Archives de Catégorie: Amour

Les mots aux frontons des mairies


Et demain?

Le texte qui suit a été écrit par mon amie C. M. pour, dit-elle, « clarifier ses idées ». Je lui offre volontiers et espace pour les partager. Si vous souhaitez vous aussi exprimer ce que vous ressentez sur le thème « et demain? » après les événements que nous avons vécus, n’hésitez-pas à me le envoyer. je ne garantis pas de tout publier, cet espace est géré en toute responsabilité et de manière sélective.

20 morts, ça tourne en boucle dans ma tête, 20 morts en 48h à Paris capitale, ville lumière, en France pays de cocagne et des libertés, qu’on disait !

Morts pour rien ? Je veux croire que non.

Ils étaient journalistes, ils étaient dessinateurs, correcteur, médecin, gardien, agent d’entretien, rue Appert au siège de Charlie et les massacrer était un acte délibéré, parce qu’ils étaient iconoclastes, ça oui, poil à gratter, grossiers, drôles souvent, mais méchants jamais. Ils étaient journalistes et pour eux la liberté de la presse était la seule chose sacrée. Leurs meurtriers sont des bêtes malfaisantes.

Ils étaient policiers leur métier c’est de nous protéger, et ils étaient accourus risquer leur vie pour les protéger, ils l’ont perdue, l’un d’eux froidement abattu en pleine rue.

Ils étaient juifs à Vincennes faisant leurs courses et ce n’est pas un hasard. Ca ne vous rappelle rien ?

Ils étaient terroristes, des petits cons devenus grands et biberonnés à la haine de l’autre, ils ne retrouveront pas leur prophète et ses 50000 vierges qui n’existent que dans leurs esprits faibles et malades.

Alors au-delà des larmes il faut résister, dire et démontrer qu’ils ne sont pas morts pour rien. On ne peut pas tuer la liberté de penser et de faire rire, au pays de Voltaire encore moins qu’ailleurs.

Demain nous serons tous j’espère, debout et unis, tous et de toutes les couleurs et de toutes les croyances.

Qu’au moins cela serve de leçon aussi dure soit-elle à un pays qui se morfond dans la morosité, la recherche du bouc émissaire et la frilosité moisie. Nous sommes tous responsables de Charlie, nous devons l’aider à renaître. Dans une France qui retrouvera le sens des mots qui sont aux frontons des Mairies et aux linteaux des églises : Liberté, Egalité, Fraternité, Amour. Demain ce n’est pas juste un jour de notre vie c’est le début d’une démonstration – en anglais le mot pour « manifestation » c’est « demonstration » – que c’est possible.

Connaître l’autre, partager sa culture et la nôtre, éduquer les enfants à la tolérance, donner une chance aux plus pauvres, fabriquer de la justice sociale et de la justice tout court. Mais tout autant, condamner et sanctionner sans restriction tous ceux qui font leur beurre de la radicalisation, du retour aux heures les plus sombres de l’obscurantisme en fanatisant sans peine les plus faibles.

Certes c’est à notre Gouvernement de prendre les décisions et les orientations pour que l’école puisse redevenir un lieu d’instruction et de respect, que la justice juge et condamne sans espoir de sortie les malfaisants, que les prisons cessent d’être de servir de pépinières aux candidats au Jihad.

Certes c’est aux chefs de nos cultes de rappeler qu’avant d’être chrétien, musulman, juif, en France on est Français et on respecte la Loi sans laquelle il n’y a pas de société mais une jungle… et en particulier aux imams de prêcher l’islam de la tolérance et pas celui de la charia, faire traduire le Coran en français dans les mosquées serait un bon commencement…

Mais c’est aussi à chacun de nous d’arrêter de baisser les bras en ruminant que tout va mal et qu’on n’y peut rien. Soyons vigilants, sans concession, sans compromission.

Et surtout n’oublions pas de rire de tout (mais pas avec n’importe qui). Et Cabut, Bernard, Charb, Ahmed et les autres ne seront pas morts pour rien.

 

Nous sommes tous

Charlie

pour toujours

 

 

 

Publicités

Message envoyé à mes nièces et à mes neveux


Dimanche 11 janvier 2015, 10h30 du matin.

Il se passe en ce moment dans notre pays quelque chose d’historique, comme il en arrive seulement une ou deux fois par siècle. Vous vous demandez sans doute, comme tout le monde, quel sens donner à ces événements tragiques qui nous ont secoués si profondément. Je pense beaucoup à vous, où que vous soyez, et je me souviens combien c’est difficile de vivre de tels moments quand on est loin. Je me souviens de 2005, lorsque je voyais mon pays brûler au loin, depuis mon écran de télé, à Manille. Dans ces moments, il faut résister à la colère et chercher quelque chose de plus profond en soi, quelque chose qui nous rassemble et qui permet de vivre ensemble.

Tout à l’heure, comme des centaines de milliers, peut-être un million de français, avec leurs amis venus de tous les pays, j’irai marcher. Je ne marcherai pas contre, mais POUR. Pour la liberté d’expression, pour la fraternité, pour donner un sens à ce moment d’unité dans la diversité. Je marcherai pour poser des limites à la haine, à la violence, à l’intolérance et à toutes les discriminations. Sur France Info, la philosophe Cynthia Fleury vient de dire que nous assistons au premier événement, historique, de la France mondialisée.  Nous assistons à la naissance de la Génération Charlie. Ce que signifie cette expression n’est pas encore  écrit : ce sens, il nous appartient de le construire. Ce monde qui vient, c’est celui dans lequel vous habiterez, vous et vos enfants. Il se construit sur nos actes et sur nos choix, mais aussi sur nos absences d’actes et nos absences de choix. Vous le continuerez lorsque nous ne serons plus là. C’est une responsabilité que nous partageons. Quelle sera la place de la liberté, dans ce monde qui vient ? Quelle place pour la diversité ? Est-ce que chacun pourra vivre comme il l’entend, à sa manière, dans le respect des autres ?

Il y a du travail, ça ne se fera pas tout seul. Ainsi cet extrait d’un témoignage de mon amie C.M, que je publierai en entier demain ici-même : « Connaître l’autre, partager sa culture et la nôtre, éduquer les enfants à la tolérance, donner une chance aux plus pauvres, fabriquer de la justice sociale et de la justice tout court. Mais tout autant, condamner et sanctionner sans restriction tous ceux qui font leur beurre de la radicalisation, du retour aux heures les plus sombres de l’obscurantisme en fanatisant sans peine les plus faibles. »

Ces derniers jours,  la presse a publié le témoignage de professeurs qui racontaient les difficultés qu’ils éprouvaient à parler des événements tragiques de ces derniers jours avec leurs élèves. Ces élèves, il faut les entendre avec respect, avec plus que jamais le sens de la fraternité. Il faut les amener dans la conversation générale, et construire avec eux, sans chercher à leur imposer tel ou tel point de vue. On parlera beaucoup de laïcité dans la presse. La laïcité, cela ne signifie pas d’interdire toutes les croyances, mais de les permettre toutes.  On doit pouvoir parler de tout, sans peur, et je vous  y encourage. J’étais à l’île Maurice au mois d’août, ils y arrivent très bien. Pourquoi pas nous ?

Nous avons la chance de former une belle famille, aimante et diverse, une famille dans laquelle chacune et chacun trouve sa place. Des catholiques, des musulmans, des athées, une bouddhiste, un spiritualiste …bon,  ça manque de juifs, mais il reste une place, au bout de la table. On est taquins, malicieux, on ne s’épargne pas, mais on s’aime et on n’a pas peur de se le dire. Je suis fier de notre famille, et j’aimerais aujourd’hui que la France nous ressemble un peu.

Ajouté dimanche soir : oui, la France nous ressemble, et nous lui ressemblons, et j’en suis infiniment heureux. Cette marche était tellement pacifique, et drôle, et grave en même temps. On a beaucoup ri, d’un rire bienveillant. Beaucoup de questions demeurent ouvertes. Nous allons devons réfléchir, discuter, confronter nos points de vue pour construire des réponses acceptables et vivables. Le courage, maintenant, ce sera d’aller vers l’Autre, et vers l’Autre en nous.

Et, tiens, pour finir sur une note d’humour, je mets ici un lien vers le message de l’humoriste Sonia Orosamane à « tous les cinglés, jhadistes, pianistes, cyclistes…   ici :  » https://www.google.fr/webhp?sourceid=chrome-instant&rlz=1C1CHVN_frFR517FR517&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=samia%20grosemane

Le Petit Prince élu des français


Avant noël il y a la nuit de décembre, et c’est sur ce fond d’un noir profond, collant, glacial, qu’il se détache. La lumière naît de ces heures froides. La promesse et la fête.

L’enfance.

Avec son insatiable curiosité. Avec son exigence, et sa croyance absolue que rien n’est impossible.

Le 11 décembre, on apprend, en regardant la Grande librairie (le classement ici), que le livre qui a le plus changé la vie des français (enfin, ceux qui s’expriment), serait le Petit Prince, d’Antoine de Saint Exupéry.

Dans un premier temps, cette annonce me comble de joie. Le Petit Prince, devant Madame Bovary, la Recherche et le Voyage au bout de la nuit. La poésie la plus pure, nourrie aux sources de la plus profonde sagesse,  de la plus grande générosité, la découverte de l’Autre et de son mystère.

Un livre né dans la nuit de la guerre et de l’Occupation. Dans la solitude New-yorkaise de l’auteur, si loin de la France, de sa planète natale.  Et puis voilà qu’un éditeur malin lui suggère d’inventer l’histoire de ce drôle de petit bonhomme qu’il ne cesse de griffonner sur des papiers, des nappes de restaurant.

Et voilà qu’il prend vie, ce petit bonhomme, avec son insistance et ses points d’interrogation.

« Apprivoiser », dit le renard. L’un des mots les plus beaux de la langue française. Scintillant, pétillant sous la langue, un doigt posé sur les lèvres et des gestes tout en retenue. Une rose, à nulle autre pareille. Différente, parce qu’aimée. « Si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres».

Je suis heureux que mes compatriotes aient fait ce choix. Pour une fois que je suis en accord avec la majorité. Dans notre société au bord de l’asphyxie, cette élection « princière » fait entrer un peu de fraîcheur.

Et puis je m’interroge : n’y a t-il pas quelque chose d’un peu régressif dans cette décision?  La tentation de se réfugier dans la nostalgie de l’enfance, comme une protection contre la dureté de la vie ? Mais le fait est qu’il s’agit de l’ouvrage en langue française le plus traduit au monde. Or, on ne peut soupçonner la planète entière de succomber à la nostalgie. Il y a donc bien « quelque chose », et ce « quelque chose », je le nommerai poésie.  N’en déplaise à ses détracteurs (il y en a, qui s’expriment sur Twitter), le Petit prince est un conte, une fable, le récit d’un voyage à la découverte de l’Autre et de ses « planètes ».

L’Autre dont la présence nous construit ou nous reconstruit (Cyrulnik). C’est pour cela que nous fêtons noël. La fête des enfants, de la naissance et du renouvellement.

Noël, c’est le top départ de quelque chose d’énorme.  La guérison du monde (merci et pardon, Frédéric Lenoir). Nous en sommes, chacun pour sa part, les rois mages ou les bergers émerveillés, porteurs d’espérance  et de cadeaux.

Une promesse pareille, et qui se renouvelle tous les ans, bien sûr que ça change la vie !

Lire le Royaume


Lire le Royaume

Le Royaume se présente comme une enquête sur les premiers temps du christianisme. Ensuite, les opinions divergent. Le livre n’est pas d’un abord facile. C’est une espèce de making of, une tentative de reconstitution de quelque chose qui se dérobe, dont on n’a que des traces, quelque chose d’énorme, à l’origine de notre civilisation,  un  temple dont les pierres seraient éparpillées dans la jungle et dont on aurait perdu les plans suite à des guerres civiles.

Ces obstacles ne sont pas pour décourager Emmanuel Carrère, qui s’attaque au chantier avec une équipe multidisciplinaire dont il joue à lui seul tous les rôles : architecte, archéologue, enquêteur, traducteur, cabotin, mystique. Et, comme dans la série Castle où le romancier vient au secours de la police, son imagination reconstitue les chaînons manquants avec ce flair qui distingue impitoyablement les scènes trop belles du fait véridique.  Menteur professionnel, cela vaut bien des expertises. On ne la lui fait pas. Le détail qui tue, c’est son truc.

On pourrait lui reprocher des facilités, comme d’avoir inséré une scène de masturbation féminine au milieu du texte : pour réveiller ses lectrices-lecteurs, ou tout simplement parce que la sexualité, c’est la vie, et que la vie, l’interrogation sur la vie, est au cœur de son projet. On pourrait dire aussi que c’est un truc d’écrivain. Le livre en est truffé. Mais les plus grands auteurs, à toute époque, ont ainsi semé des piments verts au cœur du texte, et comment leur en vouloir ? Il faut bien conserver l’attention, c’est la règle du jeu, ca fait contemporain et puis ça fait vendre.

On pourrait aussi faire le pitch à la manière des éditeurs anglo-saxons, évoquer les près de six cent pages, les années passées à commenter l’Evangile de Jean, à traduire celui de Marc, les centaines de litres de café, les kilomètres de pages lues, annotées, comparées scrupuleusement, longuement, méticuleusement,  tandis que se succédaient les femmes dans sa vie et les années au compteur.

On pourrait. Lui-même ne s’interdit pas les effets de retardement.  Avant de rencontrer Paul, Luc, Philippe, la Vierge et les autres, il faut se taper un chapitre assez lourdingue où Carrère, à son habitude, parle de Carrère. Le personnage est peu sympathique, parisien jusqu’à la caricature, vaniteux, mais conscient de l’être, avec  tout cela profondément honnête. C’est d’ailleurs son honnêteté qui le sauve, mais je ne vais tout de même pas dévoiler, déjà – STOP.

Comment voulez-vous parler d’un bouquin comme celui-là, tellement casse-gueule, hérissé de piques et de pièges. Il y a dix ans, personne n’en aurait voulu. Que des coups à prendre, et de tous côtés.

Donc, j’y viens, mais à mon rythme, et par le côté. C’est qu’il faut parfois du temps pour entrer dans un livre. Surtout celui-ci, qui est non seulement l’un des plus importants de l’année, mais probablement de la décennie. Comme on dit dans les dialogues d’Audiard, « c’est du lourd ». A force de danser autour de son sujet, de le pétrir, de le rater, de le reprendre encore et encore, à force de mourir et de récupérer des vies, Super-Carrère finit par s’abandonner à quelque chose qui l’emporte et nous fait plonger au cœur du volcan. Le mot n’est pas trop fort. Il y a bel et bien fusion, disparition, coulées de lave et renaissance. A cinq cent pages le tome, on sait bien qu’on n’est pas venus juste pour liker. Ca va nous coûter quelque chose. On s’engage, ou on fuit. Les livres qui comptent vraiment sont ceux qui nous transforment, ceux qui nous aident à  nous construire ou à nous reconstruire. La seule chose qui m’intéresse ici n’est pas d’ordre intellectuel, c’est de comprendre comment ce livre-là, précisément celui-là, m’a transformé. Il y avait eu la Recherche et sa cathédrale de mots jaillie d’une cuillerée de madeleine pour nous apporter la clé des mondes intérieurs. Les solaires Noces à Tipasa, de Camus, qui résument pour moi toute l’immédiateté de l’être au monde. La Tempête, où se concentrent les sortilèges de de Shakespeare. Cynthia Fleury, dont la moindre phrase a l’impact rageur d’une perceuse dans le mur du cynisme contemporain. Il y aura désormais le Royaume.

A Carrère, toute  ma gratitude pour avoir extrait des couches de poussière accumulées au fil des siècles et des exégèses la brute, la scandaleuse énergie du Christ. Celui qui vient effacer nos dettes et qui sauve, in extremis, le dernier des abrutis, des bourreaux, de tous les salopards.  L’Amour toujours là, disponible, accueillant, armé d’une exigence radicale.

Car attention, la promesse vient avec un avertissement. Page 424, l’auteur cite cette phrase terrible d’un Evangile apocryphe du premier ou du second siècle : « Si tu fais advenir ce qui est en toi, ce que tu feras advenir te sauvera. Si tu ne fais pas advenir ce qui est en toi, ce que tu ne feras pas advenir te tuera ».

Méditation d’amour et de lien


En ce jour où l’on commémore les horreurs de la première guerre mondiale, j’ai plaisir à vous proposer, avec Christophe André, une Méditation d’amour et de lien. Le livre-CD « Méditer jour après jour » propose une série d’exercices très accessibles. Ceux qui avaient découvert la méditation en pleine conscience avec « méditer pour ne plus déprimer », apprécieront les nouveaux exercices sur des thèmes variés.

http://livre.fnac.com/a3531890/Christophe-Andre-Mediter-jour-apres-jour

Précisons, s’il était encore nécessaire, que la méditation, tout comme le coaching, n’est pas réservée à « ceux qui vont mal », mais à tous ceux qui désirent « aller encore mieux ». Pratiquer, s’entraîner à la bienveillance envers les autres, envers soi-même, envers le monde qui nous entoure, ne peut faire que du bien.

Je vous souhaite un 11 novembre sous le signe de l’amour, de l’affection, du lien et de l’harmonie.

Avec une pensée toute particulière pour mon ami Pierre T, qu’il se porte bien.

Léman Montreux 5

 

Bonheur de l’attention choisie


Je vous écris d’un hôtel sinistre, à Tunis, à la fin d’une journée bizarre. (Le mot « sinistre » est largement exagéré, mais il sonnait bien, pardon pour la fausse alerte). Le sujet du jour n’est pas des plus roses non plus : BuencaRmino ne s’intéresse pas qu’au dessin, à la PNL et aux sympathiques petits colibris. Parfois, des thèmes plus difficiles requièrent notre attention. Il faut les traiter aussi,  par souci d’équité, par goût du défi : pour voir jusqu’où on peut aller.

Celui-ci m’encombre l’esprit depuis quelques semaines. Le 15 août, après le suicide de Robyn Williams, mon amie Jeannie Javelosa a posté ce message sur son profil facebook. Je le traduis aujourd’hui, surmontant ma réticence à aborder ce thème pas très « fun ». Parce que cela me paraît plus que jamais nécessaire. Dans son message, elle parlait de la dépression, de ces souffrances cachées autour de nous, que nous ne voulons pas voir. Elle nous invitait à être attentifs, à prendre soin les uns des autres, à ne pas craindre de voir la face laide, rugueuse, de l’existence. Elle écrivait : « il peut arriver à chacun d’entre nous de traverser des moments difficiles. Saviez-vous que les gens qui paraissent les plus forts sont souvent les plus sensibles ? Saviez-vous que ceux qui prennent toujours soin des autres sont souvent ceux qui ont le plus besoin qu’on prenne soin d’eux ? Saviez-vous que les trois choses les plus difficiles à dire sont « je t’aime », « pardon », et « j’ai besoin d’aide » ? Parfois, il faut aller au-delà du sourire d’une personne qui semble heureuse pour percevoir comme elle souffre en réalité. » Jeannie et moi avons tous deux perdu des proches qui, un beau jour, n’ont pas trouvé l’énergie de vivre une minute de plus. Il faut en parler, à tout prix, briser le tabou. Mais pas à la manière ignoblement commerciale dont le fit une grande agence de communication proposant d’en faire un « sujet de conversation », comme on dit aux Etats-Unis. Prévention, oui, récupération, non merci.

Voilà plus d’un mois que, sur l’invitation de Jeannie, j’ai re-posté cet appel à la vigilance et à la compassion sur mon profil, sans mettre à exécution mon intention originelle de le traduire. Et puis voici qu’un article du Monde consacré à l‘essayiste suisse Yves Citton, (lien ici) spécialiste du « capitalisme attentionnel », revient sur le sujet de l’attention. Abordé sous un angle économique, cela donne : « l’attention est devenue le capital de ce nouveau monde, sa richesse et l’objet de toutes ses convoitises ». Et bien sûr, pour faire monter sa « cote », il faut éviter comme la peste d’écrire sur des sujets tels que le suicide ou la dépression. Tant pis pour ma cote. Que dit-il encore ? « Nous sommes à la croisée des Chemins. Chacun peut apprendre à gérer ses ressources attentionnelles (!) pour être plus « compétitif »… ou alors, nous pouvons apprendre à nous rendre plus attentifs les uns aux autres, ainsi qu’aux relations qui tissent notre vie commune ». Yves Citton écrit sur des sujets peu propices à attirer l’attention, justement. Ce qui le rend tout à fait sympathique.  Amoureux des livres, il propose une « écologie de l’attention » (liens ici  et ici)

On y trouve cette idée que l’attention profonde – aux autres, à des musiques, à des œuvres d’art, nous propose une  qualité d’expérience extraordinaire à condition de savoir nous rendre disponibles et de faire ce choix consciemment. C’est ici que reviennent les roses : leur parfum nous promet bonheur et puissance. Vous les méritez bien, vous qui avez fait l’effort de lire jusqu’ici.

Une question de perspective


« Nous me méditons pas pour résoudre nos problèmes, mais pour qu’ils ne prennent pas toute la place », énonce Christophe André (encore lui) dans « Méditer jour après jour ». Question de perspective, en somme. Or, ce déplacement peut changer beaucoup de choses. Le simple fait de prendre de la distance envers ce qui nous étrangle ou nous obsède permet de regagner l’espace nécessaire à l’action. On pourrait écrire la même chose à propos des vacances. Une amie américaine s’interrogeait, il y a quelques semaines : «pourquoi nous autres américains prenons-nous si peu de vacances » ? Je lui avais proposé, au choix : l’amour du travail, ou la peur du vide ?
Pour nous, français, c’est un temps de repos, mais aussi un temps pour resserrer des liens avec nos proches. Une heure de bricolage ou de jardinage, une balade à vélo, un jeu rapprochent les générations même lorsque la parole est compliquée, les références diverses. De petits actes de solidarité s’improvisent. On veille sur les plus jeunes ou sur les anciens. Comme un photographe s’exerçant à ajuster sa profondeur de champ, les familles et les individus qui les composent trouvent de nouveaux réglages dans leurs relations. Les compromis, soudain, paraissent moins difficiles. Ce que l’on capture alors, il faudrait penser à le ressortir en hiver, car c’est à cette source que nous pouvons puiser, parfois, la force d’accomplir des choses extraordinaires.