Un problème bien dessiné est déjà à moitié résolu


Avez-vous parfois l’impression d’être débordé par les événements? De bouillonner d’idées, d’envies, de projets, sans savoir par où commencer?

L’un des pères de la psychologie du bonheur, Mihaly Cszickszentmihaly, explique dans « Vivre » que le simple fait d’établir de l’ordre dans son esprit compte parmi les plus importants facteurs de bien-être. Construire une représentation structurée des événements, c’est la première étape pour ne plus les subir. Les amateurs de mind mapping, ou cartes mentales,  ont fait l’expérience de l’apaisement que procure l’action de « dessiner son problème ».  L’effet sur l’esprit est comparable à la vision d’un tourbillon de feuilles mortes soulevées par le vent, qui composent en retombant au sol un motif structuré. Les idées, les émotions mêlées qui dansaient il y a encore un instant devant nos yeux trouvent chacune leur place, et nous éprouvons un sentiment de pouvoir sur notre vie du simple fait de les contempler, ainsi ordonnées.

Comme pour beaucoup d’activités manuelles (bricolage, cuisine, …) les neurologues expliquent que ce sentiment d’apaisement et de sérénité vient de la coordination entre le cerveau et la main, qui s’établit à travers les nerfs dans le geste de dessiner. C’est vrai, mais cela ne dit pas tout.

Explorer les enjeux, mettre à la bonne place les valeurs, les objectifs et les options, poser des ressources en face des obstacles et leur donner du poids procure un sentiment d’équilibre et de clarté. En coaching, j’utilise beaucoup cette technique comme support d’un dialogue fécond, où le client s’aperçoit souvent qu’il a bien plus de prise sur la situation qu’il ne le pensait au départ.

Mais comment s’y prendre? On commence par tracer des branches autour d’un centre rayonnant, dans lequel on aura préalablement tracé un symbole ou quelques mots résumant le problème à résoudre, puis on développe, branche par branche, en affinant les détails.  Il est important de bien suivre la méthode inventée par Tony Buzan, surtout au début. En revanche, il n’st pas nécessaire de savoir dessiner : c’est à la portée de tous.

Je donne ici un aperçu d’une carte mentale réalisée suite à un entretien avec un ami qui voulait se lancer dans la peinture et ressentait le besoin d’approfondir sa motivation (la version complète et la méthode peuvent être téléchargées depuis Slideshare, Slideshare mind mapping : http://fr.slideshare.net/RobertdeQuelen1/leadership-visuel-et-mind-mapping)

Mais le plus amusant bien sûr c’est de passer à l’action!

le projet du peintre

La persévérance est d’or


Bonheur inattendu. Ce soir, une séance de supervision-coaching dans des conditions sonores très difficiles (nous étions en mode webinar, avec des coupures de son incessantes qui cassaient le fil du dialogue) s’est conclue par cette très belle phrase de l’une des participantes : « ce soir, les coupures de son m’ont enseigné la persévérance ».

Eh bien gardons cela!

Ces sessions de supervision avec les coachs donnent à chaque fois lieu à de magnifiques échanges, qui valent bien de subir quelques désagréments techniques.

En ces semaines où mon emploi du temps démentiel aurait tendance à me faire renoncer au plaisir de l’écriture, je me dis qu’il vaut mieux honorer ce rendez-vous sur Buencarmino, même pour quelques phrases brèves plutôt que de garder trop longtemps le silence.

En somme, les contraintes et l’art de les dépasser constituent en soi un digne sujet d’inspiration. Puisque je n’ai pas le temps de réfléchir, je me contenterai de proposer à mes lectrices et lecteurs ce sujet de réflexion.

A bientôt,

Robert

Estime de soi : l’important c’est d’agir


Des très belles rencontres ces deux derniers jours au OuiShareFest, le festival de l’économie collaborative (lien ici)  qui se tient au Cabaret Sauvage, dans le Parc de la Villette. Un petit article ici qui résume en quelques lignes l’importance de  ce mouvement et pour une fois que cela se passe à Paris on ne va pas bouder son plaisir. Merci à Jérôme Veil et à mes amis de Transition Network (http://transitionparisidf.fr/) mots clés : re-localisation, coopération, résilience.

Le prochain grand rendez-vous de ce type sera celui des Makers en juin : http://www.makerfaireparis.com/les-makers/ où l’on s’aperçoit que Paris et la France bouillonnent littéralement d’activités créatives, innovantes et surtout d’une immense envie de faire des choses concrètes!

Voir aussi les Open Bidouille Camps https://www.flickr.com/photos/nuridao/sets/72157631607008890/ et un grand merci à Ophélia Noor pour m’avoir ouvert les yeux sur ce phénomène fascinant.

Car oui, pour rester dans la continuité des deux articles précédents, rien de tel que l’action concrète pour booster l’estime de soi, individuelle mais aussi collective.

Le pouvoir c’est d’agir, ensemble c’est encore mieux.

bonne fin de semaine,

co construction

Robert de Quelen

L’estime de soi en images


Et voici une « carte mentale » réalisée avec le logiciel XMind6, la version complète peut être téléchargée sur Biggerplate : lien ici.

Il faut cliquer dessus pour l’agrandir, sinon elle est peu lisible, donc je résume : évitez les cactus, les scuds moêllleux, diamants noirs, et autres losers contagieux, préférez-leur la fréquentation des dauphins, des aigles, des équilibrants et des bâtisseurs, donnez-vous des défis réalisables et qui vous donneront fierté et satisfaction, et surtout, surtout, surtout, restez CONCRETS! Un clou planté dans le mur vaut mieux que deux étagères en l’air.

Autres conseils à développer plus tard : connaître et respecter ses besoins et ses valeurs. Si vous ne les respectez pas vous-même, qui d’autre le fera?

A noter aussi la différence entre l’estime de soi et la confiance en soi. on peut s’estimer tel qu’on est, avec ses imperfections, tandis que la confiance en soi renvoie à notre croyance dans notre capacité à agir, à nous faire aimer. L’estime de soi, c’est se dire que l’on mérite d’être aimé, même si on ne sait pas comment s’y prendre.

Vivez bien entouré

L’estime de soi ou comment se protéger des cactus et autres scuds moëlleux


L’estime de soi ou le pouvoir de faire.

Il a  quelques mois, mon amie journaliste Isabelle Louet m’a posé quelques questions sur l’estime de soi, pour un article destiné à Modes et Travaux. Sujet : l’estime de soi, conseils pratiques, avec des exemples concrets. Le journal qui donne à ses lectrices le pouvoir de faire.

J’étais assez heureux d’être interviewé par Isabelle sur ce sujet, et sous cet angle, car en tant que coach ce qui m’intéresse c’est précisément la pratique, les solutions, le « comment » plutôt que le  « pourquoi ». Depuis cette interview en janvier dernier, j’ai eu l’occasion d’y revenir avec des coachs en formation auprès de l’Institut de Coaching International que je supervise lors de webinars hebdomadaires riches et très stimulants.  Pour les personnes qui souhaitent approfondir leur connaissance du sujet, je suggère l’excellent livre de Christophe André (L’estime de soi, Christophe André et François Lelord, chez Odlie Jacob, lien ici). Lire également le merveilleux « Vivre », de Mihaly Csickszentmihaly, un trésor accessible à chacun, facile à lire et à mettre en pratique.

Je reviens donc ici sur un certain nombre de « trucs et astuces » abordés lors cette interview, en janvier dernier, ou lors des webinars. L’un des premiers conseils consiste à veiller à la qualité de notre entourage. Certaines personnes, dans notre famille, parmi nos amis ou nos collègues, peuvent avoir une influence déplorable sur notre estime de soi. Première catégorie : les cactus. A coups de petites phrases assassines ou de silences-qui-en-disent-long, elles  ne cessent de dénigrer nos goûts, nos succès, de souligner nos défauts, de nous culpabiliser. Comment se libérer de ces influences négatives ?  La première chose à faire, c’est de les repérer. Ce qui compte ici, ce n’est pas l’intention, mais le résultat. Apprenons à distinguer la personne, que nous pouvons apprécier, de ses comportements, surtout lorsqu’ils ne nous font pas du bien. Le cactus n’a pas nécessairement l’intention de vous blesser, mais ses aiguilles sont terriblement effilées et parfois vénéneuses. Apprenez à vous en protéger. Les symptômes sont faciles à repérer : si, chaque fois que votre belle-soeur ou votre collègue (celle que vous admirez, qui paraît tellement sûre d’elle, à qui le doute fait l’effet d’une goutte de pluie sur une feuille de caoutchouc) évoque votre tenue vestimentaire ou votre apparence physique, vous ressentez pincement à l’estomac : comptez un point.  Si la situation persiste et que les symptômes se répètent, il se peut que vous accordiez beaucoup trop d’importance à l’opinion de cette personne. Puisque vous ne changerez pas la nature piquante des cactus, le mieux est de mettre un peu de distance entre leurs aiguilles et votre peau. Relativisez, sans agressivité : « Tu n’aimes pas ma nouvelle coiffure ?  Ce n’est pas grave, on s’habitue à la nouveauté, tu verras ».

Deuxième catégorie : les scuds moëlleux. Ces personnes, animées par une intention protectrice tout à fait louable en apparence, nous découragent de nous lancer dans des projets qui pourraient justement renforcer notre estime de soi. Un haussement d’épaules ou de sourcil, une moue dubitative de leur part suffisent à torpiller tout notre courage et nous revenons à la case départ, le projet va rejoindre ses frères morts au cimetière des bonnes intentions jamais réalisées. Le scud se cache souvent sous une épaisse couche de chocolat : « tu veux changer de métier, à ton âge ? C’est ambitieux. Fais attention, je connais beaucoup de gens qui ont essayé et qui ont échoué ».  Reconnaissez tout d’abord l’intention positive de cette personne, avant de désamorcer la bombe : « c’est gentil de te préoccuper pour moi, mais j’ai l’intention de me donner tous les moyens de réussir, tu sais ».

Parfois même, il leur arrive, toujours avec les meilleures intentions du monde, de nous inviter à compromettre nos valeurs : « tu sais, tout le monde en fait autant, on ne peut pas changer le monde à soi tout seul, il faut bien faire des compromis ». Or il n’y a rien de plus dangereux pour l’estime de soi que ce genre de compromis. Connaissez vos valeurs pour pouvoir les respecter et les faire respecter. Osez dire : « c’est important pour moi, je ne veux pas mentir/écraser les autres/manipuler, sinon je me sentirais salie ». Vous verrez, la première fois, cela fait tout drôle et puis l’on s’habitue à faire respecter ses valeurs jusqu’au moment où cela devient aussi naturel que de respirer. Vous pouvez aussi détourner l’énergie bienveillante des scuds moëlleux en leur demandant des conseils pratiques pour rendre faisable ce qui leur paraît impossible. Plutôt que de vous crisper, voyez en eux un aiguillon qui vous invite à peaufiner vos arguments : prenez-le comme un jeu, et vous gagnerez leur estime en même temps que la vôtre.

Bien entendu, au moment de vous lancer dans un nouveau projet, vous vous garderez bien d’en avertir les cactus et les scuds moëlleux : il sera toujours temps de les mettre devant le fait accompli, une fois que vous aurez remporté vos premiers succès. A la place, choisissez de fréquenter des personnes encourageantes, celles dont la simple présence et le regard bienveillant renforcent votre estime de soi.

Nous appellerons ces personnes les « dauphins ». Et pour compléter le tableau, recherchez également la présence de « mentors », des « aigles » qui vous stimulent par leur exemple et leur dynamisme et vous invitent à prendre votre envol. Voici un lien vers une carte heuristique (mind map) qui représente les différentes personnes de votre entourage et leur influence, bénéfique ou toxique.

Vigilance : les grincheux ne manqueront pas  de dénigrer les paroles de vos bonnes fées/mentors et autres anges gardiens. Ils tordent le nez avant de lâcher d’un air bégueule : « oh bien sûr, pour Frédéric  tout ce que tu fais est génial, même si tu courais te jeter dans la Seine il te regarderait avec ses yeux de teckel amoureux ».  Dans ces cas-là, n’hésitez pas, sortez la tondeuse à cactus : « oui, j’ai beaucoup de chance de pouvoir compter sur Frédéric ».

Ne vous laissez pas intimider par la croyance, largement répandue, que la méchanceté constitue une preuve d’intelligence et la gentillesse un symptôme de naïveté. Demandez-vous plutôt si les personnes qui la répandent sont heureuses, et contribuent au bonheur de leur entourage.

Troisième catégorie de toxiques : les diamants noirs. Ce sont de fausses valeurs, qui brillent au loin et vous font sentir petites, moches, minables, inutiles. C’est Jacques Séguéla clamant qu’on a raté sa vie si l’on n’a pas une Rolex à cinquante ans. Ce sont les images des mannequins photoshoppées, anorexiques, à côté desquelles vous vous prenez pour un éléphant.  Il est plus difficile de se protéger contre leur influence puisque vous n’avez pas l’occasion de leur répondre et de retourner leurs flèches empoisonnées. Le mieux, face à ces messages dévalorisants, est d’y répondre avec votre définition à vous : « une vie réussie, pour moi, c’est … » en prenant soin d’y inclure la liste de tout ce qui a réellement de la valeur pour vous. Collectionnez les compliments, épinglez-les sur un tableau imaginaire, ou notez-les dans un petit carnet que vous conservez sur vous à tout moment pour pouvoir le consulter en cas de besoin. Réjouissez-vous de vos imperfections : c’est par les petites fêlures que passe la lumière (Léonard Cohen).

Méditerranée


Il y a, de l’autre côté de la Méditerranée, un pays qui demande à vivre. Un pays que j’aime, où les femmes et les hommes savent rire d’eux-mêmes et des petits soucis de la vie quotidienne, un pays qui nous ressemble, auquel nous rattachent de nombreux liens. Un pays qui a fait une révolution pour sa dignité et qui a donné à cette révolution le nom d’une fleur. Un pays dans lequel il y a un musée, et dans ce musée on peut voir une fresque romaine dont la photo illustrait nos livres de latin, en cinquième.  Ce musée, c’est le Bardo, un hymne à la civilisation méditerranéenne lorsqu’elle chante le bonheur de vivre et d’accueillir ses amis dans la joie, avec des blagues, des fruits et des olives. Ce pays, c‘est la Tunisie, et puisque le printemps arrive, et qu’ils ont besoin de notre soutien comme nous avons eu besoin du soutien du monde après le 11 janvier, j’invite chacune et chacun à suivre l’exemple du blogger El Kasbah et à réserver au plus vite un week-end pour aller voir ou revoir ce pays, ce musée, cette fresque. Nous aussi nous avons été frappés, et nous espérions peut être pouvoir enfin tourner la page avec l’arrivée des beaux jours, retrouver une vie normale. Mais il n’y a pas de vie normale. Il y a la vie tout court, celle que nous devons vivre avec dignité, celle qui demande des actes de solidarité avec nos frères tunisiens. Pour qu’à nouveau, pour que toujours, come au temps d’Ulysse et de Virgile, la Méditerranée ne sépare pas les peuples, mais les relie.

Méditerranée

Paroles d’insoumises


Parler des autres, ou mieux encore, leur donner la parole, offrir un petit bout de blog, un espace à ceux dont on aime les mots. Il y a quelques jours, c’était mon ami JB Plantin, qui cesse de mesurer ses performances, aujourd’hui c’est au tour de Margotte.

J’avais évoqué Margotte et ses terribles douleurs dans un premier article « Margotte a mal au dos« , ici : https://buencarmino.com/2013/10/06/margotte-a-mal-au-dos/ en réponse à cet article de son blog : https://somethingintherain.wordpress.com/2013/09/16/un-peu-de-moi/

Mais si j’y reviens aujourd’hui c’est pour signaler un beau texte, lumineux, plein de vie, le récit d’un « simple » moment dans un parc publié dans son blog somethingintherain :   https://somethingintherain.wordpress.com/

Extrait : « Le plus téméraire des enfants va récupérer le jouet à pas de loups, puis, jetant un dernier coup d’œil à ces deux personnes bien étranges, le lance à nouveau et fait redémarrer le jeu. Quelqu’un d’autre veut jouer, et alors qu’ils courent un tout petit chien arrive et fonce sur le ballon. Il est minuscule et saute vers eux, vers la balle, accélère, bondit et semble rire aux éclats. Soudain il tourne la tête et une voix crie : « Isis ! » »

Cette histoire de petit chien me fait penser à celui que Turner ajouta au dernier moment dans l’un de ses tableaux les plus célèbres (Mortlake Terrace). Plus qu’un détail, j’y vois l’irruption de la vie même, le mouvement dans l’écriture – et la surprise, magique.

Alternance de la douleur et de la joie, de l’enthousiasme et de la tristesse, avec une égale intensité. Parfois, on me dit que « je vis dans un jardin plein de fleurs ». On m’accuse de manquer de réalisme parce que je veux voir, de préférence, le côté lumineux des choses. Mais si j’aborde des sujets plus graves, on m’en fait également le reproche. Alors que ce qui m’intéresse, c’est le contraste.

Je pourrais aussi parler de Virginie Despentes et de son dernier livre, Vernon Subutex, alors voici sa dernière interview : http://www.estrepublicain.fr/actualite/2015/06/07/je-sens-autour-de-moi-une-colere-souterraine

Extrait de l’interview :

Cette comédie humaine a un côté balzacien…

« C’est un polaroïd de notre époque, un instantané subjectif et partial, mais je n’ai pas l’ambition de Balzac, et le roman n’est plus ce qu’il était à son époque. Balzac savait qu’il prenait en charge la narration principale de son époque, dans un moment où son pays comptait dans le monde. Aujourd’hui, le roman n’est plus si important, c’est à part, une sorte de niche, et la France, tout le monde s’en fout… Les gens s’intéressent plus aux séries télé qu’aux romans. Dans 100 ans, plus personne ne lira mes romans, je suis tranquille. »

Je ne suis pas d’accord avec cette idée que « la France, tout le monde s’en fout« , mais il me plaît que la parole circule. Et je crois même que Virginie Despentes est une raison très honorable d’aimer la France contemporaine, et de s’y intéresser.

Les femmes, leur parole, leur regard, sont probablement ce qui se passe de plus intéressant dans notre pays en ce moment.  On est ici dans le contraire de la Soumission, (par vous-savez-qui). Il y a dans cette parole insoumise de l’amour,  frappant avec son bec de poussin depuis l’intérieur de la coquille, un duvet sale au coin des lèvres,  et des éclats rieurs au fond des yeux.

Liberté


Curieux que ce mot de Liberté ne soit jamais encore apparu sur ce site ouvert à toutes celles et tous ceux qui désirent se mettre en mouvement.

Liberté de commencer.

D’écarter les appréhensions, les doutes.

Passer à l’action.

Ne viser que le plaisir de faire, sans même savoir avec certitude si le succès sera au rendez-vous.

Goûter ce sentiment qui s’épanouit, sur le bout de la langue : un goût de quelque chose qui bouge.

Etre le moment, l’étincelle, féconder l’instant.

Choisir de donner du sens, d’apporter la lumière où il n’y avait rien.

Sentir, autour de soi, la présence de toutes celles et tous ceux qui nous encouragent: des amis, des modèles, héros imaginaires ou bien réels.

Encore Cynthia Fleury : « nul besoin pour le courageux d’espérer trouver l’instant gracieux. La volonté de le provoquer lui suffit » (La fin du courage, p.96).

Et, plus haut : « tout peut devenir occasion pour une conscience en verve capable de féconder le hasard et de le rendre opérant » (p.95).

C’est ainsi que l’on devient libre, en exerçant son pouvoir de lancer le dé sur la table, en riant – ou bien la gorge nouée d’angoisse. Lèvres tordues. Mais quand même.

Celui qui commence attire la lumière – et les obstacles.

Ils viendront, c’est certain.

C’est là que nous aurons besoin du second courage : le courage de continuer.

 

Césars 2015 Timbuktu fait briller l’Afrique


Ravi que Timbuktu (bande annonce), le très émouvant film du mauritanien Abderrahmane Sissako, ait remporté sept statuettes aux Césars 2015, avec un petit clignement de joie supplémentaire pour l’acteur Reda Kateb, excellent dans le Serment d’Hyppocrate et aussi dans Loin des hommes, de David Oelhoffen qu’il faut vite aller voir avant qu’il ne disparaisse des écrans.

Bien sûr, il y a le contexte, l’esprit du 11 janvier : la société du spectacle  s’octroie facilement un brevet de  largeur d’esprit valorisant la diversité : « vous voyez, on ne tombe pas dans l’amalgame, la preuve on récompense un film africain, et même sept fois ». A moins qu’elle n’ait voulu nous rassurer : « DAECH est aux portes de l’Europe, les terroristes sont parmi nous, mai voyez il y a encore des gentils imams qui tentent de résister à la stupidité criminelle au nom d’un islam traditionnel plus humain, et de jolies amoureuses africaines qui chantent avec une belle voix traînante ».

Mais réjouissons-nous tout de même, en toute simplicité.  Les Césars étaient largement mérités, car Timbuktu est un film magnifique. Il va falloir s’habituer dès aujourd’hui à prononcer le nom d’Ab-der-rah-mane Sis-sa-ko (vous voyez, Nathalie Baye, ça n’est pas si difficile, comme le disait Alex Taylor sur France Inter en se moquant gentiment de l’actrice francilienne qui butait sur ces syllabes). Allez on le ré-écrit une dernière fois pour le moteur de recherche de Google et pour les lecteurs distraits, il s’agit d’Abderrahmane Sissako.

Avec ce film, c’est l’Afrique d’aujourd’hui qui fait irruption sur notre écran mental. Une Afrique pleine de vie, de dignité, qui ne mendie pas mais qui lutte pour s’en sortir malgré les obstacles. Depuis toujours, la ville de Timbuktu (Tombouctou) était la porte du continent pour les voyageurs venus du nord. C’était une ville savante, où des familles se transmettaient de siècle en siècle de très riches bibliothèques avec l’amour des livres et du savoir. L’esprit de résistance dont font preuve ses habitants dans le film puise à cette source-là, dans la fierté d’une culture ancienne que l’on venait consulter de très loin. Lorsque sont arrivés les imposteurs, ces familles ont caché les précieux manuscrits ou les ont évacués a péril de leur vie.

Quelles que soient les motivations des votants, retenons pour l’histoire que dans dix ans, lorsqu’un film issu du continent africain remportera son premier oscar à Hollywood, on se souviendra peut-être que la première marche aura été gravie ici, à Paris. Réjouissons-nous aussi de cela, d’être citoyens d’une ville où l’on sait accueillir un tel chef d’oeuvre. Des dialogues ciselés, dans plusieurs langues, car l’Afrique est tout aussi polyglotte et multi-culturelle que bien des métropoles occidentales. On se souviendra peut-être d’avoir entendu cette réplique : « porter des gants pour vendre du poisson? Coupez-moi les mains tout de suite ». Révolte et dignité.

A propos de gants, mon ami italien Francesco T… me racontait avec beaucoup d’émotion sa visite à Tombouctou, en l’an 2000 : les gants, ce jour-là, étaient imposés pour tourner les pages des livres conservés dans l’immémoriale bibliothèque.

Ce film, il faut le voir pour son message, bien entendu, mais aussi pour ses actrices et ses acteurs, pour sa lumière, pour ses cadrages tellement généreux qu’on croit voir passer, entre deux dunes, la si légère ombre du Petit prince et de son renard apprivoisé.

Ce film ose regarder l’horreur en face mais sans tomber dans la complaisance.  Il faut se laisser bercer par la douceur et la mélancolie de sa musique, y puiser de l’amour et du courage.

Et puis tiens, une idée entendue récemment pour lutter contre l’obscurantisme : et si on ouvrait les bibliothèques le dimanche? Chiche?

 

 

 

 

 

tu vas à la manif et t’as même pas de drapeau? Non mais allô quoi


Un peu plus d’un mois après le 11 janvier je relis les notes rapidement capturées dans mon téléphone ce jour-là.  Dignité. La France debout. Admirée de l’Europe : fini le french-bashing. Les politiciens qui ont été au niveau des événements. Exceptionnels.  Une génération entière, peut-être. Marquée. Mais pour faire quoi? On peut être fiers. A nouveau. De qui? De quoi? D’être mobilisés. De la Marseillaise, qui appartient de nouveau à tous, vibrante au pied de la colonne de la Bastille. Du drapeau qui claque ses couleurs comme des bises. Bleu blanc rouge, est-ce qu’on bouge? On n’avance pas, alors on se regarde, on se parle, on rit non sans gravité. La petite fille au foulard vert blanc rouge de la Tunisie, qui prend son premier cours de manif juchée sur les puissantes épaules de son père. Maquillée comme pour un match de foot, le bonheur. Il lui manque une incisive. Ça repoussera. Un million et demie, qui sont-ils ? Il doit y avoir des employés, des croque-morts, des dentistes. Chacune de de ces vies m’intéresse. Forcément, dans une foule pareille, tous les métiers sont représentés. Des psychologues pour chien. Je suis sûr qu’il y en a un, quelque part entre Bastille et République. Et puis des analystes financiers, des contrôleurs de gestion, des huissiers même, qui font de si gros efforts pour se rendre invisibles (ou sympathiques : la foule lave plus blanc, c’est son principal bénéfice). Avec leurs belles chaussures qui seront si sales ce soir, eux aussi pourront dire : « j’y étais ». Le fils de la coiffeuse portugaise de ma mère aussi. Femme exceptionnelle, empathie puissance XXL à raconter un jour. Tous, aujourd’hui, sauraient chanter la Marseillaise pour « the Voice » et faire se retourner trois coachs.   Il ne manque plus que Nabila  (« tu vas à la manif et t’as même pas de drapeau? Non mais allô quoi »).

Fier des jeunes qui marchent dans les traces de ceux tombés là, pour la Liberté, en 1830 et de nouveau en 48. Soudain ce n’est plus dérisoire, l’Histoire. On comprend mieux pourquoi Gavroche meurt sur sa barricade. Fiers de tout cela. De la vieille dame qui a tenu à venir, pour sa dernière  manif. Ca n’est pas raisonnable, elle s’en fout. Jambes flageolantes, idées carrées.  C’est donc cela, concrètement, un peuple? Des policiers vigilants et heureux. Fiers de nous-mêmes qui ne cédons pas à la tentation de haïr. D’avoir retrouvé le sens et le poids des mots. Liberté, Egalité, et brièvement même un peu de Fraternité. Quoi qu’il arrive ensuite, cela aura eu lieu. Quelque chose est posé, un repère. Ensuite, tandis que les politiciens célébraient l’esprit du 11 janvier et que les spécialistes se rengorgeaient comme des pigeons sur les plateaux télé, les français ont glissé dans un état de sidération. Moi compris. On découvre les ombres, toute une frange de ce pays lancée dans un processus de sécession, en banlieue, dans les zones rurales ou péri-urbaines.  Combien sont-ils, les décrocheurs de la République? Les journaux publient reportage sur reportage. « La fatwa du slip dans les prisons ». Dans Causeur, un éditorialiste (cousin de l’huissier et du contrôleur de gestion) s’époumone contre Combo, un street artiste dont il a pris la caricature au premier degré. Le ridicule et l’abjection grignotent à nouveau l’espace médiatique. On avait failli respirer plus large, on s’était crus nombreux à préférer la bienveillance.

Et puis ce week-end, à nouveau, un jeune raté de la société du spectacle, comme l’a finement analysé Peter Sloterdyjk dans le Monde. La petite sirène pleure à Copenhague, au Danemark, le pays du bonheur convivial.

Comment parler de tout cela en coach ? Sans se dérober ? Pour soi, pour la dignité. Pour la génération qui grandit dans cette société-là.

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La France est un grand pays solide, le Danemark un petit pays fier de sa société partageuse et de son environnement. Les deux sont frappés, en ce début d’année, mais on se retiendra d’écrire après Shakespeare qu’ « il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark » (ou dans la république française). S’il y a une leçon à retenir de tout cela, justement, c’est de prendre son temps. Penser, ce n’est pas appuyer sur sa tête comme sur un tube de mayonnaise pour en faire sortir l’opinion.  Cela, c’est l’activité des commentateurs. Penser, c’est un travail. Penser comment vivre ensemble. Certains disent que c’est le travail d’une génération. Mais réapprendre cela n’est-ce pas la plus noble des tâches ? Osons le mot, il revient à notre temps de réinventer l’intelligence collective, sans arrogance, et de faire place aux émotions, quelles qu’elles soient. On pourrait entreprendre un inventaire de tout ce qui nous rend collectivement fiers aujourd’hui, à commencer par notre originalité gouailleuse de bonne foule mi-caille mi-canaille. Car l’humour, c’est comme les incisives cassées dans la bouche des petites filles : ça repousse toujours et ça devient plus mordant.

Et pour finir en lumière, un poème du bloguer Francis Royo, à lire sur Analogos : (http://analogos.org/)

Shima 55

sur mon pouce ébloui un soleil a dansé
petite éternité de lumière
impatiente main d’homme

A suivre.

Chaque journée compte


Le soleil est plus pâle en hiver. Cela ne veut pas dire que ses rayons ne brillent pas pour nous. Simplement ils nous parviennent attiédis, ou demeurent cachés derrière un voile de nuages. Nous le savons, et nous ne cessons de l’oublier jusqu’au moment où le voile se déchire. De même, écrit Cynthia Fleury dans la fin du courage, (Lien ici), nous savons bien que le courage existe, mais certains jours il nous paraît hors de portée. C’est pourquoi j’aime cette définition de Paul Nizan qu’elle citait sur France Inter lors de la sortie de son livre, en 2011 : « le courage véritable consiste chaque jour à vaincre les petits ennemis ».

Ainsi, hier, la jeune femme qui gère l’espace de co-working où je travaille, me voyant stationné l’air un peu flou devant la machine à café, me dit avec gentillesse : « heureusement, on est jeudi». Tout en regardant couler mon café, je lui demande en quoi le fait d’être jeudi mérite une mention particulière. « Parce que », me répond-elle d’une voix encourageante, « il n’y a plus que deux jours avant la fin de la semaine ». Je tente de lui expliquer que deux jours, tout de même, mais les mots ne viennent pas, l’enthousiasme est resté au vestiaire et je repars avec mon café tremblotant au fond du gobelet.

J’aurais dû persévérer, tirer sur les mots englués jusqu’à ce qu’ils sortent.

La journée se passe, pleine de pépites : un déjeuner passionnant et plein de promesses, une présentation qui coule de source, une séance de coaching amusante et productive : le soleil s’est effectivement montré dans sa gloire, selon la formule, après dissipation des brumes matinales.

Et les mots viennent, ceux que j’aurais dû prononcer ce matin. J’aurais dû prolonger la conversation, lui expliquer que pour moi le travail est une occasion d’agir, de faire une différence même quand c’est difficile. J’aurais dû lui dire que la semaine n’est pas un tunnel entre deux week-ends. J’aurais dû la remercier pour son empathie, la féliciter pour sa capacité à sourire même aux locataires les plus renfrognés, pour le talent qu’elle met à trouver la dernière petite cuiller propre au fond du tiroir et pour cette énergie qu’elle déploie, du matin au soir, semant dans l’escalier des paillettes de lumière.

Chaque journée compte.

Devant la Môme

Devant la Môme

En passant

IMG_1455J’avais pris moi-même une ou deux photos des vieilles pubs qui me rappelaient les stations fantômes de l’ex Berlin-Est, « gelées » entre 1961 et 1990. Emouvantes typographies et couleurs.

Avatar de Guillaume D.Encore un fripi !

P1110254A Paris, quand certaines stations de métros sont rénovées, il se passe parfois un phénomène étonnant : on voit réapparaître les murs tels qu’ils étaient dans les années 60. Figés dans leur jus d’époque. C’est ce que j’avais pu remarquer en 2008 dans ma station Jules Joffrin, mais sans avoir pris de photos à l’époque, à mon grand regret. J’ai pu m’offrir une petite séance de rattrapage à la station Marcadet-Poissonniers, dans mon 18e. Les quais où passe la ligne 12 ont subi un « décarrossage ». Petite explication : dans les années 60, peu soucieuse de son patrimoine, la RATP avait, pour diverses raisons (l’éclairage notamment) installé des structures métalliques, devant les murs historiques. Dans nombre de stations de métro, et notamment celles de la ligne 12,P1110244 l’ex ligne « Nord-Sud » (d’où les lettres NS entremêlées que l’on voit sur les pourtours des emplacements publicitaires), la régie avait ainsi…

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Et maintenant?


Et maintenant ? Qu’allons-nous faire de l’émotion qui nous a saisis, ce dimanche 11 janvier où nous nous sommes trouvés si nombreux à marcher dans le calme et la dignité ? Il y avait, en ce moment tragique, une sorte de bonheur collectif qui se mêlait à la gravité.

Qu’allons-nous faire de toutes ces interrogations qui tournoient dans nos têtes comme des oiseaux chassés du nid par un bruit violent et qui ne savent où se poser ?

Tout fait débat. Plus rien ne va de soi dans cette France meurtrie, forcée de regarder ses plaies, ses divisions. L’attaque, armée par une idéologie monstrueuse, financée par des réseaux étrangers, instruite par des assassins bien entraînés, vient de l’intérieur : ce sont nos enfants, nos orphelins qui ont commis ces massacres.

Depuis quinze jours, le pays sidéré cherche un sens à ce que nous venons de vivre, et cela prendra du temps. Ne nous hâtons pas trop : ce que nous construirons à partir d’aujourd’hui nous engage, individuellement et collectivement. C’est une chance à saisir, ne la gaspillons pas.

Sympathy for the Belgians


I love Belgians, and it hurts me to think they only just nearly escaped a major terrorist attack. Belgians are warm, fun-loving, unpretentious people. Belgium, together with Italy, was the birthplace of European painting. Patinier, Jan Van Eyck, Rogier van der Weyden, Juste de Gand, Hugo van der Goes, Hans Memling, Dieric Bouts, Gérard David and all the early Flemish paintings offer a good reason for God to restrain from destroying this planet even if he was very, very angry with us. There is so much tenderness in these “Virgins with child” or in the “double portrait of Arnolfini and his wife” (link here), which heralded the invention of intimacy. And then there is Hieronymus Bosch with his terrifying visions, and there are the Brueghels whose images are bursting with life, and if that is not enough there is Hergé, there is Tintin et Milou, and Captain Haddock, and the Dupont brothers. In the early albums, Tintin sometimes had incredibly racist remarks, but how on Earth could anyone possibly want to hurt the country of Milou?

There is a strong connection between Brussels and Paris. Before being the capital of E.U-Absurdity, Brussels was the place where Victor Hugo and other freedom-loving French escaped when the king’s or the emperor’s police were chasing them.

So, in the name of all the French people, I want to apologize for allowing the world to believe that we invented the French fries. We did not. The Belgians did. And so, we should launch a global campaign for the proper-renaming of the French, I mean, Belgian fries.

Otherwise, if you can read French and you are interested to know more about the representation of the prophet Muhammad across the Centuries, you may read this interesting article in Le Monde (link here) : “under which conditions does Islam authorize the representation of the Prophet”? In this article, we learn that the Sunna does not so much forbid representation as the worshipping of idols.  According to Silvia Naef, of professor of Arab studies in the university of Geneva, “what is being held against makers of pictures is that they are pretending to imitate (in French, “singer”) the work of God: the painter pretends to breathe life into matter that has been shaped by hand.” This would explain why photography is allowed, but not the re-creating gesture of the draftsman.

There is also an article in English about the same topic in Newsweek : link here.

I will not dwell into the comparison between Western painting, cartoons and Orthodox icons, which have different intentions, but clearly, neither Western paintings nor Tintin ever aspired to the status of idols. There is no real presence in them. They connect us with emotions and with life in the same way as a song may remind us of a beloved one.

Clearly, we are in the presence of  two very different, irreconcilable conceptions of the very act of creation, and this is fair enough. As the British say, let us agree to disagree on this. But let us also be clear about what we stand for.

I, with much gratitude, stand for Belgian fries.

Les mots aux frontons des mairies


Et demain?

Le texte qui suit a été écrit par mon amie C. M. pour, dit-elle, « clarifier ses idées ». Je lui offre volontiers et espace pour les partager. Si vous souhaitez vous aussi exprimer ce que vous ressentez sur le thème « et demain? » après les événements que nous avons vécus, n’hésitez-pas à me le envoyer. je ne garantis pas de tout publier, cet espace est géré en toute responsabilité et de manière sélective.

20 morts, ça tourne en boucle dans ma tête, 20 morts en 48h à Paris capitale, ville lumière, en France pays de cocagne et des libertés, qu’on disait !

Morts pour rien ? Je veux croire que non.

Ils étaient journalistes, ils étaient dessinateurs, correcteur, médecin, gardien, agent d’entretien, rue Appert au siège de Charlie et les massacrer était un acte délibéré, parce qu’ils étaient iconoclastes, ça oui, poil à gratter, grossiers, drôles souvent, mais méchants jamais. Ils étaient journalistes et pour eux la liberté de la presse était la seule chose sacrée. Leurs meurtriers sont des bêtes malfaisantes.

Ils étaient policiers leur métier c’est de nous protéger, et ils étaient accourus risquer leur vie pour les protéger, ils l’ont perdue, l’un d’eux froidement abattu en pleine rue.

Ils étaient juifs à Vincennes faisant leurs courses et ce n’est pas un hasard. Ca ne vous rappelle rien ?

Ils étaient terroristes, des petits cons devenus grands et biberonnés à la haine de l’autre, ils ne retrouveront pas leur prophète et ses 50000 vierges qui n’existent que dans leurs esprits faibles et malades.

Alors au-delà des larmes il faut résister, dire et démontrer qu’ils ne sont pas morts pour rien. On ne peut pas tuer la liberté de penser et de faire rire, au pays de Voltaire encore moins qu’ailleurs.

Demain nous serons tous j’espère, debout et unis, tous et de toutes les couleurs et de toutes les croyances.

Qu’au moins cela serve de leçon aussi dure soit-elle à un pays qui se morfond dans la morosité, la recherche du bouc émissaire et la frilosité moisie. Nous sommes tous responsables de Charlie, nous devons l’aider à renaître. Dans une France qui retrouvera le sens des mots qui sont aux frontons des Mairies et aux linteaux des églises : Liberté, Egalité, Fraternité, Amour. Demain ce n’est pas juste un jour de notre vie c’est le début d’une démonstration – en anglais le mot pour « manifestation » c’est « demonstration » – que c’est possible.

Connaître l’autre, partager sa culture et la nôtre, éduquer les enfants à la tolérance, donner une chance aux plus pauvres, fabriquer de la justice sociale et de la justice tout court. Mais tout autant, condamner et sanctionner sans restriction tous ceux qui font leur beurre de la radicalisation, du retour aux heures les plus sombres de l’obscurantisme en fanatisant sans peine les plus faibles.

Certes c’est à notre Gouvernement de prendre les décisions et les orientations pour que l’école puisse redevenir un lieu d’instruction et de respect, que la justice juge et condamne sans espoir de sortie les malfaisants, que les prisons cessent d’être de servir de pépinières aux candidats au Jihad.

Certes c’est aux chefs de nos cultes de rappeler qu’avant d’être chrétien, musulman, juif, en France on est Français et on respecte la Loi sans laquelle il n’y a pas de société mais une jungle… et en particulier aux imams de prêcher l’islam de la tolérance et pas celui de la charia, faire traduire le Coran en français dans les mosquées serait un bon commencement…

Mais c’est aussi à chacun de nous d’arrêter de baisser les bras en ruminant que tout va mal et qu’on n’y peut rien. Soyons vigilants, sans concession, sans compromission.

Et surtout n’oublions pas de rire de tout (mais pas avec n’importe qui). Et Cabut, Bernard, Charb, Ahmed et les autres ne seront pas morts pour rien.

 

Nous sommes tous

Charlie

pour toujours

 

 

 

Message envoyé à mes nièces et à mes neveux


Dimanche 11 janvier 2015, 10h30 du matin.

Il se passe en ce moment dans notre pays quelque chose d’historique, comme il en arrive seulement une ou deux fois par siècle. Vous vous demandez sans doute, comme tout le monde, quel sens donner à ces événements tragiques qui nous ont secoués si profondément. Je pense beaucoup à vous, où que vous soyez, et je me souviens combien c’est difficile de vivre de tels moments quand on est loin. Je me souviens de 2005, lorsque je voyais mon pays brûler au loin, depuis mon écran de télé, à Manille. Dans ces moments, il faut résister à la colère et chercher quelque chose de plus profond en soi, quelque chose qui nous rassemble et qui permet de vivre ensemble.

Tout à l’heure, comme des centaines de milliers, peut-être un million de français, avec leurs amis venus de tous les pays, j’irai marcher. Je ne marcherai pas contre, mais POUR. Pour la liberté d’expression, pour la fraternité, pour donner un sens à ce moment d’unité dans la diversité. Je marcherai pour poser des limites à la haine, à la violence, à l’intolérance et à toutes les discriminations. Sur France Info, la philosophe Cynthia Fleury vient de dire que nous assistons au premier événement, historique, de la France mondialisée.  Nous assistons à la naissance de la Génération Charlie. Ce que signifie cette expression n’est pas encore  écrit : ce sens, il nous appartient de le construire. Ce monde qui vient, c’est celui dans lequel vous habiterez, vous et vos enfants. Il se construit sur nos actes et sur nos choix, mais aussi sur nos absences d’actes et nos absences de choix. Vous le continuerez lorsque nous ne serons plus là. C’est une responsabilité que nous partageons. Quelle sera la place de la liberté, dans ce monde qui vient ? Quelle place pour la diversité ? Est-ce que chacun pourra vivre comme il l’entend, à sa manière, dans le respect des autres ?

Il y a du travail, ça ne se fera pas tout seul. Ainsi cet extrait d’un témoignage de mon amie C.M, que je publierai en entier demain ici-même : « Connaître l’autre, partager sa culture et la nôtre, éduquer les enfants à la tolérance, donner une chance aux plus pauvres, fabriquer de la justice sociale et de la justice tout court. Mais tout autant, condamner et sanctionner sans restriction tous ceux qui font leur beurre de la radicalisation, du retour aux heures les plus sombres de l’obscurantisme en fanatisant sans peine les plus faibles. »

Ces derniers jours,  la presse a publié le témoignage de professeurs qui racontaient les difficultés qu’ils éprouvaient à parler des événements tragiques de ces derniers jours avec leurs élèves. Ces élèves, il faut les entendre avec respect, avec plus que jamais le sens de la fraternité. Il faut les amener dans la conversation générale, et construire avec eux, sans chercher à leur imposer tel ou tel point de vue. On parlera beaucoup de laïcité dans la presse. La laïcité, cela ne signifie pas d’interdire toutes les croyances, mais de les permettre toutes.  On doit pouvoir parler de tout, sans peur, et je vous  y encourage. J’étais à l’île Maurice au mois d’août, ils y arrivent très bien. Pourquoi pas nous ?

Nous avons la chance de former une belle famille, aimante et diverse, une famille dans laquelle chacune et chacun trouve sa place. Des catholiques, des musulmans, des athées, une bouddhiste, un spiritualiste …bon,  ça manque de juifs, mais il reste une place, au bout de la table. On est taquins, malicieux, on ne s’épargne pas, mais on s’aime et on n’a pas peur de se le dire. Je suis fier de notre famille, et j’aimerais aujourd’hui que la France nous ressemble un peu.

Ajouté dimanche soir : oui, la France nous ressemble, et nous lui ressemblons, et j’en suis infiniment heureux. Cette marche était tellement pacifique, et drôle, et grave en même temps. On a beaucoup ri, d’un rire bienveillant. Beaucoup de questions demeurent ouvertes. Nous allons devons réfléchir, discuter, confronter nos points de vue pour construire des réponses acceptables et vivables. Le courage, maintenant, ce sera d’aller vers l’Autre, et vers l’Autre en nous.

Et, tiens, pour finir sur une note d’humour, je mets ici un lien vers le message de l’humoriste Sonia Orosamane à « tous les cinglés, jhadistes, pianistes, cyclistes…   ici :  » https://www.google.fr/webhp?sourceid=chrome-instant&rlz=1C1CHVN_frFR517FR517&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=samia%20grosemane

We are Paris


Dear English-speaking friends,

The worst is over, for now. France is stunned, but standing, and preparing to display a large demonstration of unity tomorrow, behind over 40 heads of State marching as one in the defence of freedom. They are most welcome, and I have to say the outpouring support coming from all around the world has been a tremendous help in these horrible moments. We could feel the huge wave of solidarity and emotion spreading across all continents as pictures kept showing crowds gathering and displaying the three famous words “Je suis Charlie”. We have cried, again and again, as one city after the other appeared on our TV screens, making us feel less alone in our anguish and despair.

And so, it is over. While our authorities have reminded us that more attacks may happen, a certain sense of “normalcy” is now coming down over the city.

My city.

My beloved city.

Paris.

How dared they?

HOW DARED THEY?

These barbaric idiots did not just kill 12 cartoonists, two heroic policemen and many innocent people. They attacked a symbol of freedom, which is at the very core of our National identity.

They did not take hostage just a few Jewish shoppers, but the whole Nation. And the whole Nation has responded. Not with shouts of hatred and calls to revenge and murder, but with dignity. People did not wave weapons or fists in the air, but pens.

In Toulouse, which had been so brutally attacked a few years ago, people were singing the Marseillaise. Out of tune, sure (terribly so, gosh, someone please tell the government to increase the number of singing lessons in French schools). But they were singing together.

Our unity has not been destroyed, but strengthened, as the German chancellor Angela Merkel noticed. And, yes, in this era that seems to have respect only for money, celebrity and sportsmen on steroids, I feel extremely proud to be part of a Nation that gathers around a bunch of free-minded, insolent cartoonists. While the words “JesuisCharlie” have spread around the world, it is worth noticing that not one newspaper has dared republishing their drawings.

It would take too long to explain what this very newspaper meant for all of us, even though their readership had trickled down to a mere 30,000. Many disagreed with the editorial line they had adopted under a new direction. But that is totally beside the point. The terrorists might as well have attacked Asterix, or Molière, our most famous playwright who was already attacking religious fanaticism as early as the mid-17th Century. So, these journalists knew their lives were under threat, but they kept going.

Somehow, this is the eternal story of barbarians attacking cities because they hate independent spirits and sophistication. This was already what was at play in the 90ies when Sarajevo was under siege by Serb fanatics. (Mind you, only people with a very short memory could believe fanatics are all Moslems. How wrong!)

For three long, horrible days, we too felt like a city under siege. Alerts, false or not, were coming from all directions. Red dots kept appearing and disappearing on the city’s interactive maps. We feared for our beloved ones while sirens were wailing every fifteen minutes as police cars and ambulances were being dispatched to various locations. We tried to keep working, and it was hard to focus.

For three days, I kept remembering what my friend David Pini was telling us about September 11 and the following weeks, when people were unsure about what would happen next. How the people of New York had become so kind and caring for one another, in the aftermath of the massacre. I hope we will react the way they did.

I am thinking about our British neighbours, who showed such a brave face after July 2007.

Words are getting difficult to find. I know silence is the enemy.

Tonight, I am Charlie.

I am Paris. I am Toulouse.

I am also London, and New York, and Madrid.

But I am also Peshawar, Mossul and Kabul, and Bali.

I am Algiers, which has suffered so much, and for such a long time.

The list could on and on.

So many cities, so many lives lost or devastated.

As a friend was writing to me a few hours ago, “the whole world is reeling with France. What is happening now is global. “

Indeed, it is global, and now that this specific attack – one in a chain, not the last one – is over, we need to stop and try to think about the meaning of all this. What does it call for?

I cannot help wondering: how will we look at one another, tomorrow, in the metro, in the streets, at work?  Will compassion prevail over suspicion?

Tomorrow, we will be marching in the streets of Paris. Perhaps one million people. Many more will be joining us in their hearts, watching on TV, sending tweets, and buying newspapers.

Debates will have to take place. Teachers will have to engage with those kids in the suburbs who believe that the dead cartoonists had deserved their horrible fate. Our future is at stake. What kind of society do we want to live in? We share a big responsibility.

But let us not end on a sinister note. Two of the most humorous remarks that came out on Twitter about the terrorists were: “they killed journalists, and died in a printing shop” and “the other one wanted to wage Jihad, and died in a Kosher shop”.

Or let us try this one: “how many Jihadists does it take to change a light bulb? – Light? What do you mean by “light”?”

Nous sommes Charlie


 

Donc, ce sera la guerre. Mais la guerre selon nos termes, avec nos armes. Nous cultiverons les liens, l’amour, le talent. La solidarité. Nous serons du côté de la vie, avec détermination, et ne céderons pas un pouce de liberté. Que la blessure nous aide à garder la conscience claire et vive. Que la joie revienne, vite, une joie lucide et forte. Nous retrouverons le goût de rire, non pas d’un rire grinçant, mais d’un rire qui libère.

Mais pour l’instant, c’est difficile. Gorges nouées des journalistes et chroniqueurs, ce matin, sur France Inter. La rage et l’incertitude. On parle, autour des machines à café : besoin d’échanger, d’être ensemble. La France est en état de choc. Les témoignages de solidarité affluent du monde entier et font chaud au cœur. C’est aussi cela qui donne la force de rester digne et de repousser la tentation de la haine.

Hier soir, j’avais prévu de revenir dessiner dans l’atelier de modèle d’Aracanthe, pour la première fois depuis trois ans.  L’ambiance était calme et grave, pesante et fermée comme les visages des parisiens dans le métro, dans les rues mouillées. Huit dessinateurs concentrés, le modèle enchaînant les poses toutes les deux minutes avec beaucoup de professionnalisme et de talent. Nous pensions tous aux journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo. Leur impertinence a  donné le ton de notre adolescence.  Plus tard, ils ont repris avec courage le flambeau de la liberté la plus extrême, nous autorisant ainsi à occuper largement tout l’espace du milieu.  On n’entendait  que le bruit des crayons et des pointes sur les feuilles, le tictac de l’horloge rythmant la durée des poses. Finalement c’est le modèle qui a pris l’initiative de rompre le silence, s’exclamant d’une voix pointue avec toute l’impertinence nécessaire  : « cette pose s’appelle « tu les aimes mes fesses »  (en allusion à la célèbre réplique de Brigitte Bardot dans le Mépris, et à la caricature qui en avait été faite). Tout le monde a éclaté de rire, la chape de plomb  s’est fissurée. On ne la laissera pas se refermer, ceci est mon vœu et ma résolution pour cette nouvelle année.

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Bribes 10.2


Magnifique ce poème d’Analogos qui traduit bien ce que nous ressentons tous ce matin.