Archives de Catégorie: Dessin

2010 en mots clés (et en images)


Avant de saluer l’année du colibri, il convient de dire au revoir avec grâce à celle qui va se clore, sur ces images de Séville.

Buencarmino chatouille la souris depuis quatre mois seulement, mais c’est une souris productive avec déjà plus de cent articles au compteur et plus de 2,300 pages vues, ce qui n’est pas si mal. J’ai donc choisi de lister ici les mots et les catégories qui vous ont amenés sur ce blog, avant de passer à un autre cycle.

DESSIN Parmi les catégories les plus recherchées, le dessin, comme acte de tracer à la main sur du papier des traits formant une figure, occupe une place prépondérante avec les mots suivants :

Aurélie Gravelat, dessinatrice de talent (un grand merci au passage à Serghei Litvin, fondateur de la Foire Internationale du Dessin, et à son Blog du dessin), dessin, croquis, nus, pastels, couleur, modèle, Anne-Marie Franqueville, Aracanthe, Mirella Rosner, outils, main (mais zéro pour « déterritorialisation« , pan sur les doigts, ça m’apprendra à frimer avec des mots de plus de quatre syllabes). Le dessin, comme le bricolage et toutes les activités manuelles, nous reconnectent au monde réel. Ils nous libèrent de la molle tyrannie du « monstre doux« , car le moindre trait, même le plus malhabile, signe l’affirmation d’un acte unique posé dans l’espace de la feuille : quand je dessine, je ne consomme pas, je suis.

PEINTURE : …la peinture  avec Jean-Michel Basquiat (Basquiat, le sacre de la couleur), suivi de Jérôme Bosch, dont j’ai tant aimé voir la Tentation de Saint Antoine à Lisbonne. Le voisinage me ravit, puisque je vois de fortes affinités entre ces deux peintres qui ont eu le courage d’explorer les cauchemars de leurs époques respectives – et les leurs.  Bosch et Basquiat : cela mériterait d’y revenir une autre fois, dans un prochain article. Loin derrière, le caniche pour milliardaires Murakami, amusant la galerie des glaces (me rappeler, en 2011, de parler de l’autre Murakami, celui de Kafka sur le rivage).

ECRITURE … Ce blog est né d’un défi : celui d’écrire tous les jours pendant l’été, puis de publier. Résister à la tentation du silence, à l’injonction mollifiante « à quoi bon, tout a déjà été dit ». Saluons ici les auteurs  de Mille Plateaux Deleuze et Guattari, mais aussi Valère Novarina, Racine (et Phèdre au labyrinthe), Proust qui nous aura vu courir sur les petites routes sarthoises;  mentionnons l’auteur fin de cycle, Houellebecq, mais surtout Cynthia Fleury (la fin du courage), Rafaele Simone (le monstre doux, le monstre doux, le monstre doux qui vous hypnotise avec sa voix de velours), François Cheng, et Stephan Zweig. Dès le départ, ce blog est né avec l’idée d’utiliser toutes les possibilités du lien html et ses ramifications infinies. Lier, c’est offrir un outil pour créer du sens. Opposer, juxtaposer : avec Edgard Morin, résister à la tentation de simplifier le millefeuilles du réel, de nos émotions, et ce qui nous lie.

EMPATHIE… l’empathie, (« l’empathie n’est pas une maladie », objet de nombreuses recherches sur Google), Antonio Damasio, qui nous mène au coaching avec Alain Cayrol et Nicole de Chancey; mais ni l’amour ni la tendresse ne vont ont menés jusqu’à ce blog; Pudeur ou désintérêt? On en parlera plus en 2011 car je pense, avec Luc Ferry, que l’amour est l’une des forces qui contribueront à structurer notre culture commune au 21ème siècle, en plus d’être une valeur profondément démocratique.

Vous vous êtes aussi demandé s’il y avait des mouettes dans la Sarthe (réponse : oui, et d’autres animaux voyageurs),

Vous avez interrogé Google sur le butô, sur Lisbonne et sur les Philippines, sur la Sarthe et sur l’île de Ré, sur David Pini, et nous avons parfois eu de beaux échanges sur l’un ou l’autre de ces sujets.

On explore ici les relations compliquées entre les mots et l’image, en cherchant le chemin d’une forme d’authenticité dans l’expérience. Et si l’on échoue, eh bien, on s’efforcera d’échouer toujours mieux. L’important est de faire sa part, comme dit le petit colibiri.

A bientôt, avec tendresse, espièglerie et curiosité pour la nouvelle année. Meilleurs voeux!

Légendes sur demande


Un petit moment d’espièglerie, d’humour pour finir l’année en beauté, qu’en dites-vous? L’auteur est fatigué, auriez-vous la gentillesse de proposer vous-mêmes des idées de légendes pour ces photos? Ou bien faut-il se passer complètement de légendes? Ce qui ne veut pas nécessairement dire que l’on renonce à la fiction. Milou, Haddock, la Castafiore (aaaah, je riiiiis)….  quelle jolie petite famille, réunie pour célébrer les fêtes dans un grand vibrato qui pourrait même aller jusqu’au contre-ut? Qu’on nous pardonne aussi la mauvaise qualité des photos, puisque le but n’est pas la prouesse technique, mais simplement le jeu? Et si la légende, aujourd’hui, c’était vous?

Alors, à vous de jouer…

Corps contre idoles



1. Il y a des images qui détruisent ceux qui les regardent, et des couleurs qui sauvent. On se laisse intimider, bêtement, par des idoles glacées, retouchées, à découper. Le corps réel se recroqueville devant le corps idéal, se cache dans les replis des mondes virtuels. Sauf les modèles, qui donnent généreusement leur corps à voir, à dessiner dans le monde réel auquel leur présence nous rattache.

Car on peut choisir d’autres voies,  comme un fleuve à descendre.
Celui-ci s’en va vers l’Espagne, où la vérité de la  couleur claque.

2. On voudrait reprendre ici le combat des mots contre les idoles.  Valère Novarina, bien sûr, mais les idoles se vengent de ceux qui les attaquent. Cette histoire de corps et d’image, c’était déjà l’enjeu du combat de Persée contre la Méduse. Elle avait ce regard qui transformait en statue quiconque osait la regarder. Pour la vaincre, il s’arma d’un miroir. Saurons-nous retourner les images contre les images? les idoles contre les idoles? S’armer de rouge colère pour s’encourager à la résistance.

3. A propos de Méduse et de légendes anciennes, il faudrait rendre un vibrant hommage à Jacqueline de Romilly, magnifique amoureuse de la Grèce qui sut la rendre tellement vivant et contemporaine. La grâce même.  Son portrait d’Hector, héros naturel dans le courage, un père, un homme de tous les jours. Sa Grèce n’est pas de marbre, elle pourrait nous parler encore. Nous aussi, nous avons nos héros, admirables et vulnérables. Comment ferions-nous pour tenir le coup, sans leur faiblesse attendrissante, et le sursaut, le « quand-même », le « ça va passer » enraciné dans la persévérance? Avec eux traversons les labyrinthes de la perplexité.



4. Pour sortir de la perplexité, justement : le jaune est la couleur du choix, pour trancher, ou simplement laisser de côté ce qui ne nous convient plus. L’hiver est fait pour ça : méditer et peser, se recentrer sur ses valeurs, trier en vue du grand ménage de printemps.


Soleil je viens te voir pour la première fois


1. Soleil de noël, brillant avec ses couleurs de fourrure
Et la douceur des joues
L’enfance émerveillée
Dans la neige et les cris
Le bleu qui fuse on a perdu l’amour on a
Perdu le courage et les mains jointes
Forment un bol
Au moment de l’offrande

 

 

 

2. Tu demandes à Google : y a t’il des mouettes dans la Sarthe? Et Google te répond. Google te mène au pays des conteurs qui d’un petit croquis font toute une histoire. Et toi? Que dessines-tu, dans les profondeurs ouatées de l’hiver?

Les Expert(s) à Belleville


 

1. Petits croquis entre amis : dessiner, modeler, moduler, trait qui se cherche

 

 

 

 

 

2. Modèle vif, les dessinateurs n’en mènent pas large non plus

 

 

 

 

 

 

3. Saison ludique : modulato cantabile, dit-elle à ma main malhabile. Dessiné au doigt dans de la confiture de mûre par des lutins espiègles

 

 

 

 

 

4. Mes voeux pour vous : rose doux, jaune astringent, vert citron, parme et lilas, des bruns chauds, des rouge pulpeux, sur vrai carton cette année, l’esprit de noël cannelle

 

 

 

 

 

6. L’amour indésirable, aplati, rejeté dans les marges, enfant prodigue noyé dans la guimauve ou comment s’en débarrasser?

 

 

 

 

 

7. L’esprit de noël? Un attrape-Google? La nostalgie des douceurs ouatées, les yeux qui craquent.

 

 

 

 

 

 

 

 

8. On pourra toujours se jouer « les experts à Belleville », moduler l’écriture ce serait, quoi? Travailler l’histoire, le récit? Matière vive, le vivant pour modèle. Cadavres exquis, recomposés, traquer les signaux faibles, une quinte de toux suspecte, une oreille collée sur les omoplates, veuillez tousser, allons! Toussez vous dis-je, ou comment dessiner vous transforme l’oreille, et ce menton qui fuse en triangle vers le ciel, insolent!

Raffaelle Simone ou le syndrome de Big Mother


Dessiner, gratter, rageusement, jusqu’à se réveiller?

Le dessin, c’est l’amour.
Avec la neige, une douceur ouatée recouvre la ville, étouffant les bruits et toute velléité de résistance. C’est tellement commode, la neige, pour cacher  la crasse, la misère, la laideur, l’iniquité. Des sans-papiers meurent légalement de froid, rejetés des abris sur ordre des préfectures. Sous la neige, on peut cacher les vieilles jalousies recuites, le ressentiment, les rages molles. On perd le courage de s’indigner. Big Mother anesthésie ses enfants, puis les sert à l’ogre.

Il est temps de revenir aux propos de Raffaelle Simone sur la « société de l’hébétude »,  maternante, infantilisante, qu’il appelle « le monstre doux ».

Lecture pour tous en a fait un compte-rendu pertinent et concis au mois de septembre. Citation de la citation :

« Extraits de textes de « La démocratie en Amérique » d’Alexis de Tocqueville, Chapitre VI intitulé « Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre » : « Il semble que, si le despotisme venait à s’établir chez les nations démocratiques de nos jours, il aurait d’autres caractères : il serait plus étendu et plus doux , et il dégraderait les hommes sans les tourmenter. »

Et plus loin Tocqueville ajoute : » Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. »… Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort, il est absolu, détaille, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance… »

Buencarmino prétend que l’acte même de dessiner constitue un fait de résistance par le choix d’observer minutieusement, fraternellement, avec bienveillance, les corps témoins, balayés, broyés, aplatis sous tant de violence. Voir de plus près la vie tremblante et nue. Qui sont-ils, ces hommes? Qui sont ces femmes? Et si la curiosité sauvait en nous l’humain?

Et pourtant quelque chose se passe, dans les familles où circulent de l’amour et des histoires, où s’organise la mémoire de génération en génération. L’enfant qui vient reçoit cet héritage, il pourra crier, crier sous la glace, ou bien se taire en attendant le moment favorable.

Ce mot de préfecture, ne fait-il pas claquer des dents?

Comment peut-on geler ainsi jusqu’à la couleur des choses?

Ce sont nos propres os que l’on entend craquer.

Dessine moi un tigre


Persévérance : un mot qui tourne comme une clé dans une serrure.

Basquiat ou le sacre des couleurs


Pourquoi est-ce que personne (ou presque) ne parle de la couleur dans la peinture de Basquiat?

Enfin, presque personne. Il y a Vie des Arts sous le titre « Basquiat, le dernier des modernes » (qui n’est donc plus Francis Bacon). Je cite : « Basquiat a compris qu’un artiste c’est quelqu’un qui parle à un public en dessinant avec sa main ». La phrase est moins anodine qu’il n’y paraît : dans le monde de l’Art Contemporain, « dessiner avec sa main » est quelque chose de sacrilège. Il faut manipuler des concepts, détourner des oeuvres antérieures, installer, mais surtout pas dessiner des formes sensibles. Quand à parler au public… depuis les années 60, on ne parle plus au public, on s’entre-valide entre experts, collectionneurs et journalistes dans un mouvement circulaire destiné à entretenir la spéculation. Basquiat arrive dans ce petit jeu bien réglé comme un chien dans un jeu de quilles. C’est ce que dit la citation de  Marc Mayer : « Basquiat émerge dans les années 1980 au moment où les milieux artistiques dénient l’hégémonie du modernisme. Cette dénégation provient du sentiment que les artistes éprouvent d’être coupés du public, en somme de constituer un groupe dont les codes et les discours ne sont partagés que par des initiés appartenant à des milieux fermés. Apparaît ainsi le désir chez certains d’entre eux de s’adresser directement aux gens, aux simples amateurs, aux curieux. D’où la nécessité de rompre avec le discours moderniste. Basquiat, au contraire, perçoit l’art moderne comme une réforme légitime du langage de l’art. Mais il se demande pourquoi cet idiome est devenu cloîtré. Il s’est tellement purifié que, selon lui, on ne reconnaît plus rien de ses intentions premières. Il constate qu’il n’y a plus ni objets ni images. Ils ont été remplacés par le texte. La littérature a gagné sur l’art ».

Et la couleur, dans tout cela? La réintroduction de la couleur est tout sauf innocente.

Pourquoi est-ce que personne ne dit les à-plats, les recouvrements subtils de bombe et pastel gras, les jaunes crades, les bleus dissonants, les verts atroces, les roses pâles, déjantés, parfois sensuels et doux comme des nuages de barbapapa? Basquiat n’emploie jamais deux fois la même nuance de couleur. Il les emploie en a-plats conducteurs d’états émotionnels, d’énergies qui ont tout à voir avec les stridences du monde latino-caribéen (têtes de mort droit sorties d’un festval mexicain), et pas grand chose avec la fadeur du monde WASP. Warhol, en comparaison, c’est le Quartier de Haute Sécurité, la cellule de privation sensorielle pour les grands bandits de l’art sensuel. Basquiat, c’est peut-être une préfiguration de ce à quoi ressemblera l’art des pays du sud lorsqu’ils se seront libérés de la tutelle duchampienne en cours dans les pays du nord? Quand on en aura fini avec les urinoirs, on pourra peut-être se réapproprier la force et le langage de la couleur?

Si l’on parle si peu de la couleur dans son œuvre, c’est peut-être par réticence à imaginer qu’il ait pu trouver du bonheur à peindre? Non pas le bonheur supposé naïf, sans nuages, des anciens, mais du bonheur tout de même, celui qui toujours accompagne une grande libération d’énergie dans un geste juste, comme un boxeur peut trouver du plaisir à se battre après un entraînement méticuleux (Basquiat était une véritable éponge visuelle, il connaissait parfaitement le monde des images), un coureur de marathon à dépasser les limites de sa souffrance, un programmeur à boucler son logiciel.

Bien sûr il y a les graffiti, les copyrights et les couronnes, le travail sur les palissades et la rage, mais la couleur, les tonalités chaque fois différentes qui donnent à chacune de ses toiles une vibration tout à fait singulière?

Singularité latino-tropicale, qui détonne dans la fadeur nord-américaine. Le reste vous laisse un goût de Campbell Soup passée.

Bien sûr, la mort est là, mais elle a l’éclat des fanfares mexicaines, crépitante couronne de pétards explosant un soir de nouvel an, quelque part dans un pays du Grand Sud.

Quand la fumée se dissipe, à l’aube, un chien rit.

Aracanthe (s) la main fauve


1. Apprendre, c’est d’abord oublier. Travailler un silence où l’oeil pourra chercher l’attache du cou, de l’épaule, observer la rondeur d’une ombre, un volume. Retenir le premier trait, celui qui vient de la mémoire.  Alors, dans ce silence, on pourra lâcher la main rugissante, aux éclairs de fauve affamé.

2. Sophie nous apprend que le Butô viendrait d’Hiroshima, de cet effort inouï que firent les survivants  pour se remettre debout, puis une image de l’effort qu’il faut faire pour tenir debout face au monde. Le visage blanc des morts, le mouvement convulsif des vivants. Rien de stable.

3. Dans la vie même, un trait plein d’agilité file sa courbe à toute vitesse, apparu soudain comme un rire de granit. Le but est là, frémissant, ce qu’on laisse.

4. Langage : y croire, à tout prix. Les phrases tracées d’un doigt de cendre,  à fleur de peau, palpables et non cernées. Les noms des muscles à prononcer, pour reconstruire un corps de l’intérieur. Tenir au plus près du corps, y grandir, trouver son pays dans les replis de la peau, dans le rebond d’une hanche, dans le plat du ventre. Laisser surgir.

5. Le délicieux silence, épais, charbonneux, clapotant. L’écoute.

6. Dessiner alors ce qui vient, frivole. Cheveu posé sur le granit.

7. Lecture interrompue : c’est peut-être une famille, unie de liens subtils. Le papier sous les doigts frémit, laisser courir, mes beaux enfants, mes livres!

8. La courbe en huit énergie continue, nourrissante, un trait fin comme l’infini.

Puissance Butô


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coup de coeur à l’oeil ouvert


Vous me direz : ah, tu découvres? Eh bien oui… je découvre le blog d’Ossiane, un trésor de photos, de textes, de poésie, des liens vers d’autres blogs tout aussi riches, de quoi se régaler !

http://ossiane.blog.lemonde.fr/2010/10/

Les couleurs du coach à Cochin



La couleur vient quand ça lui chante
Le printemps n’ a pas d’heure
Le rire éclabousse de son frais grelot
Notre incertitude effarée

 

 

 

 

 

Dessiner ce geste naissant, maladroit,
Que l’on ne sait jamais refaire,
Nous coûte et nous ravit
Couteau si près du coeur

 

 

 

 

 

Dans le couloir de l’hôpital,
Un jeune inconnu face
A la porte close
Attend, je l’écoute

 

 

 

 

 

Elle a pleuré en sortant,
Il a pris ses mains,
Douces paroles,
Amour sans ordonnance

 

 

 

 

 

La couleur est si vulnérable,
Il faut la protéger
Comme on prend
Dans ses mains le visage aimé

 

 

 

 

 

Si je t’offrais le vert tendre et le rose,
Le blanc d’ivoire et le jaune
Pâle, est-ce que cela
te donnerait plus de courage?

Chéreau au Louvre


Entendu ce matin la voix de Patrice Chéreau, sur France Inter. le Louvre lui confie sa programmation, sous le titre : « les visages et les corps ».
Ça fait un bien fou d’entendre quelqu’un de la stature de Chéreau rappeler qu’un musée, cela peut devenir un cimetière, mais pour qu’il soit vivant justement, il faut des visages, des corps, et puis bien sûr des yeux pour voir, pour s’émouvoir.

Chéreau parlait des visites au Louvre, enfant, en compagnie de son père et de sa mère dessinatrice. Métiers de la main, métier de l’oeil éduqué patiemment, avec l’amour des formes sensibles. Comme tous les mômes à cet âge, il préférait les salles égyptiennes, mais la voix d’un père cela vous coule tout de même dans l’oreille et pour longtemps, l’oeil s’éduque, apprend à distinguer les formes et les couleurs. Pourquoi ceux qui ont bénéficié de ce privilège ont-ils supprimé l’éducation de l’oeil? Dites, la mutilation du regard, ca va chercher dans les combien?

Ecouter sans voir, c’est percevoir autrement. Vive la radio, territoire de l’intime! Chéreau nous régalait de ses choix, l’Origine du monde de Courbet renvoyant à la Bethsabée de Rembrandt, la jubilation qu’il éprouvait en accrochant ces toiles, et l’espoir que le public partagerait ses choix, peut-être. Il le disait avec une réelle humilité. Comment ne pas l’aimer, Chéreau? Toute la tendresse de l’oeil et celle de la mémoire.

A ne pas manquer, la programmation dont il nous régale au Louvre :

2 novembre 2010 – 31 janvier 2011
Expositions, théâtre, danse, musique, cinéma, rencontres

Le Louvre invite Patrice Chéreau
« Les visages et les corps »

Mac-Val et crottes de nez


« Les enfants sont privés de beau », explique doctement Serge Moati, alors pour y remédier, le Mac-Val les invite à faire n’importe quoi (lu dans le Parisien, sic, sick et complètement sick). C’est donc toute l’ambition qu’on a pour eux, « n’importe quoi »?

Rassurez-moi, j’ai raté la joke? J’entends d’ici les cris de joie : ouaaais, trop fort, on va pouvoir peindre avec des crottes de nez et du chouimgom! (Et la marmotte, elle tient la caisse chez Larry Gagosian?)

Sinon, si on a confiance dans leur capacité à apprécier la beauté sensible, on peut aussi essayer d’éduquer leur regard, comme le fait magnifiquement la newsletter de la FID (Foire Internationale du Dessin) qui publie tous les mois un dessin original. Sur abonnement.

Apprentissage ou la main qui gratte


En coaching, on nous apprend que si nous ne sommes pas nécessairement responsables de ce qui nous arrive, nous pouvons choisir la manière dont nous y réagissons. Ce que nous percevons comme des échecs, même les plus amers, ceux qui râpent, ceux qui nous font des noeuds à l’estomac, tout est occasion d’apprentissage. Nous pouvons toujours en tirer un enseignement et la résolution de faire mieux la prochaine fois, avec les éléments dont nous disposons.

Dans le dessin, un trait raté ne se rattrape pas, mais on peut toujours s’engager à s’entraîner, pratiquer encore plus assidûment pour améliorer sa coordination oeil-main. Il est rare que les résultats ne suivent pas.

A l’atelier de modèle vif Aracanthe, on se regarde parfois, après la séance, un sourire en coin, on hausse les épaules, et puis la parole s’ouvre : on n’est pas là pour la performance, pas forcément pour le plaisir, mais pour avancer.

Bien sûr on peut aussi se mordre les doigts, crier sa frustration, déchirer le papier, se rouler dans la poussière de fusain, si ça fait du bien …

Sophie Hutin la présence buto (2)


Envie de légèreté après la série d’articles précédents, bienvenue dans l’univers de Sophie Hutin, artiste, danseuse Butô qui propose des poses magnifiques, bien trop sophistiquées pour mon misérable crayon mais comme on dit à l’école des coachs : « abondance de bienveillance ne nuit pas ».  Sur sa page facebook, une définition du Butô qui renvoie à l’authenticité requise pour le coaching :

« Butô : révéler la force de la vie primordiale… être nu(e) en tant qu’être vivant entouré par les autres… ou juste être honnête en face de sa propre vie… »

Aller à l’essentiel, noter une impression, condenser le fruit d’une méditation en quelques mots : le haïku rejoint l’art du croquis, deux modes d’expression parfaitement adaptés au format blog.

http://fr-fr.facebook.com/sophie.hutin

En son honneur, quelques haïkus pour s’alléger le coeur :

La rosée s’égoutte
Pour un peu l’on voudrait rincer
le monde flottant
(Bashô)


Je mange un kaki
La cloche se met à tinter
Temple Horiyji
(Shiki)

Saison des labours
L’homme qui cherchait son chemin
Se perd dans le lointain
(Buson)


Comme est magnifique
Par un trou dans la cloison
La voie lactée
(Issa)

Coup de coeur à Aurélie Gravelat


On expliquera bientôt ici pourquoi l’exigence est un acte de résistance.
En attendant, le blog du dessin nous régale d’un coup de coeur à Aurélie Gravelat, une jeune artiste qui travaille à Bruxelles, avec qui nous avions eu beaucoup de plaisir à discuter au printemps dernier, lors de la Foire Internationale du Dessin FID. Un blog très sympa, avec une exigence et des convictions fortes.

Plus d’info sur Aurélie Gravelat ici et là et puis là (parisdessin.com), je cite le site : « La recherche d’un équilibre supérieur semble être le but vers lequel cette jeune femme plutôt silencieuse tend avec rigueur. »

Aimer la main ou pourquoi dessiner


Pourquoi dessiner, demande le blog du dessin?

« Nous assistons aujourd’hui, dans l’art dit contemporain, à la disparition progressive du faire au profit du questionnement sur le faire » feint de s’étonner Nicole Esterolle dans un article à l’humour corrosif sur Alternatif-art.com

Et de continuer : « Aujourd’hui, on ne peint donc plus, on convoque, on interpelle et on questionne la peinture dans ses rapports avec à peu près tout. On interroge l’art à fond, on fait ce que Jean-Philippe Domecq appelle de l’art sur l’art, on cérébralise au maximum. »

Voir en contrepoint la démarche de Basquiat, qui savait bien que l’art se fait d’abord avec la main, qu’elle engage le corps et tout l’être au coeur du monde contemporain, et que sans elle, nous sommes perdus.

 

La suppliante

 

pourquoi dessiner, demande le blog du dessin? Dans la vraie vie, certains jours, on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère. L’atelier de nu, par exemple. On arrive, hyper-motivés, on se dit qu’on va retrouver sa main perdue, et très vite on s’aperçoit qu’il faut commencer par souffrir, acquérir la patience et l’humilité face au modèle offrant sa pose. Pour tenir, un seul moyen : fermer le robinet à questions, la petite voix dans la tête qui voudrait déjà renoncer. Qu’est-ce que j’y gagne ? Où est le plaisir ? A quoi bon ?

S’astreindre à bien observer, à saisir le dos modelé d’ombres et de lumière, capturer l’inclinaison du buste et du visage. Affreux, les raccourcis ! Et les proportions ! On n’y parvient jamais du premier coup. Tentation d’en vouloir à la main malhabile, à la main crispée qui tire un trait mal assuré, la main trop lourde à tenir le pinceau, la main-charrue labourant le papier. Tout envoyer valdinguer! Ce doit être pareil au début, pour les musiciens, pour les joueurs de golf ou de tennis et tous ceux qui s’acharnent à rechercher LE geste.

Il faut pourtant l’aimer, la main de l’homme. La traiter avec la douceur et la patience que l’on accorde aux enfants, se réjouir de ses premiers traits comme on s’émerveille de leurs premiers pas. Pendant ce temps l’œil arrogant comme tous les gamins surdoués vagabonde à l’avant, se moquant de la main petite sœur aux lenteurs de tâcheronne appliquée. Comme si c’était facile, tiens, et qu’il suffisait de voir pour savoir faire !

Au bout de quelques séances, on occupe un peu mieux la feuille, on répartit les blancs, les masses, on frotte le fusain d’un geste plus vif, on s’autorise même une pointe d’allégresse et l’on repense aux cinq jours consacrés à poncer un placard monstrueux, au début des vacances, alors qu’il faisait si beau dehors et que les jours passaient si vite. Tous les soirs, la douleur chantait dans mes bras, dans mes épaules, ajoutant ses harmoniques au chœur des sensations. Le matin, je la retrouvais dans le cou et jusqu’au bout des doigts. Grâce à la douleur, j’explorais des provinces négligées de mon corps, des muscles auxquels on ne s’intéresse pas d’habitude.  Comme on apprivoise un nuage, elle ramenait à chaque instant mon attention vers le centre et l’y tenait jusqu’au soir. Après cela, s’échapper en vélo pour une ballade au cœur du pays sarthois devenait un plaisir intense. La douleur n’a pas de sens esthétique ou moral, sa valeur tient à sa capacité d’aviver le sentiment de présence au monde. Respirer l’odeur du goudron chaud sur la route, le parfum des feuilles gorgées de soleil. De même, la frustration qu’engendre nécessairement la maladresse initiale force à ralentir, à fixer son attention sur l’obstacle, aiguise la volonté de réussir et libère des pouvoirs que l’on ne savait pas posséder.  Le modèle, au fond, c’est le meilleur des coachs. Puisqu’elle tient la pose, on peut bien tenir le crayon.

Il faudrait parler ici de l’amour-propre, et des coups encaissés. François Icher, historien et spécialiste des compagnonnages en France, l’évoque dans l’article de Ca m’intéresse sur le travail manuel : « la remise en question, l’évolution mais aussi l’échec font partie intégrante du travail manuel. Elles permettent de tendre vers l’excellence ». C’est ainsi le moyen d’affirmer sa présence dans l’imaginaire : ce que je trace ici sur le papier, forme ou trait, devient la scène où je convoque les acteurs, les chanteurs de mon opéra. On pourrait y voir une métaphore de la déterritorialisation, du passage de la patte à la main dans Mille Plateaux de Deleuze-Guattari. (Deleuze et Ca m’intéresse dans le même paragraphe, secouez moi !).

Dans l’atelier, les anciens se contentent de regarder et de sourire, échangent une remarque, un silence complice. Ils savent le coût de la moindre courbe, apprécient la progression, les reculs. Semaine après semaine, ils reviennent pour l’amour du sport.

Coup de coeur à Max Gratto


On  aime le Glob de Max Gratto, qui a fait sa réapparition après une longue et mystérieuse absence dans les limbes de facebook. On l’a vu rôder dans les ateliers de Belleville, un carton à dessin sous le bras. Très beaux morceaux de Marjorie, et des  noirs charbonneux.

http://portfoliosg.over-blog.net/

Et puis aussi Aracanthe parce que dessiner sur modèle (vif), ca vous ravive

http://www.aracanthe.org/

Et puis on avouera qu’on préfère Boltanski à Murakami, mais c’est pas parce qu’on a cité trois fois les Inrock qu’on est sponsorisés par Mathieu Pigasse, hein (On n’est pas non plus sponsorisés pr monsieur Pinault mais c’est pas pour ça qu’on préfère Boltanski à Murakami. Disons simplement que Boltanski, c’est du lourd).

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/42409/date/2010-01-26/article/boltanski-au-grand-palais-derniere-oeuvre-majeure-du-xxe-siecle/

Zut, encore trop long, ça passera jamais sur Twitter!