de nouveaux yeux pour voir le monde


Un article qui pose la question du regard et de l’artificialité de l’image corrigée, selon une nouvelle technique qui permet de juxtaposer des prises de vue bien éclairées sous tous les angles. On appelle cela la photographie computationnelle.

 

http://expo-photo.blog.lemonde.fr/2012/03/07/de-nouveaux-yeux-pour-voir-le-monde/

Ancrage


Le coach et le dessinateur ont ceci de commun qu’ils cherchent le point d’appui. Pour le dessinateur, il s’agit d’observer attentivement la posture du modèle pour repérer la ligne de force aboutissant au point d’ancrage, sur lequel repose tout le poids du corps. De là, le regarde remonte et trouve les proportions, les angles et la tension des muscles : le corps dessiné vit. Aucune photo ne permet de saisir aussi bien que le modèle vif ce subtil équilibre : il faut ressentir le corps de l’intérieur, peser avec lui, ressentir le souffle de l’air sur sa peau nue, respirer à son rythme, avec bienveillance, pour pouvoir bien le dessiner.
Le coach écoute son client, pose des questions susceptibles de faire émerger les ressources et les capacités de la personne qui doute, hésite, s’interrompt parfois : laisser naître du silence, et du silence, une forme. Un souvenir heureux, d’anciennes réussites, une qualité que l’on se reconnaît, des proches offrant leur inconditionnel soutien. C’est une roche affleurant sous le sable, à marée descendante, et que rien n’emporte. Qui sait quelle vie grouille là-dessous ? L’important, comme pour le modèle, c’est que la vie est là.

Il y a toutefois une différence importante entre le dessinateur et le coach : tandis que le premier crée lui-même un objet, qu’il s’approprie, le second n’est que l’’outil par lequel son client dessine son projet, puis le fait exister dans le monde réel.

Photo du film Pina, de Wim Wenders (voir : « Songkhram à Wuppertal)

ce monde qui vient (suite)


Ce monde qui vient (légendes photographiques)

Ce monde qui vient aura des dieux étranges qu’il faudra déchiffrer
Des silences provocants
Et beaucoup trop de tout
Ce monde qui vient nous met la fièvre
J’aime à rêver qu’elle suit parfois le parcours de la Bièvre
Et coule, en s’apaisant

Ce monde qui vient rendra nos pas glissants
Ce monde qui vient progressera sans oracles
Il aura ses processus et ses protocoles
Ses Bonaparte et quelques montres molles
Des talents d’organisateur
Et ce qu’il faut pour se faire peur

Ce monde qui vient sera toxique, aride, et révoltant
L’argent coulera dans ses veines souterraines
Il aimera le sexe et la mort
La célébrité, le pouvoir, le sport
Il aura ses Beckham, ses ManU, ses caciques
Des cartels venus du Mexique

Ce monde aura de vraies délicatesses
Des sourires à tordre la foule
Ce monde aura le cœur métis
Il aura perdu le goût du réglisse
Et la jouissance dégingandée
Des pavés

Ce monde qui vient sera loufoque
Désolant, rauque et craquant de tendresses froissées
Veloutées au toucher comme des feuilles jaunies
Tu te souviendras des automnes
Avec nostalgie
Mon amour, et des allées du Luxembourg

Ce monde qui vient se paiera notre pomme
Acidulé de couleurs pop
Il nous refilera ses divas, ses drones
Il fera de nous des pantins
Des Tintins, des filous
Des monstres hybrides à la tête de clou

Ce monde qui vient sera lisse comme la glace
On s’y lancera de toutes nos forces avec la ferveur des hollandais
Sur leurs canaux
Ce monde qui vient sera brutal
Comme tous ceux qui l’ont précédé
Parfois, la peur sera tenace

Ce monde qui vient pétillera d’Agiles et de SCRUMS
Et puis de poésie
Quand les soldats de pacotille
Mimeront des floraisons d’idées
Quel printemps ce sera
Tu verras !

Ce monde aura, s’il vient
Toujours de quoi se démaquiller
Les doigts des femmes danseront comme des oiseaux devant leur visage
On aura des soins sans beauté
Des velléités d’esclavage
Et des chorégraphies bleutées

Nos impulsions seront tactiles et les fleurs digitales
On s’achètera de nouvelles vies
Ce sera de la balle
Tout ira plus vite
Sauf les frites

On n’aura plus ces yeux de braise
Qui vous meulaient le regard comme des fraises
Il n’y aura plus de sidérurgie
On connaîtra tout de la plasturgie

Tout sera minimal, idéal, sidéral
Souvent banal
On ne sera plus jamais vraiment ivres

La chair ne sera jamais triste
On ne lira plus tous les livres

Mais on s’en fout, puisqu’on, c’est nous

Accordion


La femme, l’homme et l’accordéon. La présence de Pina dans l’espace entre les corps. Très très berürhrend.

Accordion.

full fathom five (à Catherine Willis)


Je ne cesse de retourner sur le blog de Catherine Willis, et puis un jour je trouve le début d’une citation qui me fascine, chatoiement de mondes sub-aquatiques sous le signe des métamorphoses…

Image

Ce monde qui vient ou la lèvre aval


Cette deuxième partie de l’article « ce monde qui vient » aurait dû être publiée juste après la première, début janvier, mais les chemins de l’écriture ont pris quelques détours. Une circonstance imprévue autant que stimulante ramène le sujet dans le radar de Buencarmino, voici donc la suite, enfin, une suite.
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La crise qui se prolonge et s’approfondit de jour en jour nous invite à une forme de sobriété, d’humilité qui n’exclut pas l’audace. Car l’année passée fut aussi celle des révolutions. Face à la peur, au risque de torture, saluons avec Michel Serres le courage de la jeunesse arabe et tout particulièrement des femmes.

Invité de Bruno Duvic sur France Inter le 30 décembre, le philosophe Michel Serres dressait un bilan de l’année écoulée avec clairvoyance, lucidité, et une forme d’espièglerie que l’on peut se permettre lorsque on a beaucoup vécu, réfléchi et voyagé.

Quelques pépites : sur la crise « nous vivons dans une sorte de crevasse dont nous voyons très bien la lèvre amont et dont nous voyons très mal la lèvre aval ».

Sur la Syrie, après avoir salué le courage extraordinaire des manifestants : « je n’en dirai pas plus, car en dire plus ce serait encore entrer dans la société du spectacle »…

Sur le « nouveau monde » : « dans ma carrière d’enseignant, j’ai assisté à la victoire de la femme… les meilleurs étudiants sont des femmes… sur le marché de l’emploi, les femmes sont fondamentalement plus pro que les garçons »… « les femmes sont aujourd’hui victorieuses sur le plan de l’éducation mais il y a encore peu d’égalité entre les hommes et les femmes ».

Avant lui, Jean-Claude Guillebaud avait écrit un beau livre sur « le commencement d’un monde », auquel cet article se réfère. Alternatives Economiques lui avait à l’époque rendu un bel hommage. « Tout cela aboutit à ce que l’auteur appelle, à la suite d’Edouard Glissant, « une créolisation du monde », l’invention de formes, de cultures, de pratiques métissées, dans un mouvement que la mondialisation accélère et qui annonce à la fois l’émergence d’un monde à venir différent et les crispations des intégristes de tout poil qui le refusent. »

Crispations …

Alors que dire de cet étrange baiser avec une lèvre aval qui se dérobe, sinon que la peur n’est rien que la suspension du courage, et que celui-ci consiste à regarder en face tout ce qui vient, même et surtout lorsque cet inconnu se présente enveloppé d’un épais brouillard.

Cette lèvre aval est l’autre rive d’un fleuve qui se perd dans le jour, car on peut se perdre dans le jour autant que dans la nuit, par sécheresse d’âme et petitesse de vue.

La raison d’être de ce blog au départ était de saluer la dignité des hommes et des femmes qui se lèvent pour vivre et changer leur vie, d’interroger et de partager cette expérience du risque assumé, le goût d’explorer de nouveaux territoires en se tenant toujours au plus près du corps et du ressenti.

Aujourd’hui, le chaos des images et des sensations est peut-être mieux à même que les mots, sinon d’appréhender ce qui vient, du moins de tendre vers la lèvre aval.

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Pour une journée internationale du corps


Coup de coeur pour le beau blog québequois « dessiner le corps » qui propose une journée internationale du corps. A suivre et à partager.

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Extrait : Pour une journée internationale du corps

Le corps est en général mal aimé. Il est désiré, idéalisé, parfois admiré lorsque son exceptionnelle beauté le démarque de l’ordinaire, d’avantage convoité, consommé, exploité, évalué et jugé, jusqu’à en être méprisé, rejeté, exclu (et enterré), mais rarement honoré et véritablement aimé pour ce qu’il est.

Il est le bouc émissaire par excellence. Banni, humilié, puni, châtié, martyrisé et torturé pour des paroles et pensées qui viennent d’avantage de la tête que de son propre élan de corps, il subit docilement et en silence toutes sortes de maltraitements.

Tout ce qui s’érige en propriétaire absolu du corps (plus spécifiquement le mental), se considérant « au dessus » de la condition corporelle, se permet d’en jouir à sa guise, de le pousser à bout et de le malmener, le considérant au même titre qu’un esclave ou un animal.

L’humanité s’est ralliée autour de toutes sortes de journées internationales, dont celle de la terre, pourquoi n’y en aurait-il pas une pour le corps?

Parions que si le corps était mieux aimé et compris, la planète ne s’en porterait certainement que mieux.

Alors votons pour une journée mondiale du corps! Cela pourrait aujourd’hui même, ou être une journée flottante, imprévisible, en hommage au fait que rien de ce qui est vivant ne peut se manifester sans le don du corps. (lire la suite : http://dessinerlecorps.wordpress.com/2012/02/12/pour-une-journe-internationale-du-corps/)

le bonheur hommage à HappyLab


Le bonheur n’est pas sûr
le bonheur n’est pas clair
le bonheur n’est pas rose

Du moins quand il se pose
Il a les pieds sur terre
Le bout du nez en l’air
Le bonheur c’est d’y croire
Et d’aimer courir
C’est aller vite agir
sans calculer ou
Après avoir bien calculé
C’est tout ce qui reste
A la fin d’oublié
Pas de recette, un dé jeté
Le bonheur c’est malgré
Le bonheur c’est carré
le bonheur c’est d’avoir
l’amour devant, dedans et tout autour
Le bonheur c’est tout près
le bonheur c’est jamais
Le bonheur c’est toujours
le bonheur c’est qui sait
Le bonheur imparfait
C’est parfait

Remerciements à Joanna Quelen et à toute l’équipe du HappyLab

http://www.happylab.fr/category/quisommesnous/

Avec la voix de Nicole de Chancey à l’oreille, « imparfaite dans son imperfection »

Rire avec Plonk et Replonk


Soif de couleurs, envie de rire. La météo nous annonce moins quinze degrés pour vendredi, un temps à ne pas mettre une famille de cosmonautes dehors pour paraphraser la (célèbre?) cartes postale de Plonk & Replonk. Leur « percement de l’Arc de Triomphe par le Baron Haussmann » signalé par le blogger Jean-Louis Foucart écrase de toute son absurdité les discours distillés depuis Davos, face (mal) cachée de la Suisse. Le rire, surtout lorsqu’il est bienveillant, est un grand facteur de résilience, et pour l’équilibre il y a bien sûr la Balance bretonne.

Envie d’azur et de nuages flottant haut dans le ciel, envie d’aller voir aux Philippines si le ciel est toujours aussi bleu vu depuis le fond de la mer, si les corps cosmiques tournent toujours plus vite au-dessus de nos têtes et sur la plage de Boracai, envie de goûter des mangues éclatantes et des sourires complices.

Envie d’épouser l’énergie de ce monde qui vient, parfois sans doute un peu trop vite. Ah va pour le vertige!

Les couleurs de la résilience


Sur la chaîne de l’AFPA, une interview de Stefan Vanistendael sur la résilience.

La définition qu’il en donne va bien plus loin que la résistance aux chocs : il s’agit pour un individu, une famille, une société entière, de la capacité à mobiliser toutes les ressources dont elle a besoin pour résister au stress, au changement, à l’usure. D’une voix douce et sans jargon, Stefan Vanistendael expose des idées fortes et partage son expérience sans jamais prendre une position d’expertise, mais plutôt de partage. Dans un autre article, sous le titre : « la résilience, le regard qui fait vivre« , il évoque, à propos du film Billy Eliott, « le regard d’une femme qui fait son métier, dans un contexte banal, mais qui ne recule pas devant ce qu’elle voit, qu’il s’agisse d’un manque de liberté ou d’un potentiel caché ». Cette femme décidera de donner sa chance à Billy. La chance d’accomplir son rêve. Réfutant tout déterminisme et tout fatalisme, Stefan Vanistendael  nous explique que la capacité de se reconstruire dépend de deux choses fondamentales : le lien, et le sens.

Le lien, ou le regard que nous portons les uns sur les autres. L’attention.

Il se passe quelque chose d’intéressant dans la société française. Depuis quelque temps, on voit se multiplier des actes de micro-solidarité, dans le métro, dans la vie de tous les jours. Parfois c’est juste un sourire complice, une porte que l’on retient, le coup de fil d’un ami, le sms qui tombe à pic, empreint de bienveillance. Autant de petits gestes attentifs qui ne sauveront pas la planète mais qui, à chaque minute, nous sauvent collectivement et individuellement du désespoir.

J’en profite pour proposer un deuxième coup de coeur à l’association Passerelles et Compétences, qui met en relation des associations ou des ONG et des bénévoles qui ont du temps et du savoir-faire à donner. Le passage à l’action, lorsqu’elle est tournée vers les autres et qu’elle valorise les compétences, représente l’une des thérapies les plus efficaces.

En bonus et clin d’œil, parce que l’humour est aussi l’une des clés de la résilience, une pub vue dans le métro et qui n’a rien à voir avec le sujet (Merce Cunningham : la danse et la musique n’ont rien à voir l’une avec l’autre, elles ont juste lieu au même moment, au même endroit), quoique…

L’année du Dragon Rouge


L’hiver, on a soif de couleurs. Alors puisque cette année se place sous le signe du Dragon Rouge, projetons quelques flashs de couleur pour réveiller nos sens anesthésiés par la morosité saisonnière, aggravée par la sinistrose ambiante. (N’oublions pas que dans toute sinistrose se cache une ROSE). En PNL et en sophrologie, on utilise la couleur comme réservoir ou comme activateur d’émotions. Que nous annonce donc le Rouge?

Le rouge est ce goût qui vient à la bouche après avoir couru trop longtemps, trop vite. C’est le coeur qui bat fort, une envie de bouger qui monte et fourmille dans tous les membres, un tempo vif, le piment croqué sans précaution et sans regrets. C’est la honte aux joues, la brûlure après avoir dit la très grosse bêtise, la joie, l’intensité d’un regard aux désirs croisés. C’est l’impatience, le trop, le tout de suite.

Le rouge n’est pas seulement la couleur de la colère ou de l’agressivité. En Chine, c’est la couleur du bonheur, de la fête. Haute énergie. L’historien des couleurs Michel Pastoureau entretient le suspense : « Contrairement à ce timoré de bleu, le rouge est une couleur orgueilleuse, pétrie d’ambitions et assoiffée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir et qui est bien décidée à en imposer à toutes les autres. En dépit de cette insolence, son passé, pourtant, n’a pas toujours été glorieux. Il y a une face cachée du rouge, un mauvais rouge (comme on dit d’un mauvais sang) qui a fait des ravages au fil du temps, un méchant héritage plein de violences et de fureurs, de crimes et de péchés. C’est cette double personnalité du rouge que décrit ici l’historien du symbolisme Michel Pastoureau : une identité fascinante, mais brûlante comme les flammes de Satan. »

En bonus trois coups de coeur :

1. Colour Hunting

Un très beau livre trouvé par hasard à la librairie .Orf rue Perrée : « Colour Hunting, ou comment la couleur influence nos achats, nos actes et nos perceptions », explore la couleur dans toutes ses dimensions : technique, émotionnelle, sensuelle, à travers les âges et dans un grand nombre de pays, l’influence des couleurs dans notre vie, dans l’architecture, dans l’art.

Pendant des millénaires, les artistes et les designers se sont servi de la couleur pour exprimer des idées et des émotions sur une large variété de supports, que ce soit sur des fresques, sur les textiles des civilisations anciennes ou dans la haute couture et l’architecture contemporaines. La couleur n’affecte pas seulement nos expériences visuelles mais aussi nos autres sens tels que le toucher et le goût. (Voir à ce sujet l’exposition Synesthésiques, le voyage sensoriel conçue par Silvana Di Martino) Elle influence aussi nos actes, de manière plus ou moins consciente.

Les deux premiers chapitres évoquent les tendances du design, puis les défis et les techniques utilisées pour appliquer la couleur à une très large gamme d’objets. Le troisième chapitre, « Bien-être », interroge la relation entre le corps, l’esprit et la couleur. Un sujet cher à BuencaRmino.

2. Coup de coeur au blog Colorlovers (n anglais).

Les chasseurs de couleurs en Amazonie avec Dai Fujiwara

Dai Fujiwara, directeur créatif pour Issey Miyake, n’hésite pas à se rendre jusqu’en Amazonie avec son équipe pour tester la similarité de sa palette de couleurs avec les teintes de la forêt. Les échantillons sont ainsi comparés au tronc des arbres, aux feuilles, à l’eau, à la boue. « je m’attendais à trouver des couleurs vives », a expliqué Dai Fujiwara, et en fait nous avons trouvé plutôt des tons calmes, discrets, presque timides.

http://www.colourlovers.com/blog/2009/04/01/dai-fujiwaras-color-hunting

3. Encore un japonais : Riusuke Fukahori sur sur

Aimer l’Amour


En 2009, dans leur cahier « Futurs », les « trendspotters » de Peclers Paris identifiaient trois tendances de fond pour notre époque : Révélation, Révolution, et Régression, reprises mot pour mot trois années plus tard dans le supplément de Courrier International de décembre… 2011 !

Chacun le pressent avec un mélange de curiosité et d’appréhension : plus qu’une année nouvelle, ce à quoi nous assistons est l’avènement d’un nouveau monde, et ce monde qui vient ne nous fera pas de cadeaux. Faut-il pour autant céder à la sinistrose ? Pas forcément, car nous avons le choix, sinon des circonstances, du moins de la lecture que nous en faisons et de la réponse que nous souhaitons y apporter. Pour le dire en langage de coach, ce monde qui vient nous invite à faire preuve à la fois de résilience et d’agilité.

La résilience, pour affronter l’incertitude, la disparition des repères, la pression de l’anxiété qui monte autour de nous. L’agilité, pour mobiliser nos talents, nos ressources, oser saisir les opportunités, adapter nos comportements sans renoncer à nos valeurs.

A la tentation de la Régression, pour rester dans les « trois R » de Peclers, préférons donc la Relation. Petite anecdote : quelques jours avant noël, on ne trouvait déjà plus une seule carte « bonne année » dans les librairies. Plusieurs vendeuses, interrogées, avouèrent leur surprise de se trouver prématurément en rupture de stock. Comme si l’ambiance morose incitait chacun à resserrer les liens avec sa famille, ses amis proches ou lointains.

Pour que la sobriété imposée par la crise ne se résume pas à un exercice punitif, nous sommes toujours libres de puiser dans cette source d’énergie infiniment renouvelable qu’est l’amour, l’amitié, la solidarité, l’empathie.

Car comme l’écrit Jacques Salomé dans « Aimer l’Amour« , l’Amour ne nous appartient pas, il circule en nous, à travers nous. Ne cherchons pas à le retenir mais devenons ses ambassadeurs.

Très bonne année 2012 à toutes et à tous

Les bisous de la Castafiore (2)


Puissance de la sobriété:

Description de la Castafiore dans Wikipédia :
Genre Femme
Espèce Humain
Cheveux Blond
Yeux Noirs
Activité(s) Cantatrice, diva
Caractéristique(s) Dame bien charpentée, élégante, dotée d’une voix puissante, mondialement reconnue
Famille Aucune connue
Entourage Tintin
Archibald Haddock
Irma
Igor Wagner
Ennemi(s) Aucun

Le rossignol milanais

how to become very intelligent in three steps


1. Turn off the TV. For good. OK, you can keep using it as background noise for a while until the addiction symptoms have completely disappeared, as long as you do turn your back on it and restrain from watching it.

2. Click on this link, watch, listen, and think

3. Find something equally worth sharing and let your friends know. Sharing intelligent information creates social interaction, which in turn stimulates your brain.

or you can create your own pictures with some glue and a pair of scissors.

More on the same topic on the previous page (but in French, sorry).

X est le nouveau noir selon David McCandless


Nouveau coup de coeur de BuencaRmino : David McCandless qui se définit comme « journaliste visuel » ou « data journalist » crée au moyen de l’infographie de superbes images pour nous aider à « surplomber la jungle de l’information ». (Notez au passage comme « surplomber » est en train d’émerger parmi les mots-fétiches de l’année 2011, traduisant un besoin de reprendre un peu de perspective et de contrôle face à l’infobésité.) Voir son site : Miscellaneum. Et pour l’écouter sur TED, une présentation pleine d’humour; cliquez ici : David McCandless sur TED.


Au moment où la crédibilité des images se perd (voir l’interview de Fred Ritchin dans le Monde du 5 novembre), l’infographie vient alimenter le débat politique et sociétal. Les militants libéraux américains créent des albums photo sur facebook pour combattre le crétinisme du Tea Party à coups de statistiques brillamment mises en forme pour convaincre et séduire à la fois.

Citation de l’auteur : « Ce livre a commencé comme une exploration. Perdu dans la jungle de l’information, je cherchais un moyen de la surplomber pour mieux la comprendre. Pourquoi pas visuellement ?
Nous sommes tous devenus des êtres visuels. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, nous absorbons de l’information sur l’océan du web. Nous en sommes submergés. Nous nous y noyons parfois. Sans doute quelques graphiques bien conçus, colorés et – je l’espère – utiles pourraient-ils nous aider à surnager. Un recueil de cartes de navigation des temps modernes. »

A lire, acheter, offrir : Datavision, traduit en français chez Robert Laffont.

X eset le nouveau noir : l’auteur s’est livré à une recherche de l’expression « est le nouveau » sur Google, et voici ce qu’il a trouvé… « noir » apparaît au centre d’un réseau de connections sémantiques parmi lesquelles on ne sera pas surpris de trouver « sexe », « rock and roll » et de façon plus surprenante des expressions telles que « aléatoire », « végétalien » ou « tissu cicatriciel ». Sur une idée originale de Randall Szott.

Parmi ses autres centres d’intérêt : bonnes nouvelles, les animaux péteurs, pensez vous aux enfants, l’éducation sexuelle, suédois sans foi ou encore les émissions de carbone compares d’un américain moyen et d’un mariage de 250 personnes, à consulter sur Calameo

bonne lecture et joyeux noël!

Corps langage mémoire de Cunningham a Casilli


La musique d’Oceans a beaucoup vieilli, tandis que la chorégraphie de Merce Cunningham demeure hypermoderne et fluide en dépit du montage de Charles Atlas. Qu’importe si le rythme haché des images maltraite les mouvements des interprètes et martyrise les yeux, il fallait y être (en être ?) et savourer ce privilège entre connaisseurs. Les lumières somptueuses valorisent l’orange et le pourpre des justaucorps, l’abstraite virtuosité des gestes. On respire dans une bulle à l’image d’un futur où le corps humain ne sera plus qu’une trace, un support. Cela fait froid dans le dos comme toutes les prédictions du mouvement transhumaniste. Prochaine étape : la déterritorialisation totale du corps, transféré dans des univers virtuels d’où sera bannie toute imperfection, où l’émotion sera dévalorisée comme niaiserie facteur de désordre. Plus rien ne s’opposera dès lors à la transformation en marchandise de ce résidu d’où toute notion d’humanité aura été évacuée. On pourra voter toutes les lois que l’on voudra sur la bioéthique, une fois le mouvement lancé, rien ne l’arrêtera. Voir à ce sujet Time Out, le film d’Andrew Niccol avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried.

Fantasme ? Oui, mais fantasme dangereux car bénéficiant de tout un courant de pensée soutenu par des financements illimités.

Il n’y a pourtant pas de fatalité. D’autres futurs sont possibles, comme en témoigne le livre d’Antonio Casilli « les liaisons numériques » (Seuil). Nourrie de témoignages de bloggers, d’artistes, d’adeptes des nouvelles pratiques sexuelles ou sociales en ligne, la réflexion d’Antonio Casilli montre que la capacité d’imagination de l’être humain demeure sans limites.

Danser sa vie


Danser sa vie ? Depuis trop longtemps le corps était en sommeil, le poignet serré dans un strap, le froid, la pluie, tout ce que l’on peut inventer comme raisons de mijoter dans sa bulle. Et puis un jour l’envie qui monte, les fourmis dans les jambes, on y va, chiche ! Courir appelle des mots plus actifs. Des verbes, des substantifs plus denses pour accompagner le mouvement, ce qui s’éveille au fur et à mesure que les muscles s‘échauffent. L’oxygène et les mots circulent. Marcher, bouger, taper dans un ballon, danser comme on respire.

Danser sa vie. L’expo qu’il faut aller voir à Beaubourg, et puis l’invitation, que l’on peut suivre au pied de la lettre ou laisser courir. Danser sa propre vie, comme Isadora Duncan, explorer ses rythmes et la géométrie secrète, expressive ou révélatrice, du corps, avec William Forsyth ou Pina Bausch. Dans ce contexte, on apprécie la sobriété de Merce Cunningham, aperçue dans Craneway Event. Il faut absolument voir, ce dimanche soir au théâtre de la Ville, la projection du film Oceans, et puis Biped, où les danseurs présents sur scène dialoguent avec leur représentation déterritorialisée par la vidéo. Courageusement, Cunningham fut l’un des premiers à explorer la confrontation du corps et des nouvelles technologies, au moment même où il en faisait l’instrument dune écriture toujours plus sophistiquée. On pense au combat de Bénédicte Pesle pour faire accepter l’abstraction de cette chorégraphie à une France demeurant attachée au récit. On pense à l’ami David Pini, infatigable ambassadeur de la « cause » et qui n’aimait pas, lui non plus, qu’on lui raconte des histoires.

Mais s’il n’y a plus d’histoire, plus de récit, que reste t-il ? La présence. Le don de soi. C’est de cela qu’on parle, entre dessinateurs, après l’atelier. Le talent des modèles, l’expressivité, la présence avant la technique et la morphologie. Le cri qu’on peut entendre ou celui qui bouillonne sous la peau, qui traverse les muscles et bat sur un tempo des Doors ou des B52s. Le calme profond qui se répand, l’ancrage au sol, bien vissé sur le point d’appui. Parfois aussi l’espièglerie, qui s’épanouit en un sourire à la fin, juste avant le changement de pose.

La danse, expression de la subjectivité. L’abstraction, et puis la performance. Mais nulle invitation à pénétrer dans le cercle magique : le spectateur qui se prendrait au jeu se verrait ramené à la raison par d’aimables et sourcilleux gardiens. Participer ? Et puis quoi encore ? Ici on regarde, on ne danse pas.

L’exposition a pour ambition de montrer les liens croisés entre la danse et les arts graphiques au XXème siècle, puis leur éloignement dans la seconde moitié du XXème siècle, comme s’ils n’avaient plus rien à se dire, ou que la tension avait fini par se relâcher. Aujourd’hui, l’équivalent des arts graphiques de pointe est à rechercher du côté de l’univers numérique. Les enjeux de ce croisement sont peu abordés dans l’exposition, et c’est dommage.

On peut aussi regretter la très faible représentation des pays du Sud. « Danser sa vie » se présente comme une histoire de la danse des XXe et XXIe siècles. C’est-à-dire, « bien sûr », une histoire de la danse occidentale, car à part quelques excursions japonaises (le sculpteur Isamu Noguchi), le reste du monde y demeure invisible, hormis quelques exceptions présentées dans le cadre du festival Vidéodanse (Rachid Ouramdane, Seydou Boro, Luis de Abreu). Les pays émergents, aujourd’hui de mieux représentés dans le domaine des arts graphiques, font encore figure de parent pauvre.

Malgré ces lacunes, il faut la voir et la revoir, absolument.

Aïe pour Ai un homme debout


Pourquoi faire quelque chose plutôt que rien? Parfois, la réponse est d’une évidence à vous crever les yeux, alors je reformule la question. On pourrait se demander, par exemple : quand avons-nous fait un acte fondateur pour la dernière fois, un acte qui nous engage totalement? De plus en plus souvent, la réponse vient des artistes originaires de ces pays qu’on dit émergents, sans doute parce qu’ils émergent en effet dans un recoin de notre conscience après des siècles de mépris. En dignes héritiers d’Edouard Saïd ils retournent les codes et les images, les saturent de vie, font craquer les coutures.

L’artiste Ai Wei Wei est de ceux-là. Sa prise de risque est si vraie qu’elle démonétise d’un seul clic les stars de l’Art Contemporain dont on ne se donnera même pas la peine de citer le nom.

Haddock et les idoles


Le capitaine Haddock tel qu’il apparaît dans Tintin et le secret de la Licorne par Spielberg s’écarte du personnage vulnérable, immature, attendrissant des albums. Dans une scène étonnante on le voit même remonter le moral de Tintin, tel un coach sportif secouant son équipe dans le vestiaire après une première mi-temps calamiteuse. Ce dérapage dégoulinant de bons sentiments trahit la vérité du personnage et son rôle dans l’équilibre général de l’oeuvre. Si Tintin, selon Serge Tisseron, a pour vocation de dire l’ordre symbolique du monde (en Analyse Transactionnelle, on dirait qu’il se charge d’exercer le contrôle parental), Haddock, dans le rôle de l’enfant, en exprime le désordre profond, la part irrationnelle de la vie avec laquelle il nous faut bien trouver des arrangements.

Extrait : « Quel secret se cache derrière le visage lisse, éternellement adolescent, de Tintin ? Ou, plutôt, que peuvent nous apprendre les imprécations du capitaine Haddock, les extravagances de la Castafiore, les distractions du professeur Tournesol, sur le secret qu’Hergé, peut-être, se cachait à lui-même ?

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