Comment la cigale apprit à danser aux fourmis


Parfois je pense à la cigale, aux remords étreignant la fourmi radine, qui la laissa crever de faim quand l’hiver fut venu. 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Certains initiés en connaissent l’étrange épilogue : quelques siècles plus tard, la cigale choisit de se réincarner dans une grande ville occidentale. Se souvenant du conseil donné jadis par sa voisine, elle apprit à danser, et fit si bien qu’on la réclamait de toutes parts dans les salles de sport où les fourmis laborieuses venaient entretenir leur forme et déstresser. Elle s’amusait de les voir, raides comme des piquets, se déhancher gauchement sur des musiques bollywoodiennes. Ce qui les rendait particulièrement nerveuses, c’était une rumeur affirmant que leurs emplois de fourmis seraient bientôt remplacés par des robots animés par de l’Intelligence Artificielle. Les plus diplômées d’entre elles tentaient de se rassurer en se disant qu’elles étaient beaucoup trop compétentes et s’acquittaient de tâches bien trop sophistiquées pour  des robots. La plupart, cependant, n’étaient pas dupes. Elles agitaient frénétiquement leurs antennes et leurs petits corps grêles serrés dans des maillots fluos pour oublier un moment l’angoisse du lendemain. La cigale, pas rancunière, tentait de leur enseigner l’art de bouger en harmonie avec son corps, avec la musique, et même avec la lumière du jour. Certaines des fourmis, touchées par la grâce, y parvenaient. La plupart se contentaient de maigrir, ne pouvant concevoir de plus haute ambition. Selon leur logiciel, en effet, le bien-être était une idée dangereuse, une redoutable brèche dans l’esprit de discipline qui avait assuré la survie de leur espèce depuis des millions et des millions d’années.

Le compagnon de la cigale, qui était poète, venait parfois la retrouver à la fin du cours. Tandis que les fourmis, épuisées, filaient se changer au vestiaire, ils s’entraînaient en vue d’un concours de tango auxquels ils s’étaient inscrits tous les deux. L’une des fourmis, fascinée par l’harmonie de leurs mouvements et la joie qui rayonnait sur leurs visages, s’approcha timidement.

-comment faites-vous, leur demanda t-elle, pour jouir ainsi de la vie quand tout nous incite à l’angoisse?

-suivez-moi, répondit simplement la cigale, et elle l’entraîna hors de la salle de sport, dans un square où des enfants jouaient en poussant des cris d’excitation.

-vous voyez, madame, ils n’ont pas peur du futur : ils l’inventent.

Le hors-bord et l’intelligence collective


Aujourd’hui, Buencarmino s’intéresse à la chose publique. Non pas sous l’angle du programme, qui n’est pas l’objet de ce blog, mais sous celui de la méthode, qui nous intéresse. La séquence politique vertigineuse que nous venons de vivre offre un terrain d’observation passionnant pour le coach en intelligence collective.

Résumons les faits. Un hors-bord de 39 ans vient de traverser la France. Laissant dans son sillage des partis politiques fracassés, bousculant tous les rapports de force, il invite à une sorte de grand remix où chacun retrouvera des fragments du monde ancien mais samplés, remasterisés, accompagnés d’un beat plus rapide et qui donne envie de danser. Cela, c’est pour l’image. Dans la réalité, les morceaux de banquise pulvérisés n’aspirent qu’à se refermer sur l’audacieux pour le broyer impitoyablement. La moindre erreur, épiée par les ricaneurs professionnels, sera jetée en pâture à l’opinion, lestée d’un triomphant « on vous l’avait bien dit » qui dispense à l’avance de toute prise de risque et de tout véritable engagement. Il est tellement plus facile de liker que de réfléchir, plus amusant de tuer, d’une vanne bien ajustée, la proposition imparfaite. On sent bien, pourtant, que le retour en arrière est impossible.

Le peuple français, mis en appétit, a sacrifié ses vieux caciques. Devant ce champ de ruines, où s’échauffe une équipe à peine composée, il reste en attente, inquiet, sceptique, se demandant quels arbitrages l’affecteront, et de quelle manière. Nous sommes dans un entre-deux. L’erreur, c’est de regarder vers le haut, hypnotisés par cette image que nous renvoient les média et les réseaux sociaux. Or les défis de notre pays sont beaucoup trop complexes pour pouvoir être résolus par un seul homme, fût-il entouré de brillants cerveaux. Car les cerveaux ne font pas tout, et surtout pas le mouvement.  J’aime beaucoup l’idée d’Olivier Zara selon lequel l’´ingrédient de base de l’intelligence collective serait l’intelligence situationnelle. Autrement dit, la compréhension de ce qui se passe sur le terrain. Je me souviens de cet arbitre de foot bénévole expliquant la manière dont il appliquait les règles en fonction de son ressenti, du rapport de forces et de l’intensité des émotions. Dans de telles situations, la règle n’est qu’un point départ, une référence. Plutôt que d’opposer de manière stérile le peuple aux élites, pourquoi ne pas chercher à les reconnecter ? Or, cela s’apprend.

Par exemple ici : https://www.facebook.com/events/1706357786329820/ (merci à Yolande, Mia, Agathe et Abhinav pour une décoiffante soirée « Théorie U » hier soir au Falstaff).

La voie de l’intelligence collective, enrichie de techniques éprouvées, constitue la voie du milieu pour ceux qu’anime l’envie de participer au mouvement des choses. L’autre ingrédient, c’est la responsabilisation de chacun. Encore faut-il, pour qu’elle puisse s’exercer, un cadre favorable et des raisons d’espérer.

La compassion, l’empathie, la bienveillance, l’appréciation réciproque nous aideraient à traverser cet espace de tous les dangers.  Cela s’acquiert, il y a des compétences nécessaires à développer. Le scepticisme n’est pas une preuve d’intelligence, il représente juste une forme aboutie de lâcheté. Ce qui n’interdit pas la vigilance, et même l’exigence. Wishful thinking? Peut-être. La question demeure : cette nouvelle équipe entend surmonter les anciens clivages. Très bien. On applaudit. Est-elle équipée pour le faire? On le saura très vite.

L’homme dans le paysage


Tout paysage est imprégné de l’histoire et du travail des hommes. Quand je vois une route, je songe à ceux qui l’ont empruntée, une haie m’évoque ceux qui l’ont plantée, un bord de mer peuplé d’oiseaux, ceux qui ont permis qu’il soit protégé. Une amie me faisait un jour observer, au cœur d’une forêt profonde, des chênes au tronc épais, dont les premières branches démarraient assez près du sol. Elle m’expliqua que ce devaient être les traces d’une clairière, où les paysans menaient leurs porcs se nourrir de glands. Ainsi, les traces de cette activité médiévale demeuraient parmi nous, lisibles à qui savait les déchiffrer. Dans une ville, ce sont d’anciennes publicités vantant des marques disparues qui réapparaissent à l’occasion d’un décoffrage, dans le métro, ou sur des murs trop hauts pour qu’on eût songé à les remplacer. Qui buvait ces apéritifs amers ? Quelles mères de famille nombreuse utilisèrent ces lessives au nom désuet ? Je me souviens des stations de métro condamnées, à Berlin. Elles restèrent figées « dans leur jus » jusqu’à la réunification, et même un peu après. On pouvait encore voir en 1992 des publicités datant de 1961. Puis le Mur tomba. On a recouvert les parois de publicités nouvelles, mais l’Homme de 1961, qu’est-il devenu ? Dans toutes les peintures chinoises, on trouve un petit personnage assis sous un arbre, ou traversant une rivière. Seul au milieu d’un paysage immense. Ecrivant ce texte dans le métro, au moment où il traverse la Seine pour s’engouffrer dans le tunnel de Passy, comment ne pas songer à l’histoire de cette ville, si profonde ? Le visage d’une ville, comme celui d’un homme ou d’une femme, exprime la beauté singulière que prend la vie lorsqu’elle va jusqu’au bout de son expression. « « L’univers n’est pas obligé d’être beau », écrit François Cheng dans « Œil ouvert et cœur battant ». « Nous pourrions imaginer un univers uniquement fonctionnel, sans qu’aucune idée de beauté ne vienne l’effleurer (…) Pour qu’il y ait vie, il faut qu’il y ait différenciation des éléments, laquelle, se complexifiant, a pour conséquence la formation de chaque être en sa singularité (…) A mes yeux, c’est avec l’unicité de chaque être que comme la possibilité de la beauté ».

Où le poète oriental rejoint la pensée d’Edgar Morin, le philosophe occidental.

Il continue : « L’unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l’instar d’une fleur ou d’un arbre, n’a de cesse de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat singulier, qui est la définition même de la beauté ».

Soyons attentifs à ces traces et curieux de leur histoire. Ainsi se gagne la présence.

Un jardin en Touraine


A l’ombre d’un clocher quasi millénaire, penché comme celui de Combray, c’est un village cossu aux belles maisons de tuffeau clair. Une longue rue descend parmi les propriétés ceintes de murs, d’où s’échappent des parfums de lilas et de glycines. Un portail d’un bleu pâle ouvre sur un espace impressionniste, ancien verger où les herbes poussent dru, où des iris sauvages jettent des touches de mauve, où les traces de la tondeuse à gazon dessinent un malicieux labyrinthe. Des outils de jardinage abandonnés sur la terrasse invitent à la paresse. La douceur de l’air est palpable.

Deux chats règnent sur ce jardin, terreur des pigeons et des taupes. Des arbres fruitiers, des fleurs en buisson ralentissent l’écoulement du regard. Par moments, un rayon de soleil vient caresser la joue du visiteur exténué. Quelqu’un propose du café. Puis on ira marcher, rien ne presse.

Au fond de cette vallée coule une rivière animée de courants, de tourbillons, de petites bulles pétillantes. Comme dans la méditation, elles remontent à la surface et crèvent, ou se laissent entraîner vers l’aval. Une odeur familière de feuilles et d’eau imprègne ce paysage. Fraîcheur d’avril, tempérée, changeante. Une branche penchée au-dessus du courant scintille comme les gouttes de lumière dans un tableau de VerMeer. On pense à Corot, à Poussin, puis on oublie les références. Même la mélancolie se délite. Il aurait fallu venir avec un chien, ou pêcher. Lire, peut-être, mais les aphorismes de Lin-Tsi prêtés par un ami me tombent des mains. Plus tard, je l’abandonne pour Un été avec Montaigne, d’Antoine Compagnon.

Revenus sur la terrasse, nous reprenons le fil d’une très ancienne conversation. L’Asie, bien sûr, et l’amitié. Le courage qu’il faut parfois pour se dire des choses déstabilisantes, et qui font avancer. La comédie du sens, on tâtonne.

Pourquoi Montaigne s’est-il mis à écrire les Essais ? s’interroge Compagnon. Pour canaliser ses folles pensées qui courent en tous sens « comme un cheval échappé ». Ordre et désordre, dans le lieu/paysage et dans la pensée. L’écriture et le jardinage, deux manières d’apprivoiser le désordre sans chercher à le supprimer. Il en résulte un ordre vivant, comme les mouvements de l’eau dans la rivière. Ce chaos est régi par des lois, il génère l’apparition de propriétés émergentes, tout comme le choix de tondre à diverses hauteurs l’herbe du jardin nous renseigne sur les intentions du jardinier. Ou sur ses goûts.

De même, en passant de Lin-Tsi,le célèbre maître T’chan,  à Montaigne, je savoure la sagesse du philosophe qui n’affirme rien, ne propose pas de « solution », mais ne renonce pas pour autant à chercher, sinon du sens, du moins une manière supportable de vivre au milieu des turbulences. Il s’interroge : « que sais-je » ? Et sa question creuse un gouffre dans lequel disparaissent toutes les haines.

Violence de Pâques


Il est arrivé! Quoi? Le printemps! A ne le voir qu’au travers d’images romantiques, pommiers en fleurs et gazouillis d’oiseaux, on en oublierait que le printemps déchire. Littéralement. La peau trop fine, trop neuve, qui recouvre nos émotions craque sous la violente poussée de sève. Il faut que quelque chose meure pour que l’appétit de renouveau soit satisfait.   C’est la violence de Pâques. Nous sentons vibrer l’écho d’anciennes religions et mythologies inspirées par le cycle des saisons. Croyances désuètes et configurations obsolètes doivent laisser place à de nouvelles figures.  D’autres en sortiront raffermies.

Lilas en Touraine

Chaque année, les oiseaux créent un chant nouveau, pour séduire à nouveau l’oiselle. Leurs cellules naissent et disparaissent, pour laisser la place à d’autres. Et nous ? De quelles naissances voulons-nous être les accoucheurs ? Tandis que nos horizons s’élargissent, l’être en nous qui s’émeut demeure, évolue, suit son propre rythme. Notre corps le sait bien, mais notre esprit l’oublie. Quelles promesses décidons-nous de renouveler ? A quoi resterons-nous fidèles ?

La poésie, madame, et les Oiseaux Rares


Pourquoi la poésie africaine n’est-elle pas invitée au festival d’Avignon cette année? Mystère.

Il faut se gorger de poésie, l’aimer comme on respire, ou comme on jette un défi.

Un défi à la banalité. A la résignation. A tout ce que vous voudrez.

C’est une exigence folle, un étonnement constant.

Car la poésie n’est pas chère, mais elle n’est jamais gratuite.

Hommage aux Oiseaux Rares (Les Oiseaux Rares), magnifique librairie du quartier Croulebarbe où vibrent les mots, les idées, où l’on peut entendre parfois des auteurs lire des extraits de romans, de poèmes,  où l’on trouve, posé parmi tant de trésors, un recueil de Nimrod.

« J’aurais un royaume en bois flottés » (nrf Poésie/Gallimard) contient d’inestimables pépites, comme celle-ci, rude et contemporaine :

« Ils les frappent avec des tuyaux d’arrosage

Ils les frappent avec des tuyaux en latex

Ils les frappent sous le soleil de midi

Ils les frappent en double salto »

ou bien :

« J’ai souvenir de cet éléphant qui s’éloigna

Comme se déploie

Le dédain »

Ainsi nous frappe la vie, et nous nous déployons en salto, comme ces étudiants tchadiens maltraités par la police. Après, ce qui revient, c’est encore la vie. Mais une vie plus brillante, plus dense, plus rauque. Un écart. Ce qu’elle nous propose? Naître à la poésie. Jour après jour.

 

 

 

 

La Stratégie du Thé par Olivier Zara


La Stratégie du Thé, d’Olivier Zara, présente une approche aussi solide qu’astucieuse pour dépasser les limites du modèle pyramidal traditionnel, encore dominant dans la plupart des entreprises en France, sans pour autant tomber dans le dogmatisme trop souvent constaté chez les tenants des nouvelles approches managériales, telles que l’entreprise libérée ou l’holacratie.

Pour employer une expression à la mode, Olivier Zara remet l’église et la mairie au centre du village, de part et d’autre de la place du marché, c’est à dire qu’il intègre ces deux approches dans un concept de « management paradoxal » qui doit beaucoup à Edgar Morin et à la systémique. Ce qui est agréable, c’est qu’il le fait avec une bonne dose d’humour et de pragmatisme, et surtout avec un grand sens de la pédagogie.

Plutôt que de vouloir imposer une clé supposée ouvrir toutes les serrures, il distingue trois types de situations, correspondant à trois niveaux de difficulté : simples, compliquées, et complexes, appelant chacune des modes de prise de décision et de management distincts. Le fil conducteur de l’ouvrage est d’ailleurs la recherche d’une excellence décisionnelle qui met l’accent sur ce qu’il appelle la « performance amont », par opposition à la « performance aval » uniquement centrée sur l’exécution.

Contrairement aux adeptes de l’entreprise libérée, Olivier Zara n’invite pas à supprimer les couches managériales intermédiaires, mais propose de les connecter à de nouvelles sources de légitimité face à ce qu’il identifie comme les quatre grandes catégories de « pages blanches » : des situations complexes, pour lesquelles il n’existe aucune voie tracée d’avance.

S’adressant aux managers de proximité aussi bien qu’aux chefs de projets et aux dirigeants, la Stratégie du Thé enrichit le corpus d’ouvrages de management et de stratégie digitale d’une réflexion subtile autant que pragmatique. Très accessible, le livre nécessite cependant une lecture linéaire, en suivant l’ordre des chapitres. Quitte à y revenir ensuite pour revoir et approfondir tel ou tel passage.

La Stratégie du Thé s’inscrit dans la continuité des précédents ouvrages d’Olivier Zara sur l’intelligence collective et le mangement digital, qu’il synthétise et prolonge. Il offre des clés pour mobiliser l’agilité, faciliter l’innovation et susciter l’engagement dans un environnement volatile, incertain, complexe et ambigu (VICA).

C’est à mon sens l’un des ouvrages les plus pertinents et les plus utiles que l’on puisse lire à ce jour sur le sujet, et sur l’excellence décisionnelle.

Ceux qui ont eu le privilège de participer à l’une de ses formations sur la technique de réflexion collective « Synergy4 » peuvent attester de son efficacité.  Un questionnaire préparatoire permet de générer rapidement un nombre impressionnant d’interrogations qui nourrissent à leur tour une réflexion sans aucune complaisance.  Aucun angle mort ne subsiste après un pareil traitement. L’intuition collective qui se dégage au fur et à mesure des tours de table successifs encourage la prise de décisions fortes, innovantes et pertinentes. Il ne reste plus ensuite qu’à relire la Stratégie du thé, qui livre un mode d’emploi bien ficelé pour rendre irrésistibles les innovations proposées.

A commander ici : http://www.blog.axiopole.info/2016/10/27/strategie-du-the/

Intelligence collective et butinage (deuxième partie)


Résumé de la première partie : la première de mes trois journées de cours sur l’Intelligence collective à Paris 3 est dédiée aux fondamentaux, que nous explorons tout d’abord sous forme de discussion, puis à travers une série d’exercices pratiques. Ce groupe, assez jeune, allie la fraîcheur du regard à une certaine maturité du questionnement. Riches d’une large diversité d’expériences professionnelles ou associatives : football, colos, théâtre ou jobs d’été, ils cherchent des réponses pratiques aux difficultés qu’ils ont déjà pu rencontrer.  Sans naïveté ni complaisance, ils ont soif d’apprendre et d’expérimenter.

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Pratique et magie de l’intelligence collective


La ferveur était au rendez-vous, samedi, à Paris 3 Sorbonne Nouvelle, où j’animais la première d’une série de trois journées sur le thème « réussir ses projets avec l’intelligence collective ».

Au départ, le pari n’était pas gagné : le titre un peu austère en avait rebuté quelques-uns lors du semestre précédent. Il avait d’ailleurs été prévu de le modifier en « pratique et magie de l’intelligence collective », mais pour des raisons mystérieuses, le changement n’avait pas suivi. Du coup, je me demandais combien de participants se présenteraient, un samedi matin, pour travailler sur ce sujet assez indirectement lié à leurs études principales.

La réponse n’a pas tardé : ils étaient 30 au départ, bientôt 35 en comptant les retardataires.

Je commence par interroger les étudiants sur leur vécu du travail en groupe. Les réponses sont mitigées, voire franchement dubitatives. La plupart expriment un sentiment de frustration lorsque ce sont toujours les mêmes qui travaillent pour compenser l’absence de contribution des autres.  Ils estiment peu équitable que tous aient la même note au final, au point que certains ont fini par demander à leur professeur de les noter séparément.

Je leur explique alors que l’on retrouve les mêmes sentiments de frustration dans de nombreuses situations professionnelles, y compris dans les startups. L’enthousiasme initial s’émousse rapidement face à la réalité des comportements humains.

Les témoignages sont très variés, tirés de leurs expériences universitaires, associatives ou professionnelles : il y a là un arbitre bénévole de football, une animatrice de colo, des actrices de théâtre, une employée de banque, une traductrice œuvrant au sein d’un groupe de travail virtuel, réparti dans plusieurs pays. A travers cette première discussion, ils prennent conscience de la diversité de leurs expériences, et je leur fais observer la richesse que cela représente pour le groupe.

Les thèmes émergents font apparaître quelques-uns des concepts que nous allons approfondir durant ces trois journées :

  • Quelles sont les responsabilités individuelles et collectives ?
  • Comment assurer un niveau de mobilisation constant, également réparti entre les divers membres de l’équipe ? Est-ce d’ailleurs possible, ou faut-il s’accommoder de variations inévitables ?
  • Que faire lorsque le niveau de compétences est très inégal ? Comment évaluer les contributions de chacun ? Doit-on mesurer uniquement la production, ou prendre en compte la contribution, qui peut se faire sous d’autres formes : clarté de vue, capacité à communiquer, soutien moral, talent de médiateur, …
  • Comment gérer les écarts de comportement ? Faut-il appliquer des sanctions, et si oui dans quels cas ? Ou bien faut-il préférer une approche de type « réparation » ?
  • Quel équilibre instaurer entre le souci d’efficacité et celui de ne pas heurter les sensibilités ?
  • Qu’est-ce qui est équitable ? Pour les individus ? Pour le groupe ?
  • Comment prendre en compte les contraintes : nécessité de jouer le soir devant un public de théâtre, de respecter les enfants, les règlements sportifs ou professionnels ?

Le bâton de parole tourne à toute vitesse, l’attention est soutenue. Parmi les « règles du jeu », je demande à chacun de dire son prénom avant d’exprimer son point de vue ou de poser sa question. Le but est à la fois d’apprendre à se connaître, et de se responsabiliser dans sa prise de parole.

Le débat fait des aller-retour constants entre les exemples vécus et les concepts. Je leur explique la notion de « position Méta », dans laquelle on s’intéresse à la manière dont le groupe fonctionne et non pas à sa production (le contenu) . C’est par exemple le fait d’avoir une « discussion sur la discussion », ou la nécessité de poser des règles de gestion des désaccords à froid, bien avant d’aborder les sujets qui fâchent. Ainsi, lorsque les premiers désaccords apparaîtront, on n’aura pas à discuter en même temps des écarts et de la manière de les gérer. Ils comprennent cette idée en approfondissant le rôle du médiateur, les situations dans lesquelles il serait judicieux d’y avoir recours, et celles où le groupe devra prendre ses responsabilités.

Les règles, initialement vécues comme des contraintes ou des notions implicites ne méritant pas qu’on s’y attarde, sont maintenant perçues comme un moyen de prévenir ou au moins de gérer les conflits. Peu à peu apparaît le besoin d’un cadre, d’un référentiel, qu’il soit donné d‘avance (règlement du travail, droits de l’homme,…) ou co-construit. Ainsi, le principe selon lequel au théâtre, dans le cadre d’une improvisation, « toute proposition doit être acceptée, quelle qu’elle soit » constitue une règle implicite, mais connue et généralement respectée de tous.

Mais il ne suffit pas d’avoir ou de se donner des règles : comment les appliquer ? De manière stricte ou selon le contexte ? L’arbitre bénévole de football évoque sa décision de ne pas donner un carton rouge, pourtant mérité, afin de faire retomber la température parmi les joueurs et le public.

D’ autres principes émergent, tel que l’entraide parmi les animateurs de la colo, qui doivent prendre sur eux et se retenir d’exprimer des émotions négatives envers leurs collègues, soumis à une forte pression pendant toute la journée. Solidarité, responsabilité, intégrité, transparence, engagement : quelle est la part des valeurs collectives, relationnelles, individuelles ? Je leur propose d’adopter la proportion 50-25-25, que nous reprendrons dans un exercice en deuxième journée.

Pour souligner l’importance de poser un objectif commun, je leur propose de créer ensemble une communauté apprenante, je leur explique le principe de co-responsabilité, et l’importance de la ponctualité : chacun d’entre nous est une ressource pour les autres, et du coup, être en retard, c’es se priver de l’expérience vécue, impossible à rattraper en lisant un support écrit, mais c’est aussi priver les autres de sa contribution (ses idées, son écoute, son soutien).

Au fur et à mesure que les retardataires arrivent, je demande aux étudiants de leur expliquer eux-mêmes ce principe. Cela nous permet de lancer ensuite une discussion sur la mise en application concrète du principe de sanction-réparation : faut-il donner des pénalités aux retardataires, ou leur permettre de compenser leur retard en apportant quelque chose de plus au groupe ? L’idée d’une compensation non-culpabilisante fait son chemin.

A suivre …

La petite fille aux mandarines


Dimanche 11 janvier 2015 – Juchée sur les épaules de son père, la petite fille aux joues maquillées de bleu-blanc-rouge épluche une mandarine, et l’odeur s’en répand sur les deux millions de personnes rassemblées.

Des marseillaises éclatent. Un groupe de jeunes escalade la colonne de Juillet.

Quel souvenir gardera t-elle de cet après-midi? Se souviendra t-elle des chants, de la foule à perte de vue, des drapeaux agités dans l’air? Conservera t-elle l’image des puissants de ce monde passant dans leur camion blindé, ou la poésie de cette multitude colorée, sans haine, force vive et compacte faisant corps avec l’être même de la ville comme si la Seine était sortie de son lit et s’était transformée en ce peuple  fier, serein, pétillant et drôle?

Avec le recul, pour moi, c’est l’odeur des mandarines et ses yeux de petite fille.

 

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sur des épaules de géants (2 sur 2)


Résumé de la première partie : l’histoire du petit G… et des conversations que l’on peut avoir aux urgences d’un hôpital parisien. Quand la vie nous force à grandir en accéléré. Quand nous avons l’impression de devoir remplir des vêtements trop grands pour nous. Et qu’on y arrive tout de même. Et qu’on apprend que ça s’apprend. Avec de l’aide.

Le stress de la rentrée en sixième, pour beaucoup de nos concitoyens, c’est désormais tous les mois, voire tous les jours. Ou pour le dire en langage sportif : la barre est désormais trop haute, le chrono trop serré. Face à une telle diversité de situations, il existe tout un faisceau de moyens à mobiliser.

C’est un bouquet de croyances, de valeurs, d’images mentales qui nous aident en permanence à prendre et à maintenir des décisions difficiles. Appelons-les nos « multi-vitamines mentales ». Elles circulent tout autour de nous et leurs effets bénéfiques se renforcent mutuellement. Une vidéo inspirante du dernier discours de Michelle Obama, ou, plus caustique, celui de Meryl Streep aux Golden Globes. Car l’ironie aussi peut être une manière saine d’affirmer ses valeurs. Dire ce qui est inacceptable nous définit. Savoir ce que l’on veut et ce que l’on refuse. Définir la victoire en ses propres termes : comment, dans quel état voulons-nous sortir d’une situation, aussi pénible soit-elle ? C’est cet état d’esprit qui transforme une défaite provisoire en épisode qui précède le rebond. La vie est un fleuve étrange, dont l’eau circule dans tous les sens à la fois.

Les parents du petit G… ont eu la sagesse de se concentrer sur la confiance en lui plutôt que sur les bulletins scolaires. La bonne nouvelle, en effet, c’est que la plupart des ressources dont nous aurons besoin sont déjà là, en nous ou autour de nous : discernement, courage, amour, ténacité, endurance. De même pour les compétences et les informations nécessaires à la résolution des situations les plus complexes.

Ainsi, au moment où nos parents recommencent à occuper le centre de notre vie en raison de leur vulnérabilité, un réseau familial, amical, social et professionnel apparaît ou se constitue, prêt à se mobiliser. On prend soudain conscience d’appartenir à toute une génération confrontée aux mêmes difficultés, riche d’une extraordinaire expérience. Ces proches ou moins proches mettent généreusement à notre disposition un énorme capital d’empathie. C’est que chacun se sent concerné, à plus ou moins brève échéance. De quasi-inconnus font un pas en avant pour donner un conseil, un renseignement précieux. Bien entendu, la qualité de ce réseau et de sa mobilisation dépend de nous.

Oser dire clairement ce dont on a besoin, exprimer de la reconnaissance, savoir transformer les demandes les plus ennuyeuses en actes d’amitié et d’amour. Telles sont les nouvelles compétences que nous devons acquérir pour faire face au labyrinthe médical, administratif, aux questions pratiques de toute sorte qui se bousculent et aux émotions parfois violentes qu’elles suscitent.

Tenir le cap, c’est aussi une affaire d’entraînement, comme le démontre « Sully ». Le film raconte l’histoire du pilote du vol US Airways 1549, contraint de poser son Airbus au milieu de l’Hudson lorsque ses deux moteurs tombèrent en panne brusquement. La reconstitution de l’accident, entrecoupée de flash-backs, montre bien comment toute la formation puis la carrière de ce pilote extraordinaire l’amènent à prendre de manière instinctive LA bonne décision, qui sauve la vie des 155 passagers. Géant ? Bien sûr, mais cet instinct s’est aiguisé, construit sur des heures et des heures de pratique dans des environnements toujours plus stressants. Enfant, celui-là ne rêvait probablement pas de sauver des vies, mais de piloter de super machines volantes.

– « Vois-tu d’autres options ? » demande « Sully » à son copilote.

– « non », répond celui-ci, terrifié mais d’une concentration parfaite.

– « Alors on va le poser sur l’eau. »

Et il le fait, sans perdre une seule vie humaine.

Plus tard, la commission d’enquête le met sur le gril, au point de le faire douter un instant d’avoir pris la bonne décision. Mais il se reprend, fait face, et persuade les examinateurs de réintégrer le facteur humain dans leurs calculs.

Ce film est la réponse que l’Amérique a mis 15 ans à apporter au 11 septembre, première dans la série des Grandes Dates Noires. Avec un humour typiquement new-yorkais, le capitaine des pompiers va jusqu’à dire au pilote désemparé : « en matière d’avions, votre atterrissage est la meilleure chose qui nous soit arrivé depuis de nombreuses années ».

On se souvient que les new-yorkais avaient réagi au 11 septembre en développant encore plus de courtoisie et de solidarité. On repense à la manifestation Nationale du 11 janvier, dans toute la France, après Charlie.

Le message est clair : face à la présidente de la Commission d’enquête, qui vient de le décharger de toute responsabilité et le félicite pour son exploit, le pilote rappelle que les 155 passagers ont pu être sauvés grâce au concours de tout l’équipage, des garde-côtes, des plongeurs et des sauveteurs qui les ont recueillis. Il le dit sans fausse modestie, comme une évidence bonne à rappeler dans une époque qui appelle à la solidarité mais valorise principalement le chacun pour soi.

Alors, Nains ou géants ? Il faut imaginer la terreur de la chenille au moment de devenir papillon, et lui décrire les merveilles du printemps, lorsque ses ailes à peine sèches la porteront de fleur en fleur sous le soleil d’avril.

Il faut imaginer le petit G.… devenu, quelques années plus tard, un puissant nageur, champion dans sa catégorie – le relais.

Il faut entendre le message de « Sully », le pilote héroïque et merveilleusement compétent.

Commencé  aux urgences de St Joseph, puis de Léopold Bellan, en hommage au personnel de ces hôpitaux qui font un  travail formidable.

Sur des épaules de géants (1 sur 2)


Parfois, nous avons l’impression que la Vie nous force à devenir des géants.

Je me souviens du fils d’une amie, un garçon de 10 ans … Lors de son entrée en sixième, le petit G.… a commencé à faire des cauchemars.

Emmené chez une pédopsychiatre, il s’est dessiné tout petit au milieu de ses deux parents immenses. La psychologue expliqua alors aux parents perplexes qu’il exprimait un refus face à ce qu’il ressentait comme une pression pour grandir trop vite.

Ce stress du « passage en sixième », nous pouvons l’éprouver à divers moments de la vie personnelle ou professionnelle. Changer de travail, de métier ou de pays, recomposer sa famille, faire face à la perte d’autonomie ou à la disparition de ses parents, à la maladie grave d’un conjoint. Tout devient extrêmement compliqué, et, comme le petit G.… à la veille de son entrée en sixième, nous sommes terrifiés à l’idée de ne pas être à la hauteur.

C’est que nous avons oublié une donnée essentielle. « Si j’ai pu voir si loin », écrivit Copernic, « c’est que j’étais juché sur des épaules de géants ». Face aux épreuves de la vie, nous sommes tous des géants-porteurs les uns pour les autres. La coopération, qui requiert la confiance, serait même selon l’éthologue Frans de Waal l’un des plus grands avantages compétitifs de l’espèce humaine (l’Age de l’empathie, 2010).

Reste à gérer le vertige. Le principal travail d’adaptation consiste d’abord à rééduquer notre « oreille interne ». Comment percevons-nous la distance qui nous sépare de l’objectif ? Et si elle nous paraît vertigineuse, comment la réduire ? La technique la plus efficace consiste à transformer les obstacles, réels ou imaginaires, en un plan d’action. « Je n’y arriverai pas » devient : « sur quels paramètres ai-je du pouvoir », puis « quelles sont les principales questions à résoudre, et dans quel ordre » ? Et enfin : « comment progresser » ?

Voyant qu’il avait des difficultés dans les matières classiques, les parents du petit G.… lui proposèrent de tenter diverses activités pour multiplier les occasions de réussir, parmi lesquelles la natation.

Semaine après semaine, ils lui ont prodigué leurs encouragements, hurlant au bord des bassins. Il dut maîtriser sa peur, apprendre à respirer sous l’eau, à bien finir une épreuve. Lutter dans ce terrain mouvant, dépourvu de points d’appui, où les muscles tirent, où mille sirènes vous implorent de lâcher. Il en a bavé, mais il a tenu.

Comment se motive t-on pour gagner quelques dizaines de secondes ? De la même façon qu’on se mobilise pour tenir face à la maladie. C’est la conclusion à laquelle nous sommes arrivés en discutant avec une coach sportive rencontrée par hasard aux urgences d’un hôpital parisien.

Elle accompagnait un client. Moi, des proches. On attend beaucoup aux urgences. Tandis que son client se tord de douleur sur son brancard, un coude déboîté, flambant de jeunesse au milieu des vieillards dans son maillot jaune et rouge, je lui fais part de mon intérêt pour tous les facteurs de l’endurance. Nous nous apercevons rapidement que nous parlions le même langage : fractionner l’objectif, tenir le pas gagné (Rimbaud), qui dans le foot se traduit par « occuper le terrain », voire « conserver le ballon », enregistrer et célébrer le moindre progrès, analyser froidement les échecs, et surtout se projeter dans le « maintenant » de la victoire.

Pour un malade en voie de guérison, cela peut être une expo que l’on se promet d’aller voir avec des êtres chers. Pour le sportif, un progrès régulier lors des prochaines compétitions, ou gagner dans un lieu symbolique.

Il s’agit de construire des anticipations positives (« monter en première division »), couplées à des principes d’action de style « je ne raccroche pas avant d’avoir conclu au moins une vente » pour le commercial, ou « chaque minute de vie est une occasion d’aimer, et de se le dire », à propos d’un être cher.

Jusqu’ici, rien de révolutionnaire. Ce qui change, c’est la multiplicité des occasions d’appliquer la méthode. La pression exercée sur les individus est trop forte, les ruptures de repères trop nombreuses et surtout elles se succèdent de manière si rapide et si violente qu’il devient indispensable d’industrialiser le procédé.

A suivre…

Ce qui nous rend plus forts


Chers lecteurs, chers happy few,

Tout d’abord, merci pour votre fidélité. Vous n’êtes pas très nombreux, mais votre lecture attentive et vos commentaires suffisent à entretenir la flamme.

Pardonnez la tonalité de cette chronique, sombre et combative. Les temps sont durs. On n’en est plus à donner des conseils pour réussir son début d’année, ni même à formuler des vœux. Si vous cherchez du rose bonbon, revenez dans quelques jours ou dans quelques semaines, ou lisez ce qui suit lorsque vous aurez le cœur aguerri. Entre la boxe et les bisous, difficile de tenir le juste milieu.

Il paraît que, depuis « Charlie », nous sommes devenus plus forts, plus endurants. Nous aurions développé des capacités de résilience face à l’adversité. Mais nous sommes aussi devenus plus durs, notamment envers les plus faibles, ceux que la société rejette parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils nous renvoient l’image d’une vulnérabilité qui nous fait peur. Des sociologues ont même créé le terme « pauvrophobie » pour évoquer ce phénomène. Cela ne nous honore pas.

Il y a quelques jours, l’humoriste Nicole Ferroni établissait un parallèle entre les valeurs chrétiennes et le traitement réservé par certaines communes de France aux réfugiés syriens. N’est-il pas étrange en effet de voir ceux qui se réclament ostensiblement de ces valeurs les contredire dans leur refus d’accueillir des familles forcées de fuir la guerre qui a dévasté leur pays ? Score à date : Jésus : 3, Ciotti : 0.

Ici-même, le sujet avait été abordé en 2011 (déjà !) sous le thème du « repos pendant la fuite en Egypte » (lien). S’il devait traiter le sujet aujourd’hui, le peintre devrait représenter la Sainte Famille  en migrants affublés de gilets de sauvetage orange fluo plutôt qu’en jolis drapés Renaissance. Pour le bœuf et l’âne, un rafiot en train de couler, avec des pointes de clous tournées vers l’intérieur, offrirait une représentation cruelle, mais réaliste, de la scène à faire. Imaginons Saint Joseph et la Vierge Marie débarquant sur nos côtes, les pieds en sang, affamés, trempés, grelottants.

Que pouvons-nous faire ? Ouvrir nos cœurs, déjà, et nous rappeler d’où nous venons. Accorder un regard, et peut-être un Euro, au SDF qui nous casse les oreilles dans le métro avec sa complainte usée. Ce n’est pas par paresse de se laver qu’il sent mauvais, et sa voix éraillée n’est pas plus désagréable que celle de Cécile Duflot.

Le but de cette chronique n’étant pas de distribuer des leçons de morale, la question qui nous intéresse est celle-ci : comment tenir le juste équilibre entre la force et la compassion ?

Il ne s’agit pas de choisir entre le pessimisme et l’optimisme, entre l’angélisme et la méfiance, mais plutôt d’identifier et de mobiliser ce que les coachs appellent des ressources, et les peintres : des points d’appui.

Un article américain (lien) évoquait le sujet récemment, sous le titre « how to develop mental toughness ». J’ai hésité sur la traduction du mot « toughness » : comment développer de l’endurance ? De la force mentale ? Plus que la résilience, en effet, ce qui m’intéresse, c’est la capacité de s’ouvrir au monde et d’en absorber les chocs, sans renoncer à notre sensibilité et à ce qui fait de nous des êtres humains complets, sinon accomplis.

Je vous donne le lien ici, et j’y reviendrai dès que j’aurai le temps de développer le sujet.

En attendant, je vous souhaite de développer de la force et de l’endurance, mais aussi beaucoup de tendresse, en cette nouvelle année qui va secouer fort. Qu’elle révèle les talents cachés, la grandeur, la générosité qui ne demandent qu’à s’épanouir. Et n’oubliez-pas : soyez bien entourés.

PS : un mot, bien sûr, à propos d’Istanbul. Cette ville que je ne connais pas encore, et dont l’histoire me fascine, tout comme sa position à cheval sur l’Europe et l’Asie, cette ville est aujourd’hui meurtrie par un nouvel attentat, et j’aimerais apporter toute mon empathie et tout mon soutien à ses habitants. Mais puisqu’on parle de la Turquie, je ne peux pas m’abstenir de citer l’écrivaine Asli Erdogan, dont la résistance face à l’oppression est une leçon de courage pour tous. Et je mentionnerai cette autre écrivaine, Elif Shafak, pour son merveilleux « la bâtarde d’Istanbul ».

Scandale à scander sur les places


 

Quand plus rien ne vaut,

Tout s’envole

Hurlait un jour dans le métro

La folle.

Ce qui se tait

Ce qui s’ébruite

Cette rumeur insensée

Qui revient susurrante

Collante et noire,

Aigrir nos oreilles engourdies

 

Ce qui se défait

Ce qui se tricote

Cette honte

Comment souffrirons-nous,

Ma soeur,

Que le jour recommence

Et que le jour finisse

Que le passé sans fin

Nous heurte et rebondisse

Sur la plage où des enfants meurent

 

Ce qui nous tire

Ce qui nous tient

Ce qui nous lâche

Ce qui nous mord

Ce qui nous émeut

Ce qui fâche

Ce qui nous poursuit

Ce qui nous rattrape

Est-ce la vie

Palpitante et glacée

Est-ce

Un amour percé

Fuyant désolé rapace

Est-ce une sorte d’avidité

Soif dévorante excessive

Une inquiète aspiration

Le contraire de l’audace

Un feu qui pourtant la nourrit

Un fruit pourri

 

Est-ce toi

Réponds réponds vite

Est-ce toi

Car ce n’est pas moi

Ce n’est pas

Mon foyer, ma trace

Je ne suis pas de ces saumons

Remontant vers la source

Et le berceau des fleuves

 

Mon chemin descend vers l’aval

Il va

Vers le plus large océan

Vers la vague scélérate

Et l’angle mort des phares

 

Il descend dans le bleu

Dans l’outremer dans ce qui bouge

Dans les corps qui transpirent

Dans le coeur des voleurs

Où le sang bat plus vite.

Est-ce un chemin d’ailleurs?

Une direction, une autorisation?

Ce chemin de plus en plus lourd

Cette limite

Au bord du silence.

 

Ce n’est pas une frontière

Un évangile, un territoire

Il ne relie ni ne sépare

Il ne se porte pas en bandoulière

Ni en sautoir

 

C’est un chemin qu’on aménage

A force d’y marcher sous les astres

On y rencontrera peut-être

Une diseuse de mauvaise aventure

Des oiseaux de mauvais augure

Et des poètes au chômage.

 

C’est qu’ils ont tout perdu

Les pauvres

Et d’abord notre écoute

Ils ont semé des diamants sur la route

Et récolté du fiel

Ils se sont épuisés

De festival en festival

Les voici sages comme des mirages

 

Sans eux nous avons dérivé

Nous avons failli

Plonger dans un sommeil profond

Nous avons souscrit de mauvais rêves

A crédit

 

Pour manger nous avons vendu

Notre fille à des pirates

Rien que d’y penser

La mémoire éclate

 

Quand on pense à notre idéal

Priez pour nous

Pauvres spéculateurs

Car nous avons bradé

Intérêt et capital

Nous sommes les enfants de Kerviel et de la mère Fouettard

Un caprice à tête de têtard

 

La rumeur enfle

Elle reprend son cours

C’est un boa qui s’apprête à nous dévorer

Comment lutter

Où trouver des armes

Dealer ô mon dealer

Que reste t-il au fond de la boîte?

Un Pokemon d’espérance

Et deux grains d’amour.

 

Il est temps d’aller chercher

Nos vieux amis trempés

Tous les mots de la langue française

Ne nous manquez pas s’il vous plaît

Vous êtes la dernière parcelle de lumière

La dernière étincelle

Et la naissance d’un feu possible

Ne vous dérobez pas

Chers vieux mots

Vous pouvez encore servir

En soufflant sur les braises

Un baiser viral

Qui se fout bien de la foutaise.

Le cours de l’or est suspendu.

 

Un problème bien dessiné est déjà à moitié résolu


Le premier souci du coach est d’aider chacun d’entre nous à retrouver du pouvoir sur sa vie. Avec les bons outils, c’est encore mieux.

Avatar de BuencaRminoBuencaRmino

Avez-vous parfois l’impression d’être débordé par les événements? De bouillonner d’idées, d’envies, de projets, sans savoir par où commencer?

L’un des pères de la psychologie du bonheur, Mihaly Cszickszentmihaly, explique dans « Vivre » que le simple fait d’établir de l’ordre dans son esprit compte parmi les plus importants facteurs de bien-être. Construire une représentation structurée des événements, c’est la première étape pour ne plus les subir. Les amateurs de mind mapping, ou cartes mentales,  ont fait l’expérience de l’apaisement que procure l’action de « dessiner son problème ».  L’effet sur l’esprit est comparable à la vision d’un tourbillon de feuilles mortes soulevées par le vent, qui composent en retombant au sol un motif structuré. Les idées, les émotions mêlées qui dansaient il y a encore un instant devant nos yeux trouvent chacune leur place, et nous éprouvons un sentiment de pouvoir sur notre vie du simple fait de les contempler, ainsi ordonnées.

Comme pour beaucoup…

Voir l’article original 236 mots de plus

Comment devient-on Michelle Obama ?


L’amie C… me demande comment je fais pour trouver encore de la lumière à partager, quand il fait si noir. C’est que la noirceur m’inspire. C’est une adversaire intéressante. Elle mérite bien quelques efforts, surtout lorsqu’elle se fait si dense, si profonde et si nauséabonde. Quand le consensus est glacial, miser sur la chaleur devient un acte de rébellion.
Et puis, pour la lumière, il y a les femmes. Pas toutes. Pas n’importe lesquelles. Celles qui respirent grand, large et fort.
Michelle Obama, par exemple.Michelle pour blog.png

Ma nièce de quinze ans a commencé à s’intéresser à la politique en écoutant son discours du New Hampshire, qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux. Ses cousines plus âgées l’ont regardée sur YouTube, en anglais. On en a parlé sur le Whatsapp familial. Leurs mères, leur grand-mère ont pris le relais, et bientôt la conversation n’a plus roulé que sur cet événement, sa signification, sa portée. Pas seulement pour les américaines mais pour toutes les femmes. Et pour les hommes aussi. Mais comment peut-on avoir autant d’impact sans exercer le pouvoir, et sans miser sur l’influence ?
En un mot, comment devient-on Michelle Obama ?
Comment devient-on cette icône planétaire ? Bien plus qu’un phénomène viral : un exemple inédit de leadership, un modèle. Animée de la même force de conviction que Thatcher, mais généreuse, humaine, et plus inspirante qu’Angela Merkel ou Theresa May. Pour tous les peuples, et pour longtemps. En Europe, au Moyen-Orient, aux Philippines, en Inde et dans toute l’Afrique anglophone.
N’en doutez pas, sa place est assurée dans l’histoire, et pas seulement celle des Etats-Unis. J’ai la conviction que sa trace ne cessera de grandir et de s’approfondir avec son message, au fur et à mesure qu’elle prendra corps dans la vie des femmes de toutes origines et de toutes générations. On étudiera cette vidéo dans les séminaires de communication politique, puis dans les écoles, comme on étudie aujourd’hui l’adresse de Williamsburg. Parce qu’elle capture un tournant décisif.
Plus encore que les faits, le style ou la trajectoire de cette femme exceptionnelle, ce qui frappe, c’est l’élan. Un souffle, une éloquence qui balaient le découragement, les doutes, les objections, capables de retourner, d’enflammer, de jeter dans l’action le public le plus cynique, le plus désabusé qu’on ait connu dans l’histoire américaine.
Une femme.
Une voix puissante, qui dit non
Qui dit stop
Qui dit ceci doit cesser immédiatement
La veulerie, le mépris, le sexisme outrancier, la haine crue, l’ignorance affichée comme un trophée, ce torrent de boue vomi jour après jour par un ego que rien ne bride.
Une voix qui demande le respect. Qui l’exige. Sans compromis.
Sous la lumière intense de ce projecteur, le choix devient clair. Limpide, même. Transcendée, la peu ragoûtante compétition entre une politicienne chevronnée et un évadé fiscal fier de son incompétence passe dans une autre dimension. Avec des mots simples, prononcés distinctement de manière à pouvoir être comprise de toutes, Michelle Obama dessine un monde vivable et désirable.
Quel que soit le résultat de ces élections, celle qui sut dès le premier jour mettre un D majuscule dans l’expression Première Dame a fait voler en éclats l’image conventionnelle d’une épouse de président. Après avoir gagné le respect, la confiance et l’affection des américaines, imposant la normalité de la présence d’une femme noire à la Maison blanche, elle a trouvé dans le soutien à la candidature d’une autre un canal extraordinaire pour exister et faire exister ses convictions les plus profondes.
Elle l’a fait en un seul discours, mais quel discours ! Acéré comme un diamant, brûlant d’une fureur contenue, canalisée, rageuse, tout en faisant preuve d’une maîtrise incroyable, tandis qu’elle exprimait sa douleur, son refus de l’humiliation, soulevant peu à peu toute une salle pour résonner bien au-delà des seuls Etats-Unis, aux quatre coins de la planète.
Dans cette époque où des peuples entiers se vautrent dans la haine, cédant à leurs instincts les plus abjects, où l’on cherche parfois en vain des raisons d’espérer, elle affirme avec éclat qu’il n’est pas besoin d’espérer gagner pour agir.
Il suffit, mais c’est énorme, insensé, de garder le cap en s’accrochant à cette vertu si peu tendance, dernier refuge de ceux qu’écrasent l’arrogance et la vulgarité des puissants : la dignité.
Michelle, ma belle.

Le marron d’Hudson ou les saisons du changement


marronsLe marron, frais sorti de sa bogue, doux au toucher, lisse et d’un beau brun luisant, de quoi nous parle-t-il ? De l’automne et de ses sortilèges, de l’enfance, des promenades sous les arbres penchés, sur un tapis de feuilles colorées, où les bruits s’amortissent. On le ramasse, on le tient dans la paume de sa main pour le plaisir de goûter sa tiédeur, sa rondeur apaisante, bienveillante, amicale.

Il ne promet rien, pas même la conservation des souvenirs plaisants, encore moins le retour des beaux jours, car on sait que l’hiver approche, mais le tenir ainsi nous fait du bien. Sa discrétion rassure. C’est un ami fidèle, sur qui l’on sait pouvoir compter. Sa magie n’a rien de spectaculaire, mais elle touche à l’essentiel. Car ce beau fruit possède le pouvoir d’absorber une partie de nos chagrins, d’alléger nos craintes, et de nous ramener dans le cocon de l’instant présent.

C’est un doudou naturel, protecteur et consolateur, comme ces musiques qu’on écoute en boucle à l’adolescence, déchirés par la nécessité d’aimer et de grandir, de rupture en rupture.

Il y a de la joie dans sa manière de refléter la lumière. Il l’enrichit d’une tonalité généreuse, synonyme d’abondance et de satiété. Grâce à lui, l’automne devient une saison de la résilience, un temps de récolte où la vie révèle de nouveaux accords, plus riches, plus complexes et plus variés que ceux des saisons pleines. Les concerti pour mandoline, de Vivaldi, font merveilleusement chatoyer ces sonorités délicates, soleils de fin d’après-midi passant à travers des feuillages ou multipliés dans le courant d’une rivière.

Le coach Hudson, au beau nom de fleuve nord-américain, a formalisé dans sa théorie du changement la métaphore des quatre saisons comme cycle du renouvellement, que précèdent le tri, l’abandon, la germination. Rien ne sert de vouloir accélérer le processus. Chaque étape est nécessaire.

Le marron, dans sa complétude, nous renvoie quelque chose de nous-mêmes. Il nous dit que nous possédons les ressources et le talent nécessaires pour rebondir, quand le moment sera venu. Mais il nous donne aussi l’autorisation de prendre un temps de repos, un temps pour soi. Ce besoin de confort, d’intériorité, parfois stigmatisé comme une tendance à l’égoïsme, écoutons-le. Ne craignons pas le silence, l’immobilité : c’est le terreau dans lequel germinent les projets les plus audacieux. Dans ces moments-là, soyons de bons compagnons pour nous-mêmes. Apprenons à apprécier ce qui est là, comme on passe un chiffon imbibé de cire sur des meubles en bois pour accentuer leur luisant.

Ce marron, recueilli dans une forêt de France, évoque aussi pour moi l’Amérique du nord, des envies de voyages, et de très belles conversations. Que vous dit-il ?

 

La peluche Tamaloo, triomphe de la douceur active


Dimanche 11 septembre 2016.

Une date qui donne le frisson. Comment ne pas se souvenir, en l’écrivant, de ce jour où la confiance s’est déchirée pour des millions de gens aux Etats-Unis, et sur toute la planète ? Depuis cet événement, les cyniques et les pessimistes ont beau jeu de se moquer de ceux qui portent, malgré tout, l’espoir dans la possibilité d’un monde meilleur, plus vivable pour les prochaines générations.

On observera d’ailleurs que ce sont souvent les mêmes qui, par leur négationnisme climatique, retardent l’adoption des mesures audacieuses qui permettraient d’éviter le pire.

Dans leur bouche, le mot « bisounours » résonne comme une douce injure. C’est une arme hypocrite, à la violence déguisée en condescendance, redoutable en réalité. On peut leur répondre avec cette puissante citation de Vaclav Havel, rapportée par le pasteur Rainer Eppelmann à Angela Merkel à un moment où elle se trouvait en difficulté en raison de sa politique d’accueil envers les migrants.

« L’espoir », écrivait l’ancien dissident Tchèque, « l’espoir, ce n’est pas la conviction qu’une chose se termine bien, mais c’est la certitude que cette chose fait sens, quelle que soit la manière dont elle se termine ».

Mais l’horreur n’est pas le sujet de cette chronique. Nous reviendrons plutôt sur la douceur, la douceur active, intelligente, efficace.

Hier, j’étais à Novancia pour coacher des doctorants participant aux 24 heures chrono de l’entrepreneuriat (https://www.novancia.fr/24H-chrono-entrepreneuriat-doctorants-2016), organisé conjointement par cette école et l’ANRT.

Le pitch : « Avec pour objectif de désacraliser l’entrepreneuriat, cet évènement doit permettre aux participants de conjuguer leurs connaissances scientifiques avec l’audace de la création d’entreprise.

10 équipes de 7 doctorants vont concourir durant 24 heures non-stop pour proposer à un jury d’industriels et d’entrepreneurs des projets d’entreprises réalistes s’appuyant sur leurs connaissances scientifiques »

Dans la pratique, ce sont 70 participants et leurs coachs qui phosphorent non-stop, deux jours et une nuit, dans un cadre propice à la formation de l’intelligence collective. La diversité des disciplines scientifiques et des cultures garantit la richesse des propositions, mais cela rend aussi plus difficile d’en choisir une seule et de l’affiner jusqu’à ce qu’elle se transforme en un projet viable.

Vivre le deuil d’une bonne idée, à fortiori de plusieurs, est une expérience pédagogique essentielle, surtout lorsqu’on la vit en mode accéléré.

C’est la deuxième fois que j’ai le privilège d’accompagner une équipe dans le cadre de ce Challenge, en Australie en mai dernier et cette fois-ci à Paris. A chaque fois c’est un bonheur de travailler en compagnie des esprits les plus vifs, les plus frais (même après 24 heures sans dormir), les plus innovants. Les aider à canaliser leur énergie créative dans un sens productif, à renforcer leur argumentation, à se préparer à la redoutable épreuve du passage devant un jury très averti.

A la fin de la journée, les deux semi-finalistes ont l’honneur de présenter leur projet devant le jury et l’ensemble des participants.

L’un de ces deux projets m’a particulièrement touché. Les doctorants avaient décidé de s’attaquer au sujet de la douleur des enfants malades, difficile à traiter efficacement car ils ont du mal à expliquer leurs symptômes.   Pour contourner la peur de la blouse blanche et favoriser le dialogue avec les enfants, ils avaient eu l’idée d’équiper de capteurs une peluche, la « peluche tamaloo ».

Des caméras fixées dans les yeux de la peluche pouvaient capturer l’expression faciale des enfants, qui constitue un indice fiable de leur niveau de douleur. Un microphone et d’autres capteurs sensibles permettaient d’enrichir le contact sensoriel avec l’enfant pour pouvoir établir ensuite le traitement le plus efficace.

Cette alliance de la science médicale, de la technologie et de la douceur enchanta le public, soulevant des salves d’applaudissement.

Une fois de plus, il était démontré que les bisounours pouvaient gagner la partie. Les capteurs et le big data au service de l’empathie : quoi de plus puissant ?

Capitale de la douceur (suite)


Trois conseils poético-pratiques en ce lundi matin :

En septembre, élargissez la focale. Comme en photographie, le cadre élargi de l’image fait apparaître, au-delà des contrariétés, tout ce que l’on peut attendre de cette arrière-saison,et qui donne du plaisir : septembre est aussi la saison de la récolte. Raisin, poires, champignons : soyez gourmands. Ressortez vos recettes, invitez des amis, régalez vos familles et vos papilles.

Deuxième conseil : pratiquez le recadrage cognitif : pensez Reprise, plutôt que Rentrée : le mot évoque la puissance d’un véhicule, sa capacité à accélérer au moment critique. Ecoutez vos désirs, consultez vos envies, mettez-vous en mouvement. Si les enfants se réjouissent de rentrer, c’est qu’ils anticipent des expériences positives.

Troisième conseil : aimez, et faites-le savoir. « Parce que c’est lundi, parce que c’était moi »…

Pardonnez l’espiègle déformation de la citation bien connue de Montaigne sur l’amitié : « parce que c’était lui, parce que c’était moi »… C’est que nous nous sommes apprivoisés au fil des chroniques. Jouant tour à tour le rôle de l’aviateur en panne dans le désert, du renard et du Petit prince, nous avons créé des liens. Et dans ces liens, je crois qu’il y a de la douceur, de la bienveillance.

Pressé par le temps je souhaite vous inviter à chercher la lumière et les pépites de ce jour, (puisque vous avez très probablement passé l’âge de chercher des Pokémon).

Qui apprivoiserez-vous cette semaine ?