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Territoire de mon père (72110)


A mon retour d’Asie, j’ai séjourné tout un été dans la Sarthe, avec mes parents. C’était l’occasion de passer du temps avec eux, de renouer avec ces paysages, après toutes ces années au loin. Entre deux missions, le calme absolu, pour ne pas dire l’ennui de la France profonde, me paraissait propice à la lecture de la Méthode, d’Edgar Morin. Je me régalais de complexité : substitut cognitif au piment, à la densité des foules asiatiques, aux splendeurs des récifs de corail.

Un jour, par la fenêtre du deuxième étage, je vois mon père remonter l’avenue en vélo. Il vient du sud : sans doute a-t-il parcouru sa boucle préférée sur les petites routes de campagne par le village de Saint-Aignan, ou de Jauzé. Son grand plaisir, en vacances, est de chercher de nouveaux itinéraires et de préparer les vélos qu’il adore entretenir, changeant la selle de l’un, resserrant les freins de l’autre et gonflant tous les pneus jusqu’à saturation. Son âme de bricoleur s’épanouit dans ces travaux, sans lesquels les plus belles ballades ne seraient pas tout à fait complètes. Il part toujours seul, le matin ou l’après-midi.

Ma mère, née ici, n’a jamais manifesté l’envie d’explorer ce territoire, dont elle connaissait en revanche l’histoire de toutes les fermes et des familles qui les habitent depuis plusieurs générations. Elle est allée à l’école du village avec certains, qu’elle retrouvait à la fête de la Saint Laurent, au mois d’août.

 

Quant à moi, je m’efforce d’intégrer ces différents savoirs, un peu à la manière de ces anciens atlas « historiques et géographiques » sur lesquels s’inscrivaient en couches superposées les données géologiques et les activités humaines.

Sa silhouette se rapproche. Arrivé au tournant, il ralentit, s’engage, semble hésiter, perd l’équilibre et tombe. A cet instant je sais qu’il ne remontera plus à vélo. Le territoire qu’il arpentait va rétrécir considérablement. Ses journées en vacances n’auront plus la même saveur exploratrice.

Des années plus tard, nous partons marcher du côté de Terrehault avec mes sœurs et mes beaux-frères. Le sentier longe des prairies ombragées, traverse des ruisseaux survolés de libellules. Une grenouille jaillit dans les herbes. Je n’étais jamais venu jusqu’ici. Pas la moindre trace de présence humaine : aucun bruit mécanique, aucun déchet. La nature, vivante, foisonnante. Arrivés à l’endroit où le chemin creux débouche sur une petite route départementale, l’un de mes beaux-frères se retourne, explique à l’autre, entré plus récemment dans la famille : “c’est ici qu’on passait avec L… (notre père), quand on faisait la grande boucle par Saint Aignan. “ Il l’avait accompagné, pendant tous ces étés.

Soudain surgit une image inconnue de mon père, tout un pan de son existence occultée : à force d’explorer ces petites routes de campagne, il avait appris par cœur ces itinéraires et les avait fait découvrir à d’autres. La transmission s’était faite. Pendant que je m’acclimatais en Asie, lui, le né-ailleurs, pièce rapportée dans la famille, était devenu l’expert, le passeur, encourageant les autres et les guidant, sillonnant sans relâche ce qui avait fini par devenir son petit royaume, sa principauté. Naturalisé sarthois par la grâce d’une seconde naissance exploratrice et sportive, il en avait acquis une connaissance intime, précise, de tous les chemins et de tous les raccourcis, de ceux qui n’apparaissent jamais sur les cartes. Depuis des années qu’il sillonnait ainsi les environs, il en connaissait tous les circuits, leur durée, leur difficulté, les coins à mûres et ceux où l’on peut cheminer à l’ombre aux heures chaudes.

Tandis que ma mère conservait du “pays” une représentation classique d’espace délimité par des frontières nettes et précises, où l’on est né, où l’on a grandi et dont on défend si nécessaire les coutumes et les codes, mon père, depuis toujours nomade, illustrait une conception du territoire plus proche de celle définie par Deleuze (territoire et déterritorialisation) ou celle, un peu plus difficile, que Bruno Latour nomme le Terrestre, avec un grand T. (https://www.youtube.com/watch?v=IIltiQWncN4) Le territoire, selon lui, serait ce dont nous tirons notre subsistance : arpent de terre ou réseau de clients et de fournisseurs ? Espace physique, économique, symbolique ? Entre le global et le local, un ”ici et maintenant” dont nous avons tout d’abord à dresser l’inventaire, avant toute action régénérative. Qu’est-ce qui vit ici ? Dans quel état se trouvent la faune et la flore ? Et les sols ? Quelles relations, quelles interactions ? Quelle histoire se raconte ? Et pour mon père, ex-ingénieur mondialisé familier d’Haïti, de l’Afrique et du Pakistan, sous-marinier revenu cultiver son jardin : l’espace que je peux parcourir en vélo, l’été, dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour de l’atelier où ma mère réparait ses fauteuils. Avec amour.

Le temps suspendu

Plaisir et discipline


Inspiré par le livre de Peter Bregman « 18 minutes »

« Qu’est-ce qui devient possible avec la discipline? »
Question magique : le fait de la formuler ainsi change toute la perspective et la dynamique. La corvée devient élan, la punition, récompense future.
Dans le train qui m’amène de Paris à la Ferté Bernard, le fait de répéter cette formule comme un mantra me rappelle toutes mes réussites passées : tout ce que j’ai su mettre en place et continuer grâce à la discipline.
Je sais que je sais faire.
J’ai créé ce blog et j’ai tenu mon pari d’ècrire, tout un été, puis de nouveau l’année suivante. Et presque tous les ans, depuis bientôt dix ans. Ce n’est pas rien. Cela crée de la profondeur. La parole et la pensée respirent, évoluent, s’imprègnent de toutes les couleurs et des textures de la vie.
J’ai transformé mon rapport au Temps, devenu un précieux allié, l’espace des réalisations. Je le savoure, et souvent je m’en libère aussi, je l’oublie. Je pousse en lui comme un arbre fruitier dans un jardin.

Qu’est-ce qui devient possible avec de la discipline?
Paradoxalement, le plaisir.
On le croit souvent ennemi de la discipline, alors qu’il peut en être aussi le résultat.
Plaisir de sentir son corps réagir, après quelques séances de sport.
Plaisir d’écrire avec facilité, de s’organiser sans effort, de recevoir des compliments sur ses résultats.
Plaisir de goûter la liberté gagnée, quand on sait qu’on sait faire. Autonomie.
Plaisir de jouir de ses vacances, en famille, avec des amis, de goûter un fruit, de ne rien faire d’utile et de pouvoir se le permettre.
Comme un ancien fumeur heureux de respirer, gagner en intensité de vie, repousser ses limites et voir s’ouvrir de nouveaux horizons : vue comme cela, qui ne désirerait avoir la discipline pour amie?

Post-scriptum : plaisir de passer une heure à retrouver vos noms, mettre en forme ma liste de diffusion, penser à chacune, chacun de vous … et me promettre d’écrire, de vous écrire, plus souvent.

 

Ce qu’on apprend des pierres


« Tu ne lâches donc jamais rien, même en vacances » ? S’exclame une amie à qui je viens d’envoyer le lien vers un précédent article de BuencaRmino.
Comment dire ? D’une part, l’été ne coïncide pas obligatoirement avec les vacances. Ou bien, il faudrait écrire vacances sans S, au singulier : LA vacance. C’est-à-dire une forme de vide. L’absence de pression, de tâches professionnelles à accomplir. Mais LES vacances ? Marguerite Duras écrivait dans les Petits chevaux de Tarquinia : « il n’y a pas de vacances à l’amour ». Comme il n’y en a pas non plus à la parentalité (laisser ses enfants en pension chez les grands-parents ne signifie pas que l’on cesse de s’en soucier, n’est-ce pas ?).
Mais pourquoi s’imposer d’écrire, quand rien n’y oblige ? Pourquoi ne pas juste lâcher prise, se détendre et profiter de ce moment privilégié ? Je pourrais me contenter de répondre « pour le plaisir », mais ce ne serait pas juste. Ecrire n’est pas toujours un plaisir, mais c’est une source de satisfaction. Certains d’entre vous savent même qu’il s’agit pour moi, souvent, d’un processus assez laborieux, dont le résultat n’est pas toujours à la hauteur du temps et de l’énergie investis.
J’écris comme d’autres courent, font leurs abdos, pour l’entraînement. Et parce que le plaisir, la possibilité du plaisir, est au bout. Sans garantie, mais suffisamment souvent pour que cela en vaille la peine. Parmi les besoins fondamentaux de l’être humain identifiés par le psychologue Abraham Malsow, il y a le besoin de s’accomplir. Or c’est dans le processus d’écriture, en posant des mots sur des sensations, en creusant des questions vagues, indécises, émergentes, que je parviens à poser quelques idées sur lesquelles je peux ensuite m’appuyer pour progresser. Cela prend parfois des années. En témoigne cette série un peu ratée sur l’observation minutieuse et la relation au monde qui nous entoure (la reine des grenouilles), la pression que l’espèce humaine fait peser sur le vivant, les offenses à la beauté. Mais il y a quelque chose d’autre. Depuis plusieurs années, j’observe que ma relation au territoire, marquée initialement par l’esthétique (je le goûtais en « consommateur ») évolue vers une prise de conscience de l’interdépendance qui nous lie au vivant. Autrefois, j’appréciais la beauté du paysage et je mettais tous mes efforts à bien le décrire. Dans un deuxième temps, j’ai tenté de partager les sensations, le fruit des méditations qu’il m’inspirait. Ce que j’ai nommé, dans un article plus ancien, d’un mot inventé : l’immergence ». (Sur ce sujet, après « la reine des grenouilles », une amie lectrice a retrouvé cet autre article, plus ancien et plus réussi : Puissance de la lenteur)
Bien sûr, on pourrait tout à fait se contenter de passer ses vacances dans de beaux endroits, de les apprécier pour ce qu’ils nous offrent, et de se détendre. On l’a bien mérité, sans doute. Or, depuis quelques années, revenant tous les ans dans certains endroits (comme la Sarthe par exemple), je ne peux m’empêcher de constater la raréfaction des oiseaux, des insectes (abeilles, papillons, et tant d’autres que je ne sais même pas nommer), des grenouilles donc, les maladies qui frappent les marronniers, les platanes et tous ces arbres si communs qu’on avait fini par les croire éternels, au moins en tant qu’espèce. Mais il faut abattre, un à un, les marronniers malades, au risque qu’ils ne tombent sur la maison du voisin. Les abeilles meurent, tous les ans, et celles qui survivent ne produisent plus rien. Le silence règne, le soir, au bord des mares, et si nous avons la chance de pouvoir encore entendre chanter des oiseaux, c’est qu’il reste encore suffisamment d’arbres pour les abriter. La déconnexion d’avec le territoire, c’est aussi se demander que faire des ordures ménagères si l’on est venu à la campagne juste pour un week-end et qu’on n’a le droit de les déposer à un certain endroit que le jeudi suivant… C’est à de telles questions que l’on prend conscience, concrètement, que quelque chose est déréglé.
Si vous avez continué à lire jusqu’ici, je crains que votre moral n’en ait pris un coup. Voilà pourquoi, cette année, les publications de BuencaRmino se font de plus en plus rares. Mon objectif n’est pas de vous désespérer, mais je ne peux pas, non plus, continuer de faire comme si tout allait bien.
L’idée que le territoire soit constitutif de notre identité, par l’accumulation de souvenirs et tout ce qui nous lie à ses anciens occupants, revient comme un leitmotiv dans BuencaRmino. Les générations passent, nous transmettent la mémoire de lieux. Nous choisissons alors de l’honorer, ou de l’ignorer. Mais nous sommes encore dans le symbolique, l’émotionnel, la culture familiale ou régionale. La question qui se pose aujourd’hui est celle des moyens de subsistance. Celle de la survie. La nôtre, pas seulement celle des espèces menacées.
L’exploit serait de tenir l’équilibre entre les deux versants de cette réalité : les joies de la connexion avec la nature, et la désolation qu’amènent les prises de conscience nécessaires. Il y a quelques jours, lors d’une randonnée dans les Alpes suisses, j’ai dû marcher sur une telle ligne de crête, étroite, entre deux à pics. Le sentier était couvert de petites pierres glissantes, obligeant les marcheurs à une vigilance extrême. Tout en regardant de très près où nous mettions le pieds, il nous arrivait aussi de lever de temps à autres la tête pour admirer la splendeur des glaciers qui s’étendaient devant nous, tout en haut. A droite, à gauche, ruisselaient d’invisibles torrents. Des marmottes cachées entre les rochers sifflaient, de temps à autre. Les randonneurs se saluaient avec beaucoup de courtoisie, se cédaient le passage, plaisantaient joyeusement. Instables et dures, les pierres du sentier m’ont rappelé la nécessité d’une présence extrême à ce que l’on est en train de faire. Ne rien lâcher, même en vacances, pour se sentir vivre avec intensité, revenir, partager. Ca vaut la peine.1202389341_1355529267BI.jpg

Chaos dans la cuisine (suite et fin)


Un bébé dans une maison change la polarité magnétique, le sens du courant, les phases de la lune peut-être. Autour de lui tout se réorganise.

Les rythmes, en tout cas, l’ordre des priorités, la structure des conversations.

Tout rajeunit, tout change, emporté dans le tourbillon. Il y a deux ans, je tentais de lire la Méthode d’Edgar Morin, ici même, au calme. L’image des soleils naissants qu’il évoque me revient en mémoire : l’ordre et le chaos s’engendrent l’un l’autre, l’instabilité précède l’émergence de nouvelles formes de vie. Les familles sont une autre sorte de chaos, en perpétuelle transformation. Une collection de vieux albums photo retrouvée par hasard nous raconte la même histoire de générations qui passent, de vacances et de pique-niques. Les visages apparaissent et disparaissent sur les photos.

Une famille s’organise autour de ses éléments les plus vulnérables, c’est un trait que nous partageons avec tous les mammifères. En fait c’est une loi de la vie. Une très belle loi. Touchante. Admirable. Et rassurante aussi.

On s’activait, le nez dans les casseroles, et soudain tous se précipitent à la fenêtre en poussant des cris d’excitation : les deux hérons sont revenus.

On n’en voyait plus qu’un, l’été dernier, puis il s’était fait rare. On craignait sa disparition. S’ils sont là, c’est qu’ils trouvent de quoi se nourrir, malgré les prédictions alarmantes sur la mort programmée des grenouilles. Tous ces animaux que l’on ne voit plus : lapins, renards, mésanges, même les abeilles et les guêpes se font rares. La campagne devient un désert silencieux, peuplée de nos seuls cris, par intermittence.

Mais les hérons sont revenus ! Merveille des merveilles ! Rien n’est plus beau que de les voir prendre leur envol, tournoyer au-dessus des douves et du pigeonnier, décrire de larges cercles dans les airs avant de revenir se poser au bord de l’eau.

Soudain, la splendide asymétrie des bâtiments forme un décor qui semble organisé pour valoriser leur majestueuse évolution.

L’été se donne en spectacle, avec ses opulents nuages, ses lumières changeantes, ses figurants de toutes espèces et nous, les humains, persuadés d’y jouer de grands rôles.

C’est comment déjà, le rire du héron ?

 

Chaos dans la cuisine (1/2)


Le chaos, non. Tout au plus une agitation fébrile, le premier jour des vacances, et le deuxième c’était déjà nettement mieux, fluide, autour de la table où se préparent les repas des adultes et ceux des enfants. Intelligence des corps, gestes précis, on se croirait dans une foule asiatique où la multitude évolue sans jamais se heurter, mais c’est bien la France. Les portes des placards et celle du frigo claquent, le lave-vaisselle ne cesse d’avaler ses proies qu’il digère à une vitesse effrayante. Les conversations se croisent, pratiques ou spéculatives. Du black-facing aux dernières lubies des bobos, tout y passe. On rit beaucoup. Combien sommes-nous dans cette cuisine ? Avec ou sans gluten ? Halal ou dessert ? Quinze en comptant le bébé, le demi-frère, les conjoints, les neveux, les nièces mais pas de chien, heureusement. Celui qu’on a croisé dans la cour appartient à l’autre famille mais on peut jouer avec. Et au ballon, mais au ras du sol pour ne pas casser les carreaux.

Tout ce qu’il ne faut pas faire. Interdits. Frayeurs. Tout ce qu’on pourrait abîmer, perdre, oublier, dans cette maison trop grande. Les petits objets qu’il faut cacher, l’antimites et la mort aux rats. Vous les avez bien tous enlevés ? Mais oui. Trois jours avant votre arrivée. A mettre en hauteur : tout ce qu’une petite bouche avale, tout ce que de petits doigts peuvent saisir, tout ce que deux petits yeux fûtés convoitent. (à suivre)

Rando-logie fin des vacances


Cette petite chronique estivale se termine en images.

Une fois par an, plus souvent si possible, le corps et l’âme ont besoin d’aller respirer l’air des cimes.

A Nayes 4

Du lac Léman aux rochers de la Naye, un petit train à crémaillère, bien nommé « le train du chocolat », emmène les randonneurs de toutes les nationalités vers les alpages. De là, chacun choisit son itinéraire en fonction de sa forme physique et de son temps. Sommets, torrents, sapins, fleurs, les ingrédients habituels sont au rendez-vous.

Dès que l’on s’éloigne un peu du sommet le plus visité, la montagne est déserte, ou presque. De loin en loin, le son des cloches nous rappelle que nous sommes sur le territoire des vaches. Par chance, il fera bleu presque jusqu’au bout. Disons même : céruléen. Un endroit merveilleux pour organiser une chasse aux œufs de Pâques.

Pas de grandes envolées lyriques : marcher, c’est poser un pied devant l’autre, et recommencer.

Un randonneur coréen ne cesse de répéter « magnificent, magnificent ». Pour la peine, on lui propose de le prendre en photo.

C’est la fin des vacances, on vous souhaite bon courage et bonne rentrée.

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Naye 1

Une question de perspective


« Nous me méditons pas pour résoudre nos problèmes, mais pour qu’ils ne prennent pas toute la place », énonce Christophe André (encore lui) dans « Méditer jour après jour ». Question de perspective, en somme. Or, ce déplacement peut changer beaucoup de choses. Le simple fait de prendre de la distance envers ce qui nous étrangle ou nous obsède permet de regagner l’espace nécessaire à l’action. On pourrait écrire la même chose à propos des vacances. Une amie américaine s’interrogeait, il y a quelques semaines : «pourquoi nous autres américains prenons-nous si peu de vacances » ? Je lui avais proposé, au choix : l’amour du travail, ou la peur du vide ?
Pour nous, français, c’est un temps de repos, mais aussi un temps pour resserrer des liens avec nos proches. Une heure de bricolage ou de jardinage, une balade à vélo, un jeu rapprochent les générations même lorsque la parole est compliquée, les références diverses. De petits actes de solidarité s’improvisent. On veille sur les plus jeunes ou sur les anciens. Comme un photographe s’exerçant à ajuster sa profondeur de champ, les familles et les individus qui les composent trouvent de nouveaux réglages dans leurs relations. Les compromis, soudain, paraissent moins difficiles. Ce que l’on capture alors, il faudrait penser à le ressortir en hiver, car c’est à cette source que nous pouvons puiser, parfois, la force d’accomplir des choses extraordinaires.