Archives de Catégorie: Guérir

Revivre


Les rues de Paris étaient calmes, hier soir. Tout en célébrant le nouvel an parmi des amis chers, j’éprouvais de la tristesse pour mon pays inquiet, meurtri, saccagé, en panne d’espoir et d’amour de soi. Le balcon de ces amis donnait sur la rue où les terrasses du Petit Cambodge et du Carillon auraient dû résonner de cris de joie, de vœux, d’embrassades. Et puis, une bande de jeunes est passée dans la rue, criant « bonne année » à tous ceux qui les saluaient depuis leur balcon. Nous avons répondu à ces inconnues, on s’est souhaité la bonne année, la tour Eiffel au loin s’est mise à scintiller. La vie reprenait ses droits,  comme elle a l’a toujours fait après toutes les catastrophes. Paris revenait à la vie, en mode cocooning et sans étincelles, mais sans renoncer non plus. Ma ville assommée, groggy, mais pas défaite. Notre ville-lumière, capitale de l’amour et de l’esprit pétillant, de la joie de vivre et de l’insolence, a besoin de nous, des liens que nous savons nourrir, de notre résilience créative. En ces temps où le climat déréglé fait fleurir les roses en décembre, nous devrons être nous-mêmes les sources de joie, d’énergie, d’espoir, trouver par nous-mêmes la combativité pour faire face à l’adversité. Car si nous ne le faisons pas, personne ne viendra le faire pour nous.

A jamais, le premier jour de l’an restera une date pr Lire la suite

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Anak


In memory of Alvin Eumague, departed October 2, 2014.

Anak, so, this is where you live now. In the trembling light. A feather carried by the gentle breeze, among the chirping birds and the joyful colors of September. There is moss on the stones where I sit but it is not cold.  A bell rings, far in the village. Seasons come and go. The cycles of life. Once again we have come to close this house for the winter. Another look at the garden. Cyclamen are now discreetly displaying their light lilac hues under the chestnut tree. I should enter the building now, but it is so damp. Although you never came here your presence lingers around,  in the subtle scent of apples, and there are honey jars in the basement of the castle where they used to keep cider, generations ago. Like these kernels your soul will keep growing and singing, cracking in the dry summers through the trunk and branches of the big sequoia tree. Such a lovely, lovely day to remember you. In KL, you recorded funny faces on my camera, knowing I would find them only later.  For you were such a clown, and so gifted. What now with the promise of your life? Where is that smile of yours, this laughter of yours, and what to do with your anger now? Now you have joined the deepest rivers, nurturing underground currents and preparing to spring up in songs. For you will be the spring, that much I know, and those rays of light caressing our face. You will, but for now there is winter to go through. Sitting on the stairs outside the door, I fill my lungs with fresh air. Soon I must enter this place and face memories of the week-end I spent here, writing and waiting anxiously for news from you, just before you left us, almost a year ago. Life is calling and demanding much of us. There is love to be shared and consolation to be given. And there are particles of gold in every life you’ve touched, in every cycle we go through, in the humblest grass. Anak, my child, I will go now, and fill this house with gratitude.2015-09-27 14.02.18

Le Petit Prince élu des français


Avant noël il y a la nuit de décembre, et c’est sur ce fond d’un noir profond, collant, glacial, qu’il se détache. La lumière naît de ces heures froides. La promesse et la fête.

L’enfance.

Avec son insatiable curiosité. Avec son exigence, et sa croyance absolue que rien n’est impossible.

Le 11 décembre, on apprend, en regardant la Grande librairie (le classement ici), que le livre qui a le plus changé la vie des français (enfin, ceux qui s’expriment), serait le Petit Prince, d’Antoine de Saint Exupéry.

Dans un premier temps, cette annonce me comble de joie. Le Petit Prince, devant Madame Bovary, la Recherche et le Voyage au bout de la nuit. La poésie la plus pure, nourrie aux sources de la plus profonde sagesse,  de la plus grande générosité, la découverte de l’Autre et de son mystère.

Un livre né dans la nuit de la guerre et de l’Occupation. Dans la solitude New-yorkaise de l’auteur, si loin de la France, de sa planète natale.  Et puis voilà qu’un éditeur malin lui suggère d’inventer l’histoire de ce drôle de petit bonhomme qu’il ne cesse de griffonner sur des papiers, des nappes de restaurant.

Et voilà qu’il prend vie, ce petit bonhomme, avec son insistance et ses points d’interrogation.

« Apprivoiser », dit le renard. L’un des mots les plus beaux de la langue française. Scintillant, pétillant sous la langue, un doigt posé sur les lèvres et des gestes tout en retenue. Une rose, à nulle autre pareille. Différente, parce qu’aimée. « Si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres».

Je suis heureux que mes compatriotes aient fait ce choix. Pour une fois que je suis en accord avec la majorité. Dans notre société au bord de l’asphyxie, cette élection « princière » fait entrer un peu de fraîcheur.

Et puis je m’interroge : n’y a t-il pas quelque chose d’un peu régressif dans cette décision?  La tentation de se réfugier dans la nostalgie de l’enfance, comme une protection contre la dureté de la vie ? Mais le fait est qu’il s’agit de l’ouvrage en langue française le plus traduit au monde. Or, on ne peut soupçonner la planète entière de succomber à la nostalgie. Il y a donc bien « quelque chose », et ce « quelque chose », je le nommerai poésie.  N’en déplaise à ses détracteurs (il y en a, qui s’expriment sur Twitter), le Petit prince est un conte, une fable, le récit d’un voyage à la découverte de l’Autre et de ses « planètes ».

L’Autre dont la présence nous construit ou nous reconstruit (Cyrulnik). C’est pour cela que nous fêtons noël. La fête des enfants, de la naissance et du renouvellement.

Noël, c’est le top départ de quelque chose d’énorme.  La guérison du monde (merci et pardon, Frédéric Lenoir). Nous en sommes, chacun pour sa part, les rois mages ou les bergers émerveillés, porteurs d’espérance  et de cadeaux.

Une promesse pareille, et qui se renouvelle tous les ans, bien sûr que ça change la vie !

de rouille d’os et de courage


Un exemplaire de la Croix ramassé dans le métro nous annonce qu’on va vers noël.

Ca tombe bien.

Je veux dire : il était temps.

Pour répondre au mail d’un ami qui a besoin d’encouragements, je relis Cynthia Fleury, la fin du courage (lien).  En 2011 (des super-réserves de courage) j’avais déjà évoqué, mais trop brièvement, ce livre-coup de poing à l’estomac.

Ca commence très fort, avec une préface d’une densité rugueuse, explosive. Le genre d’impression qu’on doit avoir quand on est aspiré dans un trou noir. Sauf que personne n’est revenu pour en parler.

Elle, oui, elle est sortie de son trou noir. Mais de justesse. On sent qu’elle n’est pas passée loin, et cela donne au livre un caractère d’urgence et d’authenticité qui manque dans la production contemporaine.

Je pense en particulier à Frédéric Lenoir. Dommage qu’il écrive mou, sans aspérités, car c’est un très bon trendspotteur, il faut lui reconnaître au moins ça. La Guérison du monde, par exemple,  évoque la tentation du découragement. Chez lui, cela donne : « il existe des antidotes au poison du découragement et de la passivité qu’il entraîne. Il convient d’abord d’avoir à l’esprit que le monde que nous voyons à travers les médias n’est pas le monde réel,  mais un spectacle du monde quotidiennement mis en scène par les médias selon une partition limitée à la litanie des mauvaises nouvelles » (p.276). Sauf que se retrouver comme mon ami E. par terre avec le visage éclaté, un AVC et l’assurance qui se dérobe, ça n’est pas un spectacle, c’est une réalité pour un certain nombre de gens autour de nous.

Chez Cynthia Fleury, cela donne, en plus violent : « c’est étrange de savoir que « tenir », à l’instant, ce sera surtout ne pas passer à l’acte ».  Et plus loin : « l’apprentissage de la mort, est-ce celui du courage ? Savoir qu’il va falloir tenir alors que rien ne tient ? » Elle emploie souvent ce mot, « tenir », les poings crispés mais ne lâchant rien.  J’y pensais dimanche soir en regardant de rouille et d’os, le magnifique film de Jacques Audiard avec Marion Cottillard et Mathias Schoenarts. Eux aussi « tiennent », et finissent par guérir non sans prendre au passage une sacrée dégelée (au sens propre comme au figuré). Qu’elle est belle, courageuse, émouvante, Stéphanie, face à la mer, lorsqu’elle retrouve les gestes de la dompteuse. Lenoir, ou son éditeur,  aurait titré : « danse avec les orques ». (J’ai l’air de me moquer, comme ça, mais cela ne vous dispense pas de le lire.)

Mais revenons à Cynthia Fleury : « nous vivons dans des sociétés irréductibles et sans force. Des sociétés mafieuses et démocratiques où le courage n’est plus enseigné. Mais » (quand je vous dis qu’elle ne lâche pas), « qu’est-ce que l’humanité sans le courage ? Si ma chute peut sembler poétique, celle qui est collective est gluante. Et je vois bien que le salut ne viendra que de quelques individus prêts à s’extraire de la glu, sachant qu’il n’y a pas de succès au bout du courage. Il est sans victoire. » et là, le diamant noir, l’appel à mobilisation générale si on ne veut pas moisir avec les trous du cul de la Complaisance généralisée jusqu’à la fin des temps : « La vrai civilisation, celle de l’éthique, est sans consécration. Les cathédrales de l’éthique son devant nous. (…) Et dans cette époque sans courage, nous sommes encore tous naissants ». (…) Comment faire ? Qui pour m’extraire du mirage du découragement ?   (Les même mots que chez Lenoir mais elle appuie là où ça fait mal : sur le détonateur). »Car il me reste un brin d’éducation pour savoir que ce n’est qu’un mirage. Qu’il n’y a pas de découragement. Que le courage est là ; comme le ciel à portée de regard ».

Je l’aime vraiment bien, la Cynthia-pitbull. Et me revient l’une des plus belles répliques de Marion-Stéphanie dans « de rouille et d’os » : « la délicatesse, tu sais très bien ce que c’est, tu n’as pas arrêté d’en avoir avec moi depuis le début ».

Alors lui, force brute, s’exécute avec une puissance, un amour, une humilité totales, comme on lave les pieds d’un SDF.

Voilà, avec toutes ces digressions je n’ai toujours pas évoqué le Royaume, d’Emmanuel Carrère, mais en fait si.

Bon courage, mon pote. Guéris vite.

Mes amis m’ont prêté des livres


Un jour où j’avais du chagrin, mes amis m’ont prêté des livres. Des livres en papier, avec une couverture et des pages à toucher, que l’on feuillette ensemble en cherchant ses passages favoris pour se les lire, les commenter longuement, les savourer à deux. Il y en a toute une pile à côté de mon lit. Des romans, des essais, de la poésie, des livres sur l’art. Les uns sont neufs, je n’ai pu résister à la tentation de les acquérir alors même que j’avais largement de quoi m’occuper. Les autres sont plus anciens, bombés, avec des coins légèrement cornés, des couvertures où s’imprime la trace des doigts qui les ont tenues.  Ceux-là s’enrichissent de lecture en lecture, ils portent en eux la mémoire de lecteurs et de lectrices attentives qui les ont incorporés dans la trame de leur vie.

De Le Clézio, Tempêtes évoque un coin d’Asie où la mer, les rochers et les hommes s’entrechoquent brutalement. L’amie qui me l’a prêté partage avec moi ce goût de l’Orient où vécut sa famille.  Elle me fournit régulièrement de la très bonne came-à-lire (à moi seul tous les personnages, de John Irving), et comme nous avons le même sens de l’humour c’est à chaque fois un plaisir redoublé.

Un autre roman, dont j’oublie le titre et l’auteur (!),  commence par une procession de femmes dans le nord du Vietnam : elles s’enfoncent loin dans la forêt pour y chercher du miel, renoncent à cause d’une averse, on sent la chaleur tropicale, la touffeur de la jungle et la peur des serpents, mais le roman me tombe des mains. Trop d’Asie tue l’Asie. J’enchaîne avec des essais : Cyrulnik, « de chair et d’âme », Jean-Claude Ameisen, « sur les épaules de Darwin », Frédéric Lenoir, « la guérison du monde », avant d’aller chercher mon miel dans « Le Royaume », d’Emmanuel Carrère (ce sera ma prochaine chronique). Pardon pour l’énumération en chaîne, limite « name dropping », ça fait un peu B52 larguant ses bombes au-dessus des forêts du Laos,  mais mon propos n’est pas aujourd’hui de parler du contenu. Mon sujet du jour, ce sont les lectrices et les lecteurs. Et puis, on m’attend pour peindre un plafond. (Le bricolage, toutes formes de travail manuel, peindre ou poncer, idéal aussi pour guérir).

Prêter des livres est une manière qu’ont trouvé les humains de prodiguer de l’affection, de témoigner sa solidarité à ceux qui en ont besoin. C’est leur manière de contribuer au processus de guérison, comme on dirait : « tiens, prends des vitamines », ou « et si tu te remettais au sport » ? Tous ces conseils sont excellents, mais les livres offrent quelque chose de plus, quelque chose d’inestimable : ils sont comme les ambassadeurs de ceux qui nous les ont prêtés, dévoilant, par le choix des titres et des auteurs, quelque chose de leur intimité.

Et ca, c’est de la gelée royale.

Méditation d’amour et de lien


En ce jour où l’on commémore les horreurs de la première guerre mondiale, j’ai plaisir à vous proposer, avec Christophe André, une Méditation d’amour et de lien. Le livre-CD « Méditer jour après jour » propose une série d’exercices très accessibles. Ceux qui avaient découvert la méditation en pleine conscience avec « méditer pour ne plus déprimer », apprécieront les nouveaux exercices sur des thèmes variés.

http://livre.fnac.com/a3531890/Christophe-Andre-Mediter-jour-apres-jour

Précisons, s’il était encore nécessaire, que la méditation, tout comme le coaching, n’est pas réservée à « ceux qui vont mal », mais à tous ceux qui désirent « aller encore mieux ». Pratiquer, s’entraîner à la bienveillance envers les autres, envers soi-même, envers le monde qui nous entoure, ne peut faire que du bien.

Je vous souhaite un 11 novembre sous le signe de l’amour, de l’affection, du lien et de l’harmonie.

Avec une pensée toute particulière pour mon ami Pierre T, qu’il se porte bien.

Léman Montreux 5

 

le laboratoire du bonheur


S’il est un conseil que je donnerais volontiers à quelqu’un dont le moral ne va pas très fort, c’est d’aller vers les autres. Surprise : la joie peut être au rendez-vous !

Encore faut-il être bien entouré, au risque de s’entraîner mutuellement dans une spirale descendante. Bien entourés nous l’étions tous, la semaine dernière, au Happylab forum (une association qui a pour mission de faire monter la France sur le podium des pays les plus heureux au monde. http://www.happylab.fr/). Ce « Laboratoire du bonheur » rassemble deux fois par an un public venu d’un peu toute la France pour partager un moment de bonheur, entendre des intervenants et participer à des ateliers-découverte.

Or il s’est passé quelque chose de très touchant au Happylab Forum de samedi dernier. Comme le grand conférencier célèbre prévu n’avait pu faire le déplacement, l’équipe du Happylab a décidé de proposer un atelier en remplacement de la conférence. Excellente idée, qui lui a permis de mettre en pratique l’intuition exprimée par Jessica, l’une des fondatrices, dans leur livre « le laboratoire du bonheur ». Cette idée, c’est « qu’en explorant notre bonheur, nous pouvons contribuer à faire celui d’autrui ». Prolongée, cette proposition devient : « c’est en m’ouvrant aux autres que j’ai le plus de chances d’accroître mon bien-être émotionnel, et le leur ». Quitte à surmonter pour cela les appréhensions habituelles et la peur d’exprimer nos émotions en public. La conférence finale a donc fait place à un atelier auquel tous étaient invités à participer. Les consommateurs de bonheur se sont ainsi, de facto, transformés en producteurs-distributeurs, et s’en sont trouvés bien contents, à en juger par l’expression de leurs visages. Des exercices en petits groupes, très simples, facilitaient les échanges dans un climat de bienveillance et d’attention. Ceux qui ressentaient le besoin de pleurer l’ont fait, la plupart ont  découvert le plaisir de l’écoute authentique. Chacun a pris sa douche de compliments, s’est exercé à la gratitude, a fait travailler des groupes de neurones tout étonnés de se trouver dans le même circuit.

Comme le thème du Forum était l’éducation, tous étaient venus avec leurs enfants intérieurs et certains avec leurs enfants réels. Les uns et les autres se sont bien amusés.

Juste avant l’atelier, André Stern http://www.happylab.fr/?works=andre-stern, au fabuleux talent de conteur, nous a fait partager le bonheur d’un petit garçon invité à monter à côté de l’agriculteur sur le siège d’une VRAIE moissonneuse-batteuse en pleine action. Je jure qu’à cet instant, personne dans la salle n’avait plus de quatre d’âge mental, pardon, d’âge émotionnel.

Auparavant, Antonella Verdinani, qui se consacre à la recherche et à l’accompagnement de projets éducatifs innovants,  avait secoué la salle en proposant à des volontaires de guérir des blessures infligées par de malencontreux éducateurs. Les parents présents se sont bien juré de laisser désormais s’épanouir tout le potentiel de leurs enfants libres.

A la fin de l’après-midi, le tour de parole a révélé combien les participants avaient apprécié la confiance qui leur avait été faite. On avait trouvé des clés pour déverrouiller son propre bonheur et celui des autres. On brûlait d’envie d’essayer, juste après, dans le métro, à la maison, le lendemain au travail, dans la vie de tous les jours.

Soudain, l’exception n’avait plus rien d’exceptionnel.

Le livre : http://www.happylab.fr/2014/02/le-10-avril-sortie-du-livre-happylab-le-laboratoire-du-bonheur/

Et cette idée de Frédéric Lenoir, dans la Guérison du monde, sur la prise de conscience du caractère relationnel de l’identité humaine (éditons fayard).

Un grand merci à toute l’équipe de bénévoles, Jessica, Joanna, Benoît, Ludovic, zut j’en oublie j’en oublie j’en oublie…