Archives de Catégorie: Mouette Sans frontières

On n’est pas des touristes! (tous des touristes)



Un hors-bord, circumnaviguant l’île,

Crève la bulle atemporelle

Où nous avions trouvé refuge.

Nous voici ramenés à notre condition de touristes.




Sur les pistes cyclables on croise

Des hollandais, des parisiens, des brexites,

Toute l’Europe et la dés-Europe

Affluent sur ce bout de terre périssable.

Ce petit paradis soigné, léché, policé,

Tremble derrière ses digues

Nos esprits comme ces marais sont en zone inondable

On n’y verra bientôt plus brouter que des ânes.

famille de cosmonautes

 

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Résilience 1


 

Chercher ce qui tient

Et si rien ne tient,

Chercher ce qui nourrit.

Avec humilité, chercher les mots.

Et si les mots ne viennent,

S’emplir du ciel, de la mer, du ressac

Par le corps-fenêtre absorber la lumière

Se laver

Respirer, grandir. Se refaire.

La plage est à moitié vide

Beaucoup n’ont pu venir

Il y a quelques enfants, des retraités,

Des parents fatigués.

Un peu plus tard la lumière se fait caressante,

Une voile de kyte s’élève au-dessus de la mer,

Vert fluo, couleur de l’audace

Tranchant sur la banalité des vagues elle se maintient

Juste à la bonne hauteur pour capter le soleil

Il y a les jeunes avec leur besoin de sport

Par eux la vie rejaillit

Plus tard ils boivent des bières,

Les voici maîtres de la plage.

 

On leur donnerait ce monde à refaire

On aurait tort

Ce serait les embarrasser

On n’entend pas encore de musique

Juste avant de partir un dernier balayage

Où sont les amoureux ?

Penser à l’enfant qui va naître

Lui garder ces merveilles,

La dune odorante et les sternes.

Ce sera son Royaume. Il aura des yeux neufs,

Pour lui l’océan sera le bord du monde,

Les vagues des forces terrifiantes,

Leur éclaboussure un appel.

Césars 2015 Timbuktu fait briller l’Afrique


Ravi que Timbuktu (bande annonce), le très émouvant film du mauritanien Abderrahmane Sissako, ait remporté sept statuettes aux Césars 2015, avec un petit clignement de joie supplémentaire pour l’acteur Reda Kateb, excellent dans le Serment d’Hyppocrate et aussi dans Loin des hommes, de David Oelhoffen qu’il faut vite aller voir avant qu’il ne disparaisse des écrans.

Bien sûr, il y a le contexte, l’esprit du 11 janvier : la société du spectacle  s’octroie facilement un brevet de  largeur d’esprit valorisant la diversité : « vous voyez, on ne tombe pas dans l’amalgame, la preuve on récompense un film africain, et même sept fois ». A moins qu’elle n’ait voulu nous rassurer : « DAECH est aux portes de l’Europe, les terroristes sont parmi nous, mai voyez il y a encore des gentils imams qui tentent de résister à la stupidité criminelle au nom d’un islam traditionnel plus humain, et de jolies amoureuses africaines qui chantent avec une belle voix traînante ».

Mais réjouissons-nous tout de même, en toute simplicité.  Les Césars étaient largement mérités, car Timbuktu est un film magnifique. Il va falloir s’habituer dès aujourd’hui à prononcer le nom d’Ab-der-rah-mane Sis-sa-ko (vous voyez, Nathalie Baye, ça n’est pas si difficile, comme le disait Alex Taylor sur France Inter en se moquant gentiment de l’actrice francilienne qui butait sur ces syllabes). Allez on le ré-écrit une dernière fois pour le moteur de recherche de Google et pour les lecteurs distraits, il s’agit d’Abderrahmane Sissako.

Avec ce film, c’est l’Afrique d’aujourd’hui qui fait irruption sur notre écran mental. Une Afrique pleine de vie, de dignité, qui ne mendie pas mais qui lutte pour s’en sortir malgré les obstacles. Depuis toujours, la ville de Timbuktu (Tombouctou) était la porte du continent pour les voyageurs venus du nord. C’était une ville savante, où des familles se transmettaient de siècle en siècle de très riches bibliothèques avec l’amour des livres et du savoir. L’esprit de résistance dont font preuve ses habitants dans le film puise à cette source-là, dans la fierté d’une culture ancienne que l’on venait consulter de très loin. Lorsque sont arrivés les imposteurs, ces familles ont caché les précieux manuscrits ou les ont évacués a péril de leur vie.

Quelles que soient les motivations des votants, retenons pour l’histoire que dans dix ans, lorsqu’un film issu du continent africain remportera son premier oscar à Hollywood, on se souviendra peut-être que la première marche aura été gravie ici, à Paris. Réjouissons-nous aussi de cela, d’être citoyens d’une ville où l’on sait accueillir un tel chef d’oeuvre. Des dialogues ciselés, dans plusieurs langues, car l’Afrique est tout aussi polyglotte et multi-culturelle que bien des métropoles occidentales. On se souviendra peut-être d’avoir entendu cette réplique : « porter des gants pour vendre du poisson? Coupez-moi les mains tout de suite ». Révolte et dignité.

A propos de gants, mon ami italien Francesco T… me racontait avec beaucoup d’émotion sa visite à Tombouctou, en l’an 2000 : les gants, ce jour-là, étaient imposés pour tourner les pages des livres conservés dans l’immémoriale bibliothèque.

Ce film, il faut le voir pour son message, bien entendu, mais aussi pour ses actrices et ses acteurs, pour sa lumière, pour ses cadrages tellement généreux qu’on croit voir passer, entre deux dunes, la si légère ombre du Petit prince et de son renard apprivoisé.

Ce film ose regarder l’horreur en face mais sans tomber dans la complaisance.  Il faut se laisser bercer par la douceur et la mélancolie de sa musique, y puiser de l’amour et du courage.

Et puis tiens, une idée entendue récemment pour lutter contre l’obscurantisme : et si on ouvrait les bibliothèques le dimanche? Chiche?

 

 

 

 

 

la reine des grenouilles (1/3)


A l’époque, j’étais une toute jeune grenouille sans grande expérience de la vie. Lorsqu’il s’est approché de la rivière, l’air sombre et les cheveux en bataille, je me suis demandé si c’était pour se baigner ou pour se noyer.
Il s’est dépouillé de ses vêtements un à un. D’abord ses chaussures, qu’il a déposées sur la berge, puis sa longue chemise plissée, puis le pantalon de velours brun, puis ses bas, et j’ai vu qu’il avait un corps vigoureux. Ce n’était déjà plus un adolescent, mais ce que l’on appelle un homme jeune, bientôt dans la force de l’âge. Il est entré dans l’eau jusqu’à mi-cuisses puis il s’est mis à nager à contre-courant, dans ma direction. Je l’observais, posée sur un nénuphar, lorsqu’il m’a repérée. Il y avait en lui quelque chose de solaire, avec une ombre au milieu qui me fascinait.

Lorsqu’il est arrivé près de moi, j’ai ouvert la bouche pour lui communiquer mon message, mais il n’entendait rien. Alors j’ai plongé et lui ai parlé par les vibrations de l’eau.

– vous êtes une bien étrange grenouille, avec ce point rouge au milieu du front
– toutes les grenouilles de notre famille ont ce point rouge sur le front, en souvenir d’une honte ancienne qui frappa notre race il y a très, très très longtemps
– et que puis-je faire pour vous, madame la grenouille ?
– s’il te plaît, dessine-moi
– Mais je ne sais pas dessiner les grenouilles ! Et puis, pourquoi perdre mon temps avec un sujet aussi trivial ? Personne ne s’intéresse aux grenouilles. C’est ridicule.
– Ils ont tort, car nous avons beaucoup à leur apprendre, nous qui connaissons les secrets des deux mondes.
– Peut-être mais en attendant les portraits de grenouilles ne se vendent pas et moi j’ai une famille à nourrir, rétorqua le jeune peintre. Il venait d’arriver à Rome après un long et pénible voyage, et comptait bien faire carrière en obtenant des commandes auprès des cardinaux qui pouvaient payer cher pour des sujets historiques ou religieux. Mais pour des grenouilles ? Cela ne s’était jamais vu.

– Vendre! Il n’y a que cela qui vous intéresse, vous les jeunes peintres.
– Un artiste qui ne vend pas n’est qu’un crève-la-faim, un incapable, un loser. Ce n’est pas avec des portraits de grenouilles que je deviendrai célèbre à Versailles, même pour des grenouilles parlantes.
– ah non, Et le bassin de Latone, qu’en fais-tu, jeune présomptueux? N’est-ce pas l’un des plus photographiés par les touristes dans tout le parc de Versailles? Et les grenouilles n’y occupent-elles pas une place de choix?
– oui, mais celles-là étaient des grenouilles mythologiques, elles avaient eu maille à partir avec une déesse
– eh bien, qu’est-ce qui t’empêche de dessiner une grenouille mythologique?
– Comme toi par exemple? Mytho sûrement, logique, ça reste à prouver!
– Qui sait? peut-être suis-je un peu plus qu’une simple grenouille des marais.
– Quand bien même tu serais la reine des grenouilles, je ne m’abaisserai pas à te dessiner. Ce serait compromettre la haute idée que je me fais de mon art.
– C’est ton dernier mot?
– Oui
– Alors tant pis pour toi

un long silence

– N-as-tu donc aucun voeu que je puisse exaucer?

– Aucun

Quelque temps plus tard il éait de retour, honteux de son arrogance. Il parcourut longuement les bords du fleuve, mais la grenouille ne se montra pas. La faim lui donnait des hallucinations. Parfois, il croyait entendre la voix de la grenouille, mais ce n’était que le bruit du vent dans les peupliers.
A SUIVRE

le petit monde de Buencarmino


Voilà l’été chantent (ou plutôt braillent) les Négresses vertes, à pleins poumons. Ce sera bientôt le moment de retrouver les petites routes de la Sarthe et les marais de l’île de Ré, avant d’aller respirer la poussière des Philippines entre deux cyclones, ou l’odeur de la pluie sur le mont Banahaw.

L’été, c’est un désir de liberté qui monte, une envie de poser le nez dans l’herbe et d’écouter coasser les grenouilles au bord des mares. Le monde ne cesse pas de tourner, mais d’autres voix se font entendre. A travers les personnages rencontrés au fil des ballades, et qui font de trop brèves apparitions dans ce blog, une autre sagesse pointe. Bonjour à vous, l’âne du Poitou, inventeur du slow fun gentiment moqueur et sage comme une tranche de vieux bouddha (l’âne et la mouette), lointain cousin de l’âne du mullah Nasruddin; la mouette voyageuse qui n’aime rien tant que les cantates de Bach remixées (Lady Goldberg et les variations Gaga), les renards et les hérons sarthois, grands mangeurs de grenouilles des douves, les canards de Séville et les araignées de Louise Bourgeois, les bigorneaux rétais, les tigres du Bengale et autres baleines à dormir debout. Tout un bestiaire, et j’en oublie. le colibri, qui fait sa part! Et le chat du rabbin! Comment, vous n’avez pas encore vu le chat du rabbin? Se priver ainsi de 80 minutes de pur bonheur, il n’y a que des humains pour être capables d’une telle cruauté!

la déterritorialisation de la culture pop Hommage à Xulux


Coup de coeur à Xulux, un blog dédié à la culture et qui s’intéresse tout comme BuencaRmino à la déterritorialisation et au dessin. Je vous en donne juste un court extrait J’avais abordé le sujet dans les dialogues avec Thibaud Saintain et dans mon article du mois d’octobre sur le modèle comme coach). J’y reviendrai encore dans un prochain article sur le projet EPLV (Expo Peinture Vidéo Livre) sur les livres peints de Mirella Rosner (Aracanthe).

Dommage que le mot « déterritorialisation » soit si long et donc condamné d’avance à l’ère de s 140 caractères-deux-secondes-et-demie d’attention de Twitter, car il évoque une réponse créative au sentiment d’exil, voire d’exclusion, y compris l’exclusion hors de son pays d’origine, hors de son corps, ou juste hors du présent. Je préfère donc m’en tenir à ce mot de re-paysement, désignant le choix d’habiter en pleine conscience son corps, son temps, et son espace, réel ou celui qu’on se crée. En version courte, selon le philosophe belge de la seconde moitié du XXème siècle Jean-Claude Van Damme, « la déterritorialisation, c’est aware ».

Extraits de Xulux :

1. « La Déterritorialisation est un concept phare de la philosophie deleuzienne qui illustre à merveille le processus créatif pop. Deleuze et Guattari utilisaient la métaphore zoologique pour en souligner la logique :

“Chez les animaux nous savons l’importance de ces activités qui consistent à former des territoires, à les abandonner ou à en sortir, et même à refaire territoire sur quelque chose d’une autre nature (l’éthologue dit que le partenaire ou l’ami d’un animal « vaut un chez soi », ou que la famille est un « territoire mobile »).” Gilles Deleuze, Félix Guattari : « Qu’est ce que la philosophie ? »

Mais avant d’en approfondir le fonctionnement, étudions d’abord sa genèse.

Le surréalisme constitue un bon point de départ avec ses agencements improbables, ses scènes oniriques, et ses jeux symboliques. A partir de ce moment l’art ne chercha plus à représenter exactement la nature, ou même la mythologie, mais à peindre de nouveaux mondes, les mondes intérieurs. (…)

2.

Car déterritorialiser un symbole c’est l’arracher de son milieu d’origine pour le reterritorialiser dans un environnement différent, et le faire ainsi cohabiter avec d’autres qui, réellement, ne possèdent pas de liens spatiaux ni temporels entre eux. Exposer un urinoir dans un musée c’est l’arracher de son contexte (les toilettes) pour le replacer dans un autre afin de créer une œuvre originale et un symbole nouveau.

La déterritorialisation trouve ainsi son expression musicale dans le sampling, procédé consistant à extraire un son de sa partition d’origine pour l’incorporer dans une nouvelle. Par exemple le titre de Dr Dre sample l’intro de “The edge” (1967) de David Axelrod qui figure sur l’album de David McCallum.

A pas de loup clics de souris


A vous qui passez sans rien dire
Googuelisant d’un doigt furtif
A pas de loups, clics de souris
Mais non sans laisser quelque empreinte

Votre indifférence est-elle feinte
Ou réelle ? Dans l’entrelacs des statistiques
Au matin, tel les pas d’un courlis dans les marais de Ré,
Souvenir de votre passage,  un faisceau d’’URLs

« Volage adorateur de mille objets divers »
Votre doigt clique à l’infini sur des mots que rien ne relie
Tigres, haïkus,  Chéreau, Sarthe ou David Pini
Coaching, dessin, nu, Versailles ou Murakami

Vous voici dans le labyrinthe hanté de monstres doux
N’osant d’un graffiti sournois
Commenter sur les murs ce que l’on vous inspire
Permettez donc un brin d’espièglerie

Car s’il est doux de blogger avec vous,
Ne le serait-il plus encore
De rire avec la mouette en attendant l’aurore?

Amis, laissez-donc un mot doux