Archives de Catégorie: Art Ecriture Expressions

Atterrir en douceur


Le bonheur est, avec l’amour, le seul territoire qui s’accroît quand on le partage. Plus on donne, plus on reçoit, plus on s’enrichit. Plutôt que de laisser l’appréhension du retour gâcher votre fin de vacances, (que vous soyez ou non partis, ou déjà revenus),  je vous propose aujourd’hui de pratiquer très concrètement la pensée positive, voire même de passer à l’action, inspirés par ces deux « coups de cœur ». Voici deux projets magnifiques, tournés vers le partage et la création. Le premier, ancré dans un quartier populaire de Clamart, est à la croisée de l’Economie Sociale et Solidaire et de la création. L e second est ancré dans le temps, et dans une communauté de créateurs, puisqu’il s’agit de célébrer les vingt ans d’Aracanthe. On reviendra bientôt sur le crowdfunding, qui permet de soutenir des projets en accord avec nos valeurs et nos envies, chacun selon ses moyens.

Premier coup de cœur : la maison de la Création : lien ici

http://www.bulbintown.com/projects/la-maison-de-la-creation/accueil

La Maison de la création, c’est le lieu convivial et ouvert à tous qui permettra à l’associationL’échelle de Soie d’accompagner encore mieux les familles du quartier et les créateurs locaux dans leurs projets artistiques à travers :
– une boutique de fournitures spécialisées, pour les artistes de tout poil en quête de pinceaux, toiles,etc…
– un espace d’exposition-vente dédié aux créateurs et artisans locaux,
– un atelier alternant cours, démonstrations, et créneaux en libre accès pour des rencontres et transmissions de savoir entre habitants
– et bien sûr un café poétique chaleureux pour se rencontrer et discuter autour d’une revue ou d’une de nos spécialités uniques au monde !  

 Deuxième coup de cœur : 

Le 4 octobre prochain, Aracanthe (lien ici) vous invite à célébrer 20 années de création, d’échanges, d’expériences, de rencontres sur le thème de la création artistique.  Le « passage à l’art » c’est ce moment où l’on ose s’affranchir de ses craintes, où l’on enjambe allègrement la barrière invisible supposée séparer les « professionnels » des « amateurs », pour le défi, pour « voir ce qu’il y a de l’autre côté ». Et vous, quand avez-vous fait quelque chose de nouveau pour la dernière fois?

Soudain la poésie revient


Soudain, la poésie revient. Par le roman. Les bons, ceux qui vous réconcilient avec le plaisir égoïste de la lecture, communiquent par mille interstices avec des univers parallèles au nôtre, plus vastes et plus intenses. Un jour de pluie, ce plaisir redouble. On se laisse envoûter par les personnages, la narration, le rythme des phrases, tandis qu’au-dehors crépite l’averse. Et si ce roman sait comme nul autre évoquer un paysage gorgé de pluie « pendant que la nature toute entière – feuilles, gouttes d’eau sur les feuilles, rochers, gouttes d’eau sur les rochers – resplendit sous la lumière d’un matin neuf, … », alors, c’est « mot compte triple ».
Neuland, le troisième roman d’Eshkol Nevo (Gallimard), est de ceux-là. C’est un roman qui vous donne envie de respirer l’air du grand large, à pleins poumons. Quand vous êtes-vous réveillés pour la dernière fois avec l’envie de découvrir un Continent ? Pas une destination, pas un pays. Un Continent, avec un C majuscule et des montagnes hautes comme ça, des cataractes et des lacs les plus hauts du monde, où des gringos paranoïaques soignent leurs blessures de guerre dans des plantations cernées de cactus.
Avec Neuland, on se laisse embarquer sur des sentiers sillonnés d’agents secrets qui n’en sont peut-être pas, d’un fils à la recherche de son père happé par un rêve de chamane, on cahote sur des routes périlleuses en compagnie de la petite-fille d’une immigrante échappée de justesse à l’holocauste, et d’un guide local qui comprend comme personne l’âme des rivières. Des itinéraires passant par Jérusalem, Berlin, l’Amérique latine et des bribes d’Australie convergent. Aucun des personnages ne demeure dans le pays de sa naissance.
De page en page, l’horizon tout entier s’emplit de quelque chose d’énorme et de captivant. Destins croisés, permis de rêver. Ainsi, cette description des mystérieux dessins gravés par la civilisation Nazca, d’une échelle si grande que certaines interprétations n’ont pas hésité à parler d’un « message » adressé aux extra-terrestres, ou conçu par eux. Mais l’humain conserve toute sa place, même au cœur du merveilleux. « Au début je ne voyais que du sable. Mais elles ont commencé à apparaître. Les formes. Le singe, l’araignée, l’astronaute. (…) et brusquement, j’ai eu le sentiment que toutes les explications données à ce dessin n’étaient pas valables. Qu’ils n’avaient été exécutés que pour le prodige (…) parce que le rêve doit toujours demeurer impossible, hors d’atteinte. »
L’émotion, l’éblouissement esthétique revigorent les enfants d’un monde fatigué. « (…) dans cette immensité, leur énorme véhicule ressemble à un criquet face aux arbres élancés, aux hautes montagnes et aux vallées encaissées, où l’eau vive coule, et non un égout. Et le soleil resplendit entre les nuages, léchant le lac de ses rayons. Et cette couleur ? Pas vraiment bleue, pas vraiment verte. Violacée. Pas de vagues sur ce lac, pas une écume. Une petite barque fend doucement les flots, dessinant à sa proue un point d’interrogation. Quand un tel éblouissement esthétique l’avait-il ainsi remué pour la dernière fois ? »
Sous nos yeux les personnages s’ouvrent et se transforment, attachants, désorientés, venus d’un pays si petit, cerné de tant d’hostilité, qu’il se donne pour horizon le plus vaste monde et pour profondeur, l’histoire. On s’enfonce avec eux dans la jungle et l’on retrouve des pans de sa propre expérience, au nord des Philippines, sur les flancs d’un volcan à l’ambiance de Vol 747 pour Sydney (the Banahaw protocol, ici). L’expérience acquiert une texture particulière, poétique dans sa présence au monde.
« Plus ils s’enfoncent dans le monde des plantations plus les traces du monde civilisé s’effacent. De temps à autre, un cheval sans cavalier apparaît entre les arbres. De temps à autre, une cabine téléphonique dépourvue de combiné se dresse sur le bas-côté. Les routes sont creusées de cratères comme la surface de la Lune. Et parfois, elles s’arrêtent d’un seul coup : devant un barrage ou la jungle. (…) les buissons et les arbres s’enchevêtrent au milieu des milliers de branches et de feuilles sur lesquelles la pluie incessante joue un concerto pour gouttelettes. Le bruit des gouttes tombant sur une feuille – il s’en rend compte au bout de quelques jours – est différent de celui des gouttes glissant sur une branche, différent des gouttes heurtant un blouson, différent de celui des gouttes tombant dans les petites flaques accumulées au pied des arbres. L’eau coule sans cesse, de toutes parts, au point qu’il est difficile de distinguer le fleuve de ses affluents. (…) Avec l’expérience, on parvient à deviner l’arrivée de la pluie, lui racontent d’autres randonneurs. Avec l’expérience, on apprend à distinguer les couleurs des différents nuages.»
Un roman-radeau, pour partir à la dérive sur un fleuve de mots et d’images. Laissez-vous tenter.
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le bonheur hommage à HappyLab


BuencaRmino

Le bonheur n’est pas sûr
le bonheur n’est pas clair
le bonheur n’est pas rose

Du moins quand il se pose
Il a les pieds sur terre
Le bout du nez en l’air
Le bonheur c’est d’y croire
Et d’aimer courir
C’est aller vite agir
sans calculer ou
Après avoir bien calculé
C’est tout ce qui reste
A la fin d’oublié
Pas de recette, un dé jeté
Le bonheur c’est malgré
Le bonheur c’est carré
le bonheur c’est d’avoir
l’amour devant, dedans et tout autour
Le bonheur c’est tout près
le bonheur c’est jamais
Le bonheur c’est toujours
le bonheur c’est qui sait
Le bonheur imparfait
C’est parfait

Remerciements à Joanna Quelen et à toute l’équipe du HappyLab

http://www.happylab.fr/category/quisommesnous/

Avec la voix de Nicole de Chancey à l’oreille, « imparfaite dans son imperfection »

Voir l’article original

Tenir (loin des gourous aux belles dents blanches)


Comment font-ils ? C’est la question que l’on se pose parfois, face au récit de combats rudes, qui en auraient fait renoncer plus d’un. Et pourtant, ils tiennent. Des femmes, des hommes, ordinaires ou célèbres, avec une sorte de courage particulier. Rarement spectaculaire. Ils, elles posent des actes qui finissent par s’accumuler avec la lenteur séculaire des stalactites au fond des grottes. Un jour, on s’aperçoit que quelque chose est là, vertical, et que ça tient. Une vie droite ou tordue sous la violence des pressions subies. Mais une vie tout de même.
Samedi dernier, le supplément « culture » du Monde livrait deux portraits de personnalités combatives, obstinées, magnifiques dans leur colère et leur intégrité. Judith, mère d’un garçon dyslexique, ne baisse jamais les bras face au système scolaire qui n’a de cesse de repousser son enfant à la marge. Elle forme avec son fils un tandem vacillant, mais qui va, chacun mobilisant ses ressources propres : capacité de s’attacher des amis protecteurs pour lui, rébellion persuasive pour elle. Le peintre Martial Raysse a passé plus de vingt années dans un exil intérieur, ignoré des galeristes et du public, préférant se nourrir de son potager et de son poulailler plutôt que de se compromettre à reproduire indéfiniment les mêmes formules. Il faut absolument voir sa rétrospective au centre Pompidou.
Ce qui les fait tenir ? La dignité, bien sûr, une vision, des valeurs droites comme des tiges de fer dans le béton armé.
Dans son best-seller « Pouvoir illimité », le coach et PNL-iste Anthony Robbins conseille à ses lecteurs de chercher des « modèles », c’est-à-dire des personnes qui atteignent leurs objectifs, et de les imiter. L’imitation, insiste-t-il, est la clé du succès. L’idée est de s’inspirer d’eux pour comprendre le système de croyances positives qu’elles ont su se construire, d’identifier leur stratégies et tous les ajustements au jour le jour qui finissent par dessiner une trajectoire gagnante, certes pas rectiligne, et non dénuée d’obstacles, mais d’obstacles surmontés, patiemment, avec persévérance et peut-être même la sourde rage de celles et ceux qui serrent les dents, encore et encore, là où tant d’autres auraient depuis longtemps baissé les bras.
On était loin de l’Amérique triomphante et des gourous aux belles dents blanches, avec ces deux portraits du Monde, et pourtant c’est bien cette attitude-là que je vous propose, à votre tour, d’imiter. Car il y a du bonheur, du plaisir, au bout de ce chemin-là. Dans Vivre, Mihaly Czickszentmihaly, l’un des pères de la psychologie positive, décrit l’expérience du flow, lorsque pris par une tâche captivante on oublie jusqu’au sens du temps qui passe.
J’étais moi-même si absorbé dans la rédaction de cet article que je n’ai pas vu venir le « voleur des trains », qui m’arrache le portable qui me servait de modem. Coup de chance, je venais juste de transférer les photos de la rétrospective Martial Raysse au Centre Pompidou. (ici)
Belle occasion de mettre en pratique, immédiatement, ma petite leçon de persévérance.

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Sortez tatoués


La file d’attente qui s’allonge devant l’expo « tatoueurs tatoués » au Musée du Quai Branly confirme nos intuitions et le savoir-faire marketing des organisateurs. En choisissant ce thème faussement décalé (en ce lieu, supposé dédié aux arts premiers) et réellement branché, ils ont réussi leur pari d’attirer un nouveau public.

Au passage, on redécouvre la collection permanente et son spectaculaire accrochage :IMG_5197

L’itinéraire entraîne les visiteurs à travers un voyage dans le temps et dans l’espace, de continent en continent, jusqu’au vingtième siècle où les diverses traditions se rencontrent pour donner naissance à un art d’aujourd’hui, détaché de son origine infamante (bagnards, prostituées), militaire, ou sacrée (tatouages des peuples mélanésiens). A partir de la seconde moitié du vingtième siècle, les artistes japonais, polynésiens, américains, japonais commencent à échanger des motifs. Les compositions toujours plus complexes intègrent des éléments disparates, abstraits ou figuratifs dans un même souci de valoriser le corps et de le singulariser. La BD, la culture manga, les arts traditionnels se rejoignent, donnant naissance à un foisonnement de nouvelles formes. La peau devient un nouveau médium, le corps est simultanément oeuvre et support. L’inscription dans le corps est probablement l’une des raisons pour lesquelles cette nouvelle forme d’art suscite une telle fascination auprès d’un public toujours plus large et « mainstream ». Chacun peut se l’approprier, pas besoin d’être un expert, un connaisseur. Il suffit de quelques centimètres carrés de peau pour faire partie de cette « communauté » mondiale.
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L’uniformisation des cultures n’est cependant pas totale, bien au contraire. La diversité demeure et même s’amplifie, car certains peuples ou certaines communautés (les Kalingas des Philippines) y trouvent un moyen de réaffirmer leur identité tout en renouvelant son expression. Des micro-communautés se constituent en fonction des thèmes traités, des goûts et des appartenances.

On est bien dans l’universel fragmenté qu’évoque Frédéric Martel dans Smart, son dernier ouvrage. Le journaliste y explore la diversité des usages du web, objet selon lui d’une véritable fragmentation selon des lignes de force culturelles et géographiques.

Cette exposition, comme le livre, rassurera ceux que l’uniformité chagrine : l’avenir est plutôt du côté de la diversité. Sortez tatoués!

Ecrivez


« Si vous êtes ici, à cette heure et en ce lieu »…

La toute première phrase de la Solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, pourrait évoquer tout aussi bien la relation difficile entre ceux qui écrivent et leurs hypothétiques lecteurs, que celle, métaphorique, entre le dealer et son client.

Le premier ne cesse de demander à l’autre : « n’avez-vous pas un désir que je pourrais satisfaire? » et le second, dans son hésitation cruelle, se dérobe, suscitant l’amertume puis la violence du dealer dépité qui reste avec ses cadeaux sur les bras.

Il en va de même avec vous, chers lecteurs qui passez nombreux, mais sans rien dire, sans déposer ne serait-ce qu’un bref commentaire, une interrogation, un doute. 

Aimez-vous? n’aimez-vous pas? Qu’est-ce que cela vous inspire? Là n’est pas vraiment la question. Mais d’où venez-vous? de quel pays, mus par quelle curiosité, et suivant quel chemin?  Quel bon vent, quels mots vous amènent, de lien en lien, de clic en clic, voilà ce qu’on brûle de savoir.  Surfez-vous selon les hasards de la logique, de la langue ou de la géographie? Il y a là, déjà, toute une histoire, et de ces histoires-là je suis infiniment gourmand.

Alors, s’il vous plaît, écrivez, partagez, lancez vous aussi ds bouteilles à la mer. N’ayez ni peur ni honte, il n’y a que du plaisir. Avec l’été revient l’envie d’écrire, avec vous et pour vous, et surtout, qu’on s’amuse.

Et puisqu’on parle de partage, voici un lien vers un blog sympa : « What you give is yours, what you retain is lost forever » http://sansondavid.wordpress.com/

Si vous marchez dehors à cette heure et en ce lieu


Dans la solitude des champs de coton : le texte de Koltès, l’intensité de Chéreau, la violence des transactions humaines. Une première phrase tellement pénétrante qu’elle s’et incrustée dans ma mémoire, dès la première lecture, et pour toujours. Les actrices qui ont travaillé avec lui évoquent le regard de Chéreau, un regard de dessinateur, qui voit comme on écoute, un regard qui cherche et et qui trouve la lumière, qui mesure très exactement l’espace entre les êtres et la justesse des rapports.

Koltès, « Dans la solitude des champs de coton » :

« Un deal est une transaction commerciale portant sur des valeurs prohibées ou strictement contrôlées, et qui se conclut, dans des espaces neutres, indéfinis, et non prévus à cet usage, entre pourvoyeurs et quémandeurs, par entente tacite, signes conventionnels ou conversation à double sens — dans le but de contourner les risques de trahison et d’escroquerie qu’une telle opération implique —, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, indépendamment des heures d’ouverture réglementaires des lieux de commerce homologués, mais plutôt aux heures de fermeture de ceux-ci. »
Préambule à Dans la solitude des champs de coton.

LE DEALER
Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ; car si je suis à cette place depuis plus longtemps que vous et pour plus longtemps que vous, et que même cette heure qui est celle des rapports sauvages entre les hommes et les animaux ne m’en chasse pas, c’est que j’ai ce qu’il faut pour satisfaire le désir qui passe devant moi, et c’est comme un poids dont il faut que je me débarrasse sur quiconque, homme ou animal, qui passe devant moi.
C’est pourquoi je m’approche de vous, malgré l’heure qui est celle où d’ordinaire l’homme et l’animal se jettent sauvagement l’un sur l’autre, je m’approche, moi, de vous, les mains ouvertes et les paumes tournées vers vous, avec l’humilité de celui qui propose face à celui qui achète, avec l’humilité de celui qui possède face à celui qui désire ; et je vois votre désir comme on voit une lumière qui s’allume, à une fenêtre tout en haut d’un immeuble, dans le crépuscule ; je m’approche de vous comme le crépuscule approche cette première lumière, doucement, respectueusement, presque affectueusement, laissant tout en bas dans la rue l’animal et l’homme tirer sur leurs laisses et se montrer sauvagement les dents. »

Je pense à notre ami David Pini, qui le lisait si bien, de sa voix-Godounov. Octobre est un mois pour l’humilité. Hommage à David. http://wp.me/p11JeL-gL

Dessiner la Bretagne


Il pleut, rien d’autre à faire, et c’était bien l’idée d’en profiter pour ressortir pinceaux, couleurs, un papier doux mais résistant, dense et tendre au toucher. Se jeter à l’eau. Dessiner la Bretagne : un livre ouvert sur une fine aquarelle, rehaussée de touches légères, invite. Le motif est traditionnel, chromo rassurant, paisible, attendu: l’église aux toits d’ardoises mouillées, (gris de Payne), les barques sur le rivage (outremer, citron, carmin vifs, sortis du tube), les hirondelles de mer, ciels brouillés. Des cirés jaunes. Un calvaire somnolent, moussu, piqueté de lichens roussis. (C’est ainsi que j’écrivais, autrefois. J’étais fier de mes rythmes et de mes adjectifs. Je lançais mes mots à l’assaut de la page comme de braves petits soldats au débarquement. A la fin, m’écriant : « page prise »!)Peindre la Bretagne à l'

Ce week-end était l’occasion de retrouver le dessin, mine de rien. De m’exercer, comme si cela n’avait presque pas d’importance. Une activité de loisirs, classique, anachronique, un peu désuète : innocente. Comme on ferait des crêpes, une tarte aux pommes. Tout ça pour me persuader que je peux maîtriser mon impatience, discipliner mon envie d’aller tout de suite à la couleur, poser les à-plats gentiment, chacun son tour, du plus pâle au plus dense. Faire tout cela dans l’ordre et bien comme il faut. L’amour du travail bien fait, la satisfaction. Truc de filou!

Le papier, donc, mais ce qui paralyse: l’injonction d’aller direct à la perfection. Dessiner aussi bien que le modèle proposé, sinon rien. Et donc, rien. Cette émotion, la peur, car avant de poser la couleur, il faudra dessiner. Des traits. Ajuster le poids, la direction de la main, l’angle d’un toit. Les proportions. Livre insolent. Provocation. Colère. Et que faire de ce texte? Enregistrer? Publier? Brouillon? Brouillon. Renvoyé dans les limbes du blog, enfermé dans la cave de WordPress avec interdiction d’en sortir sans ma permission. On aura tout de même réussi quelque chose, la transition de l’image au rythme, à la musique des mots. On aura tricoté des phrases en écoutant des podcasts sur France Inter. On a produit, comme d’autres courent, nagent leurs dix kilomètres, ou se couchent de bonne heure.

On l’a fait.

Bientôt, peut-être, on retrouvera l’amie lectrice à la voix douce et le plaisir de dire ensemble. On travaillera les voyelles, les consonnes, on fera durer les silences en étirant tout son corps. On ira sur l’île Saint Louis filer, réverbérer les sons sur les quais de la Seine. On verra des effets de lumière qu’on ne décrira pas. On les gardera pour nous, ces merveilles, ces trésors de l’été juste après la pluie, ce sera fort, c’est une promesse qu’on se fait, ça vaut la peine, on fera des progrès. Paris nous appellera. D’autres, avec leurs oreilles. Ils entendront, peut-être. On le fera pour eux. Puis on invitera des bloggeuses, on connaîtra leurs textes, on les fera connaître, on partagera ce plaisir. Leurs mots fondront comme du caramel sous la langue. Ce sera la saison d’une infinie gourmandise. Une saison trouvée. S’il pleut, bien sûr, on écartera les barreaux obliques, on saura s’évader.

Là sera le cœur du Royaume, un grand morceau de territoire entre les bras du fleuve, sous le ciel, encadré d’ombres courtes, il y aura de la poésie dans le regard des touristes et nous, nous serons vrais.

Publier. Peindre la Bretagne_1515

La carte et la territoire troisième et fin


Chacun cherche son Proust : il y a celui des spécialistes, experts proustologues, proustolâtres et recherchicoles, et puis celui des lecteurs ordinaires, dont le témoignage seul nous importe ici, puisque Buencarmino plonge ses radicelles, encore et toujours, dans l’expérience vécue.
« Proust a changé ma vie », s’exclamait une blogueuse avec laquelle nous croisons quelques fils sur Twitter (http://proustpourtous.over-blog.com/ ). Elle n’est pas la seule, à en croire Alain de Botton, auteur de « Comment Proust peut changer votre vie ». Le thème est également repris dans l’éditorial du supplément Lire consacré à l’auteur de la Recherche (voir « la Carte … 2/3 ») qui se demande « quel livre a changé autant de vies ?»
Bien sûr, on pourrait immédiatement citer la Bible, le Coran, Sur la route ou « Je sais cuisiner » de Ginette Mathiot, qui ont chacun à sa manière changé bien des vies.
Mais revenons à Proust. De quoi est-il précisément question ? En quoi change-t-il la vie de ses lecteurs ? Lire ne s’approfondit pas sur le sujet, se contentant de publier quelques interviews de personnalités qui ont lu et relu la Recherche, ou des fragments de la Recherche, ou la quatrième de couverture de la Recherche, à différentes époques de leur vie. Ce qui est intéressant, c’est de noter comme ils trouvent, à chaque lecture, de nouveaux trésors, un éclairage différent sur la vie, l’intimité, la vie sociale, ou sur l’écriture elle-même.
Car il y a plusieurs manières de lire Proust : l’une, nostalgique, régressive, tournée vers les paradis perdus de l’enfance auquel chacun cherche un accès muni de sa madeleine magique, et puis une autre, qui consiste à jouir de l’abolition du temps et de sa tyrannie. S’il nous invite à centrer notre attention sur le cœur de ce royaume personnel, Proust n’en donne pas vraiment la clé. Dans la Recherche, le Narrateur découvre un passage secret menant vers l’enfance (épisode de la madeleine dans du côté de chez Swann), et puis un autre vers Venise et ses ciels lumineux (les pavés inégaux dans le Temps retrouvé), mais tout cela se fait par inadvertance, un peu comme l’apparition du génie de la lampe dans les Mille et une nuits.
Ce que Lire n’explore pas non plus, c’est la différence entre ces deux états, car l’Enfance retrouvée, c’est la vivacité des premières impressions gravées dans la mémoire avec une force, une précision qui ne se retrouveront jamais, tandis que l’expérience du bonheur que procure l’abolition du temps relève tout autant de la littérature que de la neurologie ou de la méditation (voir « la Carte et le territoire » 2/3).
Lucien Daudet, puis Edmond jaloux, n’ont pas manqué de faire le rapprochement avec un autre explorateur du bonheur et du royaume intime. Jean-Jacques Rousseau, particulièrement dans la cinquième Rêverie, a décrit cet état de félicité suprême, contemplative, libérée de toutes les contingences, lorsqu’il décrit les après-midi passées à regarder passer les nuages, les yeux noyés dans l’infini du ciel, au fond de sa barque sur le lac autour de l’île Saint-Pierre. L’expérience évoque avec une étonnante similitude celle de la méditation en pleine conscience : la conscience décrite par le bouddhisme comme un vaste ciel dans lequel passent les idées, les sensations, les affects, éphémères comme les nuages, tandis que seule demeure la pure sensation d’être en vie. Heureux lecteur contemporain qui peut, en suivant la méthode disponible en podcast ou en CD, atteindre le merveilleux royaume auquel Proust n’accédait que par le hasard d’un télescopage entre les sens et la mémoire, également libéré du désir et de la déception. Il demeure que nul n’a su mieux que lui décrire l’état de félicité, la Promesse, qu’il est permis à chaque lecteur de voir se réaliser pourvu qu’il s’en donne la peine.
Voilà comment l’auteur souffrant, perclus d’asthme, épuisé par ses insomnies, dévoré d’angoisses, parvient à nous délivrer le plus lumineux message d’espoir, avec une boussole de plus de 3,000 pages pour nous guider au long de notre voyage. Voilà pourquoi Proust, plus que tout autre, suscite chez ses lectrices et ses lecteurs un sentiment de profonde gratitude, une tendresse, une ferveur inégalées. C’est cela, la magie, le secret de la lampe et des derviches tourneurs.
Bonus : Un été avec Proust sur France Inter à télécharger en podcast http://www.franceinter.fr/emission-un-ete-avec-proust.

la carte et le territoire 2/3


La science et la littérature possèdent également le pouvoir de susciter, voire de précipiter les émotions lorsqu’elles nous révèlent des continents cachés, même si elles empruntent pour cela des chemins différents. Il aura fallu plus de dix ans et des centaines de millions de dollars pour dresser la carte du génome humain. Encore plus ambitieux, le projet Human Connectome a pour objectif d’établir la carte des connexions neuronales et d’étudier leur impact sur le comportement humain, ce qui devrait prendre quelques décennies et des milliards de dollars. Les photos sont d’ores et déjà fascinantes. En attendant le résultat, qui nous renseignera sur nos perceptions, les étranges corridors qui les relient entre elles et avec nos pensées, on peut toujours relire du Côté de chez Swann, dont on fêtera le centième anniversaire de la parution en novembre prochain. En 1913, l‘infographie n’existait pas encore, ni l’IRM : on se servait encore des mots pour décrire l’expérience humaine et tenter de relier la carte de nos croyances et représentations au territoire du vécu. Extraits : « … à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. (…) je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? (…) quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? Pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière ». (Du côté de chez Swann).
Et, quelque 14,000 pages plus loin, dans le Temps Retrouvé : « au moment où me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s’évanouit devant la même félicité qu’à diverses époques de ma vie m’avaient donnée (…) la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion, tant d’autres sensations dont j’ai parlé (…). Un azur profond enivrait mes yeux, des impressions de fraîcheur, d’éblouissante lumière tournoyaient près de moi (…) de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait comme si elle m’avait dit : « Saisis-moi au passage si tu en as la force et tâche à résoudre l’énigme du bonheur que je te propose. » (Le temps retrouvé, les pavés inégaux).
Où l’on voit que l’ambition de Proust n’est pas tant de consoler ou de distraire que de nous aider à trouver le chemin de nos émotions les plus profondes. Là est le centre, le point d’appui, la source lumineuse où trouver la confiance, l’audace, l’énergie nécessaires pour se lancer dans la construction d’une cathédrale de mots, ou dans le décryptage des connexions neuronales comme hier du génome humain. A lire : le hors-série de Lire pour le centenaire du Côté de chez Swann.

Gourmandise et quelques brins d’herbe


De la circularité dans l’art, ou l’histoire d’un printemps qui démarre très fort, avec Hiroshige, Turner, le Lorrain, van Gogh et l’obsolescence programmée (par inadvertance) de ma carte SIM.

Comment exprimer toute ma gratitude au vendeur incompétent qui, bloquant ma carte SIM un samedi soir deux minutes avant la fermeture, m’a contraint à errer dans les rues des quartiers touristiques de Paris ce dimanche matin, cherchant une boutique télécoms ouverte avec toute la ferveur anxieuse d’un addict en mal de communication? Je lui dois une fabuleuse découverte, mais, minute! Il faut d’abord que le récit progresse. Je remonte le boulevard Saint-Michel, longe la Conciergerie devant laquelle se pressent américains, chinois et japonais nostalgiques de Marie-Antoinette, sinon rien. A Châtelet, mon espoir ne dure pas longtemps non plus. La tentation me chatouille de bifurquer sur les quais, mais je décide de pousser un peu plus loin, vers le quartier Beaubourg. A midi, les nuages s’effilochent, l’espiègle printemps surprend les parisiens encore tout engoncés dans leurs vêtements d’hiver. Tiédeur délicieuse, un temps à flâner. Je ralentis le pas, renonce à ma quête absurde. Tant pis, mon téléphone restera silencieux jusqu’à demain. Me voici libre, injoignable, enfin maître de mon temps. Disponible et joyeux, serein, je me faufile dans une brèche de l’espace-temps, une bulle en expansion qui n’appartient qu’à moi, tout entier pénétré de la saison et de sa légèreté. Rue Saint Bon, à deux pas du centre Pompidou, un rayon de soleil oblique vient tomber sur l’étalage d’un libraire, attirant mon attention sur un livre qui semble fait tout spécialement pour éveiller ma gourmandise : « Turner et le Lorrain« , de Michel Kitson et Ian Warrell.

Feuilletant le livre, c’est tout l’été de l’Italie qui me saute à la figure, avec cette citation de Turner : « Pur comme l’air italien, calme, beau et serein, surgit l’oeuvre, et avec lui le nom, de Claude Lorrain ». L’air de ma bulle se réchauffe encore de quelques degrés. Cette mise en perspective de deux de mes peintres favoris
me remet en mémoire l’exposition du Grand Palais de 2011 : »Nature et idéal« , inspiratrice d’un article précédent dans BuencaRmino. Si le Lorrain avait acquis une maîtrise exceptionnelle du dessin de paysage, ce n’est pas seulement, comme le révélait l’exposition, en raison de son talent et de sa discipline, mais aussi de ce qu’il passait des après-midi entières à observer la nature, le nez dans l’herbe. Or, nos contemporains tels le malencontreux vendeur de cartes SIM, seraient bien en peine d’apprécier le caractère totalement irréaliste de ce qu’il en faisait ensuite : ces brins d’herbes et ces feuilles dessinés avec une force, une exactitude, une délicatesse exquises, trouvaient leur place dans des compositions évoquant des scènes historiques ou mythologiques, ornées de monuments empruntés à d’autres lieux ou d’autres époques. L’embarquement de Cléopâtre et les moutons de Marie-Antoinette se télescopant sur fond de coucher de soleil ruisselant d’ors et de lumière. Rome, Carthage baignant dans un éternel été, bien loin de la sinistre Conciergerie et de notre époque morose (avec ou sans touristes, et des costumes autrement plus classieux). En somme, le grand peintre classique n’hésitait pas à pratiquer une sorte de collage pictural à partir d’éléments hétérogènes. Puis vint Turner, qui reprit à son compte l’incendie et le remixa comme le plus audacieux des compositeurs de hip-hop ou d’électro.

Mais revenons à nos brins d’herbe, qui font un bond de deux cents ans. Fast forward. L’hiver dernier, l’exposition van-Gogh-Hiroshige à la Pinacothèque invitait à regarder Hiroshige avec les yeux de Van Gogh – et à voir, dans les tableaux de Van Gogh, ce qu’il devait au peintre d’estampes japonaises. Où l’on s’aperçoit que la maîtrise absolue du dessin et l’observation des brins d’herbe peuvent mener loin, jusque dans un Japon de rêve, c’est-à dire quelque part en Provence.

« Si on étudie l’art japonais, écrit Van Gogh à son frère, alors on voit un homme incontestablement sage et philosophe et intelligent qui passe son temps – à quoi – à étudier la distance de la Terre à la Lune ? Non. A étudier la politique de Bismarck ? Non. Il étudie un seul brin d’herbe. Mais ce brin d’herbe lui porte à dessiner toutes les plantes, ensuite les saisons, les grands aspects des paysages, enfin les animaux, puis la figure humaine. Il passe ainsi sa vie, qui est trop courte, à faire le tout… »

j’avais eu le temps de prendre cete photo, juste avant de me faire voler mon iPhone : Van Gogh Hiroshige

Coup de cœur aux artistes Philippins


Les artistes Philippins sont à l’honneur à Sète avec l’exposition de Manuel Ocampo « Manila Vice ». L’artiste et curateur ambitionne de faire de Manille une ville d’art mondiale. Lorsqu’on est familier de la vitalité de la scène créative des Philippines, on ne peut que souscrire et lui souhaiter beaucoup de réussite.

A voir au Musee International des Arts Modestes (MIAM Museum, http://www.miam.org) in Sète, France.

http://www.ambafrance-ph.org/Manuel-Ocampo-s-Manila-Vice-Making,2348

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Et si vous n’avez pas le temps d’aller jusqu’à Sète, ne ratez pas la splendide exposition du Quai Branly : Philippines, archipel des échanges

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/philippines-archipel-des-echanges.html

Croquis de nus


Sans  le « ah » de la pose, le dessin ne serait qu’un échafaudage,  un mikado de traits juxtaposés sur le papier. Qu’on en tire un, tout s’écroule.

Lorsqu’elle évolue dans l’espace, ses pieds ancrés dans le sol en une posture asymétrique, son buste allant chercher la torsion maximale tandis  que sa nuque ploie, il arrive que les dessinateurs se perdent, absorbés dans la poésie de Sophie. Leur main plane au-dessus du papier, saisie  par la grâce.

D’autres fois, l’humilité du modèle palpite en creux, c’est un petit quelque chose qui semblerait s’excuser d’être là, au centre de l’attention, et qui continue de vibrer longtemps après qu’on a retourné le carnet de croquis contre un mur. Filet de voix, filet d’être.

D’autres fois encore c’est l’angle d’un pied, cocasse, impossible, irritant, qu’un trait rageur vient clore.
 

Pour qu’un vrai dessin naisse, il faut la magie d’une rencontre entre ces  deux choses rares : la proposition du modèle, habitée, vivante, et le regard du dessinateur, libéré de toute forme, happé, disponible.  Il faut la complicité, la tendresse, l’audace. il faut qu’un risque soit pris par amour des lignes.  

En somme, il faut que le corps et le regard soient également nus.Image  Lire la suite

ce monde qui vient (suite)


Ce monde qui vient (légendes photographiques)

Ce monde qui vient aura des dieux étranges qu’il faudra déchiffrer
Des silences provocants
Et beaucoup trop de tout
Ce monde qui vient nous met la fièvre
J’aime à rêver qu’elle suit parfois le parcours de la Bièvre
Et coule, en s’apaisant

Ce monde qui vient rendra nos pas glissants
Ce monde qui vient progressera sans oracles
Il aura ses processus et ses protocoles
Ses Bonaparte et quelques montres molles
Des talents d’organisateur
Et ce qu’il faut pour se faire peur

Ce monde qui vient sera toxique, aride, et révoltant
L’argent coulera dans ses veines souterraines
Il aimera le sexe et la mort
La célébrité, le pouvoir, le sport
Il aura ses Beckham, ses ManU, ses caciques
Des cartels venus du Mexique

Ce monde aura de vraies délicatesses
Des sourires à tordre la foule
Ce monde aura le cœur métis
Il aura perdu le goût du réglisse
Et la jouissance dégingandée
Des pavés

Ce monde qui vient sera loufoque
Désolant, rauque et craquant de tendresses froissées
Veloutées au toucher comme des feuilles jaunies
Tu te souviendras des automnes
Avec nostalgie
Mon amour, et des allées du Luxembourg

Ce monde qui vient se paiera notre pomme
Acidulé de couleurs pop
Il nous refilera ses divas, ses drones
Il fera de nous des pantins
Des Tintins, des filous
Des monstres hybrides à la tête de clou

Ce monde qui vient sera lisse comme la glace
On s’y lancera de toutes nos forces avec la ferveur des hollandais
Sur leurs canaux
Ce monde qui vient sera brutal
Comme tous ceux qui l’ont précédé
Parfois, la peur sera tenace

Ce monde qui vient pétillera d’Agiles et de SCRUMS
Et puis de poésie
Quand les soldats de pacotille
Mimeront des floraisons d’idées
Quel printemps ce sera
Tu verras !

Ce monde aura, s’il vient
Toujours de quoi se démaquiller
Les doigts des femmes danseront comme des oiseaux devant leur visage
On aura des soins sans beauté
Des velléités d’esclavage
Et des chorégraphies bleutées

Nos impulsions seront tactiles et les fleurs digitales
On s’achètera de nouvelles vies
Ce sera de la balle
Tout ira plus vite
Sauf les frites

On n’aura plus ces yeux de braise
Qui vous meulaient le regard comme des fraises
Il n’y aura plus de sidérurgie
On connaîtra tout de la plasturgie

Tout sera minimal, idéal, sidéral
Souvent banal
On ne sera plus jamais vraiment ivres

La chair ne sera jamais triste
On ne lira plus tous les livres

Mais on s’en fout, puisqu’on, c’est nous

Accordion


La femme, l’homme et l’accordéon. La présence de Pina dans l’espace entre les corps. Très très berürhrend.

Accordion.

full fathom five (à Catherine Willis)


Je ne cesse de retourner sur le blog de Catherine Willis, et puis un jour je trouve le début d’une citation qui me fascine, chatoiement de mondes sub-aquatiques sous le signe des métamorphoses…

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Pour une journée internationale du corps


Coup de coeur pour le beau blog québequois « dessiner le corps » qui propose une journée internationale du corps. A suivre et à partager.

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Extrait : Pour une journée internationale du corps

Le corps est en général mal aimé. Il est désiré, idéalisé, parfois admiré lorsque son exceptionnelle beauté le démarque de l’ordinaire, d’avantage convoité, consommé, exploité, évalué et jugé, jusqu’à en être méprisé, rejeté, exclu (et enterré), mais rarement honoré et véritablement aimé pour ce qu’il est.

Il est le bouc émissaire par excellence. Banni, humilié, puni, châtié, martyrisé et torturé pour des paroles et pensées qui viennent d’avantage de la tête que de son propre élan de corps, il subit docilement et en silence toutes sortes de maltraitements.

Tout ce qui s’érige en propriétaire absolu du corps (plus spécifiquement le mental), se considérant « au dessus » de la condition corporelle, se permet d’en jouir à sa guise, de le pousser à bout et de le malmener, le considérant au même titre qu’un esclave ou un animal.

L’humanité s’est ralliée autour de toutes sortes de journées internationales, dont celle de la terre, pourquoi n’y en aurait-il pas une pour le corps?

Parions que si le corps était mieux aimé et compris, la planète ne s’en porterait certainement que mieux.

Alors votons pour une journée mondiale du corps! Cela pourrait aujourd’hui même, ou être une journée flottante, imprévisible, en hommage au fait que rien de ce qui est vivant ne peut se manifester sans le don du corps. (lire la suite : http://dessinerlecorps.wordpress.com/2012/02/12/pour-une-journe-internationale-du-corps/)

L’année du Dragon Rouge


L’hiver, on a soif de couleurs. Alors puisque cette année se place sous le signe du Dragon Rouge, projetons quelques flashs de couleur pour réveiller nos sens anesthésiés par la morosité saisonnière, aggravée par la sinistrose ambiante. (N’oublions pas que dans toute sinistrose se cache une ROSE). En PNL et en sophrologie, on utilise la couleur comme réservoir ou comme activateur d’émotions. Que nous annonce donc le Rouge?

Le rouge est ce goût qui vient à la bouche après avoir couru trop longtemps, trop vite. C’est le coeur qui bat fort, une envie de bouger qui monte et fourmille dans tous les membres, un tempo vif, le piment croqué sans précaution et sans regrets. C’est la honte aux joues, la brûlure après avoir dit la très grosse bêtise, la joie, l’intensité d’un regard aux désirs croisés. C’est l’impatience, le trop, le tout de suite.

Le rouge n’est pas seulement la couleur de la colère ou de l’agressivité. En Chine, c’est la couleur du bonheur, de la fête. Haute énergie. L’historien des couleurs Michel Pastoureau entretient le suspense : « Contrairement à ce timoré de bleu, le rouge est une couleur orgueilleuse, pétrie d’ambitions et assoiffée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir et qui est bien décidée à en imposer à toutes les autres. En dépit de cette insolence, son passé, pourtant, n’a pas toujours été glorieux. Il y a une face cachée du rouge, un mauvais rouge (comme on dit d’un mauvais sang) qui a fait des ravages au fil du temps, un méchant héritage plein de violences et de fureurs, de crimes et de péchés. C’est cette double personnalité du rouge que décrit ici l’historien du symbolisme Michel Pastoureau : une identité fascinante, mais brûlante comme les flammes de Satan. »

En bonus trois coups de coeur :

1. Colour Hunting

Un très beau livre trouvé par hasard à la librairie .Orf rue Perrée : « Colour Hunting, ou comment la couleur influence nos achats, nos actes et nos perceptions », explore la couleur dans toutes ses dimensions : technique, émotionnelle, sensuelle, à travers les âges et dans un grand nombre de pays, l’influence des couleurs dans notre vie, dans l’architecture, dans l’art.

Pendant des millénaires, les artistes et les designers se sont servi de la couleur pour exprimer des idées et des émotions sur une large variété de supports, que ce soit sur des fresques, sur les textiles des civilisations anciennes ou dans la haute couture et l’architecture contemporaines. La couleur n’affecte pas seulement nos expériences visuelles mais aussi nos autres sens tels que le toucher et le goût. (Voir à ce sujet l’exposition Synesthésiques, le voyage sensoriel conçue par Silvana Di Martino) Elle influence aussi nos actes, de manière plus ou moins consciente.

Les deux premiers chapitres évoquent les tendances du design, puis les défis et les techniques utilisées pour appliquer la couleur à une très large gamme d’objets. Le troisième chapitre, « Bien-être », interroge la relation entre le corps, l’esprit et la couleur. Un sujet cher à BuencaRmino.

2. Coup de coeur au blog Colorlovers (n anglais).

Les chasseurs de couleurs en Amazonie avec Dai Fujiwara

Dai Fujiwara, directeur créatif pour Issey Miyake, n’hésite pas à se rendre jusqu’en Amazonie avec son équipe pour tester la similarité de sa palette de couleurs avec les teintes de la forêt. Les échantillons sont ainsi comparés au tronc des arbres, aux feuilles, à l’eau, à la boue. « je m’attendais à trouver des couleurs vives », a expliqué Dai Fujiwara, et en fait nous avons trouvé plutôt des tons calmes, discrets, presque timides.

http://www.colourlovers.com/blog/2009/04/01/dai-fujiwaras-color-hunting

3. Encore un japonais : Riusuke Fukahori sur sur

Corps langage mémoire de Cunningham a Casilli


La musique d’Oceans a beaucoup vieilli, tandis que la chorégraphie de Merce Cunningham demeure hypermoderne et fluide en dépit du montage de Charles Atlas. Qu’importe si le rythme haché des images maltraite les mouvements des interprètes et martyrise les yeux, il fallait y être (en être ?) et savourer ce privilège entre connaisseurs. Les lumières somptueuses valorisent l’orange et le pourpre des justaucorps, l’abstraite virtuosité des gestes. On respire dans une bulle à l’image d’un futur où le corps humain ne sera plus qu’une trace, un support. Cela fait froid dans le dos comme toutes les prédictions du mouvement transhumaniste. Prochaine étape : la déterritorialisation totale du corps, transféré dans des univers virtuels d’où sera bannie toute imperfection, où l’émotion sera dévalorisée comme niaiserie facteur de désordre. Plus rien ne s’opposera dès lors à la transformation en marchandise de ce résidu d’où toute notion d’humanité aura été évacuée. On pourra voter toutes les lois que l’on voudra sur la bioéthique, une fois le mouvement lancé, rien ne l’arrêtera. Voir à ce sujet Time Out, le film d’Andrew Niccol avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried.

Fantasme ? Oui, mais fantasme dangereux car bénéficiant de tout un courant de pensée soutenu par des financements illimités.

Il n’y a pourtant pas de fatalité. D’autres futurs sont possibles, comme en témoigne le livre d’Antonio Casilli « les liaisons numériques » (Seuil). Nourrie de témoignages de bloggers, d’artistes, d’adeptes des nouvelles pratiques sexuelles ou sociales en ligne, la réflexion d’Antonio Casilli montre que la capacité d’imagination de l’être humain demeure sans limites.