Archives de Tag: mémoire

Les Marchants


Les Marchants. Domaine du Bouchard, 31 aout2018

A celui qui marche en présence
Le chemin donne, le chemin prend
Un pas reçoit, l’autre dépose
Et le coeur se nettoie

Sous ses pas le chemin respire
Il peut lâcher ce qui le broie
Le chaos dans son coeur s’apaise
Ainsi va le chemin de Soi

Caresser la pierre amicale
Aimer la verdeur des fougères
Avec les vivants et les morts
Sous la terre, il a des trésors

Creusant la mémoire et la trace
Il met ses pas dans d’autres pas
Dans le pardon qu’il donne et celui qu’il recoit: l’Amour
Et le coeur se déploie
Bugarach marche.png

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Galerie

Corps langage mémoire EPLV au MOTIF

Cette galerie contient 16 photos.


Une démarche qui magnifie le livre. Des artistes s’emparent de quelques exemplaires destinés à la destruction et construisent une oeuvre transversale : écriture, corps, peinture, musique, vidéo, scénographie, recyclage. Vous êtes invité à déambuler dans l’œuvre, parmi des totems qui … Lire la suite

Corps langage mémoire le projet EPLV au MOTIF


Corps, langage, mémoire : retrouvez les thèmes chers à BuencaRmino entrelacés, amplifiés, vibrants, dans cette exposition à vivre.

BuencaRmino vous invite à venir découvrir, à l’occasion de la 22e édition des Portes ouvertes des Ateliers d’Artistes de Belleville Belleville, du vendredi 27 au lundi 30 mai 2011 – 14h à 21h

une nouvelle forme de collaboration artistique : EPLV – les Exclus : Peinture en Livre… en Vidéo
corps – langages – mémoires

une installation d’arts visuels et vivants
production Aracanthe, conception Mirella Rosner

Une démarche qui magnifie le livre.
Des artistes s’emparent de quelques exemplaires destinés à la destruction et construisent une oeuvre transversale : écriture, corps, peinture, musique, vidéo, scénographie, recyclage.
Vous êtes invité à déambuler dans l’œuvre, parmi des totems qui abritent chacun un couple livre peint – vidéo.
Tout au long des 4 jours de présentation, l’oeuvre est nourrie en direct par des performances issues d’une réflexion sur l’exclusion, l’identité, la mémoire, le temps.

le MOTif
6 villa Marcel-Lods, Passage de l’Atlas 75019 M° Belleville

n°94 sur le plan des AAB

contact communication Laure Samuel – 06 61 30 53 79

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L’édifice immense du souvenir


Les amis, comme les souvenirs, surgissent parfois d’un passé si lointain qu’ils nous en font mesurer toute la profondeur. Que faire alors, si l’on n’a pas de goût pour la nostalgie? Les ramener vers soi, dans la vie contemporaine. Après cette série sur la PNL, il convenait de rendre hommage à celui qui a mis en lumière le corps et les perceptions dans leur rapport à la mémoire des émotions : Marcel Proust.

Voici le passage où Proust introduit le concept de la mémoire involontaire dans À la recherche du temps perdu

« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.

Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.

J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.

Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment?

Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit.

Et, pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la ressaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.

Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit.

Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu.

Ce goût c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé, les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir ».

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu

Car des roses il n’y en a pas


Jamais l’hiver dit-on, mais pour un arbre aux rameaux d’or on irait loin, et d’où vient ce parfum de roses sinon du corps lui-même, de sa mémoire? Car de roses, il n’y en a pas, l’hiver. Cela n’existe pas, ne peut pas être. Pourtant, le corps savoure, arrêté, debout dans le soleil, ce qui monte en lui, ce qui circule autour de lui, l’air tiède et ce parfum de roses.

Ce doit être l’amour, alors, qui nous tend les clés d’une autre saison. Toute une lignée de femmes a vécu là, traversé la terrasse aux divers moments de leur âge. Vacillantes ou pimpantes, heureuses ou mélancoliques, elles ont imprimé leurs pas dans le sable, et ce lieu s’est imprégné d’elles.

Elles ont regardé l’arbre, elles ont vu les branches nourries de lumière. Peut-être ont-elles puisé du courage dans ce soleil d’hiver. Vies passées, estompées dans un même oubli, pourtant si différentes. Chacune avait son pas, son timbre de voix, ses soucis. Il faisait froid comme aujourd’hui, jadis, quand le temps s’est fait sève. (Ma mère aussi viendra, reviendra, puis ses traces.)

Ces murs conservent le souvenir et la sueur des pommes odorantes, accumulées en pyramides hautes jusqu’au plafond. J’aime leurs blessures, les traces de peinture et ce vert étonnant, céladon d’écurie, luxe incroyable, impensable, avec des frises, où clapote la lumière tremblée des douves. Avant les pommes, il y eut des orangers en caisse et des hommes pour les transporter au gré des saisons. Ils transpiraient aussi. Dedans, dehors, automne, avril. je me souviens de leur accent, qui roulait dans la bouche. Murs imprégnés de leur travail. La fureur de l’utile n’autorise plus à laisser de tels endroits dans leur jus. Mais chut! Ne dérangeons pas dame araignée, surprise en plein surf sur sa toile, et le fil aux lèvres.

Jamais l’hiver, au risque d’agacer l’arbre pris dans sa nudité, les courants d’air qui se promènent en maîtres et se rient des fantômes. On en ferait un loft, un atelier, quelque chose, on oublierait d’apprendre à écouter. Revenez au printemps, laissez-nous tranquilles!

Et puis les enfants qui feront claquer les balles de ping pong, les raquettes jetées bruyamment, leurs pas, leurs cris, l’été mijotant dans le vieux garage.

Avant de repartir, une photo dérobée. .

Voleurs, oui, mai de quoi?

(mars 2011)