Ecrivez


« Si vous êtes ici, à cette heure et en ce lieu »…

La toute première phrase de la Solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, pourrait évoquer tout aussi bien la relation difficile entre ceux qui écrivent et leurs hypothétiques lecteurs, que celle, métaphorique, entre le dealer et son client.

Le premier ne cesse de demander à l’autre : « n’avez-vous pas un désir que je pourrais satisfaire? » et le second, dans son hésitation cruelle, se dérobe, suscitant l’amertume puis la violence du dealer dépité qui reste avec ses cadeaux sur les bras.

Il en va de même avec vous, chers lecteurs qui passez nombreux, mais sans rien dire, sans déposer ne serait-ce qu’un bref commentaire, une interrogation, un doute. 

Aimez-vous? n’aimez-vous pas? Qu’est-ce que cela vous inspire? Là n’est pas vraiment la question. Mais d’où venez-vous? de quel pays, mus par quelle curiosité, et suivant quel chemin?  Quel bon vent, quels mots vous amènent, de lien en lien, de clic en clic, voilà ce qu’on brûle de savoir.  Surfez-vous selon les hasards de la logique, de la langue ou de la géographie? Il y a là, déjà, toute une histoire, et de ces histoires-là je suis infiniment gourmand.

Alors, s’il vous plaît, écrivez, partagez, lancez vous aussi ds bouteilles à la mer. N’ayez ni peur ni honte, il n’y a que du plaisir. Avec l’été revient l’envie d’écrire, avec vous et pour vous, et surtout, qu’on s’amuse.

Et puisqu’on parle de partage, voici un lien vers un blog sympa : « What you give is yours, what you retain is lost forever » http://sansondavid.wordpress.com/

Une leçon de courage et de leadership


Ecrire à chaud, vite, pendant que l’émotion bouillonne dans ma tête et dans mon corps. Témoigner d’une force inouïe, qui soulève des montagnes, et de l’humour, qui en allège le poids. Aujourd’hui je veux vous parler de Philippe Croizon, athlète de haut niveau, humoriste aux savoureux talents de conteur, doué d’un leadership exceptionnel. Qui se trouve, par ailleurs, être en situation de handicap.

Dernier intervenant au HappyLab Forum, hier après midi, Philippe Croizon nous a bouleversés, transportés, transis, tout en nous secouant de rire à chaque instant de son récit.

A peine installé sur le podium avec l’aide d’une accompagnatrice, Philippe agite les moignons de ses bras dépourvus de leurs prothèses, parcourt la salle d’un regard circulaire et balance, jovial : « pas de bras, pas de micro ». La référence au film les Intouchables est très juste : on peut rire avec les personnes en situation de handicap, d’un rire libérateur, solidaire, qui dissout instantanément la gène et les angoisses.

Le ton est donné. Maintenant, vous pouvez regarder les images; ici : http://www.azurelite.net/nadf/Philippe-CROIZON_a15.html?com et vous pouvez ême soutenir son association Handicap2000.

Avec le plus grand naturel, l’homme qui a traversé la Manche puis relié cinq continents à la nage nous donne une formidable leçon de courage et de leadership. Les sceptiques évoqueront le voyeurisme et l’exploitation de la corde sensible, alors qu’il s’agit de tout le contraire. Philippe Croizon ne demande pas que l’on s’apitoie sur son sort, il nous invite à trouver en nous les ressorts du courage et de la persévérance. Avec un humour désarmant, il raconte comment il a piégé le Conseil général de son département, « contraint » de le soutenir après une déclaration improvisée sur France3, puis ses rencontres avec les divers sponsors, un par un, et les yeux dans les yeux. Il évoque longuement le soutien de toute son équipe, jusqu’aux derniers kilomètres, en vue des côtes françaises, encadré par deux champions du cœur et de la natation et porté par la pensée de ses fils et « des deux cent personnes qui s’étaient engagées avec lui ».

Car le leadership c’est entre autres cette capacité qu’ont ou que développent certaines personnes à en entraîner d’autres dans une aventure qui les dépasse. On retrouve chez Philippe toutes les qualités des grands leaders: la vision, l’audace, le courage, une formidable empathie et le talent de faire partager ses rêves les plus ambitieux. Ambitieux, mais pas fous : Philippe a su s’entourer d’une équipe à la technicité éprouvée. Comme tous les grands leaders, il possède le sens des réalités et la capacité à « faire advenir » les rêves par l’action.

A la fin de sa conférence, le sentiment qui domine dans la salle est mêlé d’admiration, de gratitude, et de bonheur. Le bonheur d’avoir partagé un moment très intense, et, je l’espère, d’avoir trouvé pour soi-même l’envie d’accomplir à notre tour quelque chose d’extraordinaire. On n’est pas dans l’univers des Bisounours, mais dans une conception du bonheur vécu comme un dépassement de soi, face à l’adversité.

On se dit que la générosité, comme le rire, est l’un des choses au monde les plus contagieuses.

Et puis revient l’image de ces deux garçons, pour lesquels il avait choisi, dans le plus noir moment, de revenir du côté de la vie. L’évidence alors s’impose que l’on vient d’entendre une formidable histoire d’amour.

Merci à Joanna Quelen, au HappyLab et à tous les participants.

Résistance et scepticisme


Le Voyage du héros, c’est aussi cela : trouver le courage de résister, isolé dans la foule, garder son calme et ses convictions, D’autres fois ce sera plus discret, car la ruse appartient à la panoplie du héros tout comme les armes conventionnelles, celles qui brillent au soleil.

Si vous marchez dehors à cette heure et en ce lieu


Dans la solitude des champs de coton : le texte de Koltès, l’intensité de Chéreau, la violence des transactions humaines. Une première phrase tellement pénétrante qu’elle s’et incrustée dans ma mémoire, dès la première lecture, et pour toujours. Les actrices qui ont travaillé avec lui évoquent le regard de Chéreau, un regard de dessinateur, qui voit comme on écoute, un regard qui cherche et et qui trouve la lumière, qui mesure très exactement l’espace entre les êtres et la justesse des rapports.

Koltès, « Dans la solitude des champs de coton » :

« Un deal est une transaction commerciale portant sur des valeurs prohibées ou strictement contrôlées, et qui se conclut, dans des espaces neutres, indéfinis, et non prévus à cet usage, entre pourvoyeurs et quémandeurs, par entente tacite, signes conventionnels ou conversation à double sens — dans le but de contourner les risques de trahison et d’escroquerie qu’une telle opération implique —, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, indépendamment des heures d’ouverture réglementaires des lieux de commerce homologués, mais plutôt aux heures de fermeture de ceux-ci. »
Préambule à Dans la solitude des champs de coton.

LE DEALER
Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ; car si je suis à cette place depuis plus longtemps que vous et pour plus longtemps que vous, et que même cette heure qui est celle des rapports sauvages entre les hommes et les animaux ne m’en chasse pas, c’est que j’ai ce qu’il faut pour satisfaire le désir qui passe devant moi, et c’est comme un poids dont il faut que je me débarrasse sur quiconque, homme ou animal, qui passe devant moi.
C’est pourquoi je m’approche de vous, malgré l’heure qui est celle où d’ordinaire l’homme et l’animal se jettent sauvagement l’un sur l’autre, je m’approche, moi, de vous, les mains ouvertes et les paumes tournées vers vous, avec l’humilité de celui qui propose face à celui qui achète, avec l’humilité de celui qui possède face à celui qui désire ; et je vois votre désir comme on voit une lumière qui s’allume, à une fenêtre tout en haut d’un immeuble, dans le crépuscule ; je m’approche de vous comme le crépuscule approche cette première lumière, doucement, respectueusement, presque affectueusement, laissant tout en bas dans la rue l’animal et l’homme tirer sur leurs laisses et se montrer sauvagement les dents. »

Je pense à notre ami David Pini, qui le lisait si bien, de sa voix-Godounov. Octobre est un mois pour l’humilité. Hommage à David. http://wp.me/p11JeL-gL

Margotte a mal au dos


Comment parler de la douleur, de ses plis et de ses replis, de ses traces, de ses fulgurances ? Comment le faire sans verser dans la complaisance esthétisante ou sentimentale ? Et comment éviter la tentation du faux détachement supposé « prendre du recul », apporter du sens et toutes ces balivernes? On tergiverse, on se donne des principes, on s’interdit de naviguer dans les eaux molles de la consolation, cette position de repli si commode quand l’art et la littérature renoncent à transformer l’homme et le monde. Vouloir consoler, distraire, ce serait trahir la promesse, la mission sacrée. On est coach, alors on y croit. Quand vient la douleur, on se terre en silence, on attend qu’elle passe, on se met en mode « économie d’énergie », puis l’on se remet à parler. D’autre chose. Il est tellement plus facile de parler du courage, qui fait souvent défaut, ou de l’espoir qu’on rallume à coups de citations poétiques (René Char : « c’est la nuit qu’il faut croire à l’aurore »).
Et puis il y a Margotte.
Margotte a mal au dos. Tout le temps. Des douleurs terribles provoquées par une maladie au nom bizarre, qu’elle évoque dans son blog Somethingintherain. Parfois, Margotte écrit que la vie lui pèse, elle écrit dans son blog : « Certains jours, certains soirs, je me plains. J’ai mal. J’ai mal tout le temps, certains moments plus que d’autres, plus profondément. Cette douleur me pourrit la vie, me donne parfois envie de la quitter, la vie. (…) En fait, j’ai une maladie. Enfin, ils appellent ça un syndrome, ça me donne l’air moins malade : du moins c’est l’effet que ça me fait. Dites, qu’est-ce que c’est la différence entre une maladie et un syndrome ? C’est plus gentil, un syndrome ? Le mien, quand on me l’a présenté, il m’a plu parce qu’il était poétique : de l’air dans l’os. C’est joli, c’est comme si j’allais m’envoler. Puis après on m’a fait redescendre : Ehlers Danlos, le syndrome d’Ehlers Danlos hypermobile. SED pour les intimes. Vous pouvez regarder sur internet mais ça vous fera peut-être un peu peur. Alors restez avec moi, je suis gentille. Ce syndrome, il ne l’est pas. »
Un syndrome au nom poétique. C’est sans doute cela qui nous rapproche, cette attention particulière qui nous permet de capter la moindre molécule de poésie, où qu’elle soit, et jusque dans ce qui nous fait mal. Un jour, à l’occasion d’un texte où l’on évoquait Proust, Margotte fait irruption sur BuenaRmino et la question ressurgit. Que répondre à Margotte, sinon qu’on n’est pas sa douleur, qu’elle passe et nous traverse, comme la Ménie Hellequin dans le superbe roman de Fred Vargas, mais que la forêt demeure, et se reconstitue. Qui a écrit : « nous sommes cette partie de la forêt qui un jour s’est mise à penser » ? A penser, à vivre, à sentir. Et cela, nous le sommes toujours. Donner de l’attention à tout cela, qui vibre et vit, c’est commencer à desserrer l’étau de la douleur, une façon de ne pas lui donner le dernier mot.

De l’âge de l’empathie à la grande apathie


De l’âge de l’empathie à la grande apathie ?

Participer au « monde connecté » n’interdit pas de prendre un peu de recul vis-à-vis de certaines attitudes, comme nous le rappelle fort à propos l’auteur du blog « reflets.info » dans son article :
« La fin de l’empathie : critique de l’esprit connecté et de l’esprit du temps »
« Le système économique (et par ricochet, politique) en place n’a rien à craindre : l’esprit geek consumériste a envahi les esprits d’une classe moyenne ultra connectée, prête à payer plus de la moitié d’un smic pour « penser différemment » (sic) à l’aide d’un téléphone dix à cinquante mille fois plus puissant que les ordinateurs qui ont envoyé les hommes sur la lune et permet d’afficher ses préférences. Une classe moyenne qui n’a plus d’autre objectif que d’échapper au monde réel et ne ressent, pour sa plus grande part, aucune empathie. Le monde réel serait-il si difficile qu’on veuille le fuir à ce point ? » (Lire l’ensemble de l’article, réflexion pertinente quoiqu’un peu désabusée).
Par souci d’équilibre, ou « pour prendre un peu de recul sur le recul », ou tout simplement pour ne pas sombrer dans le désespoir, rappelons que l’empathie est un trait commun à tous les mammifères, profondément inscrite dans leurs gènes, et qui se manifeste notamment par l’action des neurones miroirs. Ce phénomène a été décrit par Frans de Waal dans son livre « L’âge de l’empathie« . Ce ne sont pas quelques clics de souris, de tablette ou de smartphone qui les amèneront à disparaître. Comme le rappelle la quatrième de couverture : « sommes-nous sur terre, comme on l’affirme si souvent, dans le seul but de servir notre propre survie et nos intérêts personnels ? Dans ce livre stimulant, Frans de Waal remet magistralement en cause le comportement égoïste et l’esprit de compétition souvent présentés comme conformes aux théories de l’évolution mais en réalité bien moins naturels que le don d’empathie, qui n’est pas l’apanage exclusif des humains. (…) L’Age de l‘empathie ouvre des perspectives passionnantes sur la nécessaire solidarité dans nos sociétés ».
La question de meure posée. Selon Frans de Waal, nous serions la seule espèce capable de déconnecter le câble et de nous détourner ce qui faisait tout notre charme parmi la vaste famille des mammifères. C’est l’autoroute de l’évolution prise à contre-sens : l’âge de l’apathie après celui de l’empathie ?

Pour Margotte http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Comportement/Articles-et-Dossiers/Force-interieure-trouver-le-courage-en-nous

Dessiner la Bretagne


Il pleut, rien d’autre à faire, et c’était bien l’idée d’en profiter pour ressortir pinceaux, couleurs, un papier doux mais résistant, dense et tendre au toucher. Se jeter à l’eau. Dessiner la Bretagne : un livre ouvert sur une fine aquarelle, rehaussée de touches légères, invite. Le motif est traditionnel, chromo rassurant, paisible, attendu: l’église aux toits d’ardoises mouillées, (gris de Payne), les barques sur le rivage (outremer, citron, carmin vifs, sortis du tube), les hirondelles de mer, ciels brouillés. Des cirés jaunes. Un calvaire somnolent, moussu, piqueté de lichens roussis. (C’est ainsi que j’écrivais, autrefois. J’étais fier de mes rythmes et de mes adjectifs. Je lançais mes mots à l’assaut de la page comme de braves petits soldats au débarquement. A la fin, m’écriant : « page prise »!)Peindre la Bretagne à l'

Ce week-end était l’occasion de retrouver le dessin, mine de rien. De m’exercer, comme si cela n’avait presque pas d’importance. Une activité de loisirs, classique, anachronique, un peu désuète : innocente. Comme on ferait des crêpes, une tarte aux pommes. Tout ça pour me persuader que je peux maîtriser mon impatience, discipliner mon envie d’aller tout de suite à la couleur, poser les à-plats gentiment, chacun son tour, du plus pâle au plus dense. Faire tout cela dans l’ordre et bien comme il faut. L’amour du travail bien fait, la satisfaction. Truc de filou!

Le papier, donc, mais ce qui paralyse: l’injonction d’aller direct à la perfection. Dessiner aussi bien que le modèle proposé, sinon rien. Et donc, rien. Cette émotion, la peur, car avant de poser la couleur, il faudra dessiner. Des traits. Ajuster le poids, la direction de la main, l’angle d’un toit. Les proportions. Livre insolent. Provocation. Colère. Et que faire de ce texte? Enregistrer? Publier? Brouillon? Brouillon. Renvoyé dans les limbes du blog, enfermé dans la cave de WordPress avec interdiction d’en sortir sans ma permission. On aura tout de même réussi quelque chose, la transition de l’image au rythme, à la musique des mots. On aura tricoté des phrases en écoutant des podcasts sur France Inter. On a produit, comme d’autres courent, nagent leurs dix kilomètres, ou se couchent de bonne heure.

On l’a fait.

Bientôt, peut-être, on retrouvera l’amie lectrice à la voix douce et le plaisir de dire ensemble. On travaillera les voyelles, les consonnes, on fera durer les silences en étirant tout son corps. On ira sur l’île Saint Louis filer, réverbérer les sons sur les quais de la Seine. On verra des effets de lumière qu’on ne décrira pas. On les gardera pour nous, ces merveilles, ces trésors de l’été juste après la pluie, ce sera fort, c’est une promesse qu’on se fait, ça vaut la peine, on fera des progrès. Paris nous appellera. D’autres, avec leurs oreilles. Ils entendront, peut-être. On le fera pour eux. Puis on invitera des bloggeuses, on connaîtra leurs textes, on les fera connaître, on partagera ce plaisir. Leurs mots fondront comme du caramel sous la langue. Ce sera la saison d’une infinie gourmandise. Une saison trouvée. S’il pleut, bien sûr, on écartera les barreaux obliques, on saura s’évader.

Là sera le cœur du Royaume, un grand morceau de territoire entre les bras du fleuve, sous le ciel, encadré d’ombres courtes, il y aura de la poésie dans le regard des touristes et nous, nous serons vrais.

Publier. Peindre la Bretagne_1515

La carte et la territoire troisième et fin


Chacun cherche son Proust : il y a celui des spécialistes, experts proustologues, proustolâtres et recherchicoles, et puis celui des lecteurs ordinaires, dont le témoignage seul nous importe ici, puisque Buencarmino plonge ses radicelles, encore et toujours, dans l’expérience vécue.
« Proust a changé ma vie », s’exclamait une blogueuse avec laquelle nous croisons quelques fils sur Twitter (http://proustpourtous.over-blog.com/ ). Elle n’est pas la seule, à en croire Alain de Botton, auteur de « Comment Proust peut changer votre vie ». Le thème est également repris dans l’éditorial du supplément Lire consacré à l’auteur de la Recherche (voir « la Carte … 2/3 ») qui se demande « quel livre a changé autant de vies ?»
Bien sûr, on pourrait immédiatement citer la Bible, le Coran, Sur la route ou « Je sais cuisiner » de Ginette Mathiot, qui ont chacun à sa manière changé bien des vies.
Mais revenons à Proust. De quoi est-il précisément question ? En quoi change-t-il la vie de ses lecteurs ? Lire ne s’approfondit pas sur le sujet, se contentant de publier quelques interviews de personnalités qui ont lu et relu la Recherche, ou des fragments de la Recherche, ou la quatrième de couverture de la Recherche, à différentes époques de leur vie. Ce qui est intéressant, c’est de noter comme ils trouvent, à chaque lecture, de nouveaux trésors, un éclairage différent sur la vie, l’intimité, la vie sociale, ou sur l’écriture elle-même.
Car il y a plusieurs manières de lire Proust : l’une, nostalgique, régressive, tournée vers les paradis perdus de l’enfance auquel chacun cherche un accès muni de sa madeleine magique, et puis une autre, qui consiste à jouir de l’abolition du temps et de sa tyrannie. S’il nous invite à centrer notre attention sur le cœur de ce royaume personnel, Proust n’en donne pas vraiment la clé. Dans la Recherche, le Narrateur découvre un passage secret menant vers l’enfance (épisode de la madeleine dans du côté de chez Swann), et puis un autre vers Venise et ses ciels lumineux (les pavés inégaux dans le Temps retrouvé), mais tout cela se fait par inadvertance, un peu comme l’apparition du génie de la lampe dans les Mille et une nuits.
Ce que Lire n’explore pas non plus, c’est la différence entre ces deux états, car l’Enfance retrouvée, c’est la vivacité des premières impressions gravées dans la mémoire avec une force, une précision qui ne se retrouveront jamais, tandis que l’expérience du bonheur que procure l’abolition du temps relève tout autant de la littérature que de la neurologie ou de la méditation (voir « la Carte et le territoire » 2/3).
Lucien Daudet, puis Edmond jaloux, n’ont pas manqué de faire le rapprochement avec un autre explorateur du bonheur et du royaume intime. Jean-Jacques Rousseau, particulièrement dans la cinquième Rêverie, a décrit cet état de félicité suprême, contemplative, libérée de toutes les contingences, lorsqu’il décrit les après-midi passées à regarder passer les nuages, les yeux noyés dans l’infini du ciel, au fond de sa barque sur le lac autour de l’île Saint-Pierre. L’expérience évoque avec une étonnante similitude celle de la méditation en pleine conscience : la conscience décrite par le bouddhisme comme un vaste ciel dans lequel passent les idées, les sensations, les affects, éphémères comme les nuages, tandis que seule demeure la pure sensation d’être en vie. Heureux lecteur contemporain qui peut, en suivant la méthode disponible en podcast ou en CD, atteindre le merveilleux royaume auquel Proust n’accédait que par le hasard d’un télescopage entre les sens et la mémoire, également libéré du désir et de la déception. Il demeure que nul n’a su mieux que lui décrire l’état de félicité, la Promesse, qu’il est permis à chaque lecteur de voir se réaliser pourvu qu’il s’en donne la peine.
Voilà comment l’auteur souffrant, perclus d’asthme, épuisé par ses insomnies, dévoré d’angoisses, parvient à nous délivrer le plus lumineux message d’espoir, avec une boussole de plus de 3,000 pages pour nous guider au long de notre voyage. Voilà pourquoi Proust, plus que tout autre, suscite chez ses lectrices et ses lecteurs un sentiment de profonde gratitude, une tendresse, une ferveur inégalées. C’est cela, la magie, le secret de la lampe et des derviches tourneurs.
Bonus : Un été avec Proust sur France Inter à télécharger en podcast http://www.franceinter.fr/emission-un-ete-avec-proust.

la carte et le territoire 2/3


La science et la littérature possèdent également le pouvoir de susciter, voire de précipiter les émotions lorsqu’elles nous révèlent des continents cachés, même si elles empruntent pour cela des chemins différents. Il aura fallu plus de dix ans et des centaines de millions de dollars pour dresser la carte du génome humain. Encore plus ambitieux, le projet Human Connectome a pour objectif d’établir la carte des connexions neuronales et d’étudier leur impact sur le comportement humain, ce qui devrait prendre quelques décennies et des milliards de dollars. Les photos sont d’ores et déjà fascinantes. En attendant le résultat, qui nous renseignera sur nos perceptions, les étranges corridors qui les relient entre elles et avec nos pensées, on peut toujours relire du Côté de chez Swann, dont on fêtera le centième anniversaire de la parution en novembre prochain. En 1913, l‘infographie n’existait pas encore, ni l’IRM : on se servait encore des mots pour décrire l’expérience humaine et tenter de relier la carte de nos croyances et représentations au territoire du vécu. Extraits : « … à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. (…) je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? (…) quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? Pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière ». (Du côté de chez Swann).
Et, quelque 14,000 pages plus loin, dans le Temps Retrouvé : « au moment où me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s’évanouit devant la même félicité qu’à diverses époques de ma vie m’avaient donnée (…) la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion, tant d’autres sensations dont j’ai parlé (…). Un azur profond enivrait mes yeux, des impressions de fraîcheur, d’éblouissante lumière tournoyaient près de moi (…) de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait comme si elle m’avait dit : « Saisis-moi au passage si tu en as la force et tâche à résoudre l’énigme du bonheur que je te propose. » (Le temps retrouvé, les pavés inégaux).
Où l’on voit que l’ambition de Proust n’est pas tant de consoler ou de distraire que de nous aider à trouver le chemin de nos émotions les plus profondes. Là est le centre, le point d’appui, la source lumineuse où trouver la confiance, l’audace, l’énergie nécessaires pour se lancer dans la construction d’une cathédrale de mots, ou dans le décryptage des connexions neuronales comme hier du génome humain. A lire : le hors-série de Lire pour le centenaire du Côté de chez Swann.

La carte le territoire et le GPS (1/3)


Oser sa vie : bien sûr. Buencarmino, dès le début, souscrit à cet objectif ambitieux, et se propose d’encourager quiconque se met en chemin. La PNL est un outil formidable pour cela, à condition d’être pratiquée avec discernement et bienveillance. Catherine Cudicio, dans le Grand Livre de la PNL, donne cette définition : « la PNL, utilisée pour le développement personnel, aide l’individu à réaligner sa carte du monde en fonction des buts choisis. En effet, ce ne sont pas tant les difficultés réelles qui tendent à empêcher d’atteindre un objectif, mais bien davantage la représentation de celles-ci ». En plus sobre, version Sénèque, cela donne : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Autrement dit, la représentation que nous nous faisons de la difficulté, qui est une croyance (la carte), serait un obstacle souvent plus effrayant que la réalité « objective » (le territoire).

Oui mais… le coach, dans sa pratique, doit à ses clients de les accompagner avec bienveillance, selon la règle des 3P : Permission, Protection, et Puissance. Or le souci de la Protection incite à ne pas exposer son client à des dangers ou à des obstacles hors de sa portée. Devenir chirurgien ou un grand violoniste, passé un certain âge, n’est sans doute pas une ambition très réaliste. Le coach doit alors accompagner son client, l’aider à détecter les besoins, les centres d’intérêt sous-jacents à cette ambition pour le réorienter vers des activités permettant de satisfaire ses besoins, de nourrir ses intérêts, d’honorer ses valeurs. En somme, il doit l’aider à trouver un territoire où investir son énergie et ses talents. Pour le dire en langage d’aujourd’hui : avant d’allumer le GPS, il convient de bien choisir sa destination.

Illustration : carte de l’île de Ré.Image

Gourmandise et quelques brins d’herbe


De la circularité dans l’art, ou l’histoire d’un printemps qui démarre très fort, avec Hiroshige, Turner, le Lorrain, van Gogh et l’obsolescence programmée (par inadvertance) de ma carte SIM.

Comment exprimer toute ma gratitude au vendeur incompétent qui, bloquant ma carte SIM un samedi soir deux minutes avant la fermeture, m’a contraint à errer dans les rues des quartiers touristiques de Paris ce dimanche matin, cherchant une boutique télécoms ouverte avec toute la ferveur anxieuse d’un addict en mal de communication? Je lui dois une fabuleuse découverte, mais, minute! Il faut d’abord que le récit progresse. Je remonte le boulevard Saint-Michel, longe la Conciergerie devant laquelle se pressent américains, chinois et japonais nostalgiques de Marie-Antoinette, sinon rien. A Châtelet, mon espoir ne dure pas longtemps non plus. La tentation me chatouille de bifurquer sur les quais, mais je décide de pousser un peu plus loin, vers le quartier Beaubourg. A midi, les nuages s’effilochent, l’espiègle printemps surprend les parisiens encore tout engoncés dans leurs vêtements d’hiver. Tiédeur délicieuse, un temps à flâner. Je ralentis le pas, renonce à ma quête absurde. Tant pis, mon téléphone restera silencieux jusqu’à demain. Me voici libre, injoignable, enfin maître de mon temps. Disponible et joyeux, serein, je me faufile dans une brèche de l’espace-temps, une bulle en expansion qui n’appartient qu’à moi, tout entier pénétré de la saison et de sa légèreté. Rue Saint Bon, à deux pas du centre Pompidou, un rayon de soleil oblique vient tomber sur l’étalage d’un libraire, attirant mon attention sur un livre qui semble fait tout spécialement pour éveiller ma gourmandise : « Turner et le Lorrain« , de Michel Kitson et Ian Warrell.

Feuilletant le livre, c’est tout l’été de l’Italie qui me saute à la figure, avec cette citation de Turner : « Pur comme l’air italien, calme, beau et serein, surgit l’oeuvre, et avec lui le nom, de Claude Lorrain ». L’air de ma bulle se réchauffe encore de quelques degrés. Cette mise en perspective de deux de mes peintres favoris
me remet en mémoire l’exposition du Grand Palais de 2011 : »Nature et idéal« , inspiratrice d’un article précédent dans BuencaRmino. Si le Lorrain avait acquis une maîtrise exceptionnelle du dessin de paysage, ce n’est pas seulement, comme le révélait l’exposition, en raison de son talent et de sa discipline, mais aussi de ce qu’il passait des après-midi entières à observer la nature, le nez dans l’herbe. Or, nos contemporains tels le malencontreux vendeur de cartes SIM, seraient bien en peine d’apprécier le caractère totalement irréaliste de ce qu’il en faisait ensuite : ces brins d’herbes et ces feuilles dessinés avec une force, une exactitude, une délicatesse exquises, trouvaient leur place dans des compositions évoquant des scènes historiques ou mythologiques, ornées de monuments empruntés à d’autres lieux ou d’autres époques. L’embarquement de Cléopâtre et les moutons de Marie-Antoinette se télescopant sur fond de coucher de soleil ruisselant d’ors et de lumière. Rome, Carthage baignant dans un éternel été, bien loin de la sinistre Conciergerie et de notre époque morose (avec ou sans touristes, et des costumes autrement plus classieux). En somme, le grand peintre classique n’hésitait pas à pratiquer une sorte de collage pictural à partir d’éléments hétérogènes. Puis vint Turner, qui reprit à son compte l’incendie et le remixa comme le plus audacieux des compositeurs de hip-hop ou d’électro.

Mais revenons à nos brins d’herbe, qui font un bond de deux cents ans. Fast forward. L’hiver dernier, l’exposition van-Gogh-Hiroshige à la Pinacothèque invitait à regarder Hiroshige avec les yeux de Van Gogh – et à voir, dans les tableaux de Van Gogh, ce qu’il devait au peintre d’estampes japonaises. Où l’on s’aperçoit que la maîtrise absolue du dessin et l’observation des brins d’herbe peuvent mener loin, jusque dans un Japon de rêve, c’est-à dire quelque part en Provence.

« Si on étudie l’art japonais, écrit Van Gogh à son frère, alors on voit un homme incontestablement sage et philosophe et intelligent qui passe son temps – à quoi – à étudier la distance de la Terre à la Lune ? Non. A étudier la politique de Bismarck ? Non. Il étudie un seul brin d’herbe. Mais ce brin d’herbe lui porte à dessiner toutes les plantes, ensuite les saisons, les grands aspects des paysages, enfin les animaux, puis la figure humaine. Il passe ainsi sa vie, qui est trop courte, à faire le tout… »

j’avais eu le temps de prendre cete photo, juste avant de me faire voler mon iPhone : Van Gogh Hiroshige

Coup de cœur aux artistes Philippins


Les artistes Philippins sont à l’honneur à Sète avec l’exposition de Manuel Ocampo « Manila Vice ». L’artiste et curateur ambitionne de faire de Manille une ville d’art mondiale. Lorsqu’on est familier de la vitalité de la scène créative des Philippines, on ne peut que souscrire et lui souhaiter beaucoup de réussite.

A voir au Musee International des Arts Modestes (MIAM Museum, http://www.miam.org) in Sète, France.

http://www.ambafrance-ph.org/Manuel-Ocampo-s-Manila-Vice-Making,2348

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Et si vous n’avez pas le temps d’aller jusqu’à Sète, ne ratez pas la splendide exposition du Quai Branly : Philippines, archipel des échanges

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/philippines-archipel-des-echanges.html

Hannah Arendt ou la violence de la pensée


Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta est un film nécessaire et grave sur le courage de penser – par soi-même,  à contre-courant s’il le faut. L’acte de penser est décrit tout d’abord comme une discipline : face au nazi responsable de millions de morts, la philosophe efface de son cerveau toute idée préconçue. Elle accomplit cette chose très difficile qui consiste à se contenter de voir et d’entendre ce qui se dit, dans la salle d’audience du tribunal, en repoussant le plus longtemps possible  la tentation d’interpréter. La violence des réactions suscitées dès la parution dans le New Yorker de son premier article sur le procès Eichman met en lumière la difficulté de penser là où l’on n’attendait qu’un portrait du monstre. Car l’homme responsable de six millions de morts ne peut être qu’un monstre. En parler sans émotion relève de la plus singulière arrogance, et c’est précisément ce qu’on lui reproche. Penser, au lieu de compatir : de nos jours, cela vous vaudrait le titre honni d’intellectuelle. Le courage de la philosophe est exemplaire, et pourrait nous inspirer. Elle révèle combien la haine de la pensée est devenue la norme dans notre société loliste. Avant d’aller voir le film, lisez ou relisez ses livres, comme nous y invite Rue89. http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/04/24/avant-daller-voir-film-hannah-arendt-lisez-241752 Puis, s’il vous reste un peu de temps, lisez Cynthi Fleury qui parle si bien du courage, et de sa fin. https://www.youtube.com/watch?v=LKA-SOht4xE

Iconic Photographer Steve McCurry Talks Blogging and WordPress


Un photographe trop connu pour LA photo de la petite fille prise en Afghanistan. Mais il y a bien plus que cela à découvrir dans son oeuvre.

Iconic Photographer Steve McCurry Talks Blogging and WordPress.

Inspirer, être connecté, apprendre: Auriez-vous le courage d’être vulnérable ?


Inspirer, être connecté, apprendre: Auriez-vous le courage d'être vulnérable ?.

© 2012 Virginie Joannes BLOG : desmillionsdefemmes.wordpress.com

le syndrome du lundi


S’il vous arrive de sentir peser sur votre cou, dès le dimanche soir, la menace d’une invisible guillotine, si vos épaules s’affaissent à l’idée de recommencer la semaine, si vos pieds se recroquevillent à la seule pensée de reprendre le chemin du travail, plus de doute : vous souffrez du syndrome du lundi.

Rien d’étonnant à cela : le sentiment d’anxiété ou de tristesse du dimanche soir vient de ce que nous avons du mal à faire le deuil du week-end. Le « temps pour soi » va devenir un « temps pour les autres ». La liberté, l’intimité, vont devoir faire place aux contraintes. Voici donc quelques conseils pour réussir son lundi, ou du moins pour le passer plus agréablement.

1. Que font les sportifs avant un match important ? Ils se reposent ! Bien réussir son lundi, cela commence dès le dimanche soir : se coucher un peu plus tôt pour être en forme, se remémorer les moments agréables du week-end, en parler à un proche. Il s’agit de convertir ces bons souvenirs en énergie positive, de les stocker pour les réutiliser au bon moment. Profitez-en pour visualiser tous les événements positifs de la semaine à venir, les « temps pour soi » qui rempliront vos réserves de bien-être.

2. La playlist de la semaine : choisissez des musiques à tonalité positive, énergisantes ou relaxantes, que vous écouterez dans le métro ou dans les embouteillages.

3. L’énergie vient en s’activant… Pourquoi ne pas commencer la journée par une bonne séance de sport, un jogging, quelques longueurs à la piscine pour bien oxygéner votre corps et votre cerveau ? Quelles que soient les difficultés qui vous attendent par la suite, vous aurez le sentiment d’avoir accompli quelque chose dont la réussite ne dépend que de vous.

4. Faites-vous plaisir. Invitez à déjeuner une personne qui vous met de bonne humeur, ou qui vous fera découvrir quelque chose de nouveau : la matinée passera plus vite, et vous aurez le sentiment d’avoir fait au moins une chose pour vous-même. A défaut, prévoyez une pause-téléphone en milieu d’après-midi, au moment où l’énergie tend à diminuer.

5. La touche de couleur : parce que l’on change de rythme, le lundi réclame au départ une impulsion supplémentaire. Après les activités du week-end, si cette journée vous paraît morne, mettez une touche de couleur dans votre habillement, une chemise d’un blanc éclatant, de la lumière. Votre entourage le ressentira, il se peut même que l’on vous fasse des compliments, ce qui n’est pas désagréable pour commencer la semaine.

6. La semaine s’annonce difficile ? N’hésitez pas à vous projeter au-delà du lundi : imaginez le sentiment d’accomplissement que vous éprouverez une fois les obstacles surmontés. Pensez aux nouveaux défis que vous allez pouvoir attaquer. Rappelez-vous ceux dont vous avez déjà brillamment triomphé. Quels talents aviez-vous mobilisés à l’époque? Quelles compétences ? Ecrivez-les sur un post-it que vous glisserez dans votre agenda, ou notez-les dans votre téléphone.

6. Prenez le contrôle. Le matin, commencez par les activités qui vous plaisent le moins, pour pouvoir consacrer l’après-midi à celles qui vous motivent le plus. Equilibrez entre les tâches « urgentes-et-importantes » et les « importantes mais non urgentes » : ces dernières vous aident à vous projeter dans l’avenir, même proche, à lever le nez de la grisaille, et vous donnent le sentiment de contrôler les événements au lieu de les subir.

7. La machine à café … redoutable aimant à cafards : fuyez comme la peste ces éternels insatisfaits, toujours mécontents de leur sort, accablés par l’injustice et prodigues en bonnes raisons de désespérer. Si vous ne pouvez pas les éviter totalement, abrégez la séance de torture ou changez délibérément de sujet de conversation.

8. Pratiquez l’arrosage automatique : cherchez une personne à qui vous pourriez faire un compliment : il y a des chances qu’elle vous en fasse un en retour, double sourire garanti.

9. Si vous déjeunez avec des collègues, anticipez les sujets de conversation positifs dont vous aimeriez parler : cela vous évitera de tomber dans le piège des récriminations qui finissent toujours dans une surenchère de gémissements (le boss, les enfants, les transports…).

10. Les micro-pauses : la nicotine et les barres chocolatées ne sont pas les seules occasions de faire un break. Les grands « performeurs » sportifs, les artistes de haut niveau, les décideurs ont tous des trucs, des « doudous » qui les reconnectent à leurs perceptions sensorielles pour refaire le plein d’énergie. Touchez de la main un objet, ressentez-en la structure en détail : est-il lisse ? Présente t-il des aspérités ? Humez un parfum, buvez un simple verre d’eau sans penser à rien d’autre qu’à son goût. Regardez la photo d’un être aimé stockée dans votre téléphone. Réécoutez l’un de ses messages. Concentrez-vous : ce moment vous appartient. Respirez lentement avant de reprendre le cours de votre journée.

Comme les premières images d’un film, le lundi pose une ambiance, donne le ton, imprime un rythme à toute la semaine. Qu’il démarre sur une note joyeuse, et vous voilà prêt à affronter toutes les difficultés. Prenez un bon départ, donnez-vous toutes les chances de réussir et vous verrez que vous deviendrez une source d’énergie non seulement pour vous-même, mais aussi pour tout votre entourage.

Souvenirs de Ré


Ceci n’est pas une vraie carte postale de Ré. Un trompe-Google, tout au plus, clin d’oeil à qui saura rire de la pauvre ruse.

Que les autres, induits en erreur par le hasard d’un moteur de recherche égaré, pardonnent.

Voici, face à la plage Nord, l’ami d’enfance et l’auteur de ces lignes.

Des souvenirs qui nous construisent, dit l’ami, sans aucune nostalgie.

Celui qui parle ainsi connaît la douleur, celle qui dure et qui sape l’être jusque dans ses fondements.

Il s’y connaît en matière de destruction. Sa vie ressemble à ces digues ravagées par les ressacs, à ces dunes crevées, affaissées, où des blockhaus piquent lamentablement du nez parmi les oyats et les cristes.

C’est pourtant lui qui répare les corps brisés, lui qui prend la souffrance des irréparables entre ses mains énormes et qui leur propose, au dernier moment, sa folie en échange.

Mais en échange de quoi?

Sans doute, ils se comprennent et se rient de nous.

Ce langage, entre eux, de grandes marées. Pêche miraculeuse tout au bout des benches, pépites qui feraient reculer d’horreur le commun sentimental. Ces diamants acérés ne se cueillent qu’en fin de vie, là où les miroirs réfléchissent une lumière unique de vieux tain.

Que faire alors, sinon se souvenir, écouter, laisser venir les images. On venait là, sur ces plages, on s’épuisait en des courses viriles contre le vent, les cahots du sentier, l’averse. On regardait longtemps couler les nuages dans le ciel nocturne. Provision de trésors, sensations emmagasinées dans les muscles, ensevelies plus tard sous les saisons brutalement réalistes (à l’âge où l’on fait des enfants).

Et puis ces enfants nous défont.

Ces enfants nous creusent.

Un jour, ces enfants nous délivrent.

On voyait des fleuves et des îles creusées dans le sable, à marée descendante. Une Amazonie vue du ciel.

La lumière tout à coup révèle les corps-morts, ligne jaune alignée dans le bleu clair flottant liquide.

Une photo, parmi les herbes sèches et les coquelicots.

Deux photos, Puis trois, puis toute une série.

Ça fait rire l’ami bipolaire.

Quelle impudeur, aussi, et dans un lieu pareil.

Le soir, sur le port de Saint Martin, il me racontera l’histoire d’une très belle fille morte d’une façon ridicule. Sans la moindre nostalgie.

Retour à Ré


Il y a presque deux ans je retrouvais l’île de Ré, ses jeux de lumière sur les marais salans, les parfums de la dune et le plaisir physique de lutter contre le vent, contre la fatigue, la fierté de reconquérir un à un les mots, les sensations, les images et d’en faire un monde à partager. Après tant d’années au loin, je renouais une complicité presque enfantine avec ce coin de France. Un ami de Bangkok me parlait déterritorialisation, je répondais : Ré-paysement.

https://buencarmino.wordpress.com/2010/08/17/jeudi-5-aout-re-paysement/

Bien entendu, c’était la même chose, mais la même chose que quoi?

Déterritorialisation, cette faculté prodigieusement humaine d’inventer de nouvelles fonctions à partir d’une situation modifiée, de se créer un nouveau territoire, ancré dans le réel ou dans l’imaginaire. Génie de nos ancêtres nomades, chasseurs-cueilleurs. Et puis les sédentaires, ceux qui reviennent quelque part, les cueilleurs d’émotions et de sensations précises. Besoin d’ancrage dans un monde où s’effacent toutes les différences et tout ce qui pourrait porter du sens. 

Ce blog, né d’un triple pari, commençait sur ces mots, sur ces photos. On a parlé, depuis, de ce rapport compliqué au territoire, à l’identité, en des termes et en des lieux qui rendent presque impossible aujourd’hui d’y revenir sans poser de nombreux garde-fou, or le temps me manque, et ce serait ennuyeux pour le lecteur. L’envie de partager s’est trouvé d’autres voies, le blog a failli dépérir, négligé par son jardinier.

Et puis l’invitation d’un autre ami me ramène à Ré, pour quelques jours. Quelques photos prises entre les gouttes de pluie réveillent les « souvenirs sans nostalgie » dont parle cet ami. Le lieu, l’enfance et l’amitié se croisent, fidélités fertiles, mouvantes et libres, conversations nourries de sagesse. La joie de se baigner à nouveau, dès que monte un peu la température.

Sur la plage d’aluminium, au couchant, l’instabilité du monde est à prendre au mot.

Croquis de nus


Sans  le « ah » de la pose, le dessin ne serait qu’un échafaudage,  un mikado de traits juxtaposés sur le papier. Qu’on en tire un, tout s’écroule.

Lorsqu’elle évolue dans l’espace, ses pieds ancrés dans le sol en une posture asymétrique, son buste allant chercher la torsion maximale tandis  que sa nuque ploie, il arrive que les dessinateurs se perdent, absorbés dans la poésie de Sophie. Leur main plane au-dessus du papier, saisie  par la grâce.

D’autres fois, l’humilité du modèle palpite en creux, c’est un petit quelque chose qui semblerait s’excuser d’être là, au centre de l’attention, et qui continue de vibrer longtemps après qu’on a retourné le carnet de croquis contre un mur. Filet de voix, filet d’être.

D’autres fois encore c’est l’angle d’un pied, cocasse, impossible, irritant, qu’un trait rageur vient clore.
 

Pour qu’un vrai dessin naisse, il faut la magie d’une rencontre entre ces  deux choses rares : la proposition du modèle, habitée, vivante, et le regard du dessinateur, libéré de toute forme, happé, disponible.  Il faut la complicité, la tendresse, l’audace. il faut qu’un risque soit pris par amour des lignes.  

En somme, il faut que le corps et le regard soient également nus.Image  Lire la suite