leurs textes, on les fera connaître, on partagera ce plaisir. Leurs mots fondront comme du caramel sous la langue. Ce sera la saison d’une infinie gourmandise. Une saison trouvée. S’il pleut, bien sûr, on écartera les barreaux obliques, on saura s’évader.

Là sera le cœur du Royaume, un grand morceau de territoire entre les bras du fleuve, sous le ciel, encadré d’ombres courtes, il y aura de la poésie dans le regard des touristes et nous, nous serons vrais.

Publier. Peindre la Bretagne_1515